Skip to main content

Full text of "Poésies en patois limousin: édition philologique complétement refondue pour l'orthographie"

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 




A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 



des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse ] ht tp : //books .google . corn 




3^. yC. 



:Z3 














■■"^è^l^^ 




'^j^^^^^'^S^^^^'^'^^r^^^. 



-' ^~%f :>':'- -^ 







':\y ^^(^ff^ 




.'!:;•/ ■!;(;11 



.». 'i ",,. ; M« jiiol .(. ^'Mij' il 



Ml I, 



" •!. 



."II. I 



........ ' . /,,'.'■ m, :-;| î/ ,; 



li ' ;. ;;, . '''!' . »l<| '«I .), ^'".,(..J it. II. 

'I "il ' î ri{» ,'.rnrr'i »i 'i{ Ohm . '",. 
,:..•.- .. ; '^if" 'f ;.nj''J|> *:■! *^ ■ 
.:' ;;. .• '• , î' / M II! M,'! ■ /m. i ; ■! 

. . * .' ■■ ,"■;• !i . » iM.. 'jj.'îi: '■• 

*. . , . !■ >. I , Mj '1)1. Wl ' in^ ) , ' 

> ■ i .-. .1 j ' 'jH .-'Il ».r , . . 



•i» 



XXIX 

Que fogian loû chôvei, loû bôl^i, , 

.imll/ilf r, .hu.i,M Tjeïâj'quî qtîe vâh eiiRufeslt/ô''"l '' ''' "'"''^'^^ "''' >'»l^»n(lu^ 
.iMMio-.'i .-.<•:»-. ■•'■Btrf<Waû'pî*dlôtlt-^aiJbWl'der,' •""■■'"'•'''■' ^"'* /»S''»"i;<î ijip 

i.-tnlq --..ri --1' ^Êq^lqtieiofaiid*niolli/<^' '• ' ""' '"■'■^' /»ii!.M./i;,iq- -jiifi 
j:ii,;i.; I > >li-.i j.^ ', ^iSeîcrartlètt^to'pelr'ôSottlèî'îî' '»:•' '"••"' ' ■'"« "J'-'l •'• '''i/nîi)'l 

(./' ! Mîîi' • ' : » "• 1^' -^ ■"« jt '•. lit i ".. ,.;.;| "fMii «Mi; |li.(i Kï\\i\ J^'.» iioii 

' Oit» îT sëilVeift'léiyrocaé kPôùbâtid' d'ûVott^grflt' s^^ tofè^'Vfeil^tHMWB 
patois moderne parlé autour de Limoges, au lieu d'avoir tenté xll^^'fébBOJ^ 
iiiiite talauîi^e, et de' la* (hlWï ^mhvé dârmi «bu' tititi^tfêi i^tfWtei €^es 
Foui^afffd' était de iovcek ne pas succomber dahs>((tette tliobib \Iifl6btlèfi;'ià2(l§ 
atos', au^Heti'de Tùlgariser La iFomaine, îl>^ut fait unie^iœtivirë ^'ërtorditi^V 
^prëojée iei>60ni)^riâe 'Sentemofit^r un pcaH' nombre :diè «)aVaHiMl>iS()>Éf'btà)^ 
évârii; non'^iàs'de'figritért^ât*'''^!^^ àr<îhéologues, Inais d^'t^éVêliHér'i^béiii'fëS 
b:»&itantsidesr€Jiam^grie^ rittêlligieiièe' endormie. L\ami3ld^ide FV^ié^hdJ^'ért^ 
riismimîté^- égaré longtemps, penddut^'lës'aimééB de* l^âgé^n^ft^,i|ifàtts(^^fè{| 
loties iteiiiaatôves du javrobintkmB; se irftnsCartaâitainsftflu tcit»pfep'âëila'ii9è'n^ 
Iej8«^ et le ibbuMstedeftaitv pour réussi r^' partes là 4anfeù(Ê''dfe'i^^ 
noft Celle des 'Siècles éccmiés.' ••' '"• "■'••»■.>■ . -:" (h.^/.,.c)I 'luoci ^icM 
Forucbucl^etttdâtis Bom t^mpsun rival eii poésie,' rabbé^ishàl^UCiéfôW 
nne i)atbre'fVaiich<e, enjouée, pleine de oOMfîâ^Ace^et ménRiétd«(t9(m)itiitiié: Uë 
rireiélaltiBanscessei a ses^tèvi^s; et la bienveUlano0<léfc|ot^i«idc( é{)n^«dfl^/ 
Dès! sâ jeunesse il s'était livré' avec' afdétir uuoulte 4e>4a'poësiiô<patoîsle ^%^ 
né4e $4m^ cesse caressé était ^Assi de remplacer par klesJcbaiisoas^ini^étifëtls^ 
tes iifteiitudies' grossières qui i^eVeoaiet^t sabs'ces$d>ài lailMDifftâie'clèjfaèis^])^^ 
sans. Conrme Foucaud, U a en dé sénvivaiilt le 'bonheur «de" *^<^« ëémrtiëM 
devenu populaire, et d'eoéemiro sesrefraîna ohatités ptai^toni ÉatGfiir'dëilil^J 
La Société d^Agrieufttrre liii vota des remëréîments»,' et lift décèinia'iitierM^ 
daille d'or. On a même dit longtemps^pie Richard^ était un ^^oèvef^t ^tfè» 
F<yucaad notait quXin'versi^ficat^ur. Peut-être' ceuic^qul oilt'COniÉWl'eËl^déU^i 
homîWè« dei caracièresf»si «différents avaleiu-îlë reiisoti «dfc^ çlortèr *sfat<éltk'4W 
jugement ainsi formtdfé; pëut^tre Hicliard avalihildanb lafootlvt^siatibdîlfl 
chaleur ^senftim^niale dont Foneaud semblait' dépoÙPiu>MpeuiMé«réo$res<^^^ 
preasioBs se^raduisâient^eUds au^debors: par une ^motiosii ï$aî£ssaMeiet 
visiMiQ. M»&, à ne;j«ger le& autâurs^ que .pair leurs jLimrej^iiFouaaudift'dfipârte 
de beaucoup sur son rival/ Richard manque souvem deidéUoMiessi^iitC^âme 
de: oouvèivance. Cet esprit vif et péUilafit qiuiiréah&uffe.;rtOguvre»de(F<âuftiiftd 
et jaillit en étincelles, ne^^e retrouve .point. dauS' las lObavso^^nelKtesrii^ 
contes de Aichard. Ilu'apoi&t de cesima^j^^mimées^ de (se^ tr^tsjmgui^. 
de ces détails. imprévus et pittoresques qui sont la* marqua ;du tdlmtt dq 
Fotticaud. En lui la plaisanterie est parfois grossière, etnouipas.na!ve;!il/est 
bouffon plutôt que spirituel; on dirait qu'il a peur de s'élever^ et jd^ n'étro 
plus compris dès lors par les paysans, auxquels son livre e^t -^dressé, 
Richard a, comme Foucaud, tenté de traduire La Fontaine. Il serre le texte 
de plus près, et s'efforce de reproduire l'original ; mais les fables peu nom- 
breuses qui se trouvent dans son livre nous semblent manquer de trait et 
de mouvement. Il suffit de lire dans les deux auteurs la fable le Rat de ville 



''l*i'(fe Rtf^ dès champs pour compretidre à quel point Tun des deux imkîfteurs 
' <*st Supérifeut* à Fantre : Richard le cède de beaucoup à La Fontaine, tandis 

que nous osons dire que Foucaud a souvent lutté avec avantage, et parfois 

égalé son modèle *. 



IV 



Les fables de Foucaud mirent autour de son nom une auréole de gloire 
modeste 0t:FèiifcrnDi9e dans les limites de sa province. Sa vieillesse en fut dou- 
cement éclairée. Il trouvait enfin dans ses dernières années cette popularité 
si ardemment cherchée à travers les orages révolutionnaires. C'était la poésie 
qui avait pris par la main cette déesse fugitive pour la conduire au vieillard. 
Les hommes que Foucaud avait fait trembler naguère se prirent soudain à 
l'aimer, et le pardon vint à leur cœur en même temps que le sourire à leurs 
lèvres. 

Le 14 janvier i8l8, à six heures du matin, Foucaud mourut dans cette mai- 
son de la Cité où son imagination avait donné des fleurs tardives, et cepen- 
dant aussi fraîches qu'au printemps. Aussi longtemps qu'il avait senti le sang 
et la vie circuler ensemble dans ses veines, il avait rejeté loin de lui les pen- 
sées religieuses. De sa part c'était moins incrédulité qu'indifférence. Mais, 
quand il comprit que la mort allait le prendre, il n'eut pas le triste courage 
de finir comme il avait vécu. La religion fut appelée à lui prodiguer ses con- 
solations et ses secours. L'évêque de Limoges vint lui-même s'agenouiller 
auprès du lit du mourant, et prêta l'oreille à la confession de ce prêtre égaré. 
Sans doute il était dans sa vie des jours d'erreur et de colère ; sans doute son 
cœur s'était ouvert à des sentiments qui n'inspiraient pas l'amour et le par- 
don. Mais le ministre de Dieu comprit bien combien les excitations d'un 
siècle tourmenté, les illusions de l'imagination, les emportements irréfléchis 
avaient eu de pouvoir sur l'esprit du vieillard expirant, et il implora les béné- 
dictions du ciel pour ce sceptique qui, à l'âge de soixante-dix ans, allait 
mourir en chrétien. 

Le livre de Foucaud lui a survécu. Ses fables sont dans toutes les mé- 
moires. Elles n'ont rien perdu de leur grâce primitive, et semblent toujours 
nouvelles, tant elles ont de fraîcheur. Nous les avons apprises de nos pères, 
nos enfants les recevront de nous, et elles iront ainsi d'âge en âge aussi 
longtemps que vivra cet idiome patois autrefois si décrié, mais si estimé de 
ceux qui le comprennent depuis que Foucaud a révélé sa vivacité, son har- 
monie, sa naïveté pittoresque et sa flexibilité. 

Il est mort récemment un homme qui a écrit en patois méridional des 



1. Nous avons cité plus haut comme exemple de la manière de Foucaud la fable du 
Renard et des Raisins, surtout à cause de sa brièveté. Cette fable est cependant de 
beaucoup inférieure aux Animaux malades de la peste, à la Mort et le Bûcheron, etc. 



AVI 

poèmes d'un^ expansive sensibilité. Sa langue est comprise d'un peiltAOïnbrc 
'((é'pVîviVgiés,.. Cependant la France entière s*est empressée de le saluer 
poète, et sa ville natale lui dresse une statue. Après lui est venu le c^aiUre 
' de Mireille, Grâce à eux , les idiomes patois ont repris vie, et sont aiq.our- 
d'hui en faveur auprès des érudils : la réputation de Foucaud doit jeter un 
nouvel éclat au lieu d'aller s'affaiblissant ; mais il faut, pour que notre com- 
patriote soit connu des étrangers, que nous prenions une juste idée de la 
valeur de ses fables, et que, lorsqu'on nous dira : « Jasmin ! Mistral ! » nous 
répondions hardiment : a Foucaud ! » 



0. PÉCONNET. 



■ •) 



..■■11)' I I.' .1 ■! ' 









;■ !•'> 


( 


. ' ii.-n 


' 


• . • • i ...^ 


, 


. . :.i r,f.n\ 


« 1 * • 


.., ..'o'i iib 


.. . '. 


i' ' lî 'ijjurti 


! ». ■-. ^u i •'. 


'.wil -t 1 


, ♦.'. • ■ ^ 


' : <%';j .IV 


• .. 


. ' /Il 'il 


, . 1 ^ 


,. .t..,. il 


■' 





Lvir 



))'Dans le canton de Champagne-Mouton, arrondissement de Confolens, -et 
dans qirelques communes au nord-est de rarrondîssen>ent de Rufilec, ôit paHe*' 
un autre patois, qui a moins de rapport avec le limousin qu'avec le poitevin', * 
et quî h*est qu*une corruption de ce dernier, et une corruption blieu plufe 
grawie encore du français ». .,....• 

Ceci est confirmé par mes observations personnelles et par la comparaîàdu' 
des traductions de la parabole de Fenfant prodigue, en divers patois delà' ' 
langue d'Oc et de la langue d'Oil '. ... I 

il résulte de ces observations et de cette comparaison que la ligfife de ' 
démarcation traverse, dans la Charente, le canton de La Valette, passe auît'î 
environs de La Rochefoucaud et de Confolens, oblique à droite vers Bellac, 
dans te département de la Haute-Tienne, de sorte que les dètix ders'iiord's> 
de cet arrondissement appartiennent à la langue d'Oil; suit, à quelques kilo^h 
mètres de distance, le cours de la Gartempe qu'elle continue à suivre dans; ie" 
département de la Creuse, sauf quelques légères déviations, jusque vers sdA 
embomchare, près de Maisonuisse. A. cet endroit la ligne descend duaord- au<i 
sud jusqu'à Saint-Hilaire, où elle joint le Taurion, qu'elle rem(»*té juBqu^à» 
sa source 3. J'ignore quel trajet elle suit en s^approchant de l'AuvergAe; ni& 
quel point précis elle atteint le département du Puy-de-Ddme; ioujôursl eit-î/^ 
il qu'arrivée à ce département, elle en suit irrégulièrement les UmitBs ouest 
etaord^. .. -.sm 



1. Voy. Mémoires sur les langues, dialectes et patois^ tant de la France que des 
autres pays, formant le t. vi des Mémoires de la Société des antiquaires de France. — ' 
Paris, 1824, in-8. . , i 

3. J'extrais ces renseignements d'un bon travail que M. le docteur Vincent-^. pUblié 
dans le t. m des Mémoires de la Société des sciences naturelles et archéologiques de 
la Creuse (Guéret, 1861, pag. 356 et suivantes). M. Vincent divise philologiquem'ent 
le département de la Creuse en trois sections 1» la section nord, bordée aii sud par la '' 
Gartempe, et dans laquelle le patois appartient aux dialectes de la langue d'Oi^ ^da. 
section sud, comprenant à peu près Tarrondissement de Bourganeuf et dont le patois ç^. , 
rapporte au patois limousin; 3o la section de Test, comprenant Tarrondissement d'Ai^- 
busson et à peu près la moitié sud de Tarrondissement de Boussac. M. Vincent dît qu'au 
nord de cette circonscription le patois se rapproche de la langue d'Oil et qu'au sud iîë 
se rapprochent de ceux de la langue d'Oc. Mais où se trouve la ligne de démarcatwri ? 
Je regrette de ne pas connaître le mémoire que M. le Docteur vient de lire, au mois 
de juin, au congrès de Guéret. Cette question y est peut-être développée. Je dois faire 
observer que, môme dans l'arrondissement de Bourganeuf, le patois a déjà pris «i>e phy- " 
sionomie un peu différente de celle qu'il a dans le Haut-Limousiu, car. unes certai^Qp, . 
quantité de voyelles finales sonores sont remplacées par Ye muet. . , 

3. Je transcris ici la note suivante, que je dois à l'obligeance de M. Malval,.an<;ien 
chef de division à la préfecture de Clermont, homme érudit et qui a fait une élude riii^'* 
nnlieuse des patois de l'Auvergne : , , ^ . . : / 

« Les limites certaines des langues d'Oc et d'Oil, pour le département du Piiiy^leMii 
Dôme,, sont les mômes que celles du département pour les côtés nord et nord-est. . ^ 

» Saint-Germain, l'Herm, Ariane, Vîverols, Saint- Anthême, Auber appartiennent à 
la langue d'Oc. • . . / ■ ■., 

» Gourpâôre;SainttRémy et Thiers, ciicore langue d'Oc; mais, vers les limites- extrê- 
mes seufiemept du département de l'Allier, le patois a admis une nuance pou se^4^ïlJe . 
de 14 langue d''Oil qui a toujours été celle de l'Allier. ' . * 

» A'thatèldbni Randan, le patois d'Oil domine, mélangé pourtant. • • . . 

» A Aigueperse , le mélange est peu sensible. C'est bien le polois d'Oo ç • mois, à , 



oelUquest et les dialect6s germains. Dâas notre patois, on brosTe autantde 
mOSigeroiains que 4& mots gaulois^ et il seradt bien téttéralre de décider 
si leemots supposés d'origine germanique sont ou non po^érieiirs à là 
GOâquâlelranque. D'aîUeurs, les peuplades cdtiques ou germai«es qui s'im- 
pUnlèrentao milieu de populations nombreuses et àé^ organisées , se fooh 
dirent en quelque sorte avec elles, et de cette fusion résulta FaltératioD du 
langage, non quant au fonds qui était à peu près le même, mais quant à la 
surface, c'est-à-dire dans les désinences et la prononciation. L'important, 
pour la question qui nous occupe, c'est de rechercher quel était le territoire 
occupé par les Lemovices au centre de la Gaule. 

Il est généralement admis par les savants les plus compétents que , sauf 
quelques usurpations d'un diocèse sur l'autre, sauf quelques morcellements, 
DOS anciennes divisions diocésaines représentent les territoires occupés par 
les peuplades gauloises, avant la conquête romaine. « Cette division, dît 
M. Deloche, respectée généralement par l'organisation administrative des 
Romains, adoptée au iv® siècle eomme type de l'iBstitation des diocèses ecolé- 
siastiques, laquelle, à son tour, nous en a transmis l'empreinte fidèle, cette 
division traversa les orages et les désastres des barbares, tout le chaos du 
moyen âge, et arriva jusqu'à nos jours , modifiée quelquefois sur certains 
points de ses limites, mais par exception seulement, et conservée dans sa 
base par l'institution religieuse à laquelle elle avait servi de modète » (p* 8). 

Ce fait explique comment chacune de nos provinces a son dialecte à part, 
dont le fonds remonte, à ce que je crois, à l'occupation gauloise de notre sol, 

En ce qui concerne notre province., ce que les romains nomment la civitç^ 
lemmcemis, c'est-à-<Jire le territoire occupé par les Limousins, était assetz 
bien représenté par Fancien diocèse de Limoges, au moyen-âge» avaiH qu^ 
celui de Tulle en eût été distrait, en 1317, et comprenait ce qui forme les 
départements actuels de la Haute-Vienne, de la Corrèze et de la Creuse ei^ 
leur entier, en outre Nontron et son territoire, dans le département de la 
Dordogne, Confolens avec certaines parties attenantes, dans le département 
de la Charente^ et enfin certaines portions distraites du diocèse par les em-; 
piétements ecclésiastiques. En somme, le grand pagus limousin avait à pei^ 
près la superficie de quatre départements, et était borné au sud par le pagus 
cttturcinus, le Quercy, à l'ouest, par le pagus petrocorinus , le Périgord, au 
nord- ouest, par TÂngoumois et le Poitou, pagus engolismensîs éf pàgus 
pictavus ou pictavensis, au nord, par le Berry, pagus hituncemiSy et à Test, 
par l'Auvergne, pagus arvemicus. 

Ne m'occupant que de la langue limousine, je laisserai de côté lé tracé 
exact que M. Deloche fait des limites du territoire limousin au sud et à Fest: 
La langue s'y confond avec les putois occitaniens du Périgord, du Quercy et. 
de l'Auvergne. A l'ouest, les limites étaient un peu plus étendues que cdlesf 
de notre département. Il résulte du tracé donné par M. Deloche, que, à l'odeçt^ 
le diocèse de Limoges, au lieu de former un angle rentrant comme le dépar7, 
teme&t de la Haute-Viienne, s'arroûdtssait au contraire selon une lignée u» 
peu courbe, tirée de Bussière-Badil, dans rarrondîssement "de Ndntnon, Ma 
Asnières, datis la Viennie, et passant par Confolens. Ainsi qft'on a dô lé'vdir 
au chapitre précédent, notre patois suit à peu près celte ligne. ^ 



LXMI 

quels enfîn elle fut purgée lorsque TEspagne reviat sou& la^omioatioa dCoA 
prince uoique. Cette laogtte, principalement employée par.le$.€ai$ttUaiM$^ le% 
Tûletains> les babitaots de Léon, des Âsturies^ de TËstramadure et de^Qf^, 
nade, fat aussi en vigueur dans la Gallîce, TAndalousie, la Lusitanien et VA* 
ragon, mélangée de temps en temps de vocables étrangers : arabes, français 
et autres. La troisième enfin fut la limousine, usitée en Catalogney dans les 
comtés de Roussillon et de Cerdagne, en Aquitaine, en Occilanie, et jeoto, 
comme le veulent les écrivains espagnols, à la cour même de nos rois. De la 
Catalogne, elle passa dans les royaumes de Valence, de Majorque et de Mjk* 
norqne, en tant qu'appartenant aux princes de Barcelone. 

)) Sur Forigine et Tappellation de la langue limousine, différentes dioses ont 
été écrites par différeais auteurs. Calça (m Ca to^., cap. 1 6)^ Ëscolan^ et André 
Boseh (de UtuL honor, CataL, passim) dérivent son nom de Limoges, ville 
très célèbre de la Gaule, d'où elle passa en Catalogne, lorsque les armées* 
frankes, traversant les Pyrénées, occupèrent ces provinces, arn^ées grossies 
alors de différents peuples, et principalement de cette partie de FOcGitanie,. 
dans laquelle est située la ville de CatalenSy dont les habitants donnèrent levr 
Hom à toute la Catalogne, comme le veulent Catellus et les écrivains espars 
gnols. Quoi qu'il en soit, il est constant que Fidiome des Catalans est; à pfu 
près le même que celui de nos provençaux, qui sont voisins de la Cav^tognat. 
où il fut introduit par les comtes de Barcelone, qui joignirent à leurs étsfts 
le comté de Provence. En effet cette langue eut la réputation d'être si i^eiliet ^ 
si fleurie, si eultivée, si polie, qu'il n'y eut presque aucune contrée où elle.noi 
pàiétràt, alors surtout que les poètes provençaux étaient très estimj^s d^ps 
les COUPS des princes, et que leurs poésies, comm.e douées d*un gef^i/e lorîrtii 
ginal, étaient lues presque partout. Escolan<et Bosch, écrivant aU|S^^t^e 
cette langue, disent qu'elle fut « tant gratiosa^ cortesana, serUentiQsa y ,d,o^ft^\, 
que noi ha tlenga que ab mes breus paroles^ diga mes alts y meillors^ <HmçfS^t^Si^ 
tenint en tôt una viva semblança ab sa mare latina. Ella fonc la que la donà 
Principi al versos^ y rimes que usaron en Roma^ cantant ab elles abso de cfltt- 
sonancies^ las dissonancies de las passions ab aguts y dolços pensamens^ étc «^ 
Ils ajoutent que Pétrarque a souvent introduit dans ses poésies desj^oe^blès' 
de cet idiome, ce qu'ont aussi observé les interprètes de ce j)pète. t\^ 
Mnntaner, qui vécut vers Fan 1300, a donné son Histpîre en cette làngue,^et 
Carbonnel, dans sa chronique, a décrit des tables et diverç actes dii même 
idiome. » ,. . /' 

Du Cange, dans ce qui précède, dît bien que la langue romane çtaît aussi 
appelée limousine, mais les raisons qu'en donnent les auteurs cm'îl jCÎte lié 
sont pas très coBcluantes. Certes Tépithète limousine vient d^iîr?2Ô(/e5,''o?n 
ne se compromet guère en disant cela; mais d^où provient eettëifi|eq^uèi^^ 
confasiop qpe les auteurs espagnols font d^ la ïangjie limousine èfde^^ 



..î' i * '}i;y\iVi ^AV.itt 



1. ce la tercera... lengua ina,estra de las de Espana, es la lemosinjE^^ y mas èeneral 
» c(nô tttdas... por ser'lâ qu« se hablava en Proén2a,-y todà là Guîatyiià.' yiaTfknèîS^ 
» jgotite^7 la 4[ua agofra se habla em^el printi^i/ dé CatolM»;i,de?naold!ftfiVM«fa(àap 



Jaogufi. catalane ' ? Et d'abord ne s6nt-ce que deux appellations différentes 
d?UDe.in$ine langue? J'ai sous les yeux la Chronique de Raymond MmUaner, 
,p^blW^ 9Af Karl Lanz (Stuttgart, 1844), j'en compare certains passages avec 
le texte roman des Coutumes de Limoges, qui sont à peu près 4e la même 
4at^.Ccaiiweiweinenl du xia*' .siècle), et je m'aperçois que, si la physionomie 
diâlâilangue e^ la même dans ces de«x monuments, il y a cependant'des dff- 
.lërenpes notables, soit dans la prononciation ^ soit dans les teraieEi, »)4t toime 
. dai^S; certai«es( tournures,/ et que la chronique dite limoimne deRaymoild Miin- 
l^l^ep peut bien être en catàlao ob en une yariété de catalbn(appelée ^Umgûe 
limou^ine^ mais n'e^t oertaineinettt pas en limousin de noire pays. OtI peut 
/foire yuneobservation de même nature au sujet de la roniancovdite/imo^^ne, 
SAie Bertraod Dugueselin , romance qui est languedocienne* et Mllément 
Umoii&ine« Ceci confirme ce qiii a été dit relativement aux dialectes delà 
langue romane littéraire. Que si l'on admet, comme le veulent Get*tains sa- 
vants, que la llengua lemosina d'Espagne et la langm timoustm du centhre de 
ta France aient été deux dialectes distincts, il faut toujours se demander d'où 
iprûvieat cette appellation commune de deux choses difiPérentes, surtout à 
une distance considérable. Je serais assez enclin à penser que tout le groupe 
roman prit, à un moment donné, le nom de l'une de ses parties, ce qui peut 
très bien s'expliquer par le renom et la faveur dont jonissaie^t les troubadours 
MmousinSk Les différences entre les divers dialectes méridionaux n'étant pas 
.(oiyours très sensibles pour des oreilles étrangères, il dut se passer en Es- 
ipagne ce qui se passe actuellement à Paris , où l'on confond généralement, 
âous les diverses dénominations de languedocien, gascon, provençal, etc., 
les différents patois des contrées méridionales. Ainsi il suffisait, au moyen 
âgey que les poètes limousins fussent admirés en Espagne pour que la dëno- 
Aainatîon de leur dialecte s'étendît à toute la langue littéraire du Midi. Da 
reste c'a été toujours le sort de cette langue de recevoir ses appellations de 
L'uo.de ses dialectes. C'est ainsi qu'on Ta appelée, tantôt langue provençale, 
tantôt langue d'Oc, tantôt même langue gasconne ; c'est ainsi qu^elle Ait ap- 
pelée liniousine. 
«• Je sais bien, dit M. Mary-Lafon ^<que ceux qui ont suiTî Gazeneuve pré- 



1 . Cette confusion a également été faite au xviii« siècle par don Ant. de Cappnany , sa- 
vant- philologue espagnol. Voici le titre d'un des ouvrages qu'il a publiés : « Ordo- 
» naneas de las armadas navales de la corona de Aragon, aprobadas por el rey D. 
» Pedro ly. anno MCcctiv.Van acompanadas de varios edietos y ireglamentos prômnlga- 
» dos por el mismo rey sobre el apresto y alistamienlo de armameatos ifeales y de 
» particulares. Copiadas porD. Antonio de Capmany, con orden de S. M., y vertidas 
» titeral y fielmente por el mismo del idioma latino y lemosino al caJtellano, con 
» inserclon de los respectivos textos originales de cada instrumento. — Tfladrid, 1787, 
» in-4". » 

A la fin du t. n des Mémoires historiques sur la Marine, le Commerce et les Arts de 
Barcelone, par le môme auteur (Madrid, 1779), se trouve un glossaire de mots cata- 
lans qui commence ainsi : 

« Quoique la langue limousine^ en laquelle sont rédigés la plus grande partie des 
instruments vulgaire^ de cette collection, conserve une étroite et originelle an41ogie 
avec la langue française, et encore plus avec la provençale, etc. » 

2. Tableau.de la Langue romano-provençak, — Paris, 1842, grand in-IB., pag. 215. 



LXVI 



CHAPITRE V 

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU PATOIS DU HAUT-LIMOUSIN 



Avant de commencer ce chapitre, je prie le lecteur de vouloir bien se 

reporter à ce que j'ai dit précédemment (chapitre ii) sur Forthographe des 

; patois. Comme je prends pour base la prononciation des mots et non leur' 

élym^ogië; 3 mef suffira d'aâs^er une valeur cdnàtànte a«K ôara^tèfres des- 

Xïnés à reproduire les voix et les articulations. 

§1- 

-Sons et Signes représentatifs. 

4*> Voyelles. 

1" Voix simples : 

A bref, a non accentué — comme dans le français ma, ta, sa. 
A long, â — comme dans pâte ; 

Ë bref, e non accentué, se prononçant toujours fermé, comme dans ,1e . 
français bonté; * 

E ouvert, è — comme dans père ; 
Eu — comme dans heureux; 
I bref, inon accentué — comme dans inutile; 
I long, î — comme dans gîte; 
bref, non accentué — comme dans rotule; 
long, ô — comme dans apôtre; 
douteux, ô (a bref ou o bref, ad libitum) ; 
Ou bref,|(?tt non accentué — comme dans poule; 



prélats, chevaliers, barons et autres, étaient allés s'établir dans la Catalogne. Ce fut au 
moyen de celte transmigration que la langue limousine s'introduisit et s'accrédita dans 
le pays». En réponse à cette explication, voici une note que je copie dans le t. m, pag. 
329 , des Mémoires présentés par divers savans à l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres (Coutumes d'Alby écrites en langue provençale) : 

a Des personnes de mérite, familières avec les vieilles langues du Midi de TEurope, ont 
hésité un moment à admettre que ce monument fût écrit en langue romane catalane. 
Rien cependant n'est plus certain. Les Castillans et les Catalans modernes peuvent bien 
l'appeler, cette langue, limousine, provençale, valencienne, etc., peu importe : ce qu'il 
y a de vrai à dire, c'est que jamais un Catalan contemporain de l'auteur de l'Atlas de 
1375 ne s'est servi de ces épithètes, limousine, provençale ou valencienne* Les anciens 
sujets de la couronne d'Aragon n'hésitaient pas à l'appeler catalane ou catalanesque, 
et Raymond Muntaner, qui, en 132S, l'écrivait comme un véritable troubadour, s'ex- 
prime ainsi en parlant de Roser de Luria et de Coral de Plança, deux braves marins 
dont le mérite et les actions a'éclat ont retenti dans les mers de Catalogne, de Sicile 
et d'Afrique ». 



LXVH 

Oïdong, où;* — comme dans poudre; 

V bref, u non accentué — comme dans une; 

V long, û — comme dans flûte. 

Les voyelles dites nasales sont : an, en, in, oun, un. Elles conservent le son 
fixe de la voyelle initiale : an et en se prononcent comme dans les mots fran- 
çais Antoine, chrétien ; in et un ne se prononcent jamais comme dans les 
mots français fin et chacun; oun n'existe guère en français, si ce n'est dans 
rinterjection boum! 

^.î<> Soqs dçiu^le^ o^4i|^hjil^ongaes, se prononçaj^t d'une •seule émissûanile 
yqis^: .-.^ v.- ., • .. '. . < . . , .• . ' • *• : ' ' ■ ' - ' ' 

Mirr^^cfkuv^e: m eapugooK en italien, en allemand, et dan» rinteijeetîoft 
française aie/ 

Au (imparfaitement figuré aou par certains auteurs) — comme en espa- 
gnol, en italien, en allemand ; ce son n'existe plus en français ; 

Ei, en faisant très peu sentir Vi final ; 

la, iâ, ie, iè, ià (ia ou io brefs), io, iù, iu, iû; 

Oi — comme dans quoique ; 

Ouâ — comme dans couard, que l'on prononcerait d'une seule syllabe; . 

Va, uâ, ue, uè, ui, uî, uô, uo, uô. 

i'* Sons-triples ou triphthongues, se prononçant d'une seule émission de 
voix: 

lai : biai, biais ; 

hu : piau, cheveu ; 

lei : tiei, coquilles ; . , \ 

Ouei : pôtouei, patois ; • t 

Vau : suau, doucement; 

Vuei : suei, sureau. , 

Observations. — Ve dit muet n'existant pas dans notre patois, je n'ae- 
centue pas Ve fermé, suivant en cela l'orthographe du latin, de Htalian et 
de l'espagnol. 

Vô (o douteux) est, suivant les cantons et même les individus, tantôt un 
A bref, tantôt un a bref. Le plus souvent ce n'est ni l'un ni l'autre, mais un 
son intermédiaire très difficile à saisir. A Limoges, ce son est plutôt un o 
qu'un a. 

Eu était probablement une diphthongue autrefois, et il n'y a pas très long- 
temps qu'elle est complètement perdue; car on trouve dans Foucaud eu (avec 
«n accent grave sur 1'^), ce qui indiquerait une diphthongue aussi légère 
qo'on la suppose. La diphthongue eii (imparfaitement figurée eou) est très 
commune dans le bas-limousin et d'autres patois méridionaux. Chez nous, je 
ïe répète, ce n'est plus que le son simple français eu. 



1. L'accent circonflexe devrait rigoureusement embrasser les deux voyelles qui ne 
lorment qu'un son. A défaut d'un caractère spécial, je suis obligé de n'accentuer 



l'en dirai atttânt du son ou. La dipbtfaongue imparfaitement figurée oou 
par lëi aot^rs méridionaux a pu exister autrefois à Limoges. Aujourdliui 
ëilë'fa^estplus en usage, si ce n'est peut-être vers les confins du Périgord et 
du Bti^-Limousin. 

Un des caractères dtstinctifs de Vy en français est de représenter deux L 
BaiiVnn mot, il sert de liaison entre deux syllabes dont la première se ter- 
mine par une voyelle. Il cède, en ce cas, son premier i à cette voyelle et en 
forïnè une diphthongue ; le second i tantôt reste isolé, comme dans paysan 
(pài-isan\ tantôt se joint à la voyelle suivante pour en faire une diphthongue, 
comme dans royaume (roi-iautne), 

D^antres fois Vy tient lieu de consonne. Placé entre deux voyelles, dans 
nh îiiôt, il indique que le son t doit se joindre, non à la première, mais à la 
dernière, pour en former une syllabe, comme d^ns payen(pa'ien). Je n'ai 
conservé Yy^ comme signe représentatif, que dans ce cas. Dans nos mois 
patois corrélatifs des mots français, jamais 1-^ ne saurait avoir le son de 
deux i. ^insi nous disons vouyage^ rouyaume^ et nous prononçons vou-yage^ 
rou-yaume^ et non voui-^iagey roui-iaume. C'est même un de nos vices de pro- 
nonciation lorsque nous parlons français. Ainsi nous prononçons ro-yaume. 

Les'dTphthongues ai et au^ imparfaitement notées aï, aie et aou, devaient 
être' autrefois d'un usage plus général à Limoges. Plusieurs des sons ai et 
au; accentués comme diphthongues par Foucaud et Richard, se sont, depuis 
cinquante ans, adoucis en la diphthongue ei ou contractés en voyelles lon- 
gues, et se prononcent é, ô. L'influence de la prononciation française se fait 
de jour en jour sentir davantage dans le langage patois de nos villes. 

Dans r^ncien français, ai et au étaient des diphthongues qui se sont depuis 
adoucies en è ou 0^ La transformation a été tellement radicale, que les 
' sons ai et au, n'existant plus comme diphthongues, ont pu cependant être con- 
servés comme signes représentatifs, étant admis leur changement de va- 
leur. Il eût été impossible d'en faire autant pour le patois, car les signes ai, 
au eussent représenté tantôt des diphthongues, tantôt de simples voyelles. 

J'ai longtemps hésité à placer le son ei parmi les voyelles simples. Ce son, 

qui jQ^ius est commun avec le Bas-Limousin, est une espèce d'e très fermé et 

très long qui n'est pas tout à fait la diphthongue ei telle que la prononcent 

. Je$ Italiens et les Espagnols, mais à la fin duquel, cependant, Vi se fait sentir 

d'une manière presque imperceptible. Cet i de la diphthongue semble, dans 

■ la plupart des. cas, représenter les consonnes r et 5, surtout l'*, peu en fa- 
y,f^r,âans le Haut-Limousin : meitôdiei, métayer; mettre, maître (en laé. f»a- 
giêter^ plur. meitrei, maîtres ; peitre, prêtre, plur. peitrei, 

■ ,1 L^eSiSOQsia» ie^ etc., ne font jamais qu'une syllabe, dans la poésie comme 
dans le langage usuel. Il y a même des cas où la dernière voyelle d'un mot 
«il la. première du piot suivant se réunissent pour former une dfphthongiie : 
D;iBSiiJi* o,.li- àgue, il y a, il y eut, U- o ne fait qu'une seule syîlabe. 

Du tenips de Dom Duclou, quantité de mots, surtout les substantifs corré- 
latifs des substantifs français en ion, étaient terminés par iou en patois. Cette 



1 .. Voy. LivET, La Grammaire et les Grammairiens au xvi« siècle, pag. 320 et suiv. 



hUxt 

Tels sont les procédés de transcription que j'ai employés. Malgré tout lis 
soin que j'ai apporté à la correction des épreuves, il m'est échappé plusieurs 
inadvertenses. Le lecteur attentif voudra bien me les pardonner, s'il songe 
que c'est un premier essai. 

§2.. 
Physionomie générale du langage. — Apocope, aphérèse, prosthèse. 

Placé sur la limite de la langue d'Oc, le patois du Haut-Limousin a la phy- 
sionomie méridionale : ses voyelles et ses diphthongues sont sonores et éner- 
giques ; mais les consonnes s'adoucissent ou disparaissent, et, sous ce der- 
nier rapport, il semblerait tenir à la langue d'Oil, si, en examinant la nature 
du sol et de ses habitants , on n'était tenté de croire que cette absence et 
cette douceur de consonnes pourraient bien être essentielles au langage. 

Cette partie du Limousin, qui est à peu près circonscrite par les limites 
du département de la Haute-Vienne, a, de tout temps, été un pays pauvre. 
Dans ce siècle, l'agriculture a fait quelques progrès et donné quelque bieo- 
être au laboureur; mais, avant la révolution de 1789, le pays obligé, vu le 
manque de communications, à avoir de .tout, jusqu'à du vin, n'obtenait que 
des produits de qualités inférieures et en petite quantité. La terre ne pou- 
vait nourrir les habitants, dont une partie s'expatriait ou s'adonnait au com- 
merce et à l'industrie. Quant au paysan, il restait attaché au sol et souffrait. 
Mal nourri, mal vêtu, en butte aux fièvres intermittentes, soumis aux cor- 
vées et aux exactions, n'ayant pas pour stimulant la perspective d'un sort 
meilleur, il acceptait sa misère traditionnelle, se résignait chrétiennement 
et s'arrangeait de manière à payer le moins cher possible les maigres fruits 
de son labeur. Était-ce chez lui faiblesse physique ou découragement? 
C'était l'un et l'autre. ï\ manquait de forces parce qu'il ms^nquait de tout, il. 
manquait de courage parce qu'il manquait d'avenir. . , 

Ce caractère apathique de nos paysans, qu'il soit naturel ou calculé, a tou-, 
jours frappé l'observateur. On dirait que leur langage s'en ressent. Us pur-" 
lent comme ils agissent, avec la même lenteur, et semblent ne vouloir pas, 
prendre la peine de s'exprimer. Les monosyllabes abondent dans leur lan- 
gage. Il n'y a point ces consonnes finales si originales, et si vîyeç. dans la 
boucne des paysans méridionaux. L'on peut poser eh principe quç, sauf, les ;^ 
liquides / et r, là nasale" n, qui encore, le plus souvent, fait corps avec la? 
voyelle qui précède, le t euphonique employé comme liaison et dans quelques 
cas seulement, les mots de notre patois sont terminés par des voyelles. Les 
mots ne sont même pas liés entre eux. Vous croiriez que l'effort s'arrête à 
chaque mot et qu'il faut un nouvel effort pour prononcer le mot suivant K Ils 
ont surtout une telle horreur du s, même employé euphoniquement, qu'ils 
ne le font presque jamais sentir dans le courant des mots, lorsqu'il précède 
une consonne. Quant au s final, je ne sais pas s'il existe virtuellement dans 



i. Ce caractère se retrouve dans le Berri : « A Bourges, dit M. le comte Jaubert, tous 
les mots semblent commencer par des aspirations » (Glossaire du Centre, i , pag. 21). 



l6iiV1âiîgît^€?,{Wafe'Je rie confiais* pas decas oùil se fasse seDiir, môme deyant. 
un mot comm^ençant par une voyelle, excepté dans les iioais ide.nokiûbce 
âiës^eq\ieTàn pronoflèe souvent par corruption dtteac, dix-toUiv^t di<fs-f6- 
rvô\' par cbrrtiption dueze^ô^ dix-neuf. 

'C^te particularité est-elle esseft«ielle et remontant à des tenips très recu- 
lés? n'èst-elle au contraire qu'utte corruption de la langue première? C'est 
eé" "qu'il serait dssez difficile d^ décider. Elle peut remonter à des temps 
assez éloignés; elle existait en 1666, ainsi que le constatent les lettres que 
j'atfeproduites en note, page iv et suivantes, et le dialecte vaudois du CQm- 
iHencernentiduxii^ siède ôe rapproche beaucoup de notre patois en ce qui 
concerne certaines terminaisons des verbes. D'un autre côté, il faut remar- 
g^ii^rqij;^ {a pl^tjpart (des patois oçcitaniens ont une foule de mots terminés par 
^ôSîfiOPiSoqpes .et que notre dialecte ferait exception à la règlei 

Si Ton admettait la corruption du langage, il faudrait dire que, non con- 
tint de $e,4é})arrasser des copsonnes finales, le paysan du Haut-Limousin 
ï^égUge en(ÇOT;e la dernière syllabe de certains mots : paU 'mah frai^ père, 
ïoère» frère.. Mais^ encore ici, il n'est pas sûr que ces mots ne soiertt pas 
!primitif$. La forme frai, frère, qu^elle soit apocopée ou non, existait dans la 
langue roipaue; de plus les monosyllabes sont fréquents dans les différents 
dîalecteç celtiques \ et Ton peut se convaincre qu'une grande partie des vo- 
.qibles celtiques qui ont de l'analogie avec le latin paraissent contractés et 
apocopes. Quoi qu'il en soit, je me borne à constater le fait. 
,,..Ain^i le patois du Haut-Limousin tend essentiellement à condenser les 
mots, à n'eri garder que le cœur et* à les terminer par des sons vocaiix. 

Cette proscription systématique des consonnes finales, qui amène forcé- 
ment là rencontre des voyelles, est-elle contraire aux lois de rbarmofiiie ? 
question d'oreille et d'habitude. « Les langues, dit M. Ampère, commencent 
par être une musique ; elles finissent par être une algèbre. » Quelle que soit 
l'autorité du maître, cette assertion n'est pas rigoureusement vraie. Les lan- 
gues 'flhi^i^éiiï ftîèrt par'éiftre une algèbre, en ce sens qu'elles tendent toutes à 
' gàgiiëf en 'èoncî^ion et len énergie, mai$ elles n'abandonnent pas pour cela 
l^s èxïgëticés dfe' Fbreflle. Seulement elles remplacent instinctivement l'an- 
cien système harmonique par un système nouveau. Elles chfintent dans un 
autt'er'tonv'L'biacàis^'OU rencontre des voyelles, mis à l'index par la prosodie 
française, oa'eàt pasi, an «foad^ moUm mâtodieux que la liaison dç§ voyelles 

^ëritreelle^-âaitooy OUI d'Une consonne, témoin la douceur du dialecte ionien. 

'•Ee^ti^'Obë^vatioii'iest applicable à notre patois* Les voyfUeç s'yJle^^t^nt, 
mais on ne peut pas affirmer pour cela qu'il manque d'harmonie. Tout ce 
qu'on doit dire, c'est qu'il a en propre un système musical qnt surprend àime 

''preiriièrë àtfdîtSorii mais avec lequel roreille ne tarde pas à se,fai»ilferjser. 

iff i L^.r^gW dé ÏTijalùs h'est cependant pas si générale qu'elle ne soufirebien 

c\.qui^iqj»e»iesxi3ç.ption$.,tà'prpg^^^^ est venu avec le temps, et le peuplé a fini 
par faire tout à la fois de la. musique et de l'algèbre, pour me servir des ex- 

npFe&^u$r4c,M...An^€jve. Déjà deux procédés principaux destinés soit à 

-".»-'f »' : /s V , ■ ■! ■ . t i! T . • ., . . ; .,.'.' 

i. Voy. Edwards, Recherches sur les Langues celtiques. — Paris, 1«44^> in-S". . 



LX'XV 

sur 0, mais, dans le langage, il n'y a aucune différence de ton entre les deuK 
voyelles. Les deux e de pebre^ poivre, ont une prortonciation identique^ et 
cependant pebre, à la fin d'un vers, fait une rime féminine. C'est ce qui exi-n 
plique comment nos rimailleurs patois font si souvent des versfaux, soition' 
prenant des rimes féminines pour des rimes masculines, soit en terminatit 
leurs hémistiches par des voyelles sourdes. Foucaud lui-même est souveni 
tombé dans cette erreur. 

Quanta Taccent grammatical, il disparaît aussi. Dans le food d^3 t^X^-r.i 
pagnes, la pénultième des substantifs, des aidjectifs et des participes {)^^és^, 
féminins est très ouverte : eimâdOy fââo^ eicunlâdo; à Limoges^ elle est 
devenue presque brève, et a cédé une partie de sa force à Vo final, qui se; 
prononce très purement. Le même phénomène se fait remarquer dans la 
pénultième de certains temps des verbes : peche^ puisse, faze, fasse, etc. 

A défaut d'un signe particulier de notation que j'ai eu le tort de ne J)as 
employer, je puis donner, relativement à l'accent tonique, la règle (le lectiire;. 
suivante : . . i . 

Lorsque la voyelle finale d'un mot patois a pour corrélative en français uq,; 
e muet ou une terminaison muette (ils vinrent, ils firent, î venguèren^ î foguè- 
ren), l'accent tonique est sur la pénultième. Il est sur la dernière voyelle, 
lorsque le mot patois est corrélatif d'un mot français terminé par une voyelle 
sonore : einei, ennui, chambo^ jambon, eimâ^ aimer, veni, venir. 

Il découle de cette règle que le root patois peut fort bien se terminer par 
une voyelle longue grammaticalement, et cependant avpir Vaccf^t( tonique 
à la pénultième. C'est ce que l'on remarque dans les pluriel^ de^taubs^;^^!!^^ ,. 
féminins eno et en 6, et dans les pluriels des substantifs masculins en ^, . 
Dans fennâ^ lèbrei^ omei^ l'accent tonique doit porter sur la première syllabeir 
et ces mots forment des rimes féminines. Il en est de même pour les adjectirfe 
et les participes. 

Nous avons vu quelles sont les bases du système harmonique de notre 
patois : la rencontre fréquente des voyelles et l'appui de la voix' sofï^la^"! 
dernière syllabe sonore. Une particularité assez remarquable compléta bè'P 
systèfflfte; c'est, en certain cas, la mutation de la voyelle o« de ladiphthbttgrie^ 
radicale des mots. . ' • -I 

De là, ces règles générales : ' • i 

Les jsub;staDtifs,^djecttfs ou paarticipes fémifiinsieoi^^tqliloiiiblaipënDdtrèmk 
enabref^ changent, au pluriel, eet aen^ urabo^^ ranre, fA^jrébé4 cAoî^mjchèwré/jb 
plw (Mhfc^ bechaéio\béc2LSsei pi. backôdâ, dmado^alméejpicBimôdâM .'juj^nioî 
La- dipbthongue ai, au singulier, devient ei au pluriel c aipa, etfu^'pi. -wgitôjji) 
La diphthongue au devient ô : baujo^ jauge, pi. bôjâ^ d(mço\ gC4isse, pi. dt^dV'' 
chduo^ chose, pi. (Mzâ, • - »t i f - :t 
La diphthongue au^ pénultième des substantifs ou adjectifs témîÉi»slBr+*«:î 
rainés en ^, se contracte aussi en ô, au pluriel : pauze, pouce, pi* pdseï.diaifijq 
ici, c'est moins une loi euphonique qu'une altération cLe. pronofîciai}on;du^(ii 
l'iafluence du français. Quoique j'orthographie n'auU^h vlautraU im?us,oV,w^i r 
ou fait peu.«^tir la4iphtbo»gue. Cepewiant, dans autmi *u|tne§, ièi^^ <f^t t^hHr 
sensible. . / l o..r-.f;,-i 



loujour deu Rampûn, le jour dés Rameaux, det6 bouncaêtAi dvih^u^oété ». 
L'auleur nVt-îl voulu parler que de certains scnsHliûlectes? Tout ce. que j;e 
sais, c'est qu'aujourd'hui ont dit dô et non deoUi^ dans rarrandisseineRt de 
Limoges. 

Il est possible qu*autrefois de), ô^ se prononçassent dau^ au. Dans la traduc- 
tion de la Parabole de Tenfant prodigue, insérée au t. iy des Mémoires de la 
Société des antiquaires de France, do, du, ô, au, sont orthographiéife daû, 
au, ce qui indiquerait une diphthongue. Cependant, en ce qui concerne la 
véritable reproduction des sons, il ne faut avoir nulle confiance dans cette 
traduction. 

Le son ou de lou, Vo delo s'élident devant une voyelle : Vome, l'armo; Vil 
(lu pluriel féminin là s'élide devant un substantif commençant par un a ou 
un 0. Devant une autre voyelle, tantôt il s'élîde, tantôt ne s'élide pas : Veiffd^ 
les eaux, l'ostenct^lts ostensions, là ônour^ les honneurs. Le pluriel masculin 
loû ne perd jamais sa voyelle : loû omei^ loû efan, les hommes, les enfants. 

Dô, des, ôj aux, ne sont jaoïais remplacés par la préposition suivie de 
Tarticle : dô autrei, ô autrei, des autres, aux autres. " ' 

Va du pluriel féminin /a, est remplacé par un è très ouvert dans î'a^'ron- 
dissemenl de Rochechouart et dans une grande partie de celui de St-Yrîeix. 
Cette observation s'applique également ii tout mot terminé par â long : té 
/mn^, les femmes; eÎTTKè, aimer; etc. 

Dans un, uno. Vu initial disparaît très souvent» et Ton dit 'n, no. . ' ' ' 

3° Substantifs^ adjectifs^ pwticipfis^ , . „. 

Les substantifs terminés par une voyelle ou une diphthongue, allongent 
cette voyelle au pluriel : ange, ange, angei; boutou, bouton, boutoû. Les subs- 
tantifs féminins terminés en d ont le pluriel en â:lo fenno, là fennâ. Lors- 
qu'ils sont terminés par une autre voyelle, ils allongent cette voyelle : lo lèbre^ 
le lièvre, pi. là lébrei; lo poueizou, le poison, pi. lâpoueizoû. 

La terminaison o des substantifs féminins et de quelques substantifs mas- 
culins, comme emplanco, présomptueux, oustieiro, vaurien, correspond à la 
terminaison a des dialectes littéraires romans, de ritalieu et de FespagnoL 
Est-elle moderne, ou remonte-t-elle à des époques reculées? Cette terminaison 
étant presque générale dans les patois du Midi, on ne s'expliquerait guère 
comment le changement de l'a en o ise fût opéré simultanément sur tous les 
points de la langue d'Oc. On a vu, page xli, que déjà, au commencement du 
xvi« siècle, on écrivait memoriosyo, par mentoriA syâ. Voici ce quQ,.<)isait 
à ce sujet, en 1753, l'abbé de Sauvages, auteur du DiciiQnnaiJ^ lmg'i(»^çpm : 

(c Tous les substantifs féminins setertntiiaient autrefiitô^ dan^ p^.piiWpces, 
eno. Cet usage a changé depUlfe eilvîronl un .siècle (c'«estrii-dire.y.erR,li6^P), 
dans une partie du Bas-Languedoc, où l'on a fait ces môm6ft<su)}(t9^f$,jQi^,a. 
On s'est rapproché en cfela de la t^minaisoD ^queii^osinop/s .f)qi|^n,(}^^in 
et dans la langue romane , terminaison qui s'est perpétuée dans l'idiome 
auvergnat». 

Cette dernière assertion aurait besoin d'être térifiée* car, dans lés^oèiiyres 



tXXYllI 

de Ravel, poète auvergnat qui, il est vrai, est notre contenjporain, la termi- 
naison féminine est notée e sourd, quelque chose entre Vo et Ye muet, de 
plus cette terminaison est représentée par o dans la traduction de la Para-^ 
bole de l'enfant prodigue en patois d'Âurillac, et par ô dans la même traduc- 
tion en patois des communes au sud de Clermont-Ferrand ^ ; mais il n'en est 
pas moins constaté que, avant le xvii^ siècle, certains substantifs féminins se 
terminaient en o et non en a, et il n'y a aucune témérité à conjecturer que, 
au temps où fTorissait la littérature romane, les dialectes rustiques du Midi 
avaient la terminaison o parallèle à la terminaison a des dialectes littéraires. 

Ici je devrais placer un tableau comparatif des terminaisons françaises et 
limousines dans les substantifs analogues ; mais ce travail me mènerait trop 
loin. Je me coiitenCerai de faire quelques observations. 

La terminaison ie de certains substantifs français a pour corrélative, dans 
notre patois, tantôt la diphthongue io, tantôt la terminaison dissyllabique 
iyo(i'yo). 

Premier cas : maladie, môlaudio^ compagnie, coumpdgno^ buanderie, bu- 
jandôrio^ maçonnerie, môçounôrio^ mairie, mèrôrio^ lingerie, linjôrio. messar 
gerie, meissdjôrio, tuilerie, tuilôrio, litanies, letegnâ, menteries, mentôriâ^ etc. 

Second cas : Amphibie, amfibîyo^ comédie, coumedlyo^ folie, foulîyo^ Italie, 
Itôlîyo^ patrie, pôtrîyo^ Tobie, Tobîyo^ Russie, RiLssîyo^ etc., etc. 

Les substantifs français en a/, au^ aud^ aut^ aux (sans e), se terminent par 
au en patois : cheval, chôvaii^ poitrail, peitrau^ levraut, lebrau; excepté bal, 
qui e^ identique en patois. Les substantifs français en el ou eau sont en 
eu dans notre patois : château, châteu^ chapeau, chôpeu. H y a cependant 
quelques exceptions en ce qui eoneerne la terminaison el ; ainsi miel se dit 
miaUy ciel qui se dit ceu à Limoges, se dit eiau ou ciô dans certaines con- 
trées ; mais je n'en connais pas en ce qui concerne là terminaison eau qui a 
toujours pour corrélative la terminaison patoise eu. Lorsqu'un Limousin teût 
savoir si les terminaisons au, aud^ aut^ aux d'un substantif français doivent 
être ou non précédées d'un e, il n'a qu'à traduire le mot en patois : il ne* ItoC 
pas d> lorsque le mot patois se termine par la diphthongue au; il en faut 
un lorsqu'il se termine par le son eu. 

Certains substantifs ont, dans notre patois, un genre autre que leurs eoi^ 
relatifs en français. En voici quelques exemples : 

SUBSTANTIFS MASCULINS EN PATOIS ET FÉMININS EN FRANÇAIS. 



dete 

ôfâ, 

eimage 

eimâri 
enquai 
glia 
gouvèr 



BOMAR. 

deute, depte, maso. 
afar, maso. 
image, fém. 

armari, maso. 
escaire, it, 
glas, it. 
govern, il. 



ANCIEN rBANÇilS. fRANQAIS ACTUEL. 

dette 
afaire, maso. affaire 

image, maso, dans image 

Brantôme. 
armaire, masc. armoire 

escaire équerre 

glace 

gouverne, conduite 



1. J.-B. BouiLLET, Description de la Haute-Auvergne.— Paris, 1834^ in-8, pag. 185. 



LXXIX 



PATOIS. 


ROMAN. 


ANCIEN FRANÇAIS. 


FRANÇAIS ACTGKL. 


ôli 


Oli, iU 




huile 


orguei 


orgues, it. 




orgues 


rencountre 




rencontre, masc. 


rencontre 


pôrei 


parelh.masc. 




paire, couple 


teule 


teule, iL 


iieule 


tuile 




SUBSTANTIFS FÉMININS EN PATOIS ET MASCULINS EN 


FRANÇAIS. 


PATOIS. 


ROMAN. 


ANCIEN FRANÇAIS. 




auto 


autan, masc. 


auton, masc. 


autan ., , 


bechôreu 






bécassine 


côrosso 


carruza, fém. 


carosse, fera. 


carrosse • ' 


cherbe . 


(carô^, maso. .. 


chanwe, fém* . o 


HcMaawrtt^. - :.. • •"- 


chifro 




cô^rfi.fé^ . ... ., 


cW.fffP. -.u-.l, ., . 


eipijo 


espiga, féni. 


i ' 


^Pi ' . i 


eitahcho'^ 


^ estimè,TiaiSC. ' ' 


èétûHèhe',m:> ''^ 


■ ëtàW^''^^'-" '-' 


gourgeiro 






■gosier ' 
fierre 


liero 






luro 






leurre 


lèbre 


kbre, fém. 




lièvre 


mkulo 






milan 


meissunjo 


meissonga, fém. 


mensonge, fém. 


mensonge ^ 


mônôbro 






maneuvre, wivrier^ 


poueiwu 


poiso, fém., potion. 


poison, fém. 


)oison 
e reste 


loresto 


resta, fém., pause. 




Ur 


serp, fém. 


serpe, fém. 


serpent 



Nous n'avons ni ces diminutifs ni ces augmentatifs qui abondent dans les ' 
patois provençaux et dans la langue italienne. ' ^ 

Jours de la semaine : Dilû, dimar^ dimeierei^ dijâ, divendrei^ dis^ei^'^ 
diômen; en breton : dilun^ dimeurs^ dimerc'her^ diziou ou diziami^ kigwener 
dirgwener^ disadom^ disûl (jour du soleil). 

Noms de nombre : un^ doû, treiy qtiatre, cin^ chiei^ se, hue, nô, die^ ôunze ' 
ou voume, douje^ treje, quatorze, quinze, seje, diei-se, diei^z-hue, et par cor- 
ruption dusi'Ze, diei-z-e^ô, et par corruption dueirZ'er-nô, vin, trente, quô^^ 
ranto, cinquanto, seissanto, seissanto-die, quatre-^in, quatre-mn-die, Cen, ' 
mifo, etc. 

Les adjectifs et les participes sont soumis aux mêmes lois euphoniques ou 
grammaticales que les substantifs. Observons toutefois, en ce* qui concerne 
les participes passés joints à un iuûnitif avec lequel ils ne forment en quelque 
sorte qu'un seul verbe, que, contrairement à la syntaxe française, ces parti- 
cipes sont variables dans notre patois, et se rapportent au régime du verbe : 
Vai fachû fâ, je Tai faite faire ; l'ai vougudo segre, je l'ai voulue suivre ; l'ai 
vengudû veire^ je suis venu la voir ; lo sai nado troubây je suis allé la trouver. 





3° Pronoms. 




s personnels. 






PAI0I8. 


ROMAN. 


FRANÇAIS. 


iô 


ieu 


je 


me 


me 


me, moi 


mû. 


nos. 


nous 



LXXX 



FATOli. 


ROMàM. 


FliiMÇilS. 


tu 
te 
voû 


tu 

te, ti 
vos 


tu, toi 

te 

vous 


ô(i) 

h 

lou 

i 


el, elh, il 

li, lui 

lu 

els, elhs, ils 


il 

lui, à lui 

le 

ils 


elo, lo 
li 
elâ, là 


ella, la 
li, lei 
allas, las 


elle 
à elle 
elles 


lour 


lor 


leur 


se- 


se, si 


se, lui 


en, nen, ne 
î,lî 


en^ne 
y, hi, i 


en 

y 



Le pronom de la 3® pers. se est souvent substitué à lui : qu*ei se qu'o fa co, 
c'est lui qui a fait cela. Degu n'ei tan sôben coume se^ personne n'test aussi 
savant que lui. Dans les cas semblables, on ne se sert jamais de Zt, l»i. Cet 
idiotisme nous est commun avec le Berri : c'est soi qui m'a dît cela. 

Lo, là sont des formes apocopées i'elo^ elâ. 

Le pronom impersonnel il se rend toujours par co^ ce : il pJlieiit,.il tonne, il 
fait des éclairs, etc., co plô^ co tomo^ co eilaugio. Nos gens du peuple qui 
veulent parler français disent : ça pleut^ ça tonne^ ça fait, des éclamf, . 

Pour rendre on. Ton se sert quelquefois de un avec la 3® pers. du sin- 
gulier : un di, on dit ; mais le plus souvent on emploie la forme latine, c'est- 
à-dire la 3® personne du pluriel : î dizen, ils disent. 

Après caucu^ degu^ on met souvent le verbe au pluriel : caucu lou m'an gu, 
quelqu'un me l'a volé ; degu noû eipargnôran, personne ne nous épargnera. 

Le pronom de la 1" pers. iô^ je, se supprime très souvent: Lî vd, j'y 
vais ; sai vengu, je suis venu. Le pronom impersonnel co, il, se supprime 
également : Fô fâ co, il faut faire cela. 

2® Adjectifs et pronoms possessifs : moun^ toun, soun, nôtre, vôtre, lour; 
mo^ to^ 50, nôtro, vôtro, lour;meu, teu, seu, nôtre, vôtre^ lour; mio, touo^ sono,' 
nôtro^ vôtro, lour; leu meu^ lou teu^ lou seu, lou nôtre^ etc. ; lo mio, lo touo^ lo 
""souo^ lo nôtro^ etc. 

Lorsque le verbe être^ signifiant appartenir, est suivi des expressions à 
moi, à toi, à lui, etc., ces expressions se traduisent quelquefois littéralement 
en patois, mais elles se rendent plus communément par les pronoms pos- 
sessifs meu, teu, seu, mio, touo, souo, etc. : ce livre est à moi, queu libre ei 
meu^; ital. cotesto libro e mio; espagn. este libro es mio; lat. hic liber est meus. 

3** Pronoms démonstratifs. Il n'y a pas très longtemps que ces pronoms 
ont subi l'aphérèse. Dans la seconde moitié du xvii« siècle, on disait encore. 



1. Dom Duclou mentionne une autre forme de cette personne; c'est eu, que Ton 
prononce eou d'une seule syllabe. Cette forme peut exister sur les confins de la Cor- 
rèze et du Périgord; elle n'est pas en usage dans Tarrondissement de Limoges. 



\G^, 



BAOT-UMOCSIN. 

iô sirio vengu 



vaque 
venei 



PASSE. 

rOITEVIR De CHEr-'B0U7Q?ISIb / 

i are venul, etc. 

veas 
venez 

SUBJONCTIF 



i tMKÇA«8. 

je serais venu, etc. 

viens 

venez ^ ^ 



que iô vente 
que tu veniâ 
qu'Ô venie 
que non venian 
que voû veniâ 
qu*i venian 



qtl 1 vengQ 
que tu venges 
quMgll venge 
(|U i vengeons 
que vous vengez 
qu'igUs venant 

IMPARFAIT. 



que je vienne 
que tu viennes 
qu'il vienne 
que nous venions 
que vous veniez 
qu'ils viennent 



que iô venguesso ou venguei qu'i venisse 
qus tu venguessâ que tu venisses 

qu'à venguei qu*igll venisse 

que noû venguessan qu'i venissions 

que voû venguessâ ou venguessei que vous venissiez 
qu'î venguessan qu*igllsvenissent 

PLUS-QUE-PARFAIT. . v , 

que fuguai vengu, udo, etc. qu'i eyisse venut,etc. que je fusse venuy etc. 



que je vinsse 
que tu vinsses 
qu il vînt 

que nous vinssions 
que vous vinssiez 
qu'ils vinssent 



VER&ES Ëiv m. 
YOU L E! , VOU LOI II. 



INFINITIF, 



voulei 



vouloir 

PARTrCiPE PRÉSENT. 

voknon vanb.'n- \<mUml 

PARTICIPE PASSÉ. 
mugUi udo v'iul 

INDICATIF 

PRÉSENT. 

i vaux 



vouloir 




voulant 
voulu 

je veux 

fu veux 
il veut 

nous voufons 
vous voulcx 
lis veulent 



|ï* voaUb 

i\ Viiukut 
pi^Qs vouIhmi> 

«s V0«li07 



XCll 

Ml ./ 


PARFAIT 


SIMPLE. 




ROMAN. 


II4DT-LIMOC8JN. . POITEVIN DK tUEF-BOCTOSSK. 


rKANÇUS. 


! i .1 /" l 1 , 

volet, vole « 


iô vouguei 
• itu vougfu>èrei . 
ô vougue 
noû vouguèren 
voû vouyuèrei 
î vouguèren 


i v'iit 
tu v'iit 
igll v'iit 
i v'lirions 
VOUS v'liriez 
iglls v'iiriant 


je voulus 
tuvoulys . • 
il voulut 
nous voulûmes 
vous voulûtes 
ils voulurent 




PAHFAIT, COMPOSÉ. 




ai volgut, etc. 


ai vougu, etc. 


i ai v'iut, etc. 


j'ai voulu 




PWJ8-(^UK- 


-PARFAIT. 




avia volgut, etc. 


vio vougu, etc. 


i avais v'iut, etc. 


j'avais voulu 




FUTUR. , 




voirai 

voiras 

voira 

volrem 

volretT, 

volran 


iô voudrai 
tu voudra 
ô voudro 
noû voudran 
voû voudrei 
i voudran 


i vaudré 
tu vaudras 
igll vaudrai 
nous vaudrons 
vous vaudrez 
iglls vaudront 


je voudrai 
lu voudras 
il voudra 
nous voudrons, 
vous vroudrez 
ils voudront 




CONDITIONNEL 






PRÉSENT. 




volria, vorria, volgra iô voudriç 
volrias tu voudriâ 
volria ô voudrio 
volriam nç$l voudrian 
volriatz voû voudriâ 
volrian , t voudrian 


i vaudré 
lu vaudré 
igll vaudret 
i vaudrions 
vous vaudriez 
iglls vaudrîant 


je voudrais 
lu voudrais 
il voudrait 
nous voudrions 
vous voudriez 
ils voudraient 




PASSÉ. 




auria volgut 


Vôrio vougu 


i are v'iul 


j'aurais voulu 




IMPÉRATIF. 




vulhatz 


veliâ 




veuillez 




SUBJONCTIF 






PRÉSENT. 




vuelha 

vuelhas 

vuelha 

vuelham 

vuelliatz 

vuelhan 


que iô velie 
que tu veliâ 
qu*Ô velio 
que noûvelian 
que voû veliâ 
qu'î velian 




que je veuille 
que lu veuilles 
qu'il veuille 
que nous voulions 
que V0U9 vouliez 
^ qu'ils veuillent 




IMPARFAIT. 




volguesl 

volguesses 

volgues 

volguessem 

volguessetz 

volguessen 


que iô vouguesso 
que tu vouguessâ 
qu'Ô vouguei 
que noû vouguessan 
que voû vouguessâ 
qu'i vouguessan 




que je voulusse 
que tu voulusses 
qu'il voulût 
que nous voulussions 
que vous voulussiez 
qu'ils voulussent 




PLUS-QUE- 


PARFAIT. 




agues volgut, etc. 


queguesso vougu, eic. 




que j'eusse voulu,etc. 



1. Dans les poésies des Yaudois. 



kWv 



■M' 
1!'» 


rcndriam 
''réndriatz 
^^mdrian." " 


7i(?tt rendrian 
voû rcndrià 
t tendrian 

PARFAIT. 


nous rendrions . 
vous rendriez 
ils rendraient 


"'''^duîHhréndttt 


{Jn'o r^wiw 


j'aurais rendu 


' * 


,,,.,, •■ , . . • I 


IMPÉRATIF. 






ren 


ran 
rendit 


rends 

rendons 

rendez 


•lin 


MJ . '\ ••■ . 


SUBJONCTIF 




?'S\ 


,.,)•» .-:.• ■ . • 


PRÉSENT. 




- 1 


renda 

tmfndds 'i-'- * 
^ir^ndç^i. / ^ ,( -. 
. rendam 
' réndatï>" " ' ' 


que iô rende 
que tu rendâ, iâ 
. qu'ô rende 
que noû rcndan, rendian 
que voû rendâ, rendiâ 
qu'i rendan, rendian 


que je rende 
que tu rendes 
qu'il rende 
que nous rendions . . 
que vous rendiez 
qu'ils rendent 


îii 


î •!. '•; 


IMPARFAIT. 




î". 


\'¥ènêtès '^ ' ' ' • 
rendesses 
T^^fAei . .. .. 
rcndessem 
^'ràîàëssét^ ' 
mnèessm ■ » 


que là rendesso ou rendei 

que tu rendessâ 

qu'ô rendesso, rendei 

que noû rendessan 

que voû rendessâ ou rendessei 

qfUt'l rendessan 


que je rendisse 
que lu rendisses 
qu'il rendit 
que nous rendisaîAQ^ 
que vous rendissiez 
qu'ils rendissent 


.v, 


>..::•'•• 


PARFAIT. 




,\> 


tLÎ(J^r&ndut, etc. 


que Vaye rendu, etc. 


que j'aie rendu, etc. 




ir« ..■• ' ' / ' 


PLUS-QUE-PARFAIT. 




•^^' iigfti^s'f^^ffw^etc. 


que guesso rendu,eic. 


que j'eusse rendu, etc 



-SiM? île 



j[ilfûi.q|^'Q{^,puiçse^ com^ne en français, classer nos verbes patois» sous; 
qi^^tçe cçinju^aisons (Jifférentes, il esta remarquer que ces coi^iigwson«.»e. 
s^ C(^fje^popdeut pas toujours dans les deux langages. Les verbes- patois 
ôp^^:yfJ\fimt^î e^t ^n d ou eu I sont bie», il est vrai, presquOi toujouva conré-: 
mjjÇSjfies yp/lje^ français analogues en er et eiï tr, mais les verbes ea aï. et 
euj;;ç s'^pa^np^t^ s/^piV wt de^ conjugaisons françaises en oir eteoMr^ dans 
leg yei;bes qo,9g;çnères, Ainsi voir (anc. fraoç. veir^ rom. uezar) est de la- 
trpisième cpnjjugfiisQn ep frauçais, et se dit en patois veire, de la conjugaison 
ei] re. jCepepdaptle conaposé àpercevei, apercevoir, est de la conjugaison en. 
c'j,,)fte\j«](^ine plusieurs verbes français en re sont. corrélatifs de verbes patois 
eu,,)??. ,jPrepdre et ses composés font preneU entreprend^ deiipreneit etc., 
faire, falri^ et fil, pîiHi'e, pascei^ naître, nçiiscei^ etc. Du reste Rj^^oiiard, 
d^ns sa gramm^^jre du roman littér^re^ ;*ét^nit sous une seule conjugaison 
les verbes ep, er et les verbes en re, contrairernent à Hugues Faydit qui, 
suivant I4 jgrammaire latine, établit quatre Qonjugjaisons romanes, ar, er^ ir 
et endre. 

La conjugaison française, que les grammairiens calquent, à tort ou à rai- 
son, sur la conjugaison latine, n'est pas non plus correspondante des verbes 
latins, pour les vocables analogues. Les verbes latins en ère bref, par 



exemple, se distiibueut inégalement pai^i les quatre sortes de ctJtïjligai- 
sons françaises : sîatnere fait statuer; convertere,, convertir; sà/?^rj^,;^î|voir; 
tendere, teadre K Au surplus, nos formes verbales se francisant vde. irfus en 
plus à cause du voisinage de la langue d'Oil, il serait assez difficile d'établir 
des paradijgmes certains des quatre conjugaisons. D'ailleuf^ç» j|^ ^'pçcupe 
ici bien plus de la physionomie de notre patois que de ses formes gramma- 
ticales. Je me bornerai donc à quelques observations. 

Les articulations <? doux (z) et s dur (ss, ç\ lorsqu'elles précèiikii^ti Klaus 
certains temps des verbes, la voyelle ou la dipblbongue finale, se^ éhmigent 
très souvent, ad libitum, s douic, eu jf dQUx, et ss (ç;, en ch : Digio, pour 
disiOf disait, finieho, finissait^ etc. J'ui déj^ parlé de notre répulsion pour les 
sifflantes. . ^ ,,yç 

Une autre règle* euphonique concerne le» verbes en i. Lorsque là^lroyelIe 
pénultième des verbes français en ir est ou, ce son est u dans les verbés'^^htois 
correspondants : s'assoupir, s'ôssupî; bouillir, bïiliy et les comppèiq;^.^ efez- 
buli, etc.; coqvrir, cubrî; fournir, furni; fourbir, furbî; mourir, mut%;\uouv- 
rir, nûrî; ouvrir, dûbrî; pourrir, piiri; spufifrir, sm/tî. Cependant éblouir fait 
eiblôzî; courir fait courre, comme dans l'auçieA français, et est de,l<^,(^nju- 
gaison en re. ' ' -^ ' 

Si l'on suppose que les consonnes finales cKistent virtuellement à ja fih de 
nos îùtïùes verbales, il faut dire que ces consonnes ne se pronoi^ccïn^. p^s et 
ne servent qu'à n)odifier la voyelle qui précède. Âiosi le r final ne tarait ^'al- 
longer la voyelle des infinitifs : eimât prenez, cubrî; le s rendrait longues les 
voyelles des secojîdes personnes du singulier et dtk pluriel : t^,eiwAf,mJ^^''nd, 
tu aimes, vous aimez, tu venguèrei, voû venguèrei, tu vins, vous vîntes, etc. ; 
le t frapperait la voyelle de l'accent tonique : ô vengue, ô /ggfîiç^ i|t yiji,t;,^,y fit, 
vengn, eima, venu, ainié, etc. 

Maintenant est-il sûr qu'au moyen âge les consonnes finales se soient tou- 
jours; pi^olïon(?êeé?il en u pu être aihsl dans ïè plus gi*and riôtnhifé 'M'Hta- 
lettes' rofti^s ; mûrs le dialecte dans lequel sont' écrites lé^'p6èyîës'vTO^ 
doises^ s'il'fotft ^'eh tenir à leur transcription, semble; eMe'jplu^l^iir^^ltf^Y 
lartiés que j'ai fndl^rtées page L, n'avoir ^ 
fôriBes«verbîl!esf. il réstfKe du' relevé que ; 

dans» ces pOés?e^ ijtre ia 3«' personne dti sins, ..^ ^^..^.^ ^.-.^.- - 

befe eh rfr-se termine toujours par è et iion par d': 'aqtâskT'^cii^i/cmW^^^ 
ù^mmtû\^^êe^lkt)è, délivra, âm., dbhi1a,''i^ngf6nr^V''fe^géWfbv'^ 
germene;- gei»tna,'^<în;V, mangea, mow^<2;,to*onia, paw^^ pl^b'i;p^c/^Vp^^ 
porw, porta, retvme/retôtitm, rertucïi^ rèsfàiiicltà. Dé méte'é iieè'{jdPtid)^eâ^^ 
pas^ semblent irrégulîers et ne soin brdinairëment terînînés\l|i^^ 
voyelle : nâ, ïïé^'represà, reprise, scampà, répandus, em'eigndy enseiVï^e,^ i/arâ^il' 
gardéevAS^dSto, i^onté, poHa/porté, scripta, écrite, /brma, ï6M^\'âÛH,'iïO%y 
rés, acomfpa^rta'y aeiriômpagnéc; compH, accomplis, ôffinkii, oSetiie/dpèif^M\' ^ 
opprimés, argu\'m, fefô; Elifm quelquefois les secondés pèréontiës'dil'pWH'eï,' 




Voy. Mémoire^ »H;r.lckc<ii9iv,gaisov^ françmse, cothsidértée ' sous le. rapport étymolO" 
(jiqtie, par M. Aug. Scheler'.— 18-15, brochure in-'i". 



là-bas, su, en su, là-haut, deçai^ deçà, delaU delà, .%'oîl, d^s.spiiÇp^.^r:4,,fl^r- 
rière, de for o, dehors, etc. ' ,a •> 

P/o, ôbe^ oui, ôbe, ou bien, noun gro^ non point, mâchiei, mais si, .m^iieè, 
mais non, fre/e?M, peut-être, querèque^ gueriâque, sans doutç, /?/ ço e^* de r^;(, 
sinop, d fre iou,, ô be de ton, ou enûn, àrqi (Dom Ducl.)»., encore., derçfjht^jf, 
aussi ;dréji (^, loi aussi, etc. „ . ...:.j, 

Ma, précédé de la négation, signifie tantôt à Tinstant : n'ein^re.wiî^i'iepjU;^-^ 
l'instant, je viens d'entrer, un ne lève ma lou cuber, on ne. vient que de.levj^' 
le couvert , tantôt seulement, comme mâquan : n'i q ma s^ ou mâquç^^s^y 
il n'y a que lui. , ,.., : ..., 

Nou ma a le sens de excepté : n'i- a degu non ma se, il n'y a. personne, si ee 
n'est lui, il n'y a que lui. ^ 

La préposition française avec se traduit asseï; rarement par .^e^dua^e. 
Je dis s^ traduit parce que je croi^ que àve, Ôveque ne sont pas dan^>l^>géx)ii^ 
de notre dialecte et ne sont que des intrusions récentes^ Le plfu^; sqvvv)^^); joi{ 
se sert de coumo (lat. Gum\ devant un nom de personne, et .de.|ei»,,.f|i-(2, 
devant un nom de chose : vaque coumo ma, viens avec mot; iVi?io. qtim^en 
soun nâ^ yoÂs celui-là avec son uex ; en-d un sedou, avec .va litçetv . . r ; . " 

Plû Qixptl s'emploie souvent pour jamais ou pas eucqre : ne lau via\pi^,iimi 
jene l'avais pas encpre vu, ie ne l'avais jamais vu. . . ,,.;•? 

Excepté se rend par^oc^ 4«, el plus, ordijauaireinent paç nMr«^a.pa?y»ff«(Ç^ 
de : &ÔCO de qui, manco de quU manco quiy sauf ceux. . t . , . > . , 

Pèr, comme en italien, signifie /également par^ et f'ow*., <^ qui v^Qd qiiiiÇJh 
qiiefois le langage obscur. . Ainçi j'ai été fort embarrassé poiir.tnaduii^e'lo; 
titre de la chanson reproduite ci-ttprès, page 223 : ChgmQ^ WHvek fmhçh 
PÈR no peizanto^ etc. Faut-il 4ire : faite par ou pouk ut^^paysmne^ , . m 

Jusqu'à se rend par deic/io (d'eici à^ d'ici à), detGhantç^jpsquanto ; à fo^iCA 
de, par de beu de. 

La préposition de, de, est d'un emploi beaucoup plus fréquent en patois 
qu'en français. Elle remplace souvent la préposition d. . / 

La conjonction romane ni (âne. franc, ne), avec là si^iftcâti(ih*dè e^ 
subsiste encore dans notre mot composé ni mai^ et de plu's :'i m*ô\àn ^SilHii 
mai iô sûbe, on me l'a dit et je le sais (Foucaud, pag. 12f). ^ • i * 

L'interjection bouéi! bah! mon Dieu! allons î etc., faït en quelque sorte le 
fonds de notre patois : bouei nou ! non certes ; bdùei l'fâ^lou, voyons, fàites-le'; 
bouei! voû n'i seigro, bah ! vous n'y êtes point. 

6» Syntaxe. 

L'énumération de nos limousinismes serait trop longue pour être insérée 
dans ce simple aperçu. D'ailleiirs ces idiotismes ont été patiemment étudiés 
par feu M. Sauger-Préneuf et reproduits dans son Dictionnaire des locu- 
tions vicieuses ^ Je me vois obligé de renvoyer le lecteur à cet ouvrage. 

Voici cependant quelques-unes des tournures les plus frappantes : 



1. Limoges, Ardillier, 1825, 1 vol. in-12. 



XCVllI 

Un, n\ uno, 710, a un pluriel comme dans le roman et dans l'ancien français : 
4*» lorsqu'il signifie quelques ; nâ doû-trei prunâ, quelque deux ou trois 
prunes; 2°, lorsqu'il marque runité d'un substantif qui n'a que le pluriel: 
nâ pincetâ, une paire de pincettes. 

Un fait au pluriel û : loû û, les uns. 

L'adjectif quîte, quîto, signifie pas même et s'emploie très fréquemment : 
ô ne vio pâ un quîte pôrei de so, no quUo chômizo, il n'avait pas même une 
paire de sabots, pas même une chemise. 

Après tan, aussi, marquant l'égalité, le que français se rend par coumo, 
comme : ô n'ei pâ tan sôben coumo voû, il n'est pas aussi savant que vous. 
Cette forme, qui est usitée en béarnais et dans divers dialectes méridionaux, 
est restée longtemps française. Montaigne a dit : un langage autant nerveux 
COHUE le français est délicat, et Marot : je le trouve aussi fin comme elle. 

Lorsque en français deux pronoms personnels se suivent dans une même 
phrase, la place qu'ils occupent est souvent intervertie en patois limousin : 
bôliâ me lou^ donnez-le moi. Cette tournure est aussi italienne. 

Jusqu'au xviii* siècle, le pronom complément d'un infinitif précédé d'un 
verbe se mettait avant ce verbe. Ainsi l'on disait au temps de Bossuet : 
Dieu les veut punir. Celte tournure s'est généralement conservée dans notre 
patois : Dî lou vô puni. 

La particule re devant les verbes français marque la réitération, le retour. 
Elle se rend, en patois, par le verbe touimâ suivi de l'infinitif : touman fd, 
refaisons ; tourno lou môgnâ, retouche-le. 

Pas devant mw, personne j guère^ se supprime en français; il persiste en 
patois : n'ai pâ re fa^ je n'ai rien fait ; n'ai pâ vu degu, je n'ai vu personne ; 
lu n'en â pâ gaire, tu n'en as guère. 



être nn iraTers de mon esprit; mais je ne puis guère me figurer la £iW<5|qup 
80UB les traits que lui a donnés La Fontaine. Vivant avec elle, d^puw, mon 
enfance, je me suis tellement habitué à sa physionomie et à ses aUurQs^que 
J(^ ne pruîs voir en elle ni Temphase orientale de Bidpaï, ni la ^cberefifie phi'- 
lô9ô[ih!qiie d'Ésope, ni la paie élégance de Pbèdre< J'y vQis encore! moin^l^ 
concision systématique de Lessing on l'esprit pecherGbéde.a^Q.faJ^liâlei 
modernes. Je retrouverais plus volontiers dans son air quelque» clHi^edM 
nafui'el et de la délicatesse de Marie de Franceyile poète >aoglo-fnoom«i»d du 
xiii^ siècle, dont l'abbé de La Rue a pa dire << qu'on serait teilté.^e<d«Mil6r û 
La 'fontaine n'a pas plutôtimité cet auteur que les fabulistes 'd'Achènes et 
de Rome* )>. J'y retrouverais surtout les qualités et les défauts qutdi&tin-* 
guent les vieux conteurs français et italiens: l'insouoiance un pea so€f>tiqifte;» 
îa naïveté railleuse, la verve spirituelle, l'abandon, la familiaritév oetlie 
bonne humeur, en un mot, plus soucieuse de prendre ses ébâts' quei éé 
donner des leçons, et prétendant moins à moraliser les gens en ies divers 
iissanl qu'à se divertir elle-même en les moralisant. Tel est à mes yeind La 
Fontaine dans ses fables comme dans* ses contes, abstraction* faite» de* -ce 
haut esprit des convenances qui règne dans les unes et qu'oh vondrati voéf 
j'çgner dans les autres. Les fréquents emprunts qu'il fait aux anciens pren- 
nent SQus sa plume je ne sais quoi d'original, de manière à oonstituer;» en 
quelque sorte, une création nouvelle. Le fabuliste français ne deseend plus 
(J'Êsope ou de Phèdre, et je vois en lui bien plus le poète que le philôsrophe, 
J)içp plus le conteur que le moraliste. ^ 

. Je n'ai pas la prétention de vouloir refaire, après le travail sî complet? de 
Robert ^ l'histoire naturelle de ce qu'était la fable-chrysalide avant qtîè'lia 
I^^ontaîne vint lui donner une nouvelle vie. Je me bornerai àdiWqùè' le 
moyen âge, en France, eut ses fabulistes, comme raniiqùité avait éli Icfs 'sîéh's. 
U<s(ifïït. de citer : les recueils connus sous le nom de bestiaires ; les dîffëi^efritt 
roipans du Renaj^d ; les fables de Marie de France ; le recueil du xlh«»*SÎèdte 
décrit sous le n° 261 du Catalogue des manuscrits de la bibliotlièqtîie 'dé 
Chartres^ et mis au jour par M. Duplessis ^; les fables latines de* Tl^rfè 
Alphonse, traduites en français, toujours du xui« siècle, sous le' titré dé î 



1^0 'et suiv.). Si j'avais eu connaissance du livre de M. Lenient, j'aurais pu me dîs- 
pi^nser d'écrire ce premier paragraphe de mon Essai. Du reste les explications hlslol- 
riques données par le savant auteur n'infirment en rien mon assertion. 11 est .é»i<|Ler)t 
que Ton a toujours et partout conté, fait des allusions et agencé des allégories; mais 
l^^prit gaulois a fait du conte et de la fable des productions distinctes, n^ayant lancnn 
des traits de celles des autres pays. ... ,<; » 

«4. De Roquefort, Poésies de. Marie de France.-^ Paris, Maresq, 1832, 2 vol.-irf-ê'». 
Cette idée est réfutée par Amaury Duval, Hist, litt, delà France, t. wx, pag* .^7^. — 
Voy. aussi ibidem, t. xvi, pag. 223. — C*est égalemelit ce que prétend M» 11, ^Taine;, 
Essai sur les fables de La Fontaine, 1854, in-8«. . < : ',f 

2. Fables inédites des xn*», xin« et xiv siècles, et Fables de La Fontaine rappvockées 
de celles de tous les auteurs qui avaient avant lui traité les mêmes sujets, précé(WeP 
d'une Notice sur les fabulistes, par A.-C.-M. Robert, conservateur de la jioibliolthèque 
de Sainte-Geneviève. — Paris, Etienne Cabin, 1825, 2. vol. in-8o. 

3. Chartres, 1834, in-8o. 



Cl 

LeCasloiement d'un père à son fils ^ ; certains apologues qui se trouvent inci- 
demment dans les œuvres de Rutebeuf, d'Hébert, de Jean de Condé, de Jean 
de Boves, dé Jean le Laboureur, etc. ; et enfin les trois recueils du xiv^ siècle 
iûdft[i*éë par Robert sous le titre d'Ysopet I, Ysopet II et Ysopet-AvionoeU 

Ce n'est pas non plus ïe lieu d'examiner quelle connaissance La Fontaine 
a Jim avoir de ces divers recueils, et quelles idées de détail il peut y; avoir 
puisées. Le seul but de cette aride nomenclature est de faire remarquer que 
coos leis auteurs cités plus haut, tous sans exception, appartiei\nent à la 
langue d'OiL . . , 

Ommbien j'aurais été heureux de trouver quelques fabulistes parmi. qo^ 
troubadours! De quel attrait n'eût pas été pour moi l'étude comparative, au 
point de vue littéraire, des productions de l'ancienne langue méridionale et 
de celles de nos idiomes, rustiques mais pleins de verdeur! Malheureuse; 
ment mes recherches ont été vaines. Non seulement les poétiques du temps 
R6 font pas mention de la fable ^, ce qui du reste ne serait pas une raison 
Men concluante, témoin Boileau; mais rien d'approchant de l'apologue n^ 
se retiGOfitre ni dans Raynouard ni dans le recueil auquel M. Gatien-Ârnoult 
â donné soa nom, ni dans le Parnasse occitanien, et j'ajouterai qu'aucune 
fable méridionîUe ne se trouve dans le travml si complet de Robert , qui], s'il 
imt e» croire te tjtre de son livre , v a rapproché des fables île La Fontaînç 
€«Ues é» tous les auteurs, qui avaient avant lui traité les mêmes sujets >k 
11 m'est permis dès Içirs.de supposer que, au moyen âge, ï'apologue, en tant 
que poème distinct et coinplet, ou ne fut pas connu dans le miiti de la France^ 
a« n'y fut pas adopté. ' " 

Ce n'est qu'en tremblant que je hasarde cette idée, car je connais ' le 
dapger çle^ hypothèses. Tout ne se sait pas. Si une chose a laissé des iriicés 
ignorées, si même elle n'a pas laissé de traces, pouvons-non^ afflrtnèr ijue 
cette xîhQ^Q n> pas existé? Cependant j'imagine que, à une époquede gUeh»èb 
CQatin^pljes, où les relations de peuple à peuple étaient restrerotes, où Vitti^- 
pfip^epje était encore à trouver, il a très bien pu se faire que le livre d^Êi^pB 
ait été inconnu ou n'ait pas eu de succès dans le midi de la Pranice'."ll'^è 
s^mljde .qvie, le j^ans-gêne trop souvent cynique du conte, la morale 4in pem 
positive, de la fable, ne pouvaient convenir àu lyrisme <les troubadoùïs; à 
leij^rsidéesplajoniques, à leurs mœurs chevaleresques. LetlrsœttVresmàtt^ht 
complètement de comique ^/O'n dirait qu'ils ont coflSMérécottïAieindifeiirfs 
de leur caractère les déguisements de la pensée et les rafiineffleftts^d6^r^&- 
prit. Us sont forts et jouissent; à eux la satire véhémente, injnrieuse! Aux 
populations du Nord, qui sont faibles et souffrent, la ruse et la malice, c'est^ 



4. De Barbazan, Fabliaux et contes, édition Méon, t. ii. — Paris, B/Wât^rée, 1808i, 

2." Voy* notamment le triaité intitulé : bas Flors del gay sahet, estiet àicHhs %as 
Leys k'dkiàfs, traduction de MM. d'Aguilar et d'Escouloubre, revue et compléléô pat 
M. Gatien-Arnoult. , 

3. Voy. ^AnmtJKtn, Choix de poésies des troubadours. Voy. surtout t. h, pag. 
Î58 : « Les pièces des troubadours étaient presque toutes du genre lyrique ». — 
Vov. aussi Robert, recueil précité, pag. clxxiij : « Chez les poètes du nord les contes, 



cil 



ù-dirc répigramme et la fable! D'un côlé ie roman, de Fautre le conte nar- 
quois et égrillard. Les troubadours expriment ce qui se passe dans leur 
uoae et ne semblent pas doués du génie de Tobservation ; les trouvères, au 
contraire, nous apparaissent comme les chefs de Técole réaliste *. Voyez en 
effet nos conteurs, depuis les trouvères du moyen âge jusqu'à La Fontaine, 
en passant par Louis XI, Rabelais, Bonaventure Desperriers, Marguerite de 
Valais, Jacques Yver, Noël du Fail, Guillaume Bouchot, Béroalde de 
Verville : ils appartiennent tous à cette partie de la Fraujce appelée autre- 
fois langue d'OiL Or, à Texceplion peut-être de Marguerite de Valois, qui 
était femme et Angoumoisine, c'est-à-dire presque Languedocienne, il y a> 
entre les productions de ces conteurs et les romans des troubadours pro- 
vençaux, toute la différence qui sépare le badinage de la rêverie, le liber- 
tinagejde Tamour. 

La Fontaine a donc créé la fable telle que je la comprends. Après lui, nous 
voyons àirœuvre ce troupeau servile des imitateurs dont parle Horace, ces 
aveugles adorateurs dont parle Lessing. La nouvelle littérature s'efforce d'a- 
dopter le genre naïf de l'immortel fabuliste, et, glanant après lui, ramasse, 
pour se les approprier, les sujets et les maximes dédaignés ou abandonnés 
par le génie paresseux du poète. La fièvre d'imitation gagne les campagnes, 
et alors se produit un fait étrange en apparence : tandis que la fable est 
presque abandonnée par la langue d'Oil , qui l'avait importée en France, 
elle est adoplée dans la langue d'Oc avec la forme nouvelle que lui a 
donnée notre inimitable causeur. Il existe des traductions patoises dans les 



les fables, les légendes et ces espèces de poèmes que nous nommons romans tenaient 
le premier rang. Le nom de fableors qu'ils avaient pris n'a pu cependant leur survivre, 
tandis que lenrs rivaux, plus heureux sous le nom de troubadours, n'ont jamais été 
entièrement oubliés. Les romances et les allégories sont pourtant presque les seuls 
genres dans lesquels ils se soient exercés», fi faut entendre ici par allégories des 
comparaisons dépouillées de moralité, et accessoirement mêlées à d'autres poèmes. 
Les moralités, ou farces dramatiques, sont des premiers temps de la langue 
romano-provençale ; mais, aussitôt que la chevalerie s'organise et que les Iroupa- 
dours commencent à chanter, la farce est abandonnée au peuple, et la poésie n'est 
plus que l'expression de l'amour et de la haine, c'esi-à-dire de la galanterie et de la 
guerre. Ainsi, d'après Fauriel, à partir du xii' siècle jusqu'à la décadence de la poésie 
provençale, on ne retrouve aucune trace de poésie dramatique, ni tragique, ni 
comique. On ne connaît pas non plus la fable qui n'est qu'un tout petit drame. 

1. Cette idée est du reste admirablement développée par M. Lenient : «Nul genre, en 
effet, n*est mieux (que le genre lyrique) approprié à la nature enthousiaste et décla- 
matoire des populations méridionales, à leur instinct musical, à leur langage harmo- 
nieux, éclatant de sons et de couleurs. Chez eux la satire tourne vite à l'empliase. Elle 
devient ou une diatribe passionnée, comme dans Bertrand de Born, ou un hymne 
âpre et violent, comme dans les malédictions de Guillaume Figuéras. Les trouvères 
nous offrent des caractères tout opposés : moins de brillant à l'extérieur, mais plus de 
profondeur et de finesse ; un esprit vif, net et prosaïque ; un bon sens légèrement 
sceptique; une langue simple et naïve qui, dans son agréable nonchalance, se prête 
aux longueurs du récit et aux malices dissimulées de la satire. Le génie conteur et 
critique, cette double vocation de notre pays; se manifeste surtout dans les provinces 
qui furent le plus tôt françaises, la Nornïandie, la Picardie et la Champagne. Ces 
rieurs infatigables composent des chansons par centaines, des épopées satiriques de 
vingt à trente mille vers : la même histoire va s'étendant, grossissant, égayant les 
familles de père en fils î). [La Satire en France, pag. 53.) 



cm 

dialectes du Nord * ; mais je doute qu'elles soient nombreuses, par la raison 
qu'on ne s'imite pas soi-même, et que, sauf certaines nuances, ces dialectes 
ne sont que le vieux langage français. Il n'en est pas de même dans le Midi : 
il y a encore, malgré la conscription, les instituteurs communaux, les col- 
porteurs, les routes et les chemins de fer, un langage pittoresque, sonore, . 
original, des croyances naïves, des usages particuliers. Jugez de ce que ce 
devait être vers la fin du dernier siècle et au commencement de celni^i, 
période à laquelle remontent les principaux essais de traduction. Ici Timi- 
talion avait sa raison d'être, et les poètes n'ont pas fait défaut. 

La liste de ces imitateurs ne sera pas moins longue que. celle que j*ai cru 
devoir dresser pour les fabulistes français du moyen âge. Mais, si la pre- 
mière pouvait avoir quelque utilité, la seconde est indispensable. Je suis 
donc parvenu à recueillir : 

Pour le Béarn et la Gascogne, un ouvrage anonyme publié à Bayonne en 
1776; les fables de Bergeret, de Bordeaux, imprimées à Paris en 1846, et 
celles de Limouzin-Lamothe, de Verdun ; 

Pour le Languedoc, les fables et contes d'Auguste Tandon et de F.-B. 
Martin, de Montpellier ; de Couret, d'Âlais; d'Auguste Galtier, de Castel- 
uaudary; de Roumieux, Bigot, 'Manlius Salles, etc., de Nîmes. 

La Provence et le Comtat-Venaissin m'ont fourni : Hyacinthe Morel et 
Dupuy, d'Avignon; Rouroanille, de St-Remi; Ëstachon, Pascal et Laidet, de 
Marseille ; Diouloufet, d'Astros et Ricard, d'Aix ; un anonyme de Tarascon 
signant A. G., et Garcin, de Draguignan. 

L'Auvergne est pauvre : je ne connais guère, en patois de cette province, 
que les fables qui se trouvent à la suite de la Paysade de Ravel. 

Nous avons enfin, pour le Limousin, Foucaud, qui certes était bien digne 
d'être mentionné par le bibliographe Quérard, et l'abbé Richard, chanson- 
nier de mérite, qui n'a eu qu'un tort, celui de vouloir imiter La Fontaine; et 
qu'un malheur, celui d'être contemporain de Foucaud. 

Je ne cité que pour mémoire une traduction basque (Rayonne, 1852) 
indiquée par Pierquin de Gembloux : Histoire littéraire des patois. 

Le nombre de ces traductions ou imitations est déjà très honnête, sans 
compter celles qui ont échappé à mes investigations. Où trouver les causes 
d'une profusion contrastant si vivement avec le long silence du moyen âge ? 
Cherchons-les tout d'abord dans le caractère essentiellement causeur de la 
fable, dans ses allures familières et surtout dans sa nature idyllique. Le 
paysan, ù part ses intérêts matériels, est un peu enfant, et ce qui lui plaît 
dans la fable, ce n'est pas précisément le côté moral. Avec elle d'ailleurs., il 



1. Voy. notamment : Passe-teiwps lorraine, par Jaclot de Saulny : Metz, i854; — 
Fables et contes en patois saintonjais, par Burgaud des Marets. -— Je regrette, au 
sujet de ce dernier recueil, de ne pouvoir francdir la limite que je me suis tracée. 
M. Burgaud des Marets a publié postérieurement dans encoere ine trâlée d'âchet 
qu'avian vaste d'dan le pot a creite a Beurgau (Paris, F. Didot, 1861, broch. in-18J 
une très spirituelle parodie de la fable le Meunier, son fils et l'âne {le Mounié de 
Saint^Onge, pag. 7). Je trouve aussi une paraphrase en patois vosgieri de la fable le 
Loup et VAgneaUy dans un ouvrage récent : Coup d'œil sur les Patois vosgiens, par 
Louis Jouve, — Epinal, 1864, in-18. 



babiUt^ sûsup^monnages à la fhinç^$^ et Je^i^ met. ^m ila.bouc^ ^^^flf^i^. 
nattMl'i(^iisouiv^Dt?tt>ii^n.d6.«alUadt, mais qui ^aptiveiiotc^ ;at^i^tio^.f:l, 
fi)»eiDO8$en¥eittrs!4ic0mnie<inere{^ducti(>a, fidèle. de U,!^^^ ., , ,!]»{<>,. 

.Hi^OtlÉifti^dna^tdit, dans sa. biographie deF€)uo«iid(piagk:X!iyx<Ô') W^y 
tf icleaiftaiFoiBtaînevleUeiii où se; paése: l^eition u'i^si «ullaioeal pnéçis^^^jQ^, 
sQDijUU-ii)) d«s arbpes, deA aUttonnix v des hopmes qui pneno^nt .vie,, ppnf^^fitv 
se<iiisinneati;ini8nscisâ'arbreâ« oos aniiBaax^ oesbommefi so^t-ril^ T^c^qn^^^- 
ttlesàqttd(]n&particiilariié? Jfimaisi». La rBmairqtte., pour .^ti^ îngéW^^^iv 
manquer laepeDdanil 4e jufiiesse. La Fontaine peuvaitril.lajsfscir ii.3e$i^f;9,^, 
leqir-oadiet d'aiîtiqmté4ilersquie,.)ven$ la DDême époquei, Racine M^^^yf^ifii, 
réosiirdads kntragiédie? (c Le tivne de La FontaiDB eBt uhq gal^riq.dç.pq^- 
traitsij dit jBj H*. Tutne * ; mais, quel ^ue soit. 1© personnage, ai)ïiWlv.lîogG\n?Ç!| 
oadieuvjltest^ojours homme et contemporain de La Foni.ain,e. ?> U a m|^|,^-^ 
osKHrpl^osév' sbÎYjamle^ aliorea de aongéaief les persoAnage^ .d,'^^p^ ,^t ;^e, 
Phèdre en rois, courtîdana, .bourgeois et payons de son épogi^e et (|^,spir 
pj5Svf MWeu de faire une tragédie, il a fait ua drame. . . . - |. , jf 

IbasfabAli&tes méridionaux, ie travaillent pas différemo^j^tt |ls.tr(^spQj-*^ 
ti^Dt surla seète où ils se trouvent le& personnages d^à, fra^ci^és p^rjlç^ 
posé bonbKNftiiiiie; Le cercle d'action se» rétrécit, La Fointaine^a,j^ri?,lài Ffîyf.cè 
pour tJiéâtite : FoUcaud pre^ leUmousin ; Bergeretet llaaonyme du rç.cue|l 
bayonftais», la Gik^cogoe et le Béarn; Aqg. Tandon, Martin». .Rppn(iiejifj^,.lÇj 
laaguedoc; Diouloiufet, d' Astres, Hyac. Morel^ ^tc,,. Ja Provencp. ,L^çs 
exemples tfeasortiront d'eux-mêmes dans.le& châtions. quç je ferai, dç^ di^j, 
ï«qte«i {imilaliQns patùisefi; mais, pour ne. parler que de La:FQpii|aji,aé,^je. 
pôttwais «choisir dans ses tables boa. nombre d'ej^pifessigo^ lopalef.^ef;jcar^ç- 
lémsticmefi; je cilefaîsJes gens.qui preoiieot.Kawjtv'ard,pQwr.iî<?^^ .à^lJAi 
fai))te.ito 5Aitffl elhj)auphin; le Renard «^rwianfi, d'autres idipept.ja^f^rï; 
rEnfaiitjquii&e.lais8|e..<iboir. . . . -.. ..... . . î. .„ ,,, hidih :•, 

îj. .il . . Efà badinant^ujT lesibo^rd^de te SMm ^}, î . - t, . ,i ;ji1 ^i »I 

lesi.ofnièrcis à^^Qvitnper-Corentin, dan* la Btisse^Br^agm?; \Q^,f,ovi.r$^ djç 
Tukarm^^ tant, 4'a^tre& expressions dont réipumératiott.deyiein^r?|t puérile^ 
C'est que la poésie vit beaucoup de souvenirs et d'allusions, et qu'U fa^U 
surtout dans le conte, ce poème vif et court de sa nature, qu'un mot jeté au 
lecteur puisse éveiller dans son esprit toute une série d'idées dont le déve- 
loppement serait fastidieux. C'est qu'ensuite il est impossible à l'écrivain de 
s'abstraire du milieu dans lequel il vit, et que la fable, grâce à la flexibilité de 
son rbythme, se plie merveilleusement à toutes les exigences du langage usuel. 
Maij, tout en ne m'élonnant pas de ce fait dont s'émerveille M, pécqnnet, je 
suis loin d'être enthousiaste de cette couleur locale dont, il me semble^ les 
fabulistes méridionaux ont étrangement abusé. Un des plus réservés est en- 



1^ Essai sur les fables de La Fontaine, i"'*' édition. 
2. Liv. I, M. 1^. 
3-Liv.VJ,!fabni8. , 



CVI 

<îor<& te Limou&în Foucaud. L'un crée des mots sous prétexte d'harmonie imi- 
lAtive; l'autre affecte une mignardise souvent hors de saison en prodiguant 
les diminutifs et les super-diminutifs ; un troisième emploie des expressions 
grossières, même en patois, en ce sens qu'elles ne rappellent que des idées 
triviales ou ordurières ; enfin quelques fabulistes contemporains nous servent 
<]e la poésie à l'ail, et lardent leurs récits de gros jurons languedociens. Et 
qu'on ne vienne pas me dire que toutes ces exagérations sont à la mode du 
pays, et que les fabulistes ont dû se mettre à la portée de leurs lecteurs ! D'a- 
bord je ne reconnais pas de mode en littérature, et je n'admets pas que l'écri- 
vain ait le droit de s'abaisser pour plaire. Et puis, croyez-vous de bonne foi 
que tous ces prétendus bienfaiteurs de l'humanité aient écrit précisément 
pour une classe capable à la vérité d'entendre leur langage, mais au fond très 
peu en état de saisir les finesses de leur style et déjuger la valeur de leurs 
écrits ? Défions-nous de ces maîtres d'école, trop nombreux de nos jours ; figu- 
rons-nous La Fontaine parlant avec sa bonhomie habituelle de la portée de 
ses contes, et disons-nous qu'en définitive le diable, c'est-à-dire l'orgueil, n'y 
perd rien. Foucaud affiche la prétention de faire une littérature pour les pay- 
sans limousins ; ce qui ne l'empêche pas de présenter ses fables à la Société 
d'Agriculture, des Sciences et des Arts de la Haute-Yienne, et je suis loin 
de l'en blâmer, car son livre pouvait se présenter partout ; Auguste Tandon 
se laisse décorer du titre pompeux de troubadour de Montpellier; et Berge- 
ret de Bordeaux dédie sa traduction à monseigneur le duc d'Angoulême. 

Une autre particularité de la plupart des imitations patoises est la pro- 
lixité, le caquetage. Il ne faut pas s'en étonner : ce défaut est inhérent au 
caractère méridional. L'Allemand Lessing a reproché à La Fontaine d'avoir 
gâté la fable au lieu de l'embellir, et d'avoir « assaisonné des épices )> ; mais 
si l^essing est concis, c'est qu'il est créateur. Lessing, mettant en vers ou en 
prose allemande les fables d'Ésope, eût fait absolument comme La Fontaine. 
C'est au surplus le propre de toute idée. Le papier la boit comme une tache 
d'huile qui s'étend de plus en plus. Ainsi Ésope est développé par Phèdre; 
Phèdre est développé par La Fontaine, qui lui-même paraît taciturne devant 
ses commentateurs patois. Et maintenant que quelque fabuliste étranger 
s'avise de prendre pour modèle Roumanille ou Foucaud, par exemple, 
l'œuvre nouvelle aura des proportions bien plus grandes encore. Les quatre 
lignes d'Ésope seront devenues un long poème. Nos fabulistes patois ne sont 
pas plus des traducteurs que La Fontaine ou Phèdre ; ce sont des arrangeurs 
ou plutôt des paraphraseurs. Ne vous plaignez pas lorsque l'imitation n'a 
que deux ou trois fois la longueur de l'original. Il se trouve souvent de 
jolies choses dans ce verbiage, il y a de la vivacité, du trait ; mais le récit 
s'enchevêtre dans des guirlandes de fleurs. La Fontaine a-t-il négligé cer- 
tains développements, se contentant de les indiquer par un mot, un hémis- 
tiche, un vers, quelle bonne fortune pour ses commentateurs ! Quelle bonne 
fortune surtout, lorsqu'il leur laisse le soin de tirer du récit la moralité qui 
en découle! C'est alors qu'ils sont véritablement dans leur rôle de vulgari- 
sateurs campagnards. Quelle verve méridionale î quelle originalité! comme 
ils se relèvent lorsqu'ils sont seuls dans l'arène! Ils deviennent philosophes, 
conteurs et même poètes ; ils sont fabulistes. 



CVll 

Je crois avoir donné une idée de quelques-uns des caractères généraux 
qui distinguent nos fabulistes patois : il est grandement temps de prendre 
à partie chacun d'eux, et de soumettre les réflexions qu'une lecture attentive 
a fait naître dans mon esprit. 

III 

FABULISTES BEARNAIS ET GASCONS 

Recueil anonyme de 1776. — Le premier en date des trois recueils que 
j'ai pu me procurer sur le Béarn et la Gascogne est un livre in-8°, publié à 
Bayonne en 1776, sous le titre de Fables causides de La Fontaine en bers 
gascouns. Ce volume, sans nom d'auteur, contient les traductions ou imita- 
tions de cent six fables de La Fontaine, dont les deux premières, la Cigale 
et la Fourmi, le Corbeau et le Renard, sont attribuées à Hourcastromé par 
M. Vignancourt. Le recueil entier serait de Batbedat, d'après une opinion 
généralement accréditée à Bayonne ^ 



1. Lorsqu'un ouvrage est anonyme, le premier devoir de la critique est de chercher 
à découvrir le nom de Tauteur. Mes recherches n'ont pas été complètement infruc- 
tueuses, et voici quel en a été le résultat : 

La bibliothèque de Bordeaux possède un exemplaire de ce recueil, enregistré au 
catalogue des belles-lettres, d'abord sous le n» d ordre 3564, puis sous le n» 4308. 
D'après les notes manuscrites faites aux deux différents endroits par les anciens 
bibliothécaires, l'auteur de l'ouvrage serait ici l'abbé Despourrins, peutr^tre un défe 
frères du chevalier Despourrins, dont les poésies viennent d'être rééditées à Pau par 
M. Vignancourt, et là un abbé Daretche qui m'est complètement inconnu ^. Où est la 
vérité? On lit à la page 250 de la Nouvelle chronique de la ville de Bayonne (Bayonne, 
1827) : a En 1776, 11. Paul Fauvet-Duhart, imprimeur, publia une traduction en 
gascon-bayonnais de quelques fables choisies de La Fontaine. Les auteurs anonjfmep 
de cette traduction ont conservé assez heureusement le ton naïf et la facilité gracieuse 
de l'original ». Remarquez un peu le pluriel que j'ai souligné. Comprenfil Fabbé 
Daretche, l'abbé Despourrins, ou peut-être d'autres encore? De l'abbé Daretche je ne 
puis rien dire. Pour ce qui est de l'abbé Despourrins, sa participation au recueil ne 
me paraît guère probable. M. V. Lespy, professeur au lycée de Pau 2, et M. Vignan- 
court, qui ont donné la biographie du chevalier Despourrins, ne disent aucun que ces 
deux frères, qui étaient abbés, fussent poètes, et, si l'un de ces deux abbés nous eût 
laissé des poésies, nul doute qu'elles n'eussent été insérées dans le recueil béarnais, 
dont le dernier volume vient d'être publié 3. Or cette publication confient justement 
les deux premières fables du recueil de 1776, et elles ne sont ni de Daretche ni de 
l'abbé Despourrins : elles sont attribuées à Honrcastremé *. Est-ce à dire que tout le 
recueil de 1776 soit d'Hourcastremé ? L'honorable bibliothécaire-archiviste de Bayonne, 
M. Ed. Delaurens, me répond qu'il est généralemeni admis que c'est à M. Baibedat de 
Vie (Lourdes), que doit être attribué 1 ouvrage connu sous le nom de Fables Cau^- 
ddeSy etc. Un petit-fils de ce M. Batbedat, portant son nom et médecin â Bayonne, a 
encore la planche de cuivre du frontispice, où se trouve un médaillon portant swmp- 
tibus F. B. Mais alors comment se fait-il que M. Vignancourt, qui est sur les lieuî^,.ait 
attribué à Hourcastromé les deux fables en question? 

4. Je dois les détails qui précèdent h l'aimable liunveillaac* de M. Gcrgerè», ancien magisirit, «oasecv«t«or Qi^4fiil<4«;la 
l>îUiotliëqne do Bordeaux. 

t. lUuttrmtion* d* £«am.-«.P««, iSSCi, in-42. 

5. Poésies béarnaises, avec la traduction française, 2' édition. — Pau, E. Vignancoorf, 4852-GO, 2 Toi. 'iO'^,-r*\^^iVW*« 
n de ce recueil contient, outre les deux fables sus-mcntionnOe» , la traduclion de la fable les ihur Cuqs, .Inniue en l«2 5^p»i' 
HaUiulflt. , . , ; t ' l ■ 

4. Vor. h critique que M. Lespy fait de ce fubulisle : If/tuti-niions du P'-fir/f, pag, f.rj. .,.«., 



CVIII 

"Suivant la Biographie Michaud, Pierre Hourcastremé naquit à Navarreins 
dans le Béarn en 1742, ^t mourut vers 1815. Il ji écrit plusieurs ouvrages 
en français, et son biographie le quaUfie d'auteur aiédiocre mars original, 
M. Lespy dit qu'il a un style correct, pur, facile, élégant, mais lui reproche 
c;ë''(jilè'vb«s alliez *l«î reprocher dans niï instant, d^avoir voulu compléter jLa 
tMt^\rië. L'auteur du l'ecfteil de 1776,' que ee«oitHourcaslreiné, qwce.sûit 
BâA€r<làt,^^'tine pdssion niialheareus;e pour les développi^tD^lit&^t tes.bors* 
d'^li^i<é5i!^Veut toujours faire «ireux et suntmit plus qise sou modèle* tff 
renard du fabuliste français connaît son monde. Il n'a pas encore à séduire 
«\e Viëdx coq adr6ît et matois en sentinelle sur la branche Vi'un arbre » r 
Il ne s'agît que d'un corbeau et d'un fromage. Le flatteur né se-pféoccupe 
méipe pas de savoir si le fromage a été volé , comme le disent Phèdre et le^ 
labûlistes patois, ou s'il est empoisonné, comme le prétend LesSîn^. Il est 
«-Méché », avant tout, et a affaire à un sot. A quoi lui Serviraient Ifes pré- 
caution^ oratoires? Lé trâît sera direct et portera. Aussi voyez ooi»àie dans 
fca Fontaine IVntrée en matière est ' ^ .<. 

Eh! hpjftjpur. Monsieur du Cott)éai*I i , l 

Que vous êtes joli! que vous me sembkzî beaul v .«.i*ï 



r'7 



''*cMifte8rmâinteiw»wtefÀbiiKBte patm^^^^^ a. * .; > 

^^y\v 'Ce*taitt.€0«iirbaehv:Stt* bèt HCHUguè, . , • . Certain corbeau, sur uni bea(i 

/^ IfeulB deXannô, ardouo coum ue lue ; oomme une la»e ;— ,et m^î^re 

ii • i 5 . . i E j, toieste jrânard, au bèt ptè, ' renard, au beau pied, - qui à le 

rnu:. ..ûui.dp«.se«ji,plasé.preué,. „. fSiilMuâ'^'S'o^r^e 

Que sounyab^,aUine.h^,qu:anqM'ue ; . . .fcomage! ditrHwuMQW^iï^i^^V 

Quine casse ! dise tout chouaû. —Cela n'est pas viande de jar- 

nu M^ AçOi n'^vbiandé dé casaù. din.--Holà! crie-t-il, camarade! 

îo/r r ii/ vH^iZi cj'Kiv >.^j^ A I — îài^sez-'mitJl tIotiW3r<Jquelque^ 

1- r. .t" ?^'''- "^^î" """^^^^ ■ - '. ^ eoup.d€^d^nt.h^^8«^^tfez:j'ai 

^ :, .j Leénat-ihi da quâùque dentade. : ,, , ., pris u^ Içyrauj: -r nçus parta- 

l^^rl JDeSaurat ;4tt'^y près û lebraû^;; ,,.•• !. g^'ons l'un et I^àùtrè ,:,— nous 

V. V .::^,® 1!^ ^^f^ ^"^ • , t > 1 jetv ma'foi! amfe.feroi^ grande 

.^: j^i^û'^eti^fricà^^^^ .if . çb^rp.,, . ; ,„ j„;.;în 

,,ln;,V ;!b^;ifi:fé»xiué,heram^ran chère. . T * . , . .:„,.,! Iim n'^ 

Oif së^ôutè^ bîèii qtie lef corbeau xmK W^^Kx^ '^^ .^''^"fl^v Pt?^ ,W°^ ""' 
piège aussi grossier. Que va faire çijii^lpn^iimi le^enard? « îl se gratte roreille, 
cherche, tourne, finit par trouver quelque chose de meilleur », et se décide 

(^o©»^flJ^5I)%te»mlg%r;)Pprtt.cg^ I..,,.. „,.,,; .,.,,,, 

Je me suis servi pour cette petite analyse^(iu,textfe et de-lâyersfo^^^ 
par M. Vignancourt. Revenons au recueil de llié. Les autreVtableécrfà te- 
nues dans ce volume sont à peu de chose près toutes dans le même genre ol 
dëfa'ihèiôè fdl^feë. 11 y^; t^^^ ëketii^lèrdiïnâ là fable de La ï^ontai^fte ioup 
et le Chien deux vers sublimes : ■ '" ' ''''" 



\o 



Le loup tiéjà se fo^ge tine fôlldré '- ' '' 
* Qui le fait pîenrer de tendresse; ' 






îl 



^lïtb 



.J M 



la siinplicitë de-cesdeUK Ters-stî nwlaoeoltqueStT^AairmQQp^uXif u^^tiÇ&f^ 
tes luSetfi'qa^aû teDg.dÎElâoni^. Il ya là non j$eiflQ<nQ9t;[i|e^,04i^.^ 4ilT(#ttib4 
une TWi^'vdg«battd9i|ie; 'mâis.«i)Cûr<e. jtoutest Le6Ûlh«6HHis4épN^^s 4f^j#)8ft 
liérebi: '^oyoBs^oinnié^t cette idéa aéiédélaj&éepap |Jiw^t^Hfia;i9^^[f8^f> 



^r *.. Lai(.lo«ip d^t^^ .;, . 
L€k/sott bÂtejde t^agabpuq. ^ 
Yott nleiiifi'ûu. dits^ arrei de boua : 
loat à Iq punie da Te^p^ide !.. 
^fif'aigahitquQqqe.moujatoun, . 
ûiMMiiu^ crabe à. niiiat, pelade^. , . 
Qu'em hén passa per un lairouu, • . 
You t'abandouni, triste bite ; 
Loup n'es héit p^v bihe «n hei^mU^w 
Plan coûté». seiiéid'ar^-èn-là K , 

(Livrai, fable V. 



vagabond.;-:- « Je n'ai, se dit-il, 
rien de ton i ~ tdul' ft la'' po?piè 
de répéfeî^Et, ^sïj^ûûftSpë ^ïi- 
qtîe 'mouton,*^ «^Ui^l^uè^rtlèii* 
à d^nûipri^invi] pe-fdofelj^asH. 

(Jon^e, triste yi^; _. ji^]jjj.«'gs| 
pas fait pour vivre eh'érmite.— 



Te 



i pour ^ 
serais bien content désor- 



maiëi » 



f 



Au moins le fabuliste béarnais, dans lesddU3^ fobâesiiei^duittfB par)jM>J^i- 
guancourt , a toujours su respecter les convenances. Je voudrais pouvoir en 
dire autant de tout le recueil. Voulez-voui un modète dùiigeiire^Paj^courez 
la table, et choisissez dans les sujets traités par' Là PomaiA3 celui ^i vous 
semblera devoir prêter le mieux au dévergtondâgé gascon*^ Jsoit ieliteunier^ 
sonfik et l'Ane. Les héros d'Homère sont des genà bifeii élevé4<'C»inpirative- 
raent aux pei»$oûnages de ce conte-fable. V<ms'Voafs^i^ppekîz»«qtie^»ii^ com- 
mencèrtient du voyage, le baudet est pfôrté ddnftne Urt luàti^e ? '^ " l'O 



Ou» bas ataruî dits un besin. ' 

Quéign drold é nabét esquipatyeî ^' ' 
. tb ! Fats héit prene lou poutatye ? 
Prenets donne gouajrde d'où blas^a! 
Héts à léû, n'eb eau pressa. 
Quént arribits à Tassfemblade, • " 

Per refresqui lou camerade, ' 

Dats-Fen ibe pinte ab pan fres. 
tjïgati-m'e^ (juî-és ihasôu dôusf trefs?" 
* ' * '*. "(Livré ïi;fk'bleV.) 



■^'' ' d^^^We^yft^iiv^nAj dit un 

.. 'v«»Jiiij.>-HÛwélidofl[e-et nouvel 
.4(jïiip4ge.î:yt ïth,[ l^i ayez-vous 
fait prendre un potager—Prenez 

■'dotic'gâi'dôlde Hs WSèfetl— Fai- 
tes à ioisif 7'Hidme[foiiit)as vous 
.pre^er.-TÛv^d.VjO.H^^t^'riverez 
à 1 assemblée,— pour ifàfraîchir 

* ^ ïe câïhàT^adiîi-^diririeMui pinte 
et du pain frais. — Dites-moi 
.q^Bl i3çM;{M;iÇ}d«ÇjAi:gis,t>^-() 









lîMiq 

!Mf| , 



^ .L'âne^ à son grapd déplaisir, est mis à terre, et, Jwur coittble lié tfft^^^oeV 
reçoit la charge du jeune garçon. ' ; "^ -jj^ mï )l 

.. ... " ^ ■ ' ^-^ ..-. .-i. ... -.^r/ if u.'^ 

. . • ■....,• ..... , , i.i, jj ^ ,j,,j 

i. *ômâi«<|tfi0nlàlphr4seXft«!/Pr«Vi heit:per„bib0 $n ft^rmtfe. FjQucçi^if} ^if^^plf^ lard^ 
en prenant le contre-pied de ridée : ... '; '' 

L'omi, in y& qallft no vito 
Que n'èrio de ti-gar ni do sen iii dVrinilo. 



ex 

(( Passent trois bons marchands. » Ces trois bons marchands sont sérieux 
comme il convient à des gens de leur profession. Us parlent au nom delà 
morale, et leur discours est sententieux. Au moins c'est ainsi que nous les 
représente La Fontaine, avec cet art des contrastes dont il possède si bien le 
secret : 

Oh là! oh ! descendez, que Ton ne vous le dise, 
Jeune homme qui menez laquais à barbe grise! 
C'était à vous de suivre, au vieillard de monter. 

L'auteur gascon n'a pas compris cette finesse, et commet l'étourderie de ' 
faire courir la poste à ses marchands pendant qu'ils débitent leurs quolibets: 

Lou pai à pé que séc lou hill ! Le père à pied, qui suit le fils! 

Pau plantât corn bére relique - P^^^î^ ^^?^"^« *^®"f ''f ^"^ 

e 1 r . 1 1 . o — sur le (prison , as-tu la co- 

Sus loufgrisoun, as la coulique ? u^^g? — leune barbe, à pied 

■ Youene barbe, a pé biste donne, vite donc, — et laisse monter le 

E lachats piba lou papoun. grand-père. 

Jusqu'ici la caravane n'est pas encore trop maltraitée; mais la voilà aux pri- 
ses avec des adversaires plus sérieux : ce sont trois femmes. Nous allons voir 
se développer toute la richesse du vocabulaire imagé et énergique mis en 
lumière par Vadé : 

« Grand nigaut » 

se met à crier la plus jeune des trois femmes, 

Gran nigaut, et héi mau l'arreye? 

Pendén qui lou gouyat tourteye. 

Qui s'estripe de ha camin. 

Bons plan à d'aise siou Martin, 

Arrequincat com ib^ espouse... 

— Béi-t-en au diable! eh! qu'es yelouse? 

Eh! soun aco lous touns ahas? 

Dits lou pai. Hique aci lou naz. 

Maie bésti, tros de carrougne. 

— Qu'as dit, penail, gusas, ibrougne. 

Cap de porc? Parle, héi! leiroun; 

Couan-t-a qu'es sourtit de presoun ? 

Ah ! lou cournard ! ah ! lou bagatye ! 

Couan de pais abé lou mainatye? 

Je n'ose traduire. Passons vite. 

J.-B. Bergeret. — Les défauts que je viens de signaler n'échappèrent 
pas quarante ans plus tard à un traducteur gascon du nom de J.-B. Bergeret, 
comme il nous l'apprend du reste lui-même dans la préface de son livre 
publié sous le titre suivant : Fablos causidos de Jean La Fountaino, tremu-- 



CXI 

dados en berses gascouns, é dediados à soun altesso rouyalo M*" lou duc d'An- 
gùiilémoy per un Bourdelés, M. Bergeyret lou nebout *. 

u II me sembla remarquer, dit Tauteur en parlant du recueil de 4776, que 
mon devancier avait chaussé le bonhomme en trop lourds sabots. Quoique,. 
en traduisant des fables en patois, il faille bien de rigueur leur donner 
l'allure villageoise^ il importe aussi que cette allure ne paraisse pas trop 
rustre. » Et plus loin : <c II parait avoir eu moins à cœur de rappeler 
combien son original offrait un mélange de naïveté, de délicatesse et de 
grâces, que de transporter dans son idiome les divers sujets de La Fontaine, 
pour ainsi dire, mis à nu, s'embarrassant peu de la forme, pourvu qu'il 
réussît à rappeler l'idée du fond... Mais, trop avare des fleurs dont La 
Fontaine a jonché sa route, il emploie trop rarement cet aimable artifice à 
Taide duquel Tinimitable conteur sait faire de la fiction quelquefois la plus 
simple un tableau des plus vrais et des plus attachants. » — Rectifions en 
passant cette dernière assertion : que l'auteur du recueil de 1776 soit chaussé 
de gros sabots, je le veux bien; mais, pour ce qui est des fleurs, on vient de 
voir que, s'il manque quelque chose aux fables du recueil, ce ne sont ni les 
fleurs ni le parfum. 

Rapprochons ces explications de la date du livre, 1816, du lieli de l'édi- 
tion, Paris, où l'auteur résidait depuis fort longtemps à son dire, de sa 
dédicace au duc d'Angoulême, et nous pourrons d'avance nous faire une idée 
de la manière de Bergeret. A l'exemple de la plupart des poètes, il se fait une 
poétique à son usage. Il envisage la fable comme Fontenelle envisageait la 
pastorale. Sa muse, légitimiste et fidèle à la tradition^ se bornera à suivre pas 
à pas son modèle. Nous la verrons toujours bien obéissante, bien élevée, 
comme une muse qui a fait ses études à Paris, et qui doit être présentée à la 
cour, proprette et soignée, se gardant bien de dire des gros mots, et surtout 
de faire l'école buissonnière. Choisissons parmi les fables les plus courtes : 



LA CIGALO E L'ARROUMIC 



LÀ CIGALE ET LA FOURMI 



Touto l'estius durans, commensalo del prat. 
Quant la cigalo augut cantat, 

Balà que de pitanço élo se troubét nudo, 
A la gelado rebingudo. 
La bestiolo n'abébo pas 
Un pé de mousco à ses repas. 
Doulento, bay crida famino 

Chés l'arroumic, sa pu protcho bezino, 
La counjurans de l'y presta 
Quauquo grunal per subsista 
Dinquios à mestibo noubélo. 
Là, bouno amiguo, l'y fay élo, 



Tout Tété durant, commen- 
sale du pré, — quand la cigale 
eut chanté, — voilà que de pi- 
tance elle se trouva nue — à la 
gelée revenue. La bestiole n'a- 
vait pas — un pied de mouche à 
ses repAs. — Dolente, elle va 
crier famine — chez la fourmi, 
sa plus proche voisine, — la 
conjurant de lui prêter — quel- 
que peu de grain pour subsister 
— jusqu'à la moisson nouvelle, 
—oc Tenez, bçnne amie, hU f%it- 



1. Paris,.L.-G, Michaud, et Bordeaux, veuve Bergeret, 184C, i vol. in-12. 



CXlI 



Benguo lou mes d'août, counscienço d'animal ! elle, — vienne le mois d'août, 

Bous paguoray la rendo, amay lou principal. ^rSenlTecVeTaff! 

Se coumplaît d amassa, mes prestuso D'es gayre _se complaît d'amasseiv mais 

L'arroumic : aco 's soun défaut. prêteuse n'est euère — lafour- 

Coumo anabets, din lou tems caud ? ^'^ ' f '^,?f ^on défaut. - « Com- 

^ j '1 > IV. ment alliez-vous, dans le tcihps 

Demande elo a sa malebayre. chaud ? » - demande-t^ellé à 

— Lou jour, la néyt, delà, deçà, son emprunteuse. — « Le jour, 

A toutos gens passans, y respoun la cigalo, ^^ ^"^^' ^^^^» ^^Ç^; "T ^ ^^"^^^ 

Cantabi, sic dit sensé bous offensa. ^iT^îl^c^nSaS 

— Bous m'offensa, besino? Abéts boulgut passa sans vous offenser ». — « Vous 

L'estius an de cansous, coumo qui se régalo : m'offenser, voisine? Vous avez 

Hebai! arc que gélo, es lou tems de dansa. ZlrTciiTiluf L^ It 

(Pag. 103.) gale : — Eh bien! maintenant 
qu'il gèle, c'est le temps de 
danser ». 

Hélas ! à part quelques chevilles, Bergeret non plus n'a rien prêté à la 
cigale. Cependant, soyons juste, il y a du mouvement dans le récit, et 
Bergeret, après Foucaud, qui sous ce rapport est hors ligne, est un des 
fabulistes patois qui ont le mieux compris tout le parti qu'il y a à tirer de la 
coupe du vers : 

LOU GAT, LA BELÉTO É LOU LAPINOT le chat, la belette 

ET LE PETIT LAPIN 

Mademouysélo beléto Mademoiselle belette — s'a- 

S'abizéc, un bel matin, visa, un beau matin, — d'aller 

D'ana longea sa persouno lounguélo î^^®'" ?^ personne fluette-dans 

n:« r^.,o*«i a^ - i • '^ maison d'un jeune lapm. — 

Dm l oustal d un joyno lapm. Elle est rusée autant que fluette. 

Es rusado tant que fluéto. —Elle vous porte là ses dieux, 

Bous porto aqui ses dius un jourt, un jour,— pendant que le raaî- 

Tant que lou mém à l'albo matinonso rtîitVlétireSjT'-ef de 

S en ero anat diso bounjourt, thym s'embaumer sur la fraîche 

Ê de thym se bauma sur la frésco pelouso pelouse. — Quand il eut trot- 

Quant augut troutegeat, guimbat d'acin-d'à-là, 2 df Te^ïrf^-'S":! 

ht finit de se regala. tourne Jean lapin au lieu de 

S'entorno Jean lapin al loc de sa demoro. ^^ demeure — La belette avait 

La beléto abio mis deforo J?l!f r^!^?5! tJ® ^^^ P" ^* ^ 

Soun naz pel finestrou etc, 

(Pag. 121.) 



tite fenêtre, etc. 



Le reste marche avec le même entrain. Les parties, ne pouvant s'accorder, 
ont recours à Rominagrobis, qui leur dit : 

Approtcho, drollo; tu, fay de mémos, maynatge. 
Approuchats de pu prés, é bous tenéts de court : 
Sey sourt. 



Qn.peut, sans être taxé de pjéd'àïUisrtïé, faire i*émîti*^utér'l^â^^6ij^'^ffc* te 
petit vers. Les^ chutes du genre de cèlîe-ci éôtit très heui^eûsès : iï'è^t séli- 
Jeraent fâcheux que Tauteur les ait trop multipliées. ' J" ' ''^' 

Je me bornerai à renvoyer pour certains autres détails de critique à une 
leilre adressée à Bergeret par M. de Roquefort. Cette lettre fait partie d'une 
Note^ de Véditenr insérée à la suite de la préface sus-mentionnéç. On y 
remarquera les appréciations de Fauteur du Glossaire de la langue romane, 
relativement à cette langue, et surtout à la ligne de démarcation cntiV'ia 
langue d'Oc et la langue d'Oil, ligne que, à Timiiation de presque tons les 
philologues français, il prétend être la Loire. Mais cette question à /été 
traitée pag. Li et suiv. ■ • > <: -.; ^ ^ i 

Il faut encore savoir gré à Bergeret de la convenance drtiinàîre' de'&es 
expressions. Cependant, ses images sont quelquefois un peu réalistes et pas 
toujours du meilleur goût : 

,r . IJnfin^ la péguo tan s'enflée . ■ Enûa.la.satt^ s'etîfludelle- 

Que nea crebéo* ; ■ nient ~qu elle eqiîreyti,-r #^.5 

c * • ^1 --^u M ■ j 1 . boyaux a petiU morceaux, é- 

Seslripposabrimbailsescappan^de soun benuo. ékappûnt de son vefufe^ ^< 

la sanno, é, quant Toubrit, H la saigne, et, quand* il 

- Afin finalo el descoubri t ^'^.^v^^^' ~ finalement il décou- 

^ . ^ „ , , , , vnt ^ que tout 1 intérieur de 

Que tout 1 endedens de sa poulo ^^ ppul0 -r était arraneé ^ur le 

Ero arengeat sul mémo moulo même moule — de celles dont 

D'aquélos dount lous yoous ne rapourtaben rés,.^?^/^"^^"v-^J^^^^^?^?°^ ^^^?' 

Se n es, d an soun mujol, la glayro touto soulo. ^^^^ louèesevAe^:^ < 

{la Poule aux ostifs{d'or,) 

Bergeret "n'a traduit que vingt-sept des fables de La Fontaine. Le[ dialecte 
dont il s'est servi n'est pas précisément celui. 4e Bçrdeatix,; .tfpst celui 
d'Agen et des environs, seul rapprochement du re^te quïl y ait à f^ir^entre 
le fabuliste bordelais et le legrettable Jasmin, Si Bergeret n'eut pas'le génie 
du coiffeur-poète^ il n'eut pas non plus son bonheur. N'étant p^^^J'hopai^e 
d'une coterie, ii ne put offrir aux Bourbons c^u'un dévoùn^ent ir^allié^'al^e 
mais inerte : aussi vécut-il et mourut-il à peu près ignoré. Se^foWes, il est 
vrai, sont meationaées par le bibliographe Quérard, article LaFonta^^^^^i 
par M. PàuF Chéron, Catalogue de la librairie /ranpais^ aw- |Cï!x,«'S^i^ij?Z(î; mais 
sa vie né se trouve dans aucun ouvrage biographique^ çt;^ sa^JS^lfîli#Î^J>je 
obligeance de son ami, M. Gergerès, conservateur de la bibliothèque de 
Bordeaux, je ne pourrais même pas vous dire qu'il naquit en 1765 dans 
cette ville, où il niourut le 18 mars 1833. v 



Limousin-Lamothe. — Suivant Tordre géogiaphique que ^'ai cru devoir 
adopter, je me vois obligé déplacer içriinfabylisle auquel; ^bn biographe, 
feu M. Moquin-Tandon, membre deîfnstitift^ professeur a la'Paculté de Méde- 
cine de Paris, donne le titre de poète languedocien. Je veux parler de 



ÇXIV 

Limousin-Lamothe \ né à Verdun, petite ville de Tancienne Gascogne, 
située à la limite du Languedoc, sur la rive gauche de la Garonne. Au sur- 
plus, rétude de ce fabuliste sera une transition toute naturelle entre ce que 
je viens de dire des imitateurs gascons et ce que j*auraî à dire des imita- 
^ teurs languedociens. 

Jean-Philîppe-Marc Limouzin-Lamothe, pharmacien, professeur d'agri- 
culture et poète, naquit en 1782, et mourut d'une attaque d'apoplexie fou- 
droyante, le 30 novembre 1848. Ses poésies n'ont pas été réunies en corps 
d'ouvrage, et sont disséminées dans divers journaux ou publicatiof^s. Ainsi 
la fable lou Loup et VAgnel a été imprimée dans la Revue de VAvcyron et du 
Lot (26 juin 1837), et reproduite par M. Jules Duval dans son Mémoire sur les 
proverbes patois ^, avec celle des Animaux malades de la peste. M. Moquin- 
Tandon possédait trois manuscrits de Limouzin-Lamothe, dont deux in-8° 
contiennent, l'un quinze fables, l'autre deux fables, traduites de La Fontaine. 
Je dois à l'extrême bienveillance du propriétaire communication de deux de 
ces fables inédites, que je reproduis moins pour leur mérite que pour leur 
nouveauté : 



LOU RAYNARD ET LOUS RASINS 



LE RENARD ET LES 'RAISINS 



Certain Raynard gascon, d'aoutres disou nour- Certain renard gascon, d'an- 

Aganit de talén, vésquét, sur uno treillo Tman ^^^^ ^^sent nopmand,-^exténué 

n^ ««o-«I A^ . ^ "ciiiu, Liiidu, de faim, vit, sous une treille, 

Dé rasms dount éro gourman, —des raisins dont il était gour- 

D'nno aparènço sans pareillo. mand, — d'une apparence sans 

Lbu pendart, sans fayçous, n'aourio fayt dous RTnf^T" ^m ?^?^^^"^' «*°^ 

--•' taçons, en eut fait deux ven- 

, [bentrats. /r^^s.— Dans la difficulté de les 

Dins la difficultat de lous pouder aténgé : pouvoir atteindre:— «Ils ne sont 

Soun pas madurs, çà dits, soun bousper dé eou- ^^^ ^^^' ^^^^^ ' ^** f^^^ ^°^ 

; Tournarey un aoutré diméngé' D'ats. Ti^t^atmal^c^^^^ 



LA CIGALO ET LA FOURMIG 

Trabaîllén al pu léou en sasou favourablo. 
La cigalo nou'n met l'exemple dins la fablo... 
Aprèps abé lambrat et cantat tout l'esiiou, 
ûuand l'hiver arrivet, manquet de pervisiou. 

S'anguet plangé de famîno 

A la fourmic sa bézîno, 

La préguèn dé ly presta 

Quicomét per subsista 

Jusqu'à la primo noubélo ; 



LA CIGALE ET LA FOURlff 

Travaillons au plus vite en 
saison favorable. — La cigale 
nous met l'exemple dans la 
fable.— Après avoir lambiné et 
chanté tout l'été,— quand Thi- 
ver arriva, elle manqua de pro- 
visions. Elle alla se plaindre de 
la famine — à la fourmi sa voi- 
sine, — la priant de lui prêter 
— quelque petite éhose pour 
subsister— jusqu'au printemps 



m jS^^Tn?uv1KdiUon°""' *'"' "' «°1>""-T-'ion a publiée dan» la Biogra- 



cxv 



Nou fougues que bricaillous nouveau, — ne fût-ce que des 

De vermés ou mouscaillous. brimborions — de vers ou de 

« A paga sérey fidèlo ; moucherons. - a A payef je 

Countats-y, fè d^animal ! ^^I ^^^f > "tf.^f '^'/i' 

, -1 d animal ! — intérêt et capital. 

Intérêt et capital » —La fourmi n'est pas prêteuse: 

La fourmic es pas prestayro ; __ c'est là son petit défaut. — 

Aqui soun petit défaout. « Que faisiez-vous au temps 

— Que fasiatz dins lou téns caout, chaud,— demoiselle Femprun- 
Doumaysèlo Témprountayro?... *^"se? » — <c Je chantais la 

— Cantavi, la neyt, lou jour, °^i^' }^ J^"^' - ^f ^"^ ^ ^^^ 
^ , , . V •* près 1 amour, — bonn« damip, 
Faguen a praqui 1 amour, pour vous plaire. »-« Ah! vous 
Bouno damo, pèr vous playré chantiez des chansons ?— Main- 

— Ah ! cantavetz dé cansous ? tenant donc vivez de Tair ; — 
Aro dounc vivelz de Tayré; joyeusement portez-vousl ' 
Jouyousomen pourtatz-vous. 

On le voit, Linaouzin-Lamothe, comme Bergeret, s'est presque toujours] 
borné à traduire assez fidèlement La Fontaine, et n'a pas eu la main assez 
légère pour toucher à Tœuvre délicate du maître. Les modificatiens aux- 
quelles il a été entraîné par les exigences de la versification sont générale- 
ment irréfléchies. Combien les regrets et les projets du renard de Limou^in- 
Lamothe pâlissent devant le dédain suprême et sans appel du héros de .(au 
Fontaine! Combien l'antithèse sèche et cruelle de la fourmi l'emporte, dans 
le modèle, sur les développements de l'imitateur gascon ! 

Ils faut dire que les fables imprimées sont meilleures, notam.nxea^ çell^ 
des Animaux malades^ et je dois reproduire à ce sujet le jugement de 
M. Moquin-Tandon : « Les poésies de cet auteur soiH. écrites avec ver.v^; 
elles ne manquent ni d'originalité ni. de sel; mais elles paraissent sppy.em 
négligées, ce qui tient probablement à ce que l'auteur écrivait à bâtons 
rompus, sans prétentions, uniquement pour son plaisir, et ne songeant nul- 
lement à la publicité ;>. Les réserves ci-dessus faites, il me paraît difficile 
d'ajouter quelque chose à une appréciation aussi juste. 

-■ ! 

IV » 

[fabulistes LANGUEDOCIENS . ' 

A quelque distance des anciennes limites de la Gascogne, à l'est; se trouve 
Toulouse, la capitale du Languedoc. Je ne possède, comme spécimen du 
dialecte de cette ville, qu'une fable dont j'ignore l'auteur, et qui court ma- 
nuscrite dans le pays. Je la reproduis en entier, car la mopot^nie du 
rhythme y est pleinement rachetée par la vivacité du récit. 



LA GIGALO ET LA FOUEMIG 



LA CIGALE ET LA FOWMI 



Lé counté dits que la cigalo, Le conte dit que la ciga}e,-r 

Al cor d'hiber, abio la galo, au fort de l'hiver, avait la frin- 



UXVJ 



Et n'abio rés dé ço que cal 
Per se bouta jouts lé caissal. 
La pàouro bestio, miéjo morto, 
Cahin, caba, daban la porto 
Dé la fourmic se trigoussec, 
Peï, d'un toun doulent, ly dissec : 
Prestaï-mé, si bous plaï, besino, 
Un pâou de blat ou de farino ; 
Car m'a métudo à Thespital 
La malâoutio del miou sigal \ 
Boli que m^ toumb^' uno patto, 
S'abez à fa dam uno ingratto, 
Et bous randré, fé d'animal, 
L'intérêt et lé capital, 
Après la prumiero garbiéro 
Que bastiran dessus l'aïero. 

— E qu'un èro vostre mestié? 
Ly dits, d'un aïre trufandié, 
La fino coummaîre fourmigo. 

— En plén estïou, quand lé soulél 
Bous pintro coulou dé calél, 
Âlabets, nou bous desplasio, 
You cantabi dé bouno gracio, 

E défisi qu'el roussignol 
Ufflé ta pla lé gargaillol ; 
Tabès fasio su l'Esplanâdo 
Lé plazé de la proumenâdo. 

— Lé tour n'es briquo mal ingert; 
"Mes presta gasto et donna perd. 
Ça me disio la miou grand-maïre : 
Bélo câoussiou dé flabutaïre ! 
Perqué cantabets alabets, 

Aro dansats tant que pouïrets. 

Qui nou sentis qu'es la mouralo 
Dé la fourmic et la cigalo. 
Al grand desâounou das fégnans 
Truco-taoullés et béligans ! 



gale, — et n'avait rien de ce 
qu'il faut— pour se mettre sous 
la dent.— La pauvre bêle, moi- 
tié morte,— cahin, caha, devant 
la porte — de la fourmi tracas- 
sa, — puis, d'un ton dolent, 
elle lui dit : — « Prêtez-moi s'il 
vous plaît, voisine,— un peu de 
blé ou de farine, — car m'a 
mise à l'hôpital— la maladie de 
mon mari. — Je veux qu'il me 
tombe une patte — si vous avez 
affaire à une ingrate, — et je 
vous rendrai, foi d'animal, — 
l'intérêt et le capital, — après 
la première gerbière— que nous 
bâtirons... — « Et quel était 
votre métier? — lui demanda 
d'un air moqueur — la fourmi, 
fine commère. » — « En plein 
été, quand le soleil— vous peint 
couleur de lampe de cheminée, 
— alors, ne vous déplaise,— je 
chantais de bonne grâce, — et 
je défie qjie le rossignol — enfle 
si bien le gosier ; — aussi fai- 
sais-je sur VEsplanade -*- lê 
plaisir de la promenade. » — 
« Le tour n'est pas mal ingé^ 
jiieux; — mais prêter gâte et 
donner perd, — me disait ma 
grand'mère : — belle caution 
de Auteur ! — Puisque tous 
chantiez alors, — maintenant 
dansez tant que vous pour- 
rez ». 



Qui ne sent que la morale — 
de la fourmi et la cigale ^— est 
au grand déshonneur des fai- 
néants , — batteurs d'estrade et 
vâ-nu-pieds! 



Auguste Galtier. — Ne nous arrêtons pas, et arrivons à Castelnaudary 
dans l'Aude. Là nous trouvons un négociant du nom d'Auguste Galtier, 
littérateur distingué, qui a publié un grand nombre de contes, de chansons 
et de pièces fugitives dans les journaux de sa localité. Il est auteur du 
poème de Noémi et des Mémoires dhm gai, La seule fable que je connaisse 



1. Sigal, cigale mâle. 



CXVIl 



de lui est l'imitation des Deux Pigeom de La Fontaine, impritnee da«s 
l'AbeiUe de Castelnaudary, n» du 16 mai 1844. Le récit de Galtier est plein 
de limpidité, de fraîcheur, de sentiment et de décence; mais son intempe- 
i-ance languedocienne m'empêche, quelque regret que j'en aie, de rapporter 
la fable en entier. Ainsi c'est par un véritable discours de rhétorique que le 
poète rend les remontrances et les prières du pigeon abandonne : 

L'autre, qu'un tel nrojet fort 

L'aoïitre! qu'un tal proujet pla fort estoumagavo, J|^°rrnSurtemrnqueîilaû 

L'y diguét en plouran : Que té manquo al louchis, jogjg _ po^, vouloir t'en aller 

Per boulé t'en ana rouda la patanteyno ? roder la prétantaine? -r Tu vois 

„ , , , - . - „„.,„^ . nu ICI tu es sans gêne : — tu y 

Beses qu'ayci sios sanse geyno . ^^j^ ^^^^ ^^ ^^^ tu veux : per- 

Y fas tout ço que bos, digus nou té dits re... so„ne ne te dit rien> — Tu te 
Té lèbos quant té plav, sourtisses quant t'agrado. lèves quand il te plaît , tu sors 
As dé blat, as dé miih, dé besso pla triado ; -lo" torturé, -tu ^as^dui,lé, 
E lé riou y es la clar qu'on y beou per plase... ^^iée ; —et le ruisseau y est si 
Anen, sios rasounablc., é quittes pas un frayré, clair qu'on y boit par plaisir... 

Que san tu mourio, pécaïre ! ^^££^1^1^^.- 

Car Tabsenço es per el un pla tarribie mal... ^^j g^^^g ^^j mourrait, hélas! — 

Pas per tu cruel! car se b'éro, car l'absence est pour lui un 

Mé tendrios un discours de touto aoutro maniero. bien^ ternbk maj^ -Pas pour 
Yeou pensi saquéla que le trigos que cal bien,— tu me tiendrais un dis- 

Per entreprend un loung bouyatgé cours de tout autre manière.— 

Té fara léou cambia dé plan é dé leugatjé. .. J^P^^^f^j lif uWïïaffron- 
Encaro, s'attendios la mountado del tens ! ^^^^ 1 pôur^ entreprendre un 

Démoro 'n mes dé mai, crey-m'a yeou, que te long voyage — te fera, bien vite 

[presse? changer de plan et de lan- 

L'autro neït è soumiat, béjos mous pensomens ! f:^:Z;j^rt!rii:\^'^^ 
Qu'un grand malhur foundrio sus un de moun j-qu^s) ! — Reste un mois de 

[espèce, plus, crois-moi, qui te. presse? 

Tabé, soulet aïci, n'aourè, daban les els, '^^'^^^S'^^^l^k^ 

Que sédous, que fialats, que maïssantis aouzeis... malheur fondrait sur un de mon 

Hélas! mé dire, plaou, ben neït, arc tempesto... espèce. — Aussi bien, seul ici, 

Qui sap se moun fraïre se dol, J^ n'aurai devant le^ yeux - 

^ ^ , , ' i. 1 ' que nœuds coulants, que filets. 

Qui sap s el a tout ço que bol : ^^^^ méchants oiseaux,,. — Hé- 

Boun gra, boun lochomen, bounis souens è lé las! me dirai-je, il pleut, la 

[resto ?. . . nuit vient, la tempête souffle. . . 
— qui sait si mon frère se 
plaint, — qui sait s*il a tout ce 
qu'il veut : — bon grain, bon 
logement, bons soins et le 
reste? » 

Le pigeon voyageur répond sur le même ton. On croit entendre Tan apl^èà 
rauire deux avocats plaidant une cause. L'odyssée traîne également en lon- 
gueur. En somme, l'imitation patoise a cent onze vers, et encore Tautëur, 
par une pruderie singulière, s'est-il arrêté aux réaexions charmantes' qui 
Terminent la fable de La Fontaine. 



CXVIII 



Auguste Tandon '. — Auguste Tandon, dans une ou deux de ses fables, 
est encore plus scrupuleux que Bergeret et que Limouzin-Lamothe : il ne 
s'écarte du texte que pour les besoins de la mesure ou de la rime. 



La raça dé las bélétas. 
Pas may qu'aquéla das cats. 
Vôou pa gés dé bén as rats. 
Et s'èra pa qu'éstréchétas 
Soun las portas dâou ratun, 
La doumaysèla àou fin mourre 
Lous fariè diablamén courre. 
Et n'estoufariè may d'un. Etc. 



La race des belettes , -^ pas 
plus que celle des chats, — ne 
veut guère de bien aux rats,— 
et s'il n'était pas qu'étroites — 
sont les portes des ratons, — la 
demoiselle au fm museau — les 
ferait diablement courir, — et en 
étoufferait plus d*un. Etc. 

{Le Combat des Rats et des 
Belettes.) 



Dans d'autres fables, au contraire, il concentre La Fontaine, et le réduit 
en quelque sorte à la concision ésopienne : 



Una granouïd énvisageava un biôou 

Aou pe pâoutut, à la taîa quarada. 

Ela, qu'âouriè dansât din lou cruvèl d'un iôou. 

S'en trouvât tan humiliada 
Que, san may consulta que soun pichot orgul, 
Vouguèt, en bén buguén, couma él dévéni grossa. 



Une grenouille envisageait 
un bœuf — au pied épais, à la 
taille carrée. — Elle, qui aurait 
dansé dans la coquille d'un œuf, 
— s'en trouva tant humiliée — 
que, sans consulter autre chose 
que son petit orgueil, — elle vou- 
lut en buvant beaucoup, devenir 



i. Fables et contes envers patois, par Auguste Tandon, troubadour de Montpellier, 
- A Montpellier, chez Renaud, an viii, in-8o, avec cette épigraphe : 

Es pas aysat dé playré k toat loo moande, U n'ust pas aisé de plaire k toot le monde. — 

Ce qa^on trova poalit, an ioatre on trova sot : Ce qn'an troave joli, an autre le troa^e sot : ••*- le 

Lob Tonlnr es fâchai s'entén que lou chi grounde ; voleur est f&ché s'il eniend que le chien gronde^— 

Lo« mèstre es pa coantéa se Ion chi dis pa mot. le maître n'est pas content si le chien ne dit mot. 



Une seconde édition, augmentée, a été publiée en 1813. Le libraire Virenque fils, 
de Montpellier, en avait annoncé une troisième en 18^2 : elle n'a pas paru. G. Brunet, 
de Bordeaux, a réimprimé la fable intitulée : la Mountagna qu'accoucha dans sa Letr- 
tre sur les patois, 1839, pag. 32. 

Auguste Tandon naquit à Montpellier le 15 juillet 1759. Doué d'un jugement sûr, 
d'une imagination vive et d'une mémoire prodigieuse, il fut tout à la fois un poète 
distingué et le chef d'une des maisons de banque les plus considérables du Midi. II 
mourut subitement à Montpellier, le 27 novembre 1824. Je dois les détails qui précè- 
dent à l'obligeance de M. Lemercier, sous-bibliothécaire au Muséum d'histoire natu- 
relle de Pans, lequel a bien voulu me confier le manuscrit de sa Notice sur Auguste 
Tandon, destinée à la nouvelle édition de la Biographie Michaud. 

Le petit-fils d'Auguste Tandon, M. Moquin-Tandon (Chrétien-Horace-Benedict-Alfred), 
professeur à la Faculté de médecine de Paris, membre de l'Institut de France et de 
l'Académie de médecine, mort à Paris le 15 avril 1863, avait hérité du talent poétique 
de son père. 11 a publié, sous le nom de lou Felibre de Magalouno, ou de Fredol de Maga- 
louno, un grand nombre d'épi grammes ou de contes patois, dans l'Almanach provençal 
de Roumanille. Il connaissait à fond l'ancienne langue romane, et fit paraître sous le 
titre de Cary a magalonensis, une contrefaçon si habile et si exajste de la langue 
romano-provençale au xiv* siècle, qu'il parvint à tromper l'œil exercé des philcuo- ! 
gués, de M. Raynouard lui-môme. Je n'ai pas à m'occuper de ses grands travaux, <}pI|lm^,^ 
médecin et naturaliste, mais c'est un devoir pour moi de rendre hommage à ses émi- 
nentes qualités comme homme privé. Jamais sa bienveillante bonhomie n'a été mise 
inutilement à l'épreuve. Il était obligeant pour tout le monde, il eticout*dgeait les 
jeunes, et c'est lui qui m'a servi de guide dans la première édition du présent travaîL 



CXIt ' 



Mes aquéla pâoura talossa pCv" ^or- fit Tntrtï- , 

Faguèt un fort michan calcul : ^^^^^ ^^^^^^ .^^g trop pinter lui . 

Lou trop pintâ yé crébèt la panouïa. creva la bedaine. 

C'est la fable de La Fontaine dépouillée de son plus bel ornement, le dialo- 
gue. Voyez aussi, comme exemple de ces résumés, la Poule aux œufs dor, 

tÈcrevisse^ etc. ^ . . i „:^„«o 

N'allez pas croire pourtant que Tandon soit toujours aussi sec : plusieurs 
de ses imitations sont, au contraire, profondément empreintes du génie 
méridional. Au milieu de la fluidité languedocienne, se détachent, fraîches 
oasis, de gracieux détails que La Fontaine lui-même n'aurait peut-être pas 
eu le courage de rejeter. L'introduction de la fable française l Amour et la. 
Folie est digne assurément d'être citée : 

Tout est mystère dans l'Amour : 
Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance : 

Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour : 

Que d'épuiser cette science. . ' 

Je ne prétends donc point tout expliquer ici : î 

Mon but est seulement de dire à ma manière 

Comment l'aveugle que voici 
(C'est un dieu), comment, dis-jc, il perdit la lumière» 
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien; 
J'en fais juge un amant, et ne décide rien. 

Mais l'imitation languedocienne a bien aussi son mérite : 

Se mé démandaves perqué Si vous me demamiiez pour^ 

T.T ' ' ' . i> 4 • ^ quoi — nous représentons 1 A- 

Nous representou l Amour jouyne, "^^^^ jeune,— joli, fleuri, gras 
Poulit, flourat, gras couma un moyne, comme un moine,— je ne vous 

Vous ou dirièy pa, per ma fé ; le dirais pas, par ma foi ;-mais, 

.,, , -A, j. ^ si vous vouliez que le vous disse- 

Mes, se vouiâs que vous diguesse -pourquoi l'enfant est toujours 

Perqué lou drolle es toujour nut, nu,— pourquoi tel ou tel attri- 

Perqué tel ou tel atribut, but, — je ne vous le dirais pas 
N'eu dirièy pa noun plus quand ou pouguèsse, ^^^fi^^cfqSÏ'eli' n^fiSil. 

Percèqu'aco finiriè pâ. rait pas. — Je veux seulement, 

Vole soulamén vous countâ vous conter — d'où vient qu il 

D'ount' vèn qu'es privât dé la vista, f/J^trttTuîeT- sS^t 

Vous layssan mestres de jugea ^^ avoir l'âme triste, — ou s'il, , 

Se fàou n'avédre l'ama trîsta, faut s'en amuser. 
Ou se d'aco fâou s'amusa. 

4. Cependant ce laconisme n'est pas encore comparable à celui de deux fables que 
jeironve dans une brochure anonyme de 16 pages in-12 publiée, en 1806, sous le 
titre de Contes en vers prouvençaux. L'une de ces deux fables est la Cigale et la Fourmi; 
voici Tautre: 

Vû paysan prengnet tfoo vipero , Vn paysan prit une vipère — qu'il trouva transie 

Qt'atrotbiet trausido de frech ) de hvid -, .« la mit dans son sein, fit la fonction de 

U mettet dia soan sen, fet la founctien de pero-^ ^^ ;— mais la coquine le mordif. — Ingrat, voira 

Mai la couquino lou mourdet. !■ •!_ 

- Ingrat , vaqoi toim caractcro ! »«« caractère. 



CXX// : 

Ne.dirait-on pas la traduciîon littérale de quelqu'un de ces es&ais qu*on a 
trotité» dans les manuscrits du naïf contear champenois? 

Maïs n^allons pas trop loin dans notre admiration. Chez Tandon le naturel 
gascon reprend bien vite le dessus. Il trouve le moyen d'étendre en cinquante- 
six yer3 les vingt et un vers du fabuliste français. Il nous représente TAmonr 
jouant — de l'argent — avec la Folie, et, par suite, une véritable scène de tripot, 
L'Amour veut en appeler à Jupiter et aux dieux assemblés; la Folie, qui n'a 
pas la conscience bien nette, trouve plus expéditif de sauter au visage de sou 
adversaire, et de lui crever les yeux. Vénus demande justice. L'imitateur 
languedocien en fait une plaideuse infatigable, sollicitant chaque dieu avec 
le tact merveilleux de la femme. Jupiter représente la plus haute expression 
du droit : 

j » « i. ■ • » Ah ! Jupiter, fasès me dréch! 
...j. }..-•....... 

Cl^ftCf^fl d(^^. dieux de 1,'Plympe a ça pRçsio? dominante, que Vénus cherche 
àexp^qitf^.f, ";. 

Voufe;' A^oiilloun, vous dîou dé la lumièra, Vous, Apollon, vous dieii de 

' 'IHotin pâoure fil es coundannat ^^ lumière, -~ mon pauvre fils 

-*.J_ .^'1* est condamné— .à ne voir jamais 

A veyre pa-pus vosiré esclat. pj^g ^^^^e éclat.-Ayez pitié de 

' "A^eùs pîétat dé sa misera. sa misère. — Et vous, Minerve, 

'" -Et Vdus; Minfervrt, et Vous, Junôun, etvous,Junon,--songez, hélas! 

' •Vedgea^-me, vengeas Cupidoun. je n^ai pas besoin de le dire,— 

'' Vous, Mars, n'ay pa bésoun Jon dire, sans doute vous vous récuserez; 

" ^ftn rlnnt^ vftïKï vpon^^w^^^ "^ ^^ ^^^' Vulcain, ce serait 

5an aonte vous recusares , j^.^^ .^^_^^ ^^^^ .^^^^ ^^^^ 

" Eft V(yus, Tulcain, série bé pire le congrès. 

• ' S'ddpinavèsl din lou coungrès. 

M(iis n'allons pas non pins trop loin dans notre blâme. En présence de cette 
paraphr^^ç 4p ^^ charnjante, allégorie de La Fontaine, je n'ai pas le courage 
de reppocJjLer à l'imitateur de s'être laissé aller aux entraînements de son ima- 
ginatiop, . 

Lçs p^pjdnçjliçn^ du. troubadour de Montpellier se recommandent surtout 
par i;éXpnnant€> variété des formes. Je viens de le montrer tour à tour imita- 
teur concis ou verbeux ; nous allons le voir parodiste, et, sous ce nouvel 
aspect, nous ne le trouverons pas au-dessous de lui-même. Le vers sera tou- 
jours coulant, Iç style toujours vif, sans que l'expression soit grossière. Tel 
est le tràvefstissenient donné par Tandon à la fable de La Fontaine le Singe et 
le Dauphin. La scène se passe, non plus à Athènes, mais près d'Aiguemortes. 
Le dauphin, qui porte le singe sur son dos, lui demande par hasard : 

— 8érias-ti, moussu, dé Bèoiicayre! « Seriez-vous , Monsieur, de 

-rr Ouy (di^ Ipu singe) et n^é fariâs plésl, Bfeaucaire ? >. — « Oui , dit le» 

'Sévbusyésurvènquâouqueafayre, singe, et vous me feriez plaisir, 

mIt^ ^^ .* . ¥T A "^ . —S il vous Y survient quelque 

''mtne y esciiottr^. Un miou cousi ■ ^^^^.^^ ^ _ l^ ^,y écrire. Ua 

: Y es presiden dé la coumuna; cousin - y est président de 

Sa proutécsioun compta per una. ki commune; — sa protection 



cxxr 

— Lau dàouphiii diguèl : Gramécis! compte pour une.» — Le dau- 

Et larascoun? Tanas-li souvén véyre? phin dit : «Grand merci! —Et 

— Toutes lous jours, et poudès créyre Tarascon? Tallez-vous voir sou- 

Qu'es lou miïou dé mous amis ; vent?>,-ccTous les jours et vous 

,,.-,. . pouvez croire — qu il est le meil- 

L ay mandat embe una sore miouna. ^^^^ ^e mes amis;-jerai marié 

avecune de mes sœurs...»— Ce 

Aquél singe mé fay pensa singe me fait penser-- que force 

Que fossa gens sou dé sa mêma éstofa : gens sont de sa même étoffe : — 

Tel résonna dé tout que n'a jamayrés vis; ^«^ raisonne de tout qui n'a 

Tel prén Rousseau per un péïs, i^"^^^^ "^^ ^" > - ''^ ^f^ 

rr«,î,r j u-i u Rousseau pour un pays,— tel, 

Tel 1 Inda per un philosopha. y^^^^ ^^^^ ^^ philosophe. 

Tandon ne s'est pas contenté d'imiter ou de parodier La Fontaine et 
quelques-uns de ses imitateurs ; son livre contient encore des contes et des 
fables tirés de son propre fonds. « Ces dernières, au dire de Martin, l'un de 
ses compatriotes, dont je vais parler, ces dernières font regretter qull n'ait 
pas préféré le plus souvent le rôle d'inventeur à celui d'imitateur )>. Dans sa 
Notice, M. Lemercier prétend que <( ses poésies sont écrites tantôt avec 
iioe familiarité assez heureuse, tantôt avec un abandon trop négligé ». 
Enfin l'éditeur du recueil de l'an viii, tout en reprochant à l'auteur ses 
nombreux gallicismes, cherche à l'excuser en disant qu'il a préféré encourir 
ce reproche « que de hasarder certaines expressions qui,- quoique bonnes 
en elles-mêmes, auraient pu paraître basses et grossières ». Pour moi, 
tout en reconnaissant combien sont fondées les critiques faites au poète par 
son éditeur et son dernier biographe, tout en pouvant l'accuser de s'être 
cru obligé de recourir au français, je dirai, en réponse à l'observation de 
Martin, que toute imitation de La Fontaine doit nécessairement pâlir devant 
le modèle, qui est inimitable ; qu'il faut inventer pour se débarrasser de ce 
terrible concurrent ; que c'est ce qui fait la fortune des fables trouvées par 
Tandon, et qu'enfln celles qu'il a inventées nous paraîtraient charmantes si 
nous ne connaissions pas La Fontaine. On ne peut refuser au poète langue- 
docien l'originalité dans l'imitation. Il y a dans ses œuvres le mouvement et 
la décente gaîté de son professeur Favre, le célèbre prieur de Cellaneuve, et 
je place Tandon bien au-dessus d'Hourcastremé ou Batbedat et du fabuliste 
de Bordeaux. 

F.-R. Martin fils ^ — Auguste Tandon eut un ami et un rival en poésie. 



1. François-Raymond Martin, né à Montpellier le 27 janvier 1777, et mort le 18 
mars 1851, s'était de bonne heure adonné à la poésie et à la linguistique romane. On 
a de Jui, indépendamment de l'ouvrage ci-dessus : 

1° Les Loisirs d'un Languedocien (Montpellier, 1827, in-S»), contenant un Essai 
historique sur le langage vulgaire des habitants de Montpellier; 

2o Deux exemplaires autographes complets de ses œuvres patoises, dont Tun fut 
donné par l'auteur à la bibliothèque de sa ville natale. M. Moquin-Tandon, légataire 
de l'autre, a fait imprimer A Toulouse, en i846, et à 25 exemplaires seulement, une 
des pièces de ce recueil, intitulée : Histouéra dé moun Réctd de fablas, au Galimatkias 



CXJÏlHi 

T^^ul^-ftâou dirièy à Taousseiina était reçu, — tout haut ie djrfti$ . 

Que per èute rèy ses uascut ; 1^^ g®«^ v^^^î^^^ 7 ^"^ ^W. 

c f'j-^A '•' '* ôlre roi VOUS files né;— je soti- 

Soustendriey âou prenne vengut tiendrais au premier venu -^ 

Que régla mày que vous pot pa paga dé raîua. qu© raigW mieux que v^u$. pe 

[Lou Rèynar et lou Courpatas,) peut payer de mine. . | , ,j., 

Ici s'arrête le compliment. Le renard français fait réellement beaucotip^i 
d'honneur au corbeau en tenant les grands moyens en réserve. Tout l'alli-- - 
rail de flagorneries entortillées que La Fontaine met dans la bouche de son ' 
flatteur ne déginse fKis complètement le pîége dans lequel doit tomber le 
corbeau., mais qu*il pourrait fort bien apercevoir : . ' ^ 

Sans mentir, si votre ramage 

Est semblable à votre plumage....* "';' 

Le héros de Martin aura toujours le temps de faire chanter sa dupe. Qu'a- 
t-il besoin en effet que le corbeau « ouvre un large bec »? QA'iMè'dèsifel*r<é^ 
un peu, c'est tout ce que demande le sournois : ■ r\i< 

Moussu dé Courpatas, prénén Monsieur du Corbeau, pre- 

Ayço bon joc et bon argén, nant-cela bon jeu eibon^r..'! 

^^ ^ ^ ^ gent,— veut répondre au com- 

Vôou né réspondr^J âou coumplimén ; piiment, — ouvre le bec, et son 

Ouvris lou bèc, et soun Hoc dé frouioage erdr^ret rd deTemflS: 
Tomba, et d'aquel rèynard né dévèn lou partage, lage. ' j /^ n^ 

Si Martin avait su se maintenir dans celle réserve, nul ^oute que sa tra- 
duction n'eût été une des mieux comprises qui npus onjt été données. Mal- 
heureusement le récit est précédé d'un interminable ava^t•-propos , dans 
lequel Fauteur, s'adressant à l'un de ses amis, lui explique en vingt-neuf 
vers comment il se fait que les bêtes parlent, puisque, le matin même, il a 
entendu un renard qui encensait un corbeau. Le même verbiage pro!vinc)4l 
reparaît dans la conclusion. La fable française offre un double dénoûmeiat et>t 
une double expiation : ce n'est pas assez pour le corbeau d'avoir perdWi^aan I 
fromage, il doit encore subir les impertinences spirituelles et les humiliants 
couseils de l'imposteur; mais, en définitive, la péripétie du drame est la 
chute du fromage : la toile doit tomber. Aussi La Fontaine nVl-îl mîs que 
quelques mots dans la bouche du renard, qui doit être pressé d'aller dévorer 
sa proie. Ce n'est pas le compte de Martin : 

« Aco 's ce que vouïèy (yé cride-él) grand talos ! « C'est ce que je-vôiflalis (lui 

Ara fày-té réçâoupre rèy, se pos. crie-t-il, grand. lourd^i|dI — 

Adiou rnoun cher, apréadras à toun oge ït'^r^tLtro;"^;: 

Que tout flatavièïfl es troumpur ; tu apprendras à ton âge — que 

La liçou t'a cousiat un moqcèl de froumaîTé. ^^^ ïïmëiiHsnrm^v^)^t^^^^ 

• .Afio'&anfoFtMGhotmalhur- \^^m fti eoûiê ^m'mmmmii'^ 

,^a .s.#q .l^Wiu^ot mainui ,. . frortiage, ^ts'e^m t^Mk 

Un aoutra fes seras pu sage », . - 'malïhetïri — {k\& ^nm .foi»'^ttfni 
',, Loti courpatas, fort'ho^inloils^ * seras plus sage >y.'i^ Le eorî^éa^^ 

" ' Rèspoiilidet ilin soii lênsnige " ' ' " ' iort ^hotiteoxv-^ j^ndlt/^^st^ 

n . . •A j àon langage *^tf<i lit* ^Mlrâpé^^ft'*'^ 

Qu un atrapat ne vàou dous. . ya^t,.deu». > , . j/ Î. » 



'CXXV 



Avié tendu soun regélal. avait tendu son piège.— ^Cher- 

_ Cercas aqui ségur, H dis .a bestio fino. £ Jà .ûrea,.nt, lui JUla b^^^^^ 

L'aouire, que creï déjà pousseda lou trésor, déjà posséder le trésor, — se 
Se mets à gra tassa, fai parti lou ressort, met à gratter, fait partir le 

E lou ferre lou prend oou mitan de Fesquino. ^'1^71^0?^^^^^^ 
Lou reïnard ye diguet : Pos pas nous la la lei, ^^j ^it : « Tu ne peux nous faire 
D'abord que sabes pas tus-mêmo lé counduire. la loi — dès l'instant que tu ne 
Toutes los animaous esclateroun de rire, sais pas toi-même te conduire. « 

•PU i?' • ^*^^^Ai^^ — Tous les ânimarix éclatèrent 

El chacun feniguet per dire , .. de rire, ~ et obacum. finit par 

Quedoouproumié vengu lounpoudié pasfà'nreï. dire— que du premier venu on 

ne pouvait faire un roi. 

Fabulistes nimois. — Je voudrais pouvoir ne dire que deux mots.du^ 
petit groupe de fabulistes et conteurs qui, depuis quelque^ an,qé^s„ifait les 
délices de la population de Nîmes. Mais Ténergie un peu brutî^le du d|ialecte 
daos lequel ils écrivent, leur naturel tout à fait réaliste, donueut ^ leurs 
productions un caractère original qu'il serait ii^uste de passer s<ms splence. 
Les fabulistes nîmois sont plutôt des carricaturistes que des pQèt^$^ B^ 
écrivent pour le peuple, rien que pour le peuple^ et lui parlent «)ii langage, avec 
toutes ses hardiesses, se souciant très peu de leur modèle q^u'ils iq^tn^r^pei^^^i 
plaisir, et encore moins des palmes académiques. Leurs inaÂiati^9$ ^^nt j^m^( 
que libres, mais leur langage ne manque pas de saYewr.il) ont ^m outre 
U)ate riûtempérance proveaçale. Les uns, à l'exemple d^ ce ^, se, faisait il 
y a une vingtaine d'années, métamorphosent lesi fables en chai|scitts,.fi«r Taîr 
du tra la la, avec forcé variations, fioritures, points d'arguer etc.; les anirid^ 
les mettent en contes, les faisant précéder de prologues rabelateî^usv d'inter- 
minables avant-propos ; de sorte que la longueur de ces imitaiions, jointe à 
la richesse du vocabulaire, rend bien difficile la reproduction entièce ée cer- 
taines fables pleines de vivacité, de naturel et de comique* Desi. différent» [ 
recueils que j'ai sous lés yeux Me ne puis guère extraire qu'une iradu^t^tiom 
assez fidèle de la Femme noyée. Cette fable fait partie du recueil iniituM^ «nor 
Bmrbouyado, et est signée : un amatur doit bènu sexo (D. Ç,}. ' • 



1. LiPènjo-cûl (les figues), poésies patoises, par L. Roumieux, de Nîmes. — ATa-j 
riano la despichouso ; lou Gnafre et soun Vésin ; VEscarpo et si Picho (fablo) ; Quand 
on es dousy.... (cansounéto) ; VAse mor (élégio). — Nîmes, Mânliiis Salles i8î5Ô, in-i2 
de 24 pages. .'.../ m.'M 

Vno Bourbouyado (œufs brouillés), poésio dimrso per quaouqué siéehe^ faUo dé La 
Fontaino, Florian, etc.; tradutioun et imitatioun enpatçis. — Prèmieiro livr^soun : 
Lou Lou e VAqnel; l'Apendrissage dou jouine Lioun; VImmourtèto e ta'Boso; lou 
Raehalan soulaa e lou Hachalan amour ous ; uno déclaratioun dé'Eacho] ta "tard 'é'IôU'* 
Magnan; lou ta é l'Huitro; la Galino is iooud*or; la Fennâ n^^Oi— Paris, Jllicheou 
Levy; Nîme, enco dé Manlius Salles, 1856, in-13.de 24 pages.. , , ., ^ . , , .'îï, ,/,fn 

ligaÏQ et Iq^i 




'^Kititn 



LA FENNO NÉGAPO. 



, Si.ei p^ d'aqveli que disoun : Acô 's pa ren, 
J j \ E^ M^W) fenno que pfitouyo. 
J9î»f)rqa'e& fosse», yeou : U fenno vôloun bèo^ 
'ïfier tau niep,'Uik regrè, car siei coumo G(*jgouyo. 
i|cî cfe^que You dis* es for ben à prepaou; 

Car s'agis dinc aquesto fablo 

D*nn grel d'aquel pouH bestiaou 
.Qu^avié fa din lou Vistr^^ uno fin déplorablo. 

L'ome nen cercavo lou cor, 

Et coumo un bajanel plouravo, 

Se despitavo sus soun sor, 

E coumo un anîmaou cridavo. 

Se rencounlrè que su lou bor 

Bou Vistre ouiur de sa dlsgraço 
Se proumenavo de gen 
Quignourâvoun Tacciden. 

Lis abordo en ye demanden 
Se dou cor de sa fenno an paca vis de traço. 
— Pagen, un ye respon ; mais cercas-la pu bas, 

Suivisses toujour la rivieiro. 
—Un aoutre ye digue : Mais noun ! la manquarias ; 

JLi fçnno soun lan reboussièro 
Qu'a revira camin ; vejaquî moun avis. 

Ben que la pento sièje forto, 

E« ben poussible que, soudis, 

Ague camina de la sono. 
La fefço, aquel moomen, èro pa de sesoun. 

Quant à rbumou countradisento, 
^ / 'Me semblo qu'aviè ben resoun. 

Mais, qu'aqaelo hnmou siège ou noun, 
u.\ Lou defaou dou sexe e sa pento : 

Ségur quaou end' elo naitra, 
!' ;. San feoulo end' elo mourira, 

K jusMfur'ott bon eountr«âirat 

E mémo après èstre enterra. 



lA F£MUE NOYEE 

Je ne suis pas de ceux qai 
disent : ce n*est riea: — c'est 
uiïe femme (fal baf bitte. —Je 
dja.^qoe ,c'e$l. fiamx,.linoi : les 
femmes valent bien f pour le 
moins un regret; car je suis 
comme Grigonille. — îci ce que 
je vous dis est fort bien à propos ; 
— car il s'agit dans cette fable-^- 
d'une tête de ce joli bétail — 
qui avait fait dans le Visire 
une iin déplorable. — l'homme 
en cherchait le corps , — et, 
comme un imbécile, pleurait, 

— se désolait sur son sort, — et 
comme une bête criait. — Il 
se trouva que, sur le bord — 
du Vistre auteur de sa dis- 
grâce, — il se promenait des 

fens — qui ignoraient racci- 
ent.— 11 les aborde en leurd^ 
mandant — si du corps de sa 
femme ils n'ont pas encore vu 
de traces. — « Non, lui répond 
l'un ; mais cherchez4a ]>lu8bas; 

— suivez toujours la rivière. » 
— Un autre lui dit : « Mais non! 
vous la majîgttenez ; — les fem- 
mes sont si contrariantes — 
qu'elle a rebroussé chemin; 
voilà. mon avis. -^ Bien que le 
courant soit fort, — ilj^st bien 
possible que, comme je vous le 
dis, — elle ait cheminé de la 
sorte ». — La plaisanterie, dans 
ce moment, n'était pas de sai- 
son. — Quant à l'humeur con- 
tredisante, — il me semble qu'il 
(le plaisant) avait bien raison. 

— Mais, que cette humeur soit 
ou non — le défaut du sexe et 
sa pente, — bien sûr celui qui 
avec elle naitra, — sans faute 
avec elle mourra,— et jusqu'à» 
bout contredira, — et même 
après être enterré. 



On i^m encore reproduire quelques lîgnes de Manano la despichouso, de 
aouwieux, Marianne la dédaignause, c'est la Fille dont La Fontaine a ra- 
conté rhistoire, et que nous reneontrerûos etteort souvint dans notre r<«te, 
eat l'espèce en est commune, à la eanapagne cQjmme à lî^ ville, dans le peuple 
et la bourgeoisie, aussi bieu que dans la noblesse. Après une entrée en ma- 



i. Rivière qui passe tout près de Nîmes. 



iO»vai 



tière et des développements qui n'ont pas moins de sQîxaotQ vers, le conteur 
languedocien a la bonne idée de suivre de loin son modèfe : ^ 



lis annado 

Filavoun, filavoun toujour; 
Et Mariano, desboubinado, 
Vésîé que d'un à l'aouirô jotir 
Sa babina èro pu pUssado!..: 
Agué beou se fréta d'ôlt, dé tripouli, ' 
Per nétéja soun moure, et lou faire lusî : 
Doa mai en mai ségué froumsido ! 
Uno muvayo desmoulido 
S'arenjo end' un paou dé mourtié ; 
Hais, quan s'agis dé la frimousso, 
La cirarias coumo on souyé. 
N'en farias pa qu'uno simousso ! 



lues^Lnnées—filaierilf'fitàieht 
toujours, — el MariâiÀie, dévi- 
dant sa bobine (Vi0î)lifttetft)i,^ 
voyait que d'un joufià Tautie 

—r Ellp ^ut beau,j sp frotter 
d'huile, de Iripoli,— ^pour net- 
toyer son visage ' et' le faire 
luire,— de )p\\ià &n t)iuà'éfi(^'mt 
froiieée.^lhïé ttitffaihe démo- 
lie •*- se répare îarBcî rin peu de 
mortier ;--T majs, quaod il s'a- 
git de la facejTT.VOP? If cireriez 
comme un soulier, —vous n'en 
feriez jamais qu'une giienille. 



Ne croyez pas cependant que quelques-uns des auteurs de ces recueils ne 
puissent, quand ils le veulent, sortir du genre qu'ils se sont donné et 
avoir un peu de tenue sans cesser d'être gais et spirituels. La faole suir- 
vante de M. A. Bigot, insérée dans VAîmanach p)rovençal de *86â * , ne déparé 
certaîneaieBt pas ee charmant petit recueil : ' i' ^ 



epare 



LOU LOUP E LOU GHIN 
• 
En tout tèms Tome que se baisso 
TrovQ pasturo pèr sa maisso, 
E lou que vôu pa 'ntèndre acô 
Rèsto rede e manjo quand pot. 

L'istèri que vau dir^ hou mostro pas que trop. 

Sabès que sus lou grès, tout coume dins la baisso, 
Garde toujour moun franc parla; 
Se vous pessugue, quilés pa : 

Escampib^ en risènt mi quatre verita ; 

Pièi quau 11 vôu, li pren ; quau li vôu pas, li laisso. 

Un loup, que poudié pas cassa que de rescos. 
Cap avié pas lou sôu pèr achata % p.ort*<d'armo, 
Êro souvent à jun; cuegneissié li gendarmo, 
E, pechaîre ! avié pas que la pèl e lis os. 
Dq jo«r, pèif badina la fam que lou carpigno. 



' LE LOUP kf' LE cklEN 

En tOBi témpâ l^dmme qui 
sej baisse y- trouve pâture ijour 
sa mâchoire, — et celui qui ne 
vent pas entendre cela — reste 
droit et itttitfge tjuand fr-p^ôt. 
— L'I^Utoire que ji« vail dire ne 
le montre que trop I -y Vous sa- 
vez aue tant en haut qu'en bas 

— je garde toujours mon franc 
parle» ; -^ aï j^ teous |)ince ne 
criea p^s; — j'^p^^piU^ en riant 
mes quatre vérités ; — jpuis, qui 
les veut les prend," qui ne les 
veut pas lështs^e'.' ' ^ 

■ M ..1 '.'I . I 

Un loup, qui ne pouvait chas- 
ser qu'en cachette, -r- car il p'a- 
vait pas le sou pour acheter m 
port d'armes, — était souvent k 
jeun ; il craignait les gendannes^ 

— et, le pauvr$, il n,'avait qi^ 
la peau et les os. — Un ioiir. 
pour trotoper' la faim ^uiT^i- 



1. A Avignon, chez J. Roumanille. L'almanach de Roumanille, complètement ré- 
digé oa patois provençal, a commencé à paraître en 16S5, • . , . wf 



— « 0, mai, ce quefasès, quausap s' hou sauprai mi, yous vcrreil.-^ OJvl .nmis, 

rfaîpp? i^ ^^ ^"^ vo^s faites, qui sait si jo 
Liaire . » ^^^^^^ ,^ faire?— Lai!*;^^ 'd(fec î 

— « Boutas, qu'acè-d'aqui vous inquiète pas que cela ne .vous iu^iuièt^as. 

ffaire» ^^^"^îoup- quand le maître pa- 

o * raît, nous sautillons autoiil* de 

Qaand lou mèstre parèis, saulejan autour d'jel, lui,T--léchoQsIe3mains4u.^etit 

Lipan lîman dôu drole e li pèd de la fiho, Jl.X'-ï'lctpL'es'iriet 

Japan après li paure e mourdèo si boutèl, mordons les mollets, -^ quand 

Quand, en se graumihant au soulèl, vers la griho, - - |S!îiÎ3^r£enSieî 

Rebalon chin, saqueto, e cougourlo e bequîho. petit sac, et gourde et béquille. 

EDièiaDrès manian bevèn -Et puis après nous mançeons, 

Hi piei après, manjan, oeven, ^^^^ buvons,— nous bâillons, 

Badaian, acassan de mousco, e dourmissèn. attrapons des mouches et dor- 
Vaqnl noste traval, e lou mèstre es pa cuistre. » rm^n7e^«^,"Pe«Sl' 
CouDtèot,loulouptraiguèsaligDodinslouYistre. Content, le loup jçtt^ sa ligne 
-«Siéidivostre!nodis;eparton,brasàbras.î^?,g;,.2^^^^^ 
En caminant, lou loup fai au dogue : — « Digas, dessus, bras dessous.— En che- 
Ses estât souldat? » - « Noun, meiegaève à la f ^^ d'o.!c"i'?ouraÎK 

[masso, soldai?— Non, je mis àla masse 
Respoundeguè lou dogue embé souo plaa-bagas- Su^^r^LTpSueTgSe 

[so. avec son air bonhomme. -4 Ah 
Ah; ça, perqué me demandas ac6? « S^r^XToïSchr! 

— « Pas pèr mai ; soulamen, à voste col i'a 'u flo seulement, à votre cou il v n un 
Qu'es tout pela; cresiéi qu'uno balo en coulèro. S-o^^ut ^îe'KK 
Peraval dins TAfrico vès Sebastopol, — là-b8|s dans r.Afriqu^ ou-vers 
En passant vous avié sega U peu dôu col. » SCetTerpordu coT: 

— « Hola! couneissès pas lou memero?.., la — «Hola! vous ne connaissez 

rsruerro S^^ ^9 numéro?., la guerre,^ 

l^^uciiu, jy coupe! » ce Alors qu est-ce 

le cope !» — « Alor, de^u'es aquel coûte t pela? » que ce cou pelé? »-- « Ce n'est 

T?« ^..r, «A^ t?o ^^« «A,> 9 A wvoo ^i^n- ^^ ^ ^6 n'est rien ? » te Ou 

— <c Es pas ren. » ~ « Es pas ren? » — <c pas p^^ g^and chose, là. - Peut- 

[grand cause, la! ôtre ce quevcosn^yeta^qi^fait 
Belèu. ce que vesès que fai coume uno taco, ~ pTlf JoîlW q^Va? 
Es lou peu manja pèr lou coulas que m'estaco.» tache,» — .«Qairvoïisiattaojad?... 

-«Quevousestaco?... Alorsanapa'ntevoolèsî...>> - J°;;„,S*^ ^°r.A^1%t^ 
— « Ah ! pas toujour... Mai pièi après^ touja^cs.-* iaais.'puis,-*^qiyest- 

De-que ie fai acô ? » - « Tre ! chival de carrosso ! ',1^1 dT ^arrosL ! '- !('& 
S'acô vous fai pas rèn, à vous, iéu me fai foço! ne vous fait rien, à vous, àonoi 
Manias voste recate e leissas-me lou mié» ; '^:'rrX^:TuÙ£ril 

Ni coulas DÎ bridèl soun pas fa pèr moun mourre. mienne.— Ni colji/^s ni brides 
Vous pourtarés bèn, emai iéu ! >. ^ ^uf iTon^rh^'ci 

£ pren soun vanc,e part: cresequ'encaro courre! moi aussil»— Et il ^irenfl sa 

course et part : je crois ([n en- 
core il court I 



Si^u pa 'ici.pèr YS^nla li loi^p, mai counyendrés. Je ne suis/ pa^.iotipoim^an- 
.ûue.loa loup que vous parle è«,.un loup bèn ^L£z-"&T/\oJra« 

[après; vous parie éUtît un'loutvbièn 

Avlé de cor, ce que souvent mancè en forço ome ; JfivTnt'liTque à be^œuj 
Ë, pas besoun que vous li nome. d'hommes; — et, il n'y a pas 

l'a de rascas.que, pèr la fricasso e l'argent, n'7rJeVSp.rî,i; 
Dôu mai li quicharias, dôu mai s'aplalirien; pour la friçasse et l'argent, — 
:Que sa bourso se couHe e qu'ounchoa si mo«8- ff^iSi^tf- %^%f ï^ 

[tacbo, leur bourse s' enfle etqu'iispoiii- 

Unitm nîm Ion bfl^ nue li cacha • madent leur» moustacba*» — 

henicfù pas lou dqsi que ii cacno, j,g ^^ ^^^^^^^^ ^^^ j^ j^^^ ^^. 

Pîèi, pèr li senthnen : adieu! de profundis! les presse; — puis, poûf 'les 

P^r Vminnnr • nâsso auet'aivîst» sentiments : adieu ! rfe pr<5>j%K- 

Fêr 1 ounour . passo, que i ai visi .... ^^ , _ p^^^. ^honneur, pam, 

Fasèn pas de bos d'assemblage, je t'ai vu ! — Nous ne faisons pas 

;Mqustre! avèn pas. segur, teta dôu même la; SfeeeT^feSS)! - 
léui siéi coume lou loup : la loujo me vai pa. Monstre! nous n'avons paa, bien 
Pulèu que de mapja de tonno en esclavage. Ssuffc^m^ Su?:Srioïè 
Atnariéi mai de cebd, embé la liberta! ne me va pas. — Plutôt que de 

manger de la tourte en escla- 
A. Bigot. vage , — j'aimerais mieux de 

l'oignon, avec la liberté! 



. FABULISTES PROVENÇAUX 

Sollicités par Faction fécondante d'un chaud climat et la vue d'un bieau 
ciel, animés de cet amour expansif de la patrie qui fait sourire les Français 
du nord, fidèles surtout aux traditions du moyen âge, les poètes proven- 
çaux ont aujourd'hui Tentraîneraent et la verve des troubadours. Grâce à 
rhabile direction de ses chefs, la nouvelle littérature forme sa langue, épure 
son goût, et sait se maintenir dans la voie de la décence et de la morale. 
C'est véritablement une renaissance poétique, dans la saine acception du 
mot. Mais il ne faudrait pas croire que le mouvement littéraire se soit com- 
plètement aiTêté depuis les troubadours Jusqu'à notre époque. Pour ne 
p^l^r quQ de ce siècle, avant Roumanille, Âubanel, Mistral et Mathieu, la 
PrQvçnice avait produit des jécrl vains çle- mérite, entre autres les çQntie^r^-^ 
fabttli^^s Moi:^l, DioqlQufet et ji'Astros. 

jParjtj^S' de Nîme;^ et continuant aotre marche vers l'esté no,us arrivons, à 1^ 
•capitale de l'ancien comtat Yenaissin. C'est là qpe ÎPétrarque s'essaya à la 
poésie dans la douce et amoureuse langue romane; c'est là que, dé nos 
jours y se centralisent de préférence Ites diverses prodnmions patoises. 
Avignon fat le berceau de Pétrarque : c'est aujourd'hui le théâtre de Rou- 
manille. Mais ce dernier considéré comme fabuliste sera apprécié à j^on 
rang. Là priorité de date appartient à Hyacinthe Morel. 



CXXXI 

Hyacinthe Morel. — Hyacinthe Morel, qui fut professeur de rhétorique 
au collège royal Bourbon, à Alx, et ensuite au lycée d'Avignon, était né, en 
17S9, dans cette dernière ville, où il mourut le 1«^ août 4829. Il est connu là- 
bas par nn grand nombre d'ouvrages, dont lou Galoubé* i( est tout à la fois, 
dit la Biographie Michaud^ son testament littéraire et un dernier hpmmage 
à sa langue maternelle ». 

Le Discours préliminaire placé en tête du volume contient, sur l'origine de 
nos patois méridionaux, d'excellentes idées empruntées à une Dissertation 
de M. Jules Pierrot. Mais, comme nous n'avons à nous inquiéter que du 
mérite littéraire des fables d'Hyacinthe Morel, ne cherchons dans ce dis- 
cours que ce qui pourra nous aider à définir la manière de notre poète. Ses 
amis, qui, de son vivant, se sont constitués ses éditeur?, prennent soin de 
jàous prévenir <( que l'auteur a imaginé le sujet de plusieurs de ses fables, 
mais qu'il en a emprunté le plus grand nombre à Desbiilons, à La Mothe, à 
Pesselier, à Béranger, à Creusé de Lesser, à Stassart, à Jauffret ». Je suis 
étonné de ne pas voir figurer ici le nom de Lessing, auquel appartiennent 
certains apologues du recueil 2. On voit que le Provençal a su faire son 
profit de cette réflexion critique qui termine une des plus jolies fables de 
Lessing, intitulée la Poule aveugle : « Le laborieux allemand compose les 
recueils dont profite le Français ingénieux ». 

Mais ne reprochons pas trop à Morel d'avoir traité Lessing en allemand ; 
excusons même, sous le rapport du langage, les nombreux larcins qu'il a faiu 
aux dialectes de Montpellier et de Marseille, et contentons-nous de n'ac- 
cepter que sous bénéfice d'inventaire les éloges que lui donne son biographe. 
« Toutes les productions de Morel, dit M. H. Audifl'ret, se distinguent en 
général par la solidité du raisonnement, par l'aisance, la clarté, le naturel et 
la grâce ». 

Admettons l'aisance, le naturel et la grâce, et que la concession ne nous 
coûte pas plus que les éloges n'ont coûté au biographe. Mais soyons un peu 
plus difficile pour le reste. Examinons : 

LE SAULE ET LE BUISSON. 

Mais dis-moi donc, demandait le saule au buisson, d'où vient que tu es si avide de§ 
habits du passant? Qu'en veux-tu faire? A quoi peuvent-ils te servir?— A rien, dit Iç 
buisson. Je ne veux pas non plus les lui prendre ; je veux seulement les lui déchirer. 
, (Lessing, II, Irad. de Boutteville.) 

C'est tout : pas même de morale. Lessing jette aux commentateurs un 
simple fait; que chacun en tire les réflexions philosophiques qui seront à sa 
convenance. Le champ est ouvert à l'imagination. Je vois tout un poème dans 
la question naîve du saule et dans la réponse plus naïve encore du buisson. 



1. Ldu Qalouhé MJat^nêou^ Morel, où P/iuési&us,prouvençalouB d*aquel otUour, »J^. 
cj^i^u$^per &eis,ar/i4Sf — En Avignoun, dé l'imprimayé dé Boûnet fils, 1828,1 in-lâ. .*. 

2. Voy. iou Chaîné et lou Porc; lou Sau7^et,loû Bouissoun; Herc^lou dm lou cieL^ 
— Il y a dans les 97 fables satyriques de Lessing une mine bien riche que je prends 
la liberté de signaler à nos poètes patois. 



CiXXXII 



Ne dissipez pas ces nuages allemands derrière lesquels je pûu.viii& i*éyer 
tant de choses! Mais le commentateur provençal ne Fentend paa ainsi»; il 
irt'explique tout, et prend même la peine de faire ressortir la moralité de 1% 
pologue : il veut être] clair. La fable de Lessing était une goutte de liqueur; 
Morel Védaircit — en y versant de l'eau. ... i,,^ . 



LOU SAOUZE ET LOU BOUISSOUN 



LE SAULE ET LE» BUISSON 



Un saouzé qu'habitave en façou d'un bouissoun Un saule, qui habUaUmff^^ 

Yé parlé d'aquestou façoun : f^^ buisson,-\m parla de cette 

-, *^ , . , r -t , . o façon : — « Tu ne veux donc 

Vos donne vieourre que de rapinou? ^^-^^^ ^^^ de mpinès? -Tn 

Ârrapés toujou leis liabi aceroches toujouiB. IfÇi ^abits 

Dei gen maou avisa qu'approchoun teis espiaou; "^^^^ gens mal avisés qy^/ap- 
. ^ -1 j • ' *^ii' u'u' prochent de tes épines; --ce 

Aqueou mouyen es vil, doouries te 1 enhebi. '^^^^^^^ ^,^ ^i. ^^ ^^^^'^, ^^ ;, 

— Dei passanm'inchoou pas dé prendre l'habiagé, défendre. 9 '^- m ûe^^ p(8s$ai|is 

Respondé lou bouissoun amé l'air d'un sanfla : Point ne me cliaut de. prendre 

Mécoumentédérestrassa. ■ ^^iS'^^^'^SfÙ 

cwur:*-*-}e tn© ooWtedle^dQilfcs 

; , dé<5hirer. ». . ^ 7 .„ / 

image don michan, qu'on vei toujou se tordre Image du méchant, qt on 

Per lou plési cruel et dé pougn^ et dé mordre, voit toujours se tbrd+e — pour 

Yeou pensé que dé talei gen LtdT:^? A^^^Setf- 

Don tigre soun proche paren. les gens - du tigrq sont pro- 

(Fable Vlli.) clies parents. 

Voilà qui est clair au moins, et surtout profondément i»ai$oiiné. 43ue pen- 
sez-vous de <^ saule sermonnant le buisson? Moi, je suis loio àk voir là 
celte solidité de raisonnement dont on fait honneur à Morel, et à ce propos 
'|e tombe dans mon inévitable redite reladvémeiit à la «»aiâd;pesfiie^ def^mita- 
V teuf^ méridiQpau^. Ce;n'est jamais sans raison que La Fontaine modifie les 
f œ»vre^ àe ses prédécesseurs. La moralité de son but esi'tt^ièfjpl ébW^^^- 
testaWe; nrais, pour atteindre ce but, tout, soît dârtSla']f)eîritnWtty8'M»lc- 
tèrés, soit dans le. récit, soit dans le dialogue, est cbmbînë, ajusté^ilVéc^be 
précision admirable. Ne touchant aux fabulistes anciens que pour tes perfec- 
tionner, il nous a laissé des œuvres achevées et si parfaites, ttù'îj' hdirs' est 
impossible d'y porter la main sans en cbmproriietlre rharmonieî Prenons 
par exemple la fable le Cheval s'étant voulu venger du Cerf^ dont nous retrou- 
vons l'idée première dans Horace et dans Phèdre. Le satyrique ïatîtf' ra- 
conte comment le cheval, vaincu dans un grand combat, alla îm'pTôtfer le 
secours de l'homme, et termine par cette leçon : « Celui oui, craigi\àiit la 
pauvreté, sacrifie sa liberté plus précieuse que l'or, rampe sous^son iriàîire, 
et sera toujours esclave ». Phèdre ^ nous représente le cjievài vouknt^se 
venger d'un sanglier qui se vaiitre dans l'eau où le délicat animal a i*hâ^îtnde 
de boire. Il y a déjà progrès : ce n'est plus, dans ]?lièdrea lé' faible ïmptorant 

■ • . . . ,. t,i ■'^,'Mfr 

■ -^— "- -~^— . :.^ ^u\ itr 

1. Èpitres,!, 10. ^ .,. , ..,.„. 

3. Fab. IV, 4. 



CXXXIII 



le secours du fort, mais Tégal cédant aux conseils d'une mesquine ven- 
geance; Chez La Fontaine', le tort frivole fait au cheval n'existe même plus : 
l'amour-propre seul est en jeu. Le cheval d'Horace est plus à plaindre qu'à 
bl&irieri' Phèdre en avait fait un étourdi ; La Fontaine en fait un orgueilleux 
et^URvétourdi tant à la fois. Lequel de ces trois modèles pensez-vous qu'ait 
suivi l'imitateur provençal? Celui d'Horace : ■ . ]f 



LOUCERFETLOU CHIVAOU 



LE GÉRPET LE CBEVÂL 



Un cerf vieou coumé l'ambra, et pourten ben soun Un cerf vif comme ^ Vambrf, 

Et que ségur n'érou pas goï, [boï, ^^ portant bien son bois, — et 

T> * 11U u j'i- * qui bien surn était pas boiteux', 

Broutavou l herbou delicatou, I. broutait Therbe délicate, - 

Journélameii à cousta d'un chivaou : journellement à côté d'un che- 

Or aqueou cerf érott un aristocratou ^^^ : - or ce cerf était un aris- 

ri ' «•••'• j ' • tocrate — qui ne souffrait pas 

Que souffrissie gis de nvaoo. ^^ rival.— Pour affa«ierle^Sn, 

Per desmama lou sieou, yé fasié cent chioanou, il lui faisait cent cki^ane^, — 

Foqrtifien soun dré dé quaouqu^ ce de banou. fortifiant ,§pn drpit 4fi.,welqye 

. Louçounibat«'éro« pas égaou, St^T^t-iwtt Bu- 

'Ernosté Bucépbala érou gaïré dé tayou céphaie n'était guère de taille— 

Apousqué contre un cerf tira la courtou payou. à pouvoir contre un cerf tirer 

" ^' Donne, èûmaou'vQulen coupa court, la^ourte^ilte.tt-i^hQ,;8^jrtal 

Al. , ■ ^' "^^ lauu Yy K. ya y.K,ixi*., youJaqt.CO^p^f jÇPUrt^T-rpU.keu 

An ho d'ana cerqua pu yeun de pasturage, d'aller chercher pl^^ iôin un 

S'en vaï, et creî d'estré ben sage, pâturage,— U]bàh',fet croit être 

Dé l'home imploura lou secours. ^W^e^ s7cou1-s™-iTe^^^^ 

Aqués l'engavaché d'ôu bâts et dé la bridou ; Fembarrassrdu^^bât el^dTfa 

• *Amé l'ajttdou d'aqueou guidou, bridç ;T-avecrai(jledf joe^^ide, 

Aguë leou tout acapara ; . 7" ^^ (le cheval) eut bieniôt tout 

»,^. .^ j, i^j* accaparé; — mais, sirëttaôsarle 

. Mais se cassé lou cerf dou pra, «erf du pré. -r il Èa.p«fe pjus. 

Pousqué plus dëbK^ttSsa l'homé de soun esquinou« chasser Thomme ie ^x^^i^^qh^ae. 

.Eiçiti^^U)!) moî^rale eisan^en se dévinou: Ici notre moraîè âî^éftièhl' se- 

Aqueou q«â,dé4égpep sa a,édioçrita^_ . , Si^,ftti^?p^X^^ 

Ou.vçulçn ^atisfair^ pnou hamou mahnou, tisfaire u^e'hainç mafene, — 

D'w grand signour vaï s'afflata, auprès d'un grand' sei^eûK va 

Pord lou pu beou présen de la bounta divinou -^-' ^ 1^^^ ^^^ 

. ,M Car reflOt^nc^ a sa liberta. (Fable XXIV.) car il renonce ;à sa I" 



Non, cette mprale ne se devine pas aussi aisément que Veut bïéhié flire 
l'imitateur d'tioracé. Il y a autre chose que de la médiocrité et Aé 'WHcHna 
maligne chez ce pauvre cheval couvert de blessures, et împlot*iriît ïe sëbotirs 
djB l'homme. L'ironique et sceptique Champenois, qui d'ordînaît^é falû Isî'bon 
marché de la faiblesse, est plus moral cette fois que le poète tatin et lfe%%u- 
liste provençal. - * , î» 

Après les spécimens du patois du Vaucluse qUe je viens de donneK je 
me contenterai d'indiquer, sans la reproduire, une assez riiauvkise imitation 
du Rat de ville, qu'un maître de pension d'Avignon, nommé A. Dupuy, ^ fait 
insérer dans le Boiiil-AbaïssOy n® du 6 mai 1842. .. ; . 



CXXXIV 

RouMANiLLE. "— Maîs, ava»t de quitter le Comtat, nous entref ons, roe 
Saint-Agricol, dans le magasin du libraire-poète Roumanille, et nous pren- 
drons un recueil de ses opuscules, qu'il a édité en 1859, sous le tîlre de Ik -r 
Oubreto. Le poète nous conduira tout d'abord à Sain t-Rëiny,« «petite YlUe.: 
située au pied des Alpines, au fond de cette magnifique vallée qui wontrft'l 
fièrement, vers le nord, Avignon et son château des papes, vers le 'midi, les> 
tours sarrasînes des Arènes d'Arles^ ». C'est là, dans un jardin, qull est né, 
comme il le dit lui-même, d'un jardinier et d'une jardiai^e, le 8 août 1818. 
L'article de M. Saint-René-Taillandîer cité en note raconte l'histoire de sa 
vocation poétique et de ses progrès ; on y trouvera surtout une appréciation 
éclairée de ses œuvres : « Le caractère de M. Roumanille, y est-il dit, c'est la 
grâce, l'élévation morale, et, en même temps, la verve joyeuse et rustique ». 
Oui, mais cette rusticité est toujours délicate et pudique : c'est le bon gros 
rire de la famille, faisant rougir les jeunes fronts de plaisir, et jamais de 
honte. Comment se fait-il donc que Joseph Roumanille, le poète sentimental 
et moralisateur par excellence, ait eu l'idée de donner le costume arlësien à 
certains personnages du sarcastique La Fontaine? Il aura sans doute été 
séduit par l'air de naïveté du conteur. Mais, pour traduire, il a fait son choix, 
et, sauf la fable le Loup et V Agneau^ on peut dire que toutes les imitations 
du fabuliste provençal respirent une pure morale. Que ne puis-je reproduire 
les dix fabks éparpillées dans lis Oubreto * ! Je mettrais en tête celle des 
deux Pigeons, qui me semble la plus appropriée aux mœurs et au génie de 
Roumanille* Mâtlheureusement « ce long poème me fait peur». Obligé de me 
restreindre, je ne puis en donner que des extraits. Voici d'abord le discours 
du pigeon casanier. On pourra comparer l'imitation provençale avec l'imi- 
tation languedocienne de Galtier. Dans ce passage, Roumanille s'est princi- 
palement attaché à charger le désordre d'idées qui se trouve dans le poète 
français : 



Que me chantes-tu là? tii n'y 

Que me cantes aqui ? ie songes pas, moun fraire ! songes pas, mon frêre?^ Ôtic* 
Que eatàrri fa près? quau diantre t'a 'stourdi? S'Virpt'rîuîl'Trx-tu 
Et perqué vos mena la vido d'un bandit? mener la vie d'un bandit? — 

Margarido nous dis : mignoto ! Marguerite nous appelle mi- 

Regarde : qae nous manco ? Aigo. fresco, pesoto, ITqlTiM'aîchTgeTct 

Galant panié pèr nous coucha... —joli panier pour nous cou- 

Rèn nous manco. Auriés-ti quaucarèn à me dire, cher,— rien ne nous manque. 

Quaucarèn à me reproucha? [fâcha! S^XVSe'lotrl Z 
Moun bon, moun rèi, moun sang, perdoun se t'ai procher? — Mon bon, mon roi, 

mon sang, pardon si je t*ai fà- 

i. Saint-René-Taillandîer, Revue des Deux Mcmdes, t5 octobre 1859 : La nomeU^ 
Poésie provençale, ^ 

2. Voici les titres de ces dix fables : la Despichouso; lou Loup e VAgnèu; H dous Pi-- 
joun; Il Bardouio {les Femmes et le Secret); lou Chaînée lou Canèu; Maniclo (le Sa- 
vetier et le Financier); lou Mounié, soun Fiéu e VAsé; li Reinard e lou Telihrigé; Misé 
MousUlù [Mi^ Belette, imitation de la fable le Sen'pent et la Lime) ; VEntarfo-^ori 
(imitation de la fable V Avare qui a perdu son trésor), .. . 



DiouLOUFET^. — Si Roumanille me représente un peu, surtout quant 
à l'expression, le romantisme appliqué à la fable, Dioulonfet me paraît plus 
particulièrement appartenir à Técole classique. Les deux fabulistes ont au 
reste plusieurs points de ressemblance : d'abord ils sont tous lesdeox verbeux, 
autrement ils ne seraient pas Provençaux; ils sont ensuite Tun et l'autro»? 
essentiellement rustiques et réalistes. A force d'observation, ils $e sont iden- j 
tifiés complètement avec le paysan. Mœurs, usages, intérêts, passions» sen- 
limenis, idées, expressions, tout ce qui constitue la vie du village leur est 
familier. Ils possèdent la science et l'instrument; mais ils diffèrent dans ta 
mise en oeuvre des matériaux. Roumanille est plus jeune que Dîôuloufet; il 
suit ses inspirations, parfois avec trop de chaleur, il ne contrôlé Ipiëut-Mêtt^b- 
pas assez les idées que lui fournît sa riche imagination; mais il repixytittitles-' 
scènes villageoises avec une grande vigueur de touche et une vivacité (det I 
coloris qui ne choque pas trop l'œiL Dîôuloufet au contraire est .d« la vi^il^^ 
école. Il n'est pas aussi hardi que Roumanille, et se défie de SQU iai«]\gio^tipi^;H 
sa poésie est plus calme, plus régulière, son expression, plus mesnr^, son 
récit, moins chargé d'exclamations, son rhytme, généralement moins capri- 
cieux. Quoique, à l'imitation de son maître La Fontaine, il sache tirer bon ' 
parti des rejets, des hémistiches et des petits vers, on voit que ralex'artdHh'' 
est son favori. Ces descriptions splendides, dans lesquelles Éé cbmpïaft Rou- 
manille, ne sont pas son fait : il préfère les énnmératlons aceompagnéesde* ► 
traits naïfs, et il n'emploie jamais ces répétitions, ces espèces de refrates qui 
se rencontrent si souvent dans les œuvres du poète de St^Réoiy ; eofia, PWt*<ï 
me servir d'une expression qu'il emprunte lui-même à André Chénier, «^il 
veut faire des vers antiques». .,7 

Comme pièce à l'appui de ce parallèle, j'indiquerai principalement Vimita-^ 
tion que les deux poètes ont faite de la fable de La Fontaine intitulée Ih'PiUèl 
Roumanille trouve le comique dans le récit des distractions de la jeune 
dédaigneuse : • f 

■^\ . • ■ - -. .-.; ) 

. LA DESPIGHOUZO la ùédm<?ni»se : • ^ 

Escoutas, que vous parle : uno chato, Naneto, Écoutez, que je vous parfe :* 

Gloniouso quedounsai forço cascareleto, rsiTne'SrcS;;?Ss 

Mai pouhdeto, volage, — mais gentillette , — 

Voiili' agrada ; voulaiiplaire'.— me s^owyiâi** 

1. Joseph-Marius Diouloufet naquit le 19 septembre 1771 à Eguilles, petit village ^ 
cpielque dislance d'Aix. Malgré la position peu fortunée de sa mmillc, il"fît^d'àyieii> 
bonnes éludes, se consacra à lât littérature, et devint d'ahord bikvlixxUiiôeaiTe^adjoint et 
puis bibliothécaire en chef de la ville d'Aix. Il mourut à Cucurron (Vaucluse), le 19 
mai 1840. (Vi le discours prononcé par M. Rochon à la séance annuelle de rAcâdébief 
d'Aix, année 1840, pag. 38.) Diouloufet s'était adonné à Télude de la la9g^e ïet de la 
littérature des troubadours. Il a laissé plusieurs poèmes en vers provençaux et un 
poème didactique en quatre chants, intitulé leis Magnans [les Yers à éoi&)i iJQ 
recneil, assez rare, qui contient un petit nombre de fables imitées de Ijï» F<?n|^^ief 
porte pour titre : « Fablos, contos, epitras et autros pouesios prouvenç(\los,r-r A-z-Ai, 
enco de H. Gaudibert, 1829, in-8 », avec l'épigraphe : ^ ' 

Sur des sujets nouveaux faisons des vers antiques. 

(A. CHÉlHERr) 



d*étre seule. ^Allons'I Vous me 
cûmpreneE, elle voulait m oia-^ 
rier ; — mais avec un garçon, pas 
sol, — avec un riche garçon de 
jolie figurev*-aiE» jeûner mmme 
fait au tour, -?- ua Kojeil, un 
^mour, — une perle .de ^ture ! 
-^ Et, rem'aratiez l)îén ceci : la 
fpipoUDe • v^lavl *** ^Hl eût 
beaucx)up. d,Vdeur. ^^ipeq da 
jalousie: — elle n*était pas pour 
cela si solteî— mais le plus diffi- 
dle était de le trouver ;'*-Notre 
belle attendait, et... allons rêve! 

— Elle rêvassait , la petite ! — 
Souvent dans ses draps elle ne 
pouvait fermer Tœil, — elle se 
tournait et se retournait tonte la 
nuit ;<— et puis, si elle dévidait, 
elle embrouillait son écbeveau; 

— quand elle cousait, elle se 
piquait ; — pour descendre à la 
cave, elle montait au grenier ;— 
puis elle allait à la fontaino afin 
de remplir sa cruchette, — et 
revenait sans eau à son logis.— 
Pauvrette I ^- Elle faisait plus 
d'une fois sa soupe sans sel;— 
elle rêvassait, la petite ! 



. SJômbestiavo d'èstre souleto ; 
Alrett ! me coumprenës, vpuïié se marida ; 

Mai emé 'n drôle pas fada, 
Emé'a riche garçomi, de galanto figuro<« 

Un juvenome fach au tour, 

tjç spuTèu, un aaïQwr^. . » : 

• ' lUn peirleiî de fiaturo l' .j / „ . 

£4 itiareaé bèii eiçô : la couquîno vouUé 
Qu'agjièéso torço ardour, et ges de jalouàié : 

N'èro pas pèracô tant sotol 
Mal loH pu defecile èro de Talrouv^ 
Nosto belle esperavo, é... vague de rêva! 

Revassejavo, la pichoto ! 
SoQVèrit dins si lançôu poudié pas plega Hue, 

Viroulavo touto la niue ; 
E pièiv89 debaoavc;, enibouiavo sa floto ; 

Quand courdnravoj se pougnié ; 

Pèr descendre à la cavo» escalav^) au granié! 

Pièi anavt? à la font pèr empli sa dourgueto, 

B revenié sènso aigo à soun oustau... 

Paureto! 

Fùsïé lùai que d'un cop la soupo sènso sau : 

Revassejavo, la pichoto !... 

Tambèn, départit, nen venguè! Mais aussi, des partis, en 

■c. ^ .r. ,r >, vmt-il! -— Ils firent nuée, il 

Fagueron neblo, nen plôugue! en plut! - Oh ! quels pans de 

Oh ! quéti pan de nas! car nosto arrouganoto nez ! car notre petite ârro- 

Dins li dès, dinsli vint, creirias que chausiguè? gante, --dans les dix, dans les 

^ ^ vingt, croyez-vous qu elle choi- 

sit?— Ah! non pasi... Et elle 
disait : « Ma mère radote; — 

— elle veut se défaire de sa 
fille. — Quand Tâne ne veut 
pas boire, on a beau sitfler. — 
Guignez celui-ci, guignek Celui- 
li!— Sainte vierge! quelfe mi- 
sère !—Allez-vûus««n phjslQin 
racler des tonneaux, imbéciles! 

— 11 vaudrait mieux pour moi 
que je m'allasse • noyer. —Voyet 
donc ce Joseph,, le card6(ir, et 
Antoine, son collègue, -^ qui 
sent la poix d'une lieu, — et, 
plus que ses ligneuls, hier, 
était empoissél.,. — Jean, avec 
seâ mollets qui semblent des 
cliquettes, — lui aussi se veut 
marier! — J'en sue à grosses 

; , . , , : gouttes, . . s'il n'y a pas ce q^oi 

1. [7n /ésep/i, c*est un niais. . ;. p * .; •: 

2, fmpfiQSk'^ l).y a là i^ne ^p^ee de ; oalembAur intrâduiâble^ iii^bomm^ emp^a 
est ^^ bofl^me m^i^^ e^hié dans le vîBr prts de vin. - • .'' 



Àh! pas mai!... E disié : ma maire repepto, 

Vèu 15e desfaire de sa fiho. 
Quand rase vôu pas béur^ avès bèu à sibla! 
Guinchas aquéu d'aqui; guinchas aquéu d'eila! 

Sawto tiergè ! queto misèri ! 
Anas-vons-en pu liuen rasca de bouto, arlèri! 
Vaudrié mies par iéu que m'anèsse nega! 
Ve! Jejè *, lou cardair^l e Tôni, soun coulègo, 

. Que sent la pego d'une lègo, 
E mat que si lignàa aièr èro empega ^!... 
Jan', «më de boutèu que sèmblon de clincleto, 

Eu tambèn se vôu marida ! 
Nen ai la tressusourl... se n'i a pas pèr crida! 



CUXtiiC 



Es à iéu que Janet vèn counta sî sourneto ? : ' 
Mai ealigDO dounc plus sa belo Françounelo? 

Regardas-Iou^ vous fara pôu. 

Oh! que deguèîno ! queto mino 1 

Coiim^ es pôùlft, lott rbussignôu ! 

iSemblo que coucbo à. la plouvino. 

OU le, lûU badauJ que nous vôu ? 
Creirié douue, lou darut, c^u'es d'eu que sîén' 

[couifado ? 
Vôu d*estournèu , partes : Naneto ei pas pres- 

[sado. 

0, disié tout acè, lajouino delicado; 

Lou disié forço mies, e nen disié bèn mai ! 

}(eQ fournigue de mot ! vous nen fague de puai ! 

Ne, lis amourous s'enanèron. 
Ah! pauri pijounèu... D'autro lis agautèron... 
E Naneto sounjavo au jouvènt fach au tour, 

À soun perlet, à soun amour : 
SouQ amour venié pas ! De pu vièi s'asardèron ; 
La preciouso digue : boudieu ! quétî pastras! 

Regardas-lèi, vous fan mouri en transi. 
Ma maire, leissas~me barra la porto au nas 

A*n-aquéu vôu de tarnagas * î 

Coume un vièi lard sènton lou ranci. 
Puai! fau qu'ayon perdu lou sèn. Âh ! pèr ma fe! 
Dios moun lie, gràct à Dieu! pode dourmi souleto. 
N'es pas pèr un tau tian que prendriéu ma four- 

Tè ! que vagon garda Favé ^ ! [cheto... 



E pau à pau, li jour, li mes, lis an filèron, 

Ë 11 partit s'e&clargiguèron ! 
Lou fénis de Naneto èro toujou 'n camin, 
Mai arribavo pas... Pièi li roso toumbèrqa 
Di gauto de la bello, e vengue lou charpin ^. 
E sa testo grisounejavo... 
Bèn paraens, loujour sambejavo ^, 



criarl -^-C'esiàmèi.quô Peiii- 
,^aa vient coatjer.&e^ saroeUiî^i?/ 
— Mais il ne courtise dojjc plus 
sa belle Françoise? — Kegar- 
âea-)«,< il wwis fera -pfeut».-**^ (m\ 1 
(jfuelle dégaioieljjiioUe.pifne !— 
comme il est joli« le ros&ignol! 
— On diraft qu*!!' CouèWe à la 
bruime^-^'Olv) ti^hstlehâdaud ! 
qae nou3 vcu^l^-n CrmmHf-il :l 
donc, le ^i^aud, que ç'esj dq, , 
lui que je suis coiffée?— Volée 
d'étoumeaux, pafrtezl Nanettc 
n*Qst pas pressée, m -^Oui< elle-f 
disait tout cela, la jeune déli- , 
cate ; — elle le disait beaucoup 
mieux et en disait beaucoup 
plus. — En fournU-jaUe. d0 c©3^ 
mots ! vous en fit-elle, des 
pouah ! — Penauds, les amou- 
reux s'en allèrent.^ Ah! pa#- ' 
vres pigeonneaux!..- D'autres 
(filles) les attrapèrent. — Et Na-,, 
nette songeait au jeune homme 
fait au tour, *— à sa perle, à son ' ' 
amour : — son amour uq venait 
pas! De plus vieux se hasar- 
dèrent. — La précieuse dit : 
«i Bon Dieu! quels rustauds l-^^ ' 
Regardez-les ;, ils vqu^ foni 
mourir en transes. — Ma mère, 
laissez-moi fermer la. porte au 
nez— à cette volée de nigauds! 
— Gomme un vieux lard irs sen- 
tent le rance. -*- Pouah l faut ' 
qu'ils aient perdu le sens. Ah î . 
par ma foi! — dans mon lit, 
gfâce à Dieu ! je puis dormii^' ' 
.^oute seula.^-tCe. n'est pa& pour 
un tel plat que ie prendrai^ m^ , 
fourchette.^ Tiens f qu'ils' ail- 
lent garder le troupeau .i» ' 

£t peu à peu les jours, les 
mois, les ans filèrent, — et les , 
partis s'éclaircirent I — lie phé- . 
nix de Nanett» ôtaH -toujours ett ^ 
.chemin, -misais n'arrivait ^l....* / 
Puis les roses ipmbèrent — des 
joue^ de la belle, ëi vint l'iu- 
quiélude/ *- Et sa- ' tête 'griattïi« '^ 
liait...-- £lh bien I ppuri^nti^; | 
toujours elle tendait pe,^ ap- 



1. Tar»aif(M, littér. pies-grièches. 

2. L'ave, le troupeau. Il ne faut pas une intelligence bien transcendante pour être 
pâtre. _ _ 

3. Charpin, au propre, gratelle, galle de chien, et au figuré inquiétude dont on ne 
connaît pas la cause, mal-être, anxiété. . » ;m t 

4. Smèbe est l'oiseaa qni appdile, qui feit venir les autres dans- les fHelè oti stir les- 
gluaux. Sambeja, c'est attirer les oiseaux (HoN!*oRAt) . N^ette ft1sàil'€<>liïftie rôiseîctiK ' ' 



C%JU) 

. . , .^ T^ujourv pamens, revassejavo : peaux; —tguiourç,, pourtant, 

léT«rlavon de figo, et respoundié rasiu,. ^'^efeS'r^î^SÊÏ 

RfDejavo la quaranteno I. ^ ^^e côtoyait la quM^^iop^ 

A se iarda perdié soun tèrns emai sa peno^ — • A se farder elle pei;da1t son 

.., ..• Anenîfardoquefardaras! , ., , ^ J^^r^^PSllo'S, 

baiïiDejb que sambejaras ! . . . . coqueUet as^u ! — Akl pfiTblm^! 

.. I ' ,. Ahiviadase! -r- jl ne faudrait pas bien siffler 

Fauprié pas bèn sibla pèr faire.bf^upe Ya^e ! pour faire boire tân^. -- Ah î 

s . r\ • » iwr . ^ *^^« '^ ^. demoiselle Nahettêl dnel van 

_ ,0 mise Naneto, que nas ! jg ^g^i! - Eh bien! .m ne fais 

Eb,l>ènifasèspu puai, labellodcispicbouso? . plus pouah î la belle dédai^ 

Sûbede mounto vèn que sias tan raaugraciouso. gnèuse?— Je sais' à*6ù vïènt 

ipu is. .^ .»^ ic* 1*. *^ » i * * 1 qoe tu es si malffrfK5ieuse'.'^il 
ES liuen, qués Huen lou tèms qu'avias tant lou àtlwB,.qviUUstlom;de temps 

iur .: . . [desjgoust! où tu avais tantde(|l^^oût! 

■^ Cireipias^pasqu'à lafin d'atrouvèforço uronso Vous ne croiriez çjp qu'à la 
•""- • ' - D'ag^nta 'n gibous ! ' " fin elle se trouva t6i¥ heureuse 

. ^^ i/«^aiiia giwuo ^ de métti^è la' maitf sur un 

,xi»;'».) M. ,;•.- .,. \y, ^.,.^^. . bossu!! ... .. ^ M»:., m.m 

t Longtemps avant Rbumanille, JDîpuJlpjiiJfe^ Sje^^ayànt ^j^r^ re^C[ij\fgp tracée 
\pftr ta Fontaine, l'avaU traité^^ nn autre. ppijQt, de vu^,:.yil^^ji(jjg,j^v?^^ 
toot, U s'était appliqué de préférence à mettre^ en faillie, lecôté ï)rç>sà|que, 
|)Ositîf dii sujet. L'héroïne de La Fontaine est précieiise, mais non int^- 
presçée .: c'est une demoiselle de bonne maison, enfant gâtée ne ptfnais- 
dailt i*ien<ides misères de la vie, et n'ayant jamais songé sérieusenjent aux 
^^aiitages de la fortune. Aussi que demande-t-elle en premier lîeu^ au mari 
^,dè^n,fcboix?Qu1IÎ4>oit jeune, qu'il soit beau, qu'il ait de bonnes manières; 
rîle' veste »n'6at qu'accessoire, y compris « le comptant j). piouloufei au con- 
^'traîi^noàs-place ad milieu d'un autre monde. Sa précieuse, àluïp ûpus Ta- 
lly%s_ tous connpe ; c'était une artîsane possédée du désir de faire" la 'dame, 
•mais paiïvr€ et journellement aux prises avec la triste réalité.' Oli^iîfi^iîirdans^ 
% qttdnîér'^u%Hé se gamait poùt faire son petit ménage ; màlsfi ëWHii'de 
^''èoKpptè, ell^ était ûJnjours obligée de mettre la main à rôètiVi^^. Klle con- 
i ffliaissail imo tout ?le prix de la tîchesse, et ^on bfôgr^àfjhb ë^é'feh*^ avec 
Côwif)laisanôe SUT cel objet principal de ses pehséesi EHè était fëttfAe à pas- 
^' kér légèrement sur' les doiis de l'esprit; élle'ïi*eût rtiértié pasîtfôji'rfegardé à 
/ia çorrecMo»! deç lignes du hez, mais elle voulait la fdrtwrièf' et ^éS^boà- 
^ neiips^eile ne pouvait dbnc être heureuse aveô le gariç6n ser¥iM*}ef , le gar- 
çoto menuisier, le tailleui^, le tisserand, le cordonnier, desqtols^eUe se mo- 
,'quait ^i malicieusement. .Qu'est-il arrivé? Rien. Elle jalaiSàë'siE^à Garnies se 
cmarier. L'une a épousé le malotru de La Fontaine, l'autre, le' bé^i de Rou- 
mànîlle; elle a mieux aimé rester fille, et elle attend encore. Cette Wfetoire 
. jçie finij p^is ; elle n'en est que plus vraie. ' , ^ «f 

: LA FILHO TROP DELICAJO , .. .. ., . jla wtp.T;%op^wW 

î UttO plchouno arttsanotto,' ' ' "' "[' ^ " tJné petite aWiMnielt^^,'^^ le 
; .7 Lou nas au vent, et proun farotto, ' ' nez aùVent, ètyiitrisammentim- 

^ • ' ■ , . .'■ .-,0 l\->H,\f 



CXJLî 



' lAurîé vougut troubar lou siou " 'portâtltd;'^yiurë*t 'pétrit trouver 

Voueli dire un poulit et jouine calegnràïfe, .•v/^^<irR,-^KYtB»t.(limuriigq«ll 
A , .. j I- r •• et je^nç .galam -r.ft^l eut, en 

Qu'aguessi?, en l'esponsant, agut de que h faire * répousant, eu de quoi lui faire 

Casaquiii d'hiver et d'estiou, — casacfain d'hiver et k!létt5; ^ 

U far quiuar pounch. et faudiou, K^^^^^^ 

El, H fasen cargar !eis ribans, la dantello, * rubans, de dentblteT— la mettre 

La mettre au rang de dameisello. au rang de demoiselle. — Elle 

Aviépas marrit^auhi, ero un pichet nioùroun, n'arraH |)ds-ma«^w&:m«niieifi^^ 

*^„ ,, 1 u 11 c était wn pçA>t n[ijnai^,r- et elle 

Et se cresie encaro plus bello . se croyait encore pfus beUe -r- 

Que cadun, per l'aver, farié lou côp de péung. pour que diacuô, afih tfé'l» pbs- 

Doou vesia sarrailhier ven lou premier garçoun, ^^^\ ?* ^« odup da piÀngi^^ 
n. , , , \ . - ^. ,' Du.vaism.garçu^ieçv^tttcleiRrt- 

Per la demandar en mariagi : mier garçon— poul la demander 

Elle riguet de soun ooumagî, en mariage : — elle rit de son 

Dîsen que sentié.iou carboun, ' hottftimgev'4-<^^^ 

S,^/M,.i . . lAii le Cii8trDoo<n ~i~f s en moque 

'en truib dins lou vesinagi : dans le voisinage : - « Qu'il 

Que vague s'escura, lou beou, auparavant, aille d'abord se laver, le beau, 

Eme de bouen lissiou, per me touccar la man!... f^Pi^^''*"^^ "" ''^^\'^îch """^ k 
Oh ! per aqueou. . . es ben* doouma^, main^!— ol r^iî? celuM^'es^ 

Se nouii ièn embrùtîritta'côuiïfo et moitn visagi. biendonimagé-^^trll rièviétitie 

Lou sarrailhier fougue dounccrtpanhat; . !?ïe'^ji|«W4^ 

Un garçôun menuisier, braver et revéilhat. . harrè. — Un garçon menuisi*, 

tn matin ven poussar sa botto ; ' ' geritil let'éVèiHé, ^-uéf 'iWtftln 

■' Nouestro pichouno arrougantoto ' ^^^^^Z^Td^X^ 

Se mouco mai d'aqueou galand. encore pluç de ce. galant. ,— 

Àh ! disi^, es pas de seîs ribans * «Ah 1 disait-elle; ce Ve^t'paè'de 

Quévouelifarmouiisarra-testo; [reste. !L^ri^!îfX5"^1?.'^^ 

te que^dich,, cç que fach, tout-a-quo es ben de ce qu'il fait^ toilt cela estmen 

Lou inen\iisîer se rçtiro et fet bèn. de reste.»— te hiéniilsièrtëVe- 

Pis» p'^{;wm,taU'hRr e^ ç^u'avié çiuajiquarèn ; ,SK!S««tîïîS" 

■i.. n!)§t<^qV»l3Y0lex^r.>?»l'?!1<>?., 1. . i cbo8p^-fttçp%taitteveU^^^^ 

... , Vpflp^^ lf,^flffrir,sp (^«er.^> sou,. ?pc8n.,,«g'^7jJ]'J^g| 'f^f^ 

^ Çilft,epperAVP,fcfl^ssp.wiés. ., . , . , teedai,t,hjpuçpup.,n[i)gvi?,frp,J.a 
jLafrewo,<J'an ta^hw^i^.^eInblopapq9;esdaI9ado7 femine d'un ta^^^^^ 

xi' • . e . .7 • ' ■ il pas- éué'BcSt ^lné'*alhé^'— 

ya^,tefar^^pa&maua^.p^es; ., , ,.,,, ,..„vij»e^.*pferail|Hi««»t*la 
Ai proopul«ze, sioii.p?^ prf ss^^o. ., poitrine, -r J>i. hiçflJç, t^s, 

,.,.Crçsi<i«enQue?tiy>roiiopradp. ■■ . ■ ■■ 'Ù^^^!^^^iià^^. 
.. Aurift vougut, en ventaU i rait ¥Oiii^.eB mérité ^miiâla- 

Uji estadiant do l'Universitat. diant de l,',U|;iiv(iirsjté.,{^,{|^t- 

Bessaiqu'adouncsesariédecidadp,. . , Sé^l^Svï^^^^^^^^ 

Apres venguet un teisseran. _ « pouah ! lui dit-elle, ôte-toi 

Puai ! . . . li diguet, levo-te de davant, de là,— tu enipestes le chas. » Et 

Empestes lou cadai..: Et fasié soun enviado. ' eHe/alstltîidnMfant gâté. — 

A«-A 1 * • * j • . Après le tisserand vint un cor- 

Après lou teisseran venguet un courdounier : d^^pier- rrT.c..V4-ir^nïpiquer ton 

.— Vai t'en trepougne toun soulier, soulier, — méchant, tire-poix, 

Marril pegot! li dich ; as lou couragî i«i dit-elfè; âs-tu*Vè fcourage — 



CXLIV 



Au ! digo touu Counfiteor, fiteor, — si tu ne veux pas cre- 

• Se vos pas creba coum'un porc. ^^^ ^^.^"^^ "" P^^f • '' 7" « ^^^j' 

-, , \„ ^ ,-, -v,, o un rat? Vous mettez des dents 

— Yeu, un gari? trouca de den, ma belo damo? (vous êtes au maillot), ma belle 

Yéu, faïr^ un tau mestié?... durbissè vosti-s-iu : dame?— Moi,faireuntelmétier? 

Siéu auceloun, vaqui mi-s-alo. «pvrez vos yeux : - je suis 

„ , , , . , 7 1 * ' oiseau, voici mes ailes. — Re- 

Reluca ben quan sieu, m escaluslrares pu. gardez bien qui je suis, vous 

Vaqui ce que digue nosta rato-penado. ne me rembarrerez plus.» - 

La finocho agué 'qui 'na for bono pensado. Voilà ce que dit notre chauve- 

, _ .11 - 1 i^« *• souris. — La finaude eut là une 

La moustelo la crei e la leisso parti, ^^t bonne pensée.~La belette 

Galoio coum'un san qu'escalo en paradi. la croit et la laisse partir,— ré- 

Très jour aprè 'quel escoûfestre, Jouie comme un saint qui çrim- 

Mounté manqué trouva la a,or, ^n^ls^ciirélihauioîS i""^ 

(Ah!quandsiasmalerous,esqueloudevè-s-éstre!) elle manqua trouver la mort— 

Butado per soun mari sor, (ah! quand vous êtes malheu- 

Ver uno autre moustelo intrémai... restourdido ! ',^^^,^ ".nnXV.^/nn 'Zv^^ 
. . , ^ treij — poussée par son mauvais 

Aquesto i-s-auceloun nen vôu, sort, — chez une autre belette 

E nen sagata tan que poou: elle entra encore... l'étourdie ! 

Rato-penado es mai en dangé de la vido. -Celle-ci aux oiseaux en veut 

T , *^ , ,, , , . — et les pourchasse tant qu elle 

La damo de 1 oustau alongo lou museu, peut:— chauve-souris est encore 

Vai tatecan soùna Taucèu en danger de la vie.— La dame 

Ai ! aqués co 's de bon !... Nosta damiselolo v^i?.^Lwfco-tJ["orS^ 
o, •!. ,. ^, . , . . - va sur-le^hamp saigner 1 Oiseau. 

S oubouro, e dit : Plan! plan! que ca tan vous pren? —Ah I cette fois c^est ^our tout 
Aujourdeuî qu'es deminche, aûia-ti fa riboto? de bon!... Notre petite demoi- 

Qu'ei qu'avè din li-s-iu, de pousso vo dé bren ? ^f^^,f f ^^^^' ®* fi^ * 1?"^ 
•; ^, . , . . . »o cément! doucement! quel ca- 

Coumo! leuunauceou! mounte es moun plumage: tarrhe vous prend? — Aujour- 
Melè vosti besicle, aluca moun pelage : d'hui qui est dimanche, auriez- 

Siéu un gari, lou vesè pa? ^î^^^ ^f ^ ribotte?- Qu avez-vous 

, ^" ;, . ,. ,, dans les yeux, de la poussière 

Lou trou de 1 air cure h ca !! ou de l'ordure?— Comment! moi, 

Et per aquela repartido, un oiseau? Où est mon pluma- 

La couquino pousqué sauva dous co sa vido. ge?— Mettez vos besicles, regar- 
^ •^ ^ dez mon pou : — je suis un rat, 

ne le voyez-vous pas? — Le ton- 

. „ ^, . j . , , , nerre confonde les chats!» — 

A l'ouro d'aujourdeui, n y en manco pas de gen, Et par cette répartie—lacoquine 

Rato-penado politico, put sauver deux fois sa vie. — 

Que s'augisson brama, selon coum' es lou vèn : ^ ^'^^"''^ d'aujourd'hui, il n y 

«. ; »... 1 r 1.1. • en manque pas de gens,— chau- 

Vivo lou rei ! vivo la republico ! ves-souris politiques,-que l'on 

A. G. entend crier, selon qu'est le 
vent : — Vive le roi ! vive la 
Tarascon, 3 avril 1850. republique! 



HippOLYTE Laidet. — EsTACHON. — JosEPH Pascal. — J'ai plusieurs 
raisons, bonnes ou mauvaises, pour réunir ces trois fabulistes dans le même 
aperçu : 

1*> En voyant le chemin que j'ai fait parcourir au lecteur, je crains de le 
fatiguer : c'est, je crois, la meilleure raison de toutes; 

S"* Les poètes sus-désignés sont de Marseille; ils ont écrit dans le même 



CXLV 

dialecte et à la même époque : il y aurait dès lors peu d'intérêt, au point de 
vue linguistique, à faire de nombreuses citations. 

3* Lintérêt littéraire ne serait pas plus grand, car les fables marseillaises, 
surchargées en général de colifichets d'un gont souvent contestable, semblent 
loutes taillées sur le même patron. Elles sont du reste disséminées dans divers 
recueils. Ainsi M. H. Laidet, que Roumanîlle qualifie d'habile traducteur^e 
La Fontaine ^ a donné plusieurs fables au Bouil-Abdisso de Des,anat, 
notamment la Cigale et la Fourmi, et a inséré dans lés Nouvelles poésies prf- 
vençales de Pierre Bellot 2 (t. m de l'édition de 1840 , t. iv de l'édîliçn 
de 184i) une paraphrase en cent onze vers de la fable les GrenQuilles qui 
demandent tm roi. Ainsi encore oh trouve dans lou Tambourinaire et le 
Ménestrel^, n^» des 29 mai et 12 juin 1841, deux fables d'Estachon, ;>tt 
GanH retira doou mounde {le Rat retiré du monde) et lou Païsan et là Ser (le 
Tillageçis et le serpent). Enfin Joseph Pascal a mis dans le même recudi, 
numéro du 8 octobre 4844 , lou Busqûéjaîre et la Moiuir (le Éïicheràn et ïamort). 
Comme cette dernière fable n'a que dix-huit vers de plus que roriginal fran- 
çais, je la transcris en entier, car elle est courte relativement aux autres^ll 
eût été à désirer que l'auteur, ayant à faire l'histoire du bûcllerôn', ne se tût 
pas cru obligé de commencer par l'histoire du fagot : 



LOU BUSQUEJAIRE ET LA MOÙAR 

Un bnsquéjaire, bouen matioi» ^ 
Parte per faire uno feïssino; 
Après avé fach proun camin, 
Sa( pîcosso dessus l'esquino, 
Arribo enfin dins un endré 
Hounté i'avié fouesso baragno. 
Bon, dis, couparaî tout darè : 
S'agisse pas d'aver la cagno. 
Dèsuit(? aganto sa destraou, 
Basselo d'amoun et d'avaou ; 
Puis, quand a feni sa bcsougno, 
E que s'és refresca la trougno, 
Fach soun faï, mai lou fet tant leur 
Que, per |ou cargar, resté cour : 
S'assagé de louto manicro. 
Per l'ajudar i'aviè degun. 



LE BUCHBRON ET LK UÙht^ 

Un.biiah^rqpo^§ Jb^prf^pj^n, 
— partit pour faire "un f^t. 
— Après avoir fait beaucQutMlc 
chemin, — sa hache surTëpâine, 
—il arrive enfin datis un endroit 
•— OÙ ïl y avait fônse ïranchage. 
— pBottl djttâUiqcotperai tout 

de file : — il ne.'^'ft^i»iASi4îâf''® 
cagnard. » — Aussitôt il saisit 
sa hache, — et frappe d*amont 
-.et d*aval ; — pois, QUâJ^4 il!a,4ni 
sa besogne — et qu'il s'est ra- 
fraîchi la trogne, — il fait son 
fagot, mais le fît si lourd — que, 
pour le charger,' il- 'rçisftïi^ court. 
— 11 essaya de toute manière. — 
Pour l'aider il n'y avait per- 



4. Dissertation sur l'orthographe provençale en tête de la Part dau bon Dieu. — 
Avignon, 1855, in-8. . i 

2. Pierre Bellot, né à Marseille le 17 mars 1783, mort en septembre 1851^, suivit 
M. P. Chéron {Calai, de la libr. franc, au xw"" siècle), et en octobre de la même aminée 
suivant M! Vapereau {Dict. des cohtemp.). * 

3. Journal hebdomadaire, in-4o, rédigé par Pierre Bellot pour \k partie provençale, 
et par Louis Méry pour la partie française. * . • . :- 



CXLVI 



Et sentie véni la fresquiero ; 
Vous demandi s'avié lou fun. 
Coumo un damna si demenavo ; 
Dins soun despié si dèsoulavo ; 
Soueno la mouar, et, coumo un fouel, 
Dis : Per acabar ma journado, 
Mi vendras pas touesse lou couel, 
Marrido vieyo descarnado? 
A pas feni de souhétar 
Que d'a\an d'eou ven s'applantar. 
— ^^Faï leou que manqui pas d'affairé, 
Et despacho-ti de leou faire ! 
Li dis la maigro. — Lou calian 
Li respouende : Oou! aneo plan; 
Taï cridado, laido aiino ; 
Es per mi mettre sus Fesquino 
Un faî leur et maou engeança ; 
Mai de mourir siou pas pressa ! 

Aco ti provo, moun coumpaîre, 
Que touteis demandan la mouar ; 
Mai que la vouguoum n*a pas gaïre ; 
'Car couyé mai que d'arrifouar. 



sonne, — et il sentait venir la 
fraîcheur. — Je vous demaoëe 
s'il fumait. — Comme un damné 
il se démenait;— dans son dépit 
se désolait ; — il appelle la mort, 
et, comme on fon, — dit : «Poor 
finir ma journée, — ne viendras- 
tu pas me tordre le cou, — mé- 
chante vieille décharnée? » — 
Il n'a pas fini de proférer son 
souhait — que devant lui elle 
vient se planter. — a Fais vite, 
que je ne manque pas d'affaire, 
—et dép&cheAoide vite faére i» 
— lui dit la maigre. JLe câlin — 
lui répondit : » Oh î allons dou- 
cement; — je t*ai appelée, laide 
mine ; — c'est pour me mettre 
sur les épaules — un fagot lourd 
et mal agencé ; — mais de nwurir 
je ne suis pas pressé! » — Ceci 
te prouve, mon compère,— que 
tous demandent la mort; — mais 
qu'il n'y en a guère qui la veu- 
lent, — car elle cuit plus que du 
raifort. 



Joseph-Jacques-Léon d'Astros. — Nous sommes dans le Var. Il y a dans 
*ee d^artement, à peu près à égale distance d^Aixet de Draguignan, un petit 
village nommé Tourves, célèbre par la naissance du cardinal d'Astros, ancien 
archevêque de Toulouse et de Narbonne, et de son frère Joseph-Jacques-Léon 
d'Astros. 

M. le doctieur d'Astros, né le 15 novembre 1780, est mort à Aix le 31 décem- 
bre 1863. Il est auteur de plusieurs opuscules de médecine, d'histoire naturelle 
et d'agriculture., insérés pour la plupart dans le Recueil des Mémoires de 
V Académie d'Aix dont il était un des membres les plus distingués. Mais il 
me semble ne s'être décidé qu'assez tard à donner ses œuvres au public. J'ai 
sous les yeux la liste de ses ouvrages, qu'a bien voulu me communiquer mon 
confrère de la bibliothèque d'Aix, M. Mouan, secrétaire perpétuel de l'Acadé- 
mie de cette ville, et je n'y trouve rien d'antérieur à 1823, date de la publica- 
tion du tome ii des Mémoires de cette académie. 

Ce tome ii contient un mémoire d'agriculture et quelques fables patoises. 
A cette époque, M. d'Astros avait quarante-trois ans. Il a eu cela de cooi- 
iBun avec La Fontaine et la plupart de ses imitateurs, que, à force de s'étu- 
dier, de se chercher, il est arrivé à penser que le beau en littérature est 
encore le naturel. Or ce n'est pas par hasard que M. d'Astros s'est pris à 
vouloir imiter La Fontaine, dont il a toute la bonhomie et toute la finesse; 
il a en outre, en sa qualité de vieux médecin, une connaissance coaiplète 
de l'homme et de ses faiblesses, et par suite beaucoup d'indulgence pour 



CXLVII 

rhumanîté. Celait, malgré son âge, un de ces bons et aimables causeurs qui 
savent si bien se faire aimer, même des jeunes. 

M. d'Aslros est véritablement fils de La Fontaine. Aussi il le respecte, il 
le suit, autant qu'il est possible à un Provençal de le suivre, c'est-à-dire en 
gambadant de ça, de là, et en s'arrétant à chaque instant pour cueillir une 
fleur. Quelquefois même il s'écarte de la route, et alors on se met à songer 
que, si La Fontaine n'a pas pris le petit sentier suivi par son imitateur, c'est 
uniquement parce qu'il n'y a pas songé. Telle est la réflexion qu'on se fait en 
lisant les diverses fables insérées dans les t. ii, m et iv des Mémoires de 
l'Académie d*Aix\ et principalement ce que M. d'Astros appelle « une 
traduction libre » de la fable les Grenouilles qui demandent un Roi. Celte allé- 
gorie politique se trouve a la fin du t. iv du recueil sus-désigné, publié en 
4840. La date n'est pas indifférente : c'était, si j'ai bonne mémoire, l'époque 
où Ton voulait un roi « qui se remuât », et où la guerre était à l'ordre du 
jour. 

l'CIS LES GRE^MOUILLES QUI DEM AN- 

GRANOUILHOS QUE DEMANDOUNT UN REI dent «n koi 

Leis granouiihos, si lassant Les grenouilles, se lassant— 

D'esse toujour senso mestre, d^être toujours sans maître,-- 

, ^ geignirent tant et tant — que le 

Jangourerount tant et tant J^gu Jupiter, de peur d'une 

Que lou diou Jupiter, de poou d'un escooufestré, émeute, — comme il paraît, — 

Coumo parei, ^e décida à leur donner un roi. 

c,. ,,.,,,. j *^ . — Il l6 leur jeta du ciel. Ce 

ôi decidet a li dounar un rei. notait pas un extravagant, — 

Li lou mandet doou ciel. Ero pas un arléri , un prince entreprenant, ambi- 

Un prince entreprenent, ambitions, tyran ; Sass? hS^aTn.-11^^^^^^ 

hro poouva, bounias, human. tête, il avait assez de matière. 

A défaout de cabesso, avié proun de matéri ; — Il faut dire aussi qu il avait 

Foout dire atou qu'avis un beou plan ! - ^^^f Se -'unftdle 

Pamen fet à soun arribado rafle dans Fair, et, sur Teau, un 

Un taon rafifle din l'er, et su l'aiguo un taon bran, . tel fracas, — que la grenouille 

Que la granouilb<> espravantado épouvantée - crut la terre en- 
Creset la terr^ aprefoundado. 



1. Voici les titres des fables; dans le t. ii : ton Courpatas et lou Rèynar; lou Loup 
et lou Chvn; leis Animaus attaquas de la pesto; leis Fremos et lou Secret; — dans le 
T, m : lou Mueou que vanto so lignado ; la Ceouquilhado et seis Pichots ; lou Cat, la Mous- 
télo et lou pichot Lapin; leis dous Pigeouns; — dans le t. iv : la Cigalo et la Fourmigo 
(réimprimée dans li Prouvençalo de Roumanille, 1852, pag. 369); lou Maumarida; 
les haires et VAse; leis Granouiihos qu^ demandount un Ret. 

L'almanach provençal pour 1865 dit que M. d'Astros avait traduit quatorze ou quinze 
fables de La fontaine, entre lesquelles : lou Mueou que vanto sa lignado, lou Cat, la 
McustèU) e lou pichot Lapin, leis dous Pigeouns, lou Bastidan, soun Chin e lou Rèy- 
fMtr, li Laire et VAse, lou Ma» marida, leis Granouio qu^ demandount un rei, etc. 

«J)an8 celte partie, dit en patois M. Roumanille, le bon M. d'Astros avait une facilité 
faujuise : jamais grossier, jamais recherché, il garde toujours un naturel, un ton 
joyeux et fin, une bonhomie de race ,qui ne se rencontrent plus guère que chez les 
iwmmes d'autrefois.» 



(;xLviii 

Âquelo espèço d'animaou, 
Per respoourir, sabés qui lou foout paou. 
Tamben, sauve qui peut! Caduu lou large gagno: 
Quu va dins leis traous leis pu fouods; 
Quu s'escounde dedins Feissagno, 
Dins leis cannos, quu dins leis jouncs; 
Lou gros, oou found doou marescagi^, 
Si va mettre dessus lou nas 
Mié pan, per lou men, de fangas, 
S'agamoutis, espérant de couragi. 
N'oougerount de long tem allucar oou visagi 
Aqueou que si cresien que fouguess^ un géan. 

Sabès ce qu'ero? Un câlaman! 
Soun aspect imppusant fet poou à la prémiero, 
Que, de lour veire s'hazardant, 
Oouget sourtir de la sournîéro. 
S'avancet, mai en tremourant ; 
\]no aoutro seguisset, piei uno autro, piei tant, 

Que s'en fet uno tirassieiro, 
Et la bando à la fin fouguet tant familiéro ; 

Que nen venount jusqu'à saouta 
Su l'espalo doou rei. — Lou rei, plen de bounta, 
Si facho pas de la maniero ; 
SouÉfre tout et dis ren. 
La gent granouilho estounado en vesen 
Que soun rei ero mut et que si boulçgavo 
Escassamen 
Que quand l'aigo ero en mouvamen, 
Et qu'alors toujour si viravo 
Doou caïre ounté lou vent bouffavo, 
Répèpiéguet : — Ah î siam pas gouverna ! 
Jupiter, que rei n'avès donna! 
Regardas lou toujour en même plaço. 
Nous mène en lue, disient dintré la populaço 
De mutinos qu'avient de front. 
Vivo lou bru ! vivo la glori ! 
Se voulem far parlar l'histori, 
Foout pas d'un rei qu'a leis couestos oou long. 
Jupiter, de seis cris ayent la testo routo : 

Siés pas countent, pople ingrat, bouto! 
T'empentiras d'avant que siégué nué, 
Et su lou cooup li mandet une agrué. 
Lou mounarqu(?, à soun arribado. 
De granouilhos d'abord faguet uno ventrado ; 
Esquicho, empasso... ero leou lés; 
Et leis habitants doou mares 



ir'ouvertc. — Celte espèce d'a- 
nimal, — pour reffaroucher, 
vous savez qu'il lui faut peti de 
chose. — Aussi sauve qui peut! 
chacun le large gagne : — qui 
va dans les trous les plus pro^ 
fonds, — qui se blottît dans les 
massettes, — dans les cannes, 
qui dans les joncs ; — le gros, 
au fond du marécage, — va se 
mettre sur le nez — un demî- 
empan, pour le moins, de fange, 

— s'accroupit, attendant du cou- 
rage. — Ils n'osèrent de long- 
temps regarder au visage — 
celui qu'ils croyaient être un 
géant. — Savez-vous ce que c'é- 
tait? Une poutre. — Son aspect 
imposant ht peur à la première 

— qui, se hasardant à le voir, 

— osa sortir de la cachette. — r 
Elle s'avança, mais en trem- 
blant ; — une autre suivit, puis 
une autre, puis tant, — qu*il 
s'en fit une traînée ; — et la 
bande, à la fin, fut si familière, 

— qu'elles en vinrent jusqu'à 
sauter — sur l'épaule du roi. 
Le roi, plein de bonté, — ne se 
fâche pas du procédé,— souffre 
tout et ne dit rien. — La gent 
grenouille, étonnée en voyant 

— que son roi était muet, et 
qu'il bougeait — à peine -r- 
quand l'eau était en mouve- 
ment, — ei qu'alors toujours il 
se tournait — du côté où le vent 
soufflait, — murmura : « Ahl 
nous ne sommes pas gouver- 
nées ! — Jupiter, quel roi nous 
avez-vous donné ! — Regardez- 
le toujours à la môme place. 

— Il ne nous conduit nulle 
part, disaient, parmi la popu- 
lace, — des mutins qui avaient 
du front. — Vive le bruit, vive 
la gloire 1 — Si nous voulons 
faire parler l'histoire, — il ne 
nous faut pas d'un roi ayant les 
côtes au long (toujours couché). » 

— Jupiter, de leurs cris ayant 
la tête rompue : — « Tu n'es pas 
content, peuple ingrat, va! -~ 
tu t'en repentiras avant qu'il 
soit nuit. » — Et, sur le coup, il 
leur envoie une grue. — Le 
monarque, à son arrivée, — de 
grenouilles tout d'abord se fit 
une ventrée ; — il tord, s'empi^ 
fre... c'était bientôt fait.— El 
les habitants du marais — de 



CXLIK 



De cridfl encaro mai ; et lou dîou de H dire : crier encore plus, et le dieu de 

-- Sias tout de sac5 maou plens. Oui, vire coum- leur dire:- «Vous êtes tous des 

^ ' P . sacs mal pleins. Oui, n importe 

[mo vire, comme il retourne, — avec vous 

Emé v'aoutreis eici l'y a toujour peiroou rout. ici il y a toujours chaudron 

Se vous crésiou, fourrié leou changear tout. ^^^^A ^^^ ^ ^ toujoure à redire). 
^ „. , . • ji i> j — Si je vous croyais, il faudrait 

Fouilla estar coummo enas, va^ui d abord per ^j^e changer tout. - Il fallait 

[une ; rester comme vous étiez ; voilà 
Avès vougu changear! jabo ; mai per fourtuno d'abord pour une. —Vous avez 
A • j • K^ .. ^» A^,.^ voulu changer, soit; mais, par 

Quan vous aviou douna un rei bounias et doux, fortune, - quand je vous avais 
V'en dévias countentar, d'aqueslow arrangeas- donné un roi bonassse et doux, 

[vous. — vous deviez vous en conten- 
ter, arrangez-vous de celui-là. » 

M. d'Astros a été contemporain de Diouloufet, comme Martin Ta été de 
Tandon. Si le languedocien de Tandon est moins pur que celui de Martin, 
on peut dire du provençal de d'Astros qu'il est plus correct que celui de 
Diouloufet, qui cependant est, en général, soigneux de remonter à l'étymo- 
logie des expressions dont il se sert. 



Étienke Garcin, de Draguignan '. — Comme on vient de le voir, le dia- 
lecte des paysans du Var diffère en quelques points de celui des BoucbeS' 
du-Rhône. Plus on se rapproche de Tltalie, plus le langage s'italianise 
et devient difficile à comprendre. Cependant il est à peu près le même 
dans tout le département, si je puis en juger en comparant les fables de 
M. d'Astros et la traduction de la fable le Renard et la Cigogne, due à la 
plume d'Etienne Garcin, de Draguignan, et imprimée dans le BouiUAbaïsso 
(i" série, n° 58, 11 mars 1842). Par ce motif, je ne reproduirai pas cette 
traduction, qui est à peu près littérale. D'ailleurs j'ai hâte de passer aux 
fabulistes du Limousin. Mais, avant d'arriver dans cette dernière province, 
je me détournerai un peu de ma route, et je passerai par Clermont-Ferrant, 
où je m'arrêterai le temps strictement nécessaire pour copier un spécimen 
du patois auvergnat. 



1. Etienne Garcin, archéologue et poète provençal, né le 25 avril 1784, à Draguignan 
où il est mort en novembre 1837. Il fut pendant quelque temps instituteur dans plu- 
sieurs communes du département du Var, et chef d'institution à Marseille. Plus tard il 
fut chargé de Téducation des orphelins de Thospice de la Charité de Toulon; mais il ne 
tarda pas à abandonner renseignement et à venir se réfugier près de son fils, imprimeur 
à Draguignan. On a de lui : 1° Dictionnaire historique et topographique de la Provence, 
publié pour la première fois en 1833; — 2° Un recueil de poésies provençales intitulé : 
lou Parnasso prouvençaou; — 3» Un Dictionnaire provençalr-français, précédé d'une 
grammaire provençale-française et suivi de la collection la plus complète des pro- 
verbes provençaux ; — 4° Une Carte celto-ligurienne de la Provence ; — 5o Une His- 
Uyire topographique de la ville de Marseille; — 6o Lettres à Zoé sur la Provence, 2 vol. 
in-8o, mélange très ingénieux de prose et de vers ; — 7° Lettres provençales, dond 
4 livres seulement ont paru. Garcin a encore laissé un grand nombre de pièçqs de 
verset de comédies provençales inédites. -— (Voy. Almanach de Provence i861, par 
Goerdon.) 



CL 



VI 



FABULISTES AUVERGNATS 



C.-A. Ravel. — Je ne connais d'autre fabuliste auvergnat que feu 
M. Ravel. Les quelques fables qu'il a traduites de La Fontaine sont impri- 
mées à la suite d'un poème patois intitulé Ul Paysade, ou les Mulets blancs ^ 
que l'auteur composa à l'âge de vingt ans. M. Ravel a laissé aussi des poésies 
françaises. Il s'occupait depuis quelques années d'un poème patois intitulé 
tes Géorgiques auvergnates, et qui devait avoir plusieurs chants, lorsque la 
mort vint l'enlever à sa famille, en i860. Voici une des fables qu'il a tra- 
vesties : 



LE' GROLLE ET LE RENA 

Eun biau jeou mouètre grolle^ 
Pausa desoubre un queicei, 
Zo n'ane be trouba drolle, 
Zayo un froumajj o son bei. 
que futa mouètre rena 
L'embabiolavo dé demba : 
Bonjeou ! mouètre grolle, i dijio, bonjeou î 
De chu se dévalla por épia to gentou ; 
Che t'aya che bon babi 
Coummo te pour ta le bei, 
i Bello-Ombre 3, sin mienti, 
Dau ijiaux cheya le rei. 
Oquos dou treis petits mou 
grolle sabon che bou 
Que n'în bado, mon gran Nivello 
Euno grando badorello. 
lo n'echèapo son dina, 
Que n'é pardiu por le rena, 
Qu'i le goullo, et qu'i diçai : 
Sabia pas, paubre inucin, 
Qu'eun babioleu vio o dépin 
De tôt que zy bado-bei. 
Dio veuille qu'oquello lecou 
Démo te vaille eun gaporou * l 
Qu'aneu te serve de curo-dint. 
Adié, l'ami, porto te bien. 



LE CORBEAU ET LE RENARD 

Un beau jour maître corbeau, 

— posé sur un écbalas— (vous 
Fallez bien trouver drôle) — 
avait un fromage à son bec. — 
Là, fûté maître renard — l'en- 
jôlait d'en bas : — « Bonjour, 
maître corbeau, lui disait-il, 
bonjour! — De là-haut je suis 
descendu pour observer ta gen- 
tillesse; — si tu avais aussi bon 
babil — que tu portes le bec,— 
à Bellù-Ombre, sans mentir,— 
des oiseaux tu serais le roi.»— 
Ces deux ou trois petits mots— 
à corbeau savent si bon (sont 
si agréables) — qu'il en ouvre, 
mon grand Nivelle, — un grand 
bec. — Il laisse tomber son dî- 
ner,— qui n'est pas perdu pour 
le renard,— qui l'engloutit dans 
sa gueule, et qui luidit: — «Tu 
ne savais pas, pauvre innocent, 

— quun enjôleur vit aux dé- 
pens—de tout badaud. — Dieu 
veuille que cette leçon— demain 
te vaille un gaparou! — Qu au- 
jourd'hui elle te serve de cure- 
dent. — Adieu, Tami,. porte-toi 
hïeç ». 



1. La Paysade, ou les Mulets blancs, épopée tirée d'une histoire auvergnate, en 
vers auvergnats, suivie d'une Èpitre à Babet, et du Combat des Rats et des Belettes, et 
autres fables de La Fontaine, travesties ; — 2*" édition, Glermont-Ferrand, chez l'au- 
teur, rue du Grand-Séminaire, 1838, in-8°. 

2. Les e non accentués sont sourds. 

3. Belle^mbrêy domaine près de Clermont. 

4. Espèce de fromage. 



cnr 



V!I 

FABULISTES LIMOUSINS 

Le Limousin n'a guère produit de poètes dans les temps modernes. M. Hi 
Taioe donnerait de ce fait des raisons géographiques : ciel trop souvent btUr 
meaxy température inconstante, petits monticules, petits ruisseaux, pdtitef 
culture ; pauvre pays, parlant peu à Timagination, et obligeant les habitants 
à diriger leurs facultés vers le commerce et l'industrie ; région- centrale patt* 
rapport à la France, et à Fabri des grands fléaux qui affligent rhiunanité; 
mais qui exaltent les âmes; région limitrophe par rapportp la'langue d'Oc 
et à la langue d'Oil, et dont la race participe encore de la nature des deux 
races voisines, sans en avoir aucun des traits saillants. Quelques tro»badours^ 
limousins ont pu devenir grands au moyen âge, alors qu'il y avait des 
amours, des tournois et des guerres, et que la France du Nord se jetait sur 
la France du Midi ; mais ces coureurs d'aventures se sont formés au dehors. 
Leur esprit s'est exalté, leur génie a grandi au milieu des évèneâients aux- 
quels ils prenaient part. Supposez-les vivant bourgeoisement au milieu de la 
monotonie, de la misère et des petites passions locales, croyez^voiis qu'élà 
eussent eu ces amours et ces haines vigoureuses qui leur inspirèpent de^fll 
nobles accents? et n'est-ce pas l'histoire journalière de tou& les hommes de 
province c^ui se sentent du génie : ne sont-ils pas obii^s de s'eKpatrierpour 
grandir? 

Non, le Haut-Limousin était trop pauvre en tout pour nouerir des poiètes. . 
11 était même trop pauvre pour en créer. Comment les premières a^îrations 
poétiques eussent-elles pu naître daus ce malheureux paysi» lorsque, à partir 
du moyen âge, les habitants, continueUement en lutte avec ua sol et un cli- 
mat ingrats, se repliaient en eux-mêmes et s'appliquaient à retirer le metl- 
leur parti possible de leurs facultés naturelles? La poésie veut de Taudace; 
eux étaient faible», donc ils étaient prudents. l]& étaient prudents avec 
toutes les qualités et tous les défauts de la prudence. Posés, cah»es, réflé- 
chis, mais aussi se défiant d'eux-mêmes et surtout des autres^ et surtout de 
ceux qu'ils voyaient de près, i)s redoutaient la subtilité des étrangers, et 
encore plus la simplicité de leurs concitoyens» Les hautes concepti4)ns n'é- 
tant pas de leur fait, ils se retournaient courageusement vers le travail lu 
persévérance et l'économie , ajoutoos-y l'honnêteté, qu'ils pratiqqaienit comme 
le dernier mot de la finesse. Grâce à ce fonds d'honneur un peu étroit et 
à ce bon sens un pea égoïste, ils savaient se préserver du don-quichotisme 
des gen& du Midi et de la matoiserie des hommes du Nord. Ne leur demandez 
pas de grandes chose^. La plupart s'émanciperont par la petite industrie ou 
le petit commerce ; d'autres, possédant à un haut degré le courage calm^fi^ 
réflexion patiente, l'in^éaiodité féconde, qualités inhérentes au sol, sortkoni 
des rangs et acquerront la gloire militaire ou la gloire scientifique ; mais leé 
homnaes d'imagination seront nécessairement fort rares. On peut dire. du 
petit nombre de nos littérateurs qui ont acquis de la célébrité, que leur 



tsdei^te^t néjel, s'est développé à Paris. Les autres, ceux qui sont restés mO'- 
de^^mept 4âDS leur milieu primitif, ont apporté dans leur style les qualités 
et l^s. défauts de leur race. Ils sont moins légers, mais en revanche moios 
sujets aux écarts que les écrivains du Languedoc et de la Provence. Ils tra- 
çant Içur sillon pesamment, prudemment et ne font guère parler d'eux. Dans 
la petite galerie de nos poètes sédentaires, je ne vois qu'une figure un peu 
OQÎginalei celle de Foucaud. 

.Foucaud, avant d'être fabuliste, fut un homme politique dont on se rap- 
pelle encore la triste histoire (voy. ci-dessus, pag. xiii et suiv., Foucaud, sa 
Politique et ses Fables). Ceci n'est pas un mince avantage pour la critique 
littéraire, car on peut rechercher dans la vie et dans Thumeur du personnage 
Texplication de bien des particularités de son style ; mais il faut joindre à ces 
données celles qui ressortent du tempérament limousin lui-même, tel que j'ai 
essayé de le définir. Foucaud, par là nature de son esprit, appartient presque 
exclusivement à l'ancienne France du nord. Il a avec nos vieux conteurs un air 
de famille frappant. Comme eux, il est positif, réaliste et sceptique; comme 
eux il médit parce qu'il souffre et venge ainsi c< Thonnête homme qui n'a 
ri^n » ; mais il diffère d'eux en ce sens qu'il ne sait pas toujours se main- 
tenir dans les limites de la plaisanterie. Il a des colères parfois maladroites; 
souvent la satire remplace désavantageusement l'épigramme, et la déclama- 
tion fait regretter le trait. De ce côté il touche au Midi. On voit bien qu'il 
médit parce qu'il souffre, mais on voit aussi qu'il ne sait ni souffrir ni mé- 
dire. Successivement moine et mathématicien, républicain et orateur, bona- 
partiste et fabuliste, mais toujours pauvre, maladif et ambitieux, il est avant 
tqut exalté, satyrique et poète. Il a toute la versatilité du poète et l'esprit 
inquiet de l'homme qui veut faire parler de lui. Il prend au sérieux toutes les 
grandes choses, mais il conserve petitement ses rancunes sociales. Que l'on 
ne s'étonne donc pas trop de voir l'enthousiasme du vieux républicain pour 
les hauts faits du premier empire. D'ailleurs Napoléon I«^ n'est-il pas pour lui 
l'émancipateur né des classes pauvres? Foucaud est de bonne foi dans ses 
louanges un peu emphatiques, comme il le sera plus tard, lorsque la France 
épuisée et lasse de gloire , lorsque les villageois et les villageoises privés de 
leurs enfants et de: leurs fiancés, élèveront la voix pour demander la paix! 
(voy. ci-après, pag. 234, Fragments d*une Ode sur Napoléon); mais , derrière 
ces inconséquences , il y a chez lui un fonds permanent d'esprit satyrique 
d'envie et de mauvaise humeur : il a gardé ses souvenir^, ses haines, ses 
douleurs physiques et son besoin de popularité. « 

J'ai sous les yeux un profil de Foucaud, que l'on s'accorde à trouver res- 
semblant. Ce dessin a été mis en tête de la deuxième édition de ses œuvres, 
cette de 1838. Le front est large, droit et nécessairement intelligent;, mais 
l'œil petit, vif et malicieux semble en embuscade derrière une paupière longue 
plissée et abaissée, comme derrière les lamelles d'une persienne. Le cerveau 
guette par là : il veut voir et n'être pas vu. Les tempes sont très rentrées; 
la panië postérieure de la tête fuît et se cache. De la pénétration, mais peu 
deiÉiardiesse! Le rcjstedu visage est à l'avenant* Le nez est recourbé;' large' 
et eiiËirnU';«ks>lèynes;sont lourdes et épaisses, surtout te lèvre Inférieure' 
quffksti«« anêH>e'iempS"ren versée et un peu sensuelle. Lé mentoir est^ywé-' 



CLIII - 

triquement taiUé sur le modèle du nez; les pommeties des joues sont sail- 
lantes. Tout cela joue la bonhomie, mais imparfaitement, et en somme Fen*^ 
semble du visage est peu sympathique. En regard de ce portrait plaçons lés 
souvenirs des contemporains de Foucaud. Quelques personnes se le repré- 
sentent encore. Il était sec, malingre, hypocondriaque, n'ayant plus la 
fièvre, mais en ayant conservé toute l'amertume, sceptique par expérience 
et surtout par impuissance, plutôt frondeur comme La Rochefoucaud, doôt' 
il avait en quelque sorte le passé orageux, que bonhomme comme La 
Fontaine, dont il n'avait pas la politique égoïste. Ces détails suffiront, je 
crois, pour donner une idée du caractère de notre fabuliste. 

Tel est Foucaud dans sa vie politique ou privée ; tel il est aussi dans ses 
œuvres. On y sent trop la mauvaise humeur. Où La Fontaine est malicieux, 
il est méchant; le fabuliste français blesse par étourderie, Foucaud toujours 
avec préméditation. Il faut voir le mal qu'il se donne pour intercaler une ' 
satire dans son récit. Ce ne sont plus les poètes méridionaux, bruyants et * 
parfois grossiers, mais bonnes gens au fond ; ce n'est plus le timide Ber- 
geret, le vertueux Diouloufet ou l'ardent Ronmanille : c'est, d'une part, l'é- 
crivain instruit et spirituel, de l'autre, l'homme du peuple envieux, l'orateur 
du club révolutionnaire. Les exemples \iennent en foule à mon esprit. Un 
des plus frappants est la fable des Animaux malades de la peste (voy. ci-après 
pag. 21). Les souvenirs républicains y coudoient à chaque instant les 
idées religieuses. On y voit figurer les rois et leur majesté, les courtisans et 
les paysans, le bon Dieu, le péché, la confession, la pénitence et le pré des 
religieuses que l'âne s'accuse d'avoir brouté, la Convention, le Comité, la - 
tribune, le jury et la mise hors la loi du trop scrupuleux baudet. Foucaud ' 
termine ainsi sa fable : 

L'auteur de ce conte assure 

Que, sans voir la procédure, 

On peut deviner aisément 

Comment sera le jugement. 
Voici comment : 
Est-ce un richard qui s'est rendu coupable ? 
Soyez sûr que son cas n'est jamais condamnable 

(Entre riches, c'est entendu). 
Mais* si le prévenu se trouve être minable. 

Pauvre, faible, misérable. 

Soyez sûr qu'il sera pendu. 

Ces. pauvres riches! Jamais Foucaud ne laisse passer l'occasion de les 
pourchasser de ses sarcasmes et de les montrer du doigt au peuple. Celte 
occasion, il la recherche même le plus souvent (voy. l'Ane et le Chien, la 
Laitière et le Pot au lait), La Fontaine, dans ses attaques les plus mordantes^ 
fait la leçon aux grands sans arrière-pensée, sans amour de popularité; 
Foucaud, lui, semble plutôt faire appel aux j)assîons des petits. 11 n'en vc*it 
pas tant à la noblesse qu'à la fortune. La révolution a fait justice des nobles d * 
ils sont proscrits, leurs biens ont été vendus, et la bourgeoisie s'est enrichie! 



GUY 

éeileuors dépouilles ; mais le paysan n'a fait que changer de siaiirer et « sou 
ennemi c'est son maître ». D'aiÛears les idées vagues de grandeur, et de no- 
blesse sont passées de mode. Le paysan ne les comprendrait pent-étre pas, 
et Foucaud tient avant tout à se mettre à la portée de son auditoire. Faut-il 
considérer cette raison comme une excuse? x 

'' Quelquefois cependant, quand il est impossible qii*tl soit question de ce 
inathenrenx antagonisme social , quand surtout le maladif £adt)ttUste est dans 
éës bons jours, il se présente à nous sous un autre aspect, et nous trouvons 
dans son style toute Fonction du prédicateur : 

*' Va meifian-DOtt de lo C5marda : Mais méfions-nous de la Ca- 

' L'eî toujour ô ndtrei tôloô ; marde : — elle est toujonrs sw 

Soun dar ne fai pâ de jôloû. . "^ i^^?»,*' - \^^ °f ^f 

«p^iiwjr xJ- pas de laloux. — Toute 1 herbe 

Toute rerbo de lo n^turo *[^ j^ nature-est pour elle tou- 

Ei pèr se toujour prou môduro : jours assez mûre.— Eîïe fauche 

* ' faucho dî toutâ sôzoù. dans tontes saisons. — Dans I0 

Dî lou ceu nôtro ouro ei fixado, ^^^ no^e heure est fixée, — et 

E, plei^t ô Dî, lî guessan-noû P^^t à Dieu y eussions-nous- 

. «f. « ^ «. j • notre place aussi bien marquée! 

Nôtro plaço to bc marcado î _ ^ ^^^^ ^^^ ,1,, (^,j ^^^^^^_ 

De segur lo s1 perdrio pâ ; ^rait pas; — car nous avons 

Car n'ôven beu dire e beu fâ beau dire et beau faire •*- de 

Debeu plan, dô proujei, dô châtcu en- Espagno, beaux plans, des projets, des 

• ' En vîla, ô lo cour, en campagne, ""lît^f ^ Espagn*.; -en 

^, = j .^ l ,. . j % viUe, à k cour> à la campagne, 

rU mor deitruî lou co do mindre co de pe. _ ^ ^^^^^ ^^^^^ ^^^ ^^ ^^ 

' Teîmouen lou mÔlûroû cure. moindre coup de pied.— Té- 

' Ne couneisse ma no finesse moin le malheureux curé.— Je 

Pèr Fempeichâ de noû trôî, «e connais qu'une finesse — 

Qu'ai de viôre dî lo sôgesso P^"'" l'empêcher de nous trahir, 

■c ' . ^ •* X .^ —c*est de vivre dans la sagesse 

E toiyour tou preit« ô paru. _^^ ^^^^^^ ^„^^ ^^j ^ l^ir. 

:" " (Lou Cure e Lou Mor, pag. 68.) 

Ailleurs il paraphrase ainsi la morale de la fable VÈerevis&e et sa fille, et, 
chose do^t il faut lui savoir gré^ il est moius inéchsasii queX.^ Fontaine i» 



Voû vezei be quelo pitito fâbk? Vous vd^ez bien cette petite 

Eh be ! ro no grande morab ^a^l^^ - ^^ .^^^^^ • ^"^^^ ?J 

^ . ® , . . grande morale — pour les jeu- 

Per lou jônei mai pèr lou viei. nés et pour les vieux. - Car (il) 

Car n'î- re de meliour coumo n'î- re de piei, n'y a rien de meilleur comme 

P^ iin ffîirrftti mai n^r nn filtV) ^^ ^'^ * '^^° ^^ pire,— pour un 

Fer un garçon mai per no nito, ^^^^^ ^^ ^^^^ ^^^ ^jj^^ _ q^e 

Que Teizample de so fômilw; Fexemple de sa famille; —et 

E qu'ei toujour dî so meîjou c'est toujours dans sa maison— 

„Q«e. chacun coumence d'eisse meichan ô bon. ^^^^^^^^ C-S.Î1S 

. / Quan loù pai e là mai soun sâgei, pères et les mères sont ss^s. 

Vôû'veirei de brûvei meinageî; —vous verrez d'honnêtes en- 

M« >^v- ' .1 « A , ' faoitsi ^->o mais devant IflOTS en** 

Ma dÔvan lour piti s' i se coumpourten mau, f^nts Vus se oompQrteM mal. 



CUV 

Un jour vendro H- ôro dô mau. —un jour viend^ (qu')il y aura 

(L*Eicârôbissq e $o filio, pag, 81.) du mal <. 

Ce sont ces divagations qui, en 1809, faisaient dire au critique anonynoe 
de Foucaud : <( Vous voyez bien que le patois est moins riche que le français, 
puisqu'il faut au traducteur quatre cent quinze vers pour rendre le^ ç^ut 
soixante-onze vers des neuf premières fables de La Fontaine ^ ». Non, ce 
n'était pas la faute du patois : mieux valait dire que c'était la faute de 
Voltaire, dont Foucaud avait la malignité, et celle aussi de Rousseau, dont 
il voulait imiter l'éloquence. Les tirades sont trop longues, le mot n'est pas 
assez souvent sacrifié à la rapidité du récit; n'importe I au moins notre fabu- 
liste n'a pas l'insignifiante volubilité de certains autres imitateurs. Quand il 
allonge, c'est presque toujours pour dire qnelque chose. Qu'il corrige une 
allégation de La Fontaine : 

Noû nott chetenen entre n'autret. Nous nous soutenons entre 

Un secre n'ei pâ mièr cota sou un chôpeu ; "^"^J - "^ ^^f^^* "ufL^* 

-. , - A * , •* . niieux caché sous un chapeau. 

Si lo tenue, eu tou cà, gardo mau queu dô autres, — Si une femme, en tous cas, 

Dô min lo gardo bien lou seu. garde mal celui des autres, — 

du moins elle garde bien le 
{Là Fennâ e lou Secre, pag. 167.) . sien. 

Quil charge un tableau : 

Lou lou 5 nôtre che fôgue doun poulitesso : Le loup à notre chien fit donc 

vanto for so he\o espesso, politesse : — il vante fort ^ 

Ti ^ ' i. belle espèce, — et suptMrt è^ 

E surtou soun- embounpouen, embonpoint;^ qu'ai .regardait 

Qu'ô vizavo toujour, ma pertan d'ôssei louen. toujours, mais pourtant 3'assez 

{Lou Lou e lou Che de basso^aur, pag* 35.) loin. 

Que, d'un trait de plume, il indique le dénùment du bûcheron : 

Pèr de deteî, Ô n'en vio pâ, Quant aux dettes, il n'en avait 

Degu lî vio vougu preitâ. pas : — personne n'avait voulu 

{Lo Mot e lou Paubre, pag. 13.) ^^ prêter. ^ ^ ^^ 

Qu'il donne une forme ingénieuse à quelque pensée philosoiihl(|tte r^-^^f 

(Lo fourtuno) Souvent quand elle nous sou- 

Souven, quan lo noû ri, lo se môquo de noû. rit, elle se moque de tious. 
{Lou Trésor e loû doû Omei, pag. 104.) ' 



La Fontaine avait dit : 

Elle tTait raison : I« Tcrta 
D« tout exemple domestique 
Est DflÎTerselle, et s'a{rpli({ii« 

Eo bien, en, mal, en tout ^ fait des M|{ea, des sots, 

Beaucoup plus do ceax-«i 



2. Journal du département de la H aute-Vienne, 9 imn 1809. — Voy. dans le n^ du 
12 juin la verte réponse faite par Foucaud au critique malavisé. — Du reste il y a 
des exemples encore plus frappants de ces amplifications. La fable les Médecins (voy. 
pag. i92) a dix vers dans La Fontaine, elle en a 65 dans Foucaud; CQpendafit (Eu|e 
ne traîne pas en longueur. .'.m., 



CLVI . , :. 

IP II. 'M 

.,!> ijr Lw joue ome po be muif; Le jeune homme peut bien 

V[ .i , M lou vieiliar ne po pà viôre. mourir; mais le vieillard ne peut 

x',/.... / : [Lo Mor e lou Mouriboun, i^dig, in.) pas vivre. 

Enfin, quil se laisse aller à ses boutades contre la noblesse et la bour- 

gfe*ôîsîè : 

ni .1' î! 

y. Il . i •'- 4)ueo iQoiïnde roulen toû côrosso , Ces gens roulent tous carrosse, 

,.■. -Mémo per Bâ deycho à lo fosso. To^^l^Zx^tlS^l. 

- i ? «P-er lou noblei, per lou richar, les richards,— il y a toujours eu 

îiiO'i <Ltwo toujour gu dô corbiliar. des corbillards. 
-^uc. ^' ! (io» Cttfe e lou Mot, pag. 68.) 



jt.J^Ujà quelque malice populaire contre lé fisc : 

'^'' * ' Etqpau Rodillar gobavo Aussi bien RodiUard gobait— 

^jf ra de groniei caumo loû H de cavo. ^ ^i'd^'^aîl^^s d= 

''^ùi da!:riiei de segur n eran gro regreta). . sûrement n'étdent pas regret- 

■ ' ■ * '(Lou Chôpitre tenguperloû Ra, pag. 27.) tés.) 



Dans toutes ces excursions hors du texte français, Foucçiud peut revendi- 
quer comme étant bien à lui des pensées et des images pleines d'originalité. 
Extrayez de ses imitations patoises la plupart des détails dont il a sur- 
chargé les fables que La Fontaine lui a léguées déjà suffisamment ornées, et 
de ces détails eux-mêmes faites un recueil que vous appellerez, si vous vou- 
lez'. Esprit de Foucaud, vous aurez quelques pages où à la fînessse d'obser- 
vation se joindra un bonheur d'expression assez remarquable. Ce ne sera 
certainement ni du Montaigne, ni du Voltaire, ni du Paul-Louis Courrier; 
mais ce sera positivement l'œuvre d'un homme d'esprit. Je vais plus loin : 
ce sera l'œuvre d'un homme dii monde. Malheureusement, dans une fable 
patoise, ces qualités sont presque des défauts. Derrière ce raffinement 
d'idées, ces phraises un peu prétentieuses et ces nombreux gallicismes, on 
devine trop aisément le professeur, le monsieur, qui n'a pris le costume du 
paysan que poiir critiquer impunément les honames el; le» choses de son 
époque. Ce n'est pas ainsi que procèdent les vrais loustics du village : ils par- 
lent naïvement, <( fournissent leur râtelée. » et lancent leur trait en courant, 
car ils ont hâte de faire place à d'autres. Chez eux, peu de ces périphrases 
que le paysan ne comprendrait pas, et qui entraveraient le récit. L'expression 
est simple; chaque mot est en quelque sarte une allusion représentant si 
bien l'idée avec tous ses accessoires , que l'auditoire touche immédiatement 
ladiose du éoigt. Or, il faut le reconnaître, Foucaud sous ce rapport n^èst 
pasjîtoiijioiirs dans son rôle. Sous quelque forme que la saillie se présenté, if 
Kâdopte,i-6t se met en devoir de lui faire une position dans son beuvrè. Ouë 
de*|ï)ràiie5il se ^mk^ ! comme son vers est tourÂïénte ! que de paroles irititiïes, 
que de contre-sens pour arriver à ce malheureux bon mot, car it faut rimer! 
J'admets que ce bon ïïiot:s0it uwe perle ; mais elle est parfois'^i maffenehâs^e 
qu'il vaudrait mieux qu'il n'y eût ni perle ni chaton. 



CLVII 

Mais, où Foucaud se nioiUre parfait campagnard, c'est dans sa versification. 

< Toutes les facultés qui concourent à formai» le* diicours côtatiéf^ent de 
même à former le rhythme. L'oreille a en elte une sorte de tti^slit''e ou de 
portée naturelle, qu'elle ne passe qu'avec peine. L'esprit ne fait éclore ses 
idées.et ses jugements que les uns après les autres, etc. ». .. ,,;,,, ,. 

Essayons d'appliquer au langage familier ces paroles de l'abbé Lé Ëa^eu^ 
relatives aux Nombres oratoires \ et demandons-nous si la conversation, eîi 
tant que représentant nos jugements, nos sentiments, >im^ pariais dans 
l'ordre naturel de leur développement, et débarrassée de toute gêne dfGcielle, 
n'a pas elle aussi son rhythme musical. Les divers temps d'arrêt, les différen- 
tes iutonnations de la phrase, constituent alors une harmanie d4)jlt nous 
jouissons sans trop nous en rendre compte, mais dont l'absence nous cau- 
serait une impression désagréable. C'est principalement dans la causerie 
du foyer, je veux dire le conte, que cette règle doit être observée,' èiiroff^èut 
intéresser et plaire. Le meilleur conteur, surtout au village,, n'est pas celui 
quia le plus d'esprit, mais bien celui qui sait le mieux imiter la yojx, le 
geste et l'attitude de ses personnages, souligner les mots principaux, s>rr^^^ 
ter quand il convient, et prendre les inflexions les plus naturelles. On peut' 
en dire autant du fabuliste. Son premier soin doit être de proscrire impi- 
toyablement la mesure uniforme des vers et l'alignement géométrique des 
rimes. Il fera ainsi autre chose que d'éviter la monotonie; il. laisseç^î le 
champ libre à son récit; mais alors il se sera donné la tache difficile 4'fi9 
régler lui-même les allures, de les faire cadrer avec la coupe des y^rs^,^^^ 
mettre enfin dans sa poésie celte harmonie imitative, non pas 8euJemçjQ(:j4^ 
la nature (on a dit à ce sujet tout ce qu'il fallait et plus qu'il ne fallait),: ma]f^ 
du langage naturel. Exemples : . i . \ ,'\ji 

Un octogénaire plantait. / '^'^ 

Passe encor de bâtir, mais planter à cet âge ! ' ' "' ■■'■^■^ 

{Le Vieillard et les trois jeunes Gens.) '" ♦ ''t.iiï 

Une souris tomba du bec du chat-huant i ' " ' ' ^■''' ^^ 

Je ne l'eusse pas ramassée ; ' i' ^'* ' ''^'^' *^ 

Mais un dervis le fit : chaque homilie a sa pensée'. ^ " * ''•' * ^^ 

{La Souris métamorphosée' en FemfTèe:) " ' ^'" ''^^^'^b 

L'homme au trésor arrive, et trouve son ar^eiit ^ ' '' '^^"^^^ '^' 

Absent. ■ ' ■ H'M..V^"i"y 

—Quoi! dît4l,sans mourirje perdrai cette sàttimel' "^' *'*^'^^[ ^'';^* 

Je ne me pendrai pas! eh! vraiment ai ferai, ' ""' ' '^ "^Z ^^^ 

Ou de corde je manquerai ! . . ♦ T 

{Le'Trésoretks'deûx'Honimès^y ''' ' '^^^'["^ .] 

Dans ces exenoiples pris aushasard, à ne, cqnsid^rQr que iaîciMlieboefjaÉtiB^ 
i:elle, on doit reconnaître que l'intQp^tioa générale, résultant deii'^gonoieti 
ment des finales er des césures ^st admirablement adapléa.au langageidiU 
conteur. C'est toutefois dan^ une ju^te mesure que La FoiiytaÂtt>e a $ii54l6iipeb 

- — ^ — ^ — p:t— : — -: . ; .t, .! /i • , . , .p* r 11:1 j ( ■ - 'îj.i->) ^1) OUp 

1. y.oyH mm\ de Wé^md^me d^»^ J«Mwipt.;,i'mx>xHF,iipagi'*lS»î vJ » » «up >.'oiflbG'l 



Êvideminent cela n'est pas conté avec la sobriété .de La Footaioestf^ile 
pay^n ne se pique pas de sobriété, surtout lorsqu'il se divertii, -r^ m^&Ja 
taJ^le^dansia bouche de Foucaud, a pris une allure toute. iiiQuy0lte> ûu'iU }f^ 
un peu de redondance, qu^îl y ait moins. d'€3prit qqe dans oentaîwsiMlii^ 
fables, qu'iffiporte ! Ge qu'il faut avant tout aux auditeurs, c'est de lûiHM^ne^ 
et sur œ point Foucaud est un grand mattre. jCcmmertout ^ht0n^fnbie^^^'' 
jdament posé, courant au but sans dérailLementâ, sans^ecousse«)'0aos.6tar 
lions inutiles! Conune chacun de ces vers, grands ou petits, se modètoil^)^ 
précision sur la nature des choses et sur les convenances harmoniques du 
récit! La Fontaine ne se sert gu«*e des petits vers que pour un coup de 
diéâtre ; Foucaud a compris qu'ils peuvent à l'occasiou prendre une teinte 
jde mélancolie : 

1 brômôvan Lo fidelo 

Se treinôvaw, Tourterelo . ' 

Sei pensa Pu ne vio ^ 

chôssâ. D'ôpôrio. 

{là Beitiàmôlôdâ de lo pesto^ pag. âl.) 
tout aussi hàen que représenter la turbulence affairée d'un ignorant : 

Un vîei jau, Qu'ô troube 

Dt 'n eirau, Un dieîman 

Tan ^rôte Bien brîlian^ etc. 

(Lou Jau que trôbo un dieiman^ pag. 20.) 

Voilà Foucaud l'écrivain, tel qu'on peut le juger aujourd'hui que nous som- 
mes sortis des agitations politiques, et que nous conservons à peine le sou- 
venir des folies révolutionnaires. Quant au dialecte dont il s'est servi, c'est, 
sauf quelques exceptions, celui des habitants de Limoges. Ce dialecte est, 
de sa nature, moins rustique et moins pur que celui de nos campagnards ; 
mais Foucaud l'a encore altéré en y mettant du sien. Il pensait beaucoup 
trop en français, aussi l'on rencontre dans son livre nombre d'expressions et 
de tournures qui ne sont que du français patoisé. Sous ce rapport il est bien 
moins villageois que son contemporain Richard, dont je vais parler. Sa ver- 
sification se ressent aussi de l'imperfection de son langage : les mots riment 
souvent avec eux-mêmes ; les rimes masculines et féminines ne sont pas 
toujours alternées; la césure tombe quelquefois sur une voyelle sourde, etc.. 
Sous ce rapport encore Foucaud est inférieur à Richard, dont la versifica- 
tion est très raiNsment încorrebte. 

H. Oth(» Péoonnet a raconté (pag. xxx) la fin chrétienne de cette exis- 
tence inquiète et maladive, dont le livre de Foucaud me semble être l'expres- 
sion. Il mourut le 14 janvier 1818. 

RiCAÀiu) ^ — Pendant que les habitants de Limoges souriaieal aux épi* 



1. François RtdiaM neiqtfât à Limoges ^n 1790, et y ilK^rut le 44 août 4814. La 



ïigmmM^ de Foucâud, ils prenaient plaisir auK . contes.£t 9ux ebafisonsi de 
'li«^l^/Ric]|ard. « C'était, dit, M. Otbon Péaonnet d^ns sa Nûtice^ «oe aainre 
fircinc)»ei ei^ouée, pleine de confiance «t même de bonbooiie. (Le fire./étsii 
«««Sf^OQsse àises lèvres, et'la.bieoveUkmce débordait de si)n'(}OCir..Maî&f à ne 
'jug0role« auteurs que par lenr&livresi Foucand Temporl» de beciurojQpaur 
son ,1'ivMi Richard manque 8quve»i.de délicatesse ,et même de. ^uyemnce. 
Cet esprit vif et pétillant qui réchauffe Fœuvre de Foucaud ne se retrouve 
point dans les chansons et dans les contes de Richard. Il n'ii point de ces ima- 
ges animées, de ces traits aiguisés, de ces détails imprévus et pittoresques 
qui isoot la marque du talent de Foucaud. En lai la plaisanterie est parfois 
grossière, et non pas naive. Il est bouffon plutôt que spirituel* On dirait 
qu'il a peur de s'élever^ et de n'être plus compris dès lors par les paysans, 
auxquels son livre est adressé. » ^ 

Il ne manque rien à ce portrait : qu'il me soit permis pourtant d'en rea- 
fqrcer quelques lignes. Il y a parfois plus que de Finconveniamce dans les 
i:écits de Richard. Le bon abbé avait un tout petit travers, commun du 
reste à bien des ecclésiastiques, — je parle des ecclésiastiques d'alors— : il 
cherchait le burlesque où Molière l'a trouvé trop souvent, notamment dans 
Fourceaugnac et dans le Malade imaginaire. Il faut un estomac bîen rustique 
pour supporter les émanations qui s'exhalent du Toiipi de miau (le Pot de 
miel *): voilà pour le conteur. Comme chansonnier, l'abbé Richard est plus 
délicat, trop délicat quelquefois ; car, à côté de bonnes grosses chansons à 
boire et de croquis bucoliques à faire pâmer d'aise l'école réaliste, on est 
assez étonné de trouver des couplets mythologiques et des rime$ à Chloris 
sous le nom.de la sœur Saint-Michel, de la sœur Sainte-André, de la sœur 
Hyacinthe, etc. Les éplucheurs sourient en voyant un prêtre du ?iix® siècle 
parler du petit dieu de Cythère, et débiter des mignardises aux sœurs de 
Saint-Alexis : voilà pour le chansonnier. Pour ce qui est du fabuliste, je 
,ne devrais pas en parler si je n'y étais contraint parla nature même de 
,mon sujet. Pourquoi faut-il que l'abbé Richard ait eu la faiblesse de vouloir 



Société d'agriculture de cette ville lui donna une médaille d'or au mois de mai 1809, 
en rinvilant à livrer 3es poésies au public. Ce ne fut pourtant qu'en 1824 que M. Cha- 

Souiaud, imprimeur, publia, sous le titre suivant, une édition des œuvres de Richard : 
ècueil de poésies patoises et françaises de F. Richard, prêtre, et principal du collège 
d'Eymbutiers, chanoine honoraire, etc., et Choix de poésies patoises de divers auteurs 
linwusins, — Linïoges (sans date), 2 vol. in-12. 

A part quelques mconséquenccs orthographiques, celte édition est bonne. M. Gha- 

poulaud, n'étant pas gêné par Tauteur, a pu suivre son système, surtout en ce qui 

concerne les voyelles et les diphthongues, qu'il a hardiment débarrassées de celte 

foule d'accents et de trémas qui rendent presque illisible le patois de Foucaud. 

Une seconde édition de Richard a paru en 1849 dans le recueil intitulé : Poésies en 

Satois limousin, Œuvres complètes de J. Foucoud, F. Richard, etc. — Limoges, Th. 
[armignon et H. Ducourtieux, 2 vol. grand in-18. 

1. Voy. T. I, pag. 99, de l'édition de 1824, et t. ii, pag. 65, de l'édition de 1849. Il 
s'agit, dans ce conte, d'un paysan qui, las de voirions les dimanches son miel con- 
sommé, sous prétexte de dégustation, par les nones d'un couvent, s'avise un beau 
jour de remplir son pot d'autre chose que de miel, et d'en dorer la superficie d'une 
nonne couche de l'appétissante substance. Les religieuses arrivent l'une après l'autre 
et plongent leurs doigts blancs et effilés dans le Uquide-titimpeur. On voit le tableau. 






««Mit •»«! Ha 'rmam^*^(éÊÊmiëèf^Êêmimm 




AVERTISSEMENT & CORRECTIONS 



Je prie le lecteur philologue qui voudra se rendre'compte de la véritable pronon- 
ciation du patois de Limoges et connaître les sources où j'ai puisé les notes qui ac- 
compagnent le texte de Foucaud, de vouloir bien se pénétrer des explications sui- 
vantes. 

§ l'f. Texte. 

10 Règles adoptées pour la transcription des sons patois» — Je résume ainsi toutiCe 
que j'ai dit page lxvi et suivantes : 

Toutes les lettres se prononcent et ont un son invariable, celui qui leur estattribué 
dans Talphabet français ; 

Les e non accentués sont fermés ; 

Le signe ô représente tantôt un cr bref^ tantôt un o bref, mais, le plus souvent, un 
son intermédiaire entre ces deux voyelles ; 

Ai et au sont des diphthongues qui se prononcent à Titalienne et qui sont impar- 
faitement figurées aï, aou par certains auteurs ; 

Ei est une quasi-diphthongue dans laquelle le son de Vi est presque imperceptible. 
C'est à peu près la finale er de nos mots français aimer, premier^ etc., seulement le 
son est un peu plus allongé, et l'on y fait sentir un peu Vi ; 

Eu se prononce comme dans le français feu ; 

Oi, comme dans quoi, loi, etc. ; 

Ou, comme dans fou; 

L'y est employé comme consonne et se joint toujours à la voyelle qui suit. 

Ch se prononce à l'espagnole, comme s'il y avait un i devant [tch)^ mais cependant 
en faisant très peu sentir le ^ ; 

G devant e et i, j devant toute voyelle, se prononcent légèrement à l'italienne (c^e, 
dgi); 

Gna, gne, etc., sont toujours mouillés et se prononcent comme dans le françaii^ 
gagner. C'est absolument la n espagnole ; 

Gua, gue, etc., se prononcent sans faire sentir Vu, conlme dans le français guitare. 

De môme on doit toujours prononcer, sans faire sentir Yu, qua, que, qui', etc. 
{ka, ke, ki). 

Les entre deux voyelles a le son doux; cependant, pour plus de clarté, je rai 
presque toujours remplacé par z; j ; ■ 

Le i a le son dur, comme dans le français nous partions. 

Lorsque les mots doivent être liés entre eux dans la prononciation, j'indique cette 
liaison par un demi trait d'union (-). Ce trait d'union, placé entre deux voyelles, 
signifie que ces deux voyelles ne doivent faire qu'une diphthongue et ne forment 
qu'une syllabe dans la versification. Placé après le n, il signifie que la voyelle finale 
du premier mot cesse cesse d'être nazale et que le n s'en détache pour être joint au 



cLxiy 

mot suivant : wn- orne, prononcez u nome. Quelquefois le trait d'union précède la con- 
sonne finale du premier mot ; cela indique toujours que cette consonne doit se lier 
au mot suivant, mais plutôt comme lettre euphonique que comme appartenant au 
premier mot. 

Le lecteur remarquera à chaque instant des voyelles finales en caractères italiques. 
Dans le corps du vers, ces voyelles ne doivent pas se prononcer, de même que Ve muet 
s'élide devant une voyelle dans le corps du vers français. A la fin du vers, les voyelles 
en italique indiquent une rime féminine sur laquelle la voix doit s'éteindre. 

2° Errata. — Malgré tout le soin que nous avons, l'imprimeur et moi, apporté à la 
correction des épreuves, il nous est échappé plusieurs fautes de transcription. Si ces 
fautes n'ont pas grande importance pour celui qui ne considère que le côté littéraire 
de Tœuvre de Foucaud, il n'en est pas de même pour le philologue, auquel cette 
édition est principalement dédiée. Toutefois, ceux qui voudront faire une étude de 
notre patois, arriveront facilement à rectifier ces erreurs par la comparaison des 
mêmes mots ou des mots analogues. Gependai^t voici quelques-unes de ces fautes 
qu'il m'a été donné de relever : 

-Bag; ttTn, Ifgne 6 en remontant : a notre art. est... la pour le féminin », lisez lo. 

Pag. xcvi, dernière : « len ou Td, lau ou en V6 », lisez len ou cen, lau ou kn lô. 

I^'ag/iJ vers âO, au lieu de vieliesso, lisez vieiliesso. 

Pag. 5, veîrs 17 et 18, au lieu de jôio... Vôio, lisez jdyo, Vôyo. 

Pag. 11, vers 12, au lieu de quel vrai, lisez qu'ei vrai. 

Pag. 11^ ver^ 17, au lieu de àienilt lisez ôtemA. 

Pag'.' 14, vers 7 et note 12, au lieu de baudado, lisez bôdado. 

Pag, 15, note 20 : a lo le, par aphérèse pour lo le, » lisez par aphérèse pour Vole. 
'■ 'Pag. i 6, note 1 : « bibi... diminutif de biches. Au lieu de biche y lisez bique. 

Pag. 18, note 3, au lieu de Did%, lisez Diez^ 
-Pflg» ldi,npi^.!tl>iau lieu de einùt, lisez eixL 

Pag. 24, vers 18 et note 14, au lieu de deçueliOp lisez dêigueUû. - . 

Pag. 25, vers 14 et note 16, au lieu de a là fi ^ lisez ôlfi^fî. 

Pag.'^, ver^li dfe la 2^ fable, au lieu de sorti, lisez surtî. — Même page, note l, 
au lieu de sich'â, assis, lisez $i<;/ia. . - ..,,.. <: ./.à 

Pag. 41, vers 6 en remontant, au lieu de ^Aoirun, lisez ^/iâcun... 

Pag. 44, vers 14 et ûote 16, au lieu de eiboîgue, lisez eibôîgue. 

Pa^ 49, note 2d, an lieu de eitauvioro, lisez eit&vioro: ' 

JBag.:^5, vBre<2 etnotC'S, ^tm lieu de cavxâ de Wy lisez côcà de ve. ' 

Pag. 83, note 8, au lieu de buffâ, lisez bufâ. 

Pa^. 106^ vers ? en i:emoiUaut et noxe 2, au lieu de 5^ pouffèrexi'j lisej^ se poufèren^ 
Pag. Îii3, vers 4 eh remontant t a pûtô qu*ô me ô caucu y>, lisez Ôçaym (ou.qjiiBl;; 

qu'un). 

«Pûg.'^l»»,'^ndlé*vâd'!lérd67«/yd, lisez j9l^^.' f ..-..> j 

Pag. 114, vers 13, W^t^Hommgmt', "^ ' ' '' 

Pag;, 1 24,, l^O'nfe^ ef lo Zipéro, ,1 ««^ -ver^» *u lieu de van ov^, lisez «^ VîjMt . r i > i ^ 
IPag. 13^, vers i«*" et note 1»^*, au^liep,,de ôlwh^vianylïs^ (5i«ftf^JU(Hi-t r-r Vers,? v^^*^ 

lieu de disputôvian, lisez disputôvan. 
Pâ^.^iei, vers 10, du lieu de èoumpSeû, Hsez eoumpâcî. " ' '/' 

Pag. 165, vers 11 et note 6, au lieu de deguelio, lisez deiguelio.' 

. fM' ^93it yers 4 ^p riÇnïpn|ant,..au liqu de imprudençû^ Iwez empruien(»i,nj*ï\ ^ 
Pag. 197, vers 4 en remontant, même correction. •< ; ■' - 



CLXV 



§ 2. Notes. 



i° Abréviations. 

Allem. — Allemand. 
Ane— Ancien. 
Afig). — Anglais. 
Anglo-sax. — Anglo-saxon. 
Angoum. — Angoumoisin. 
Auvergn. — Auvergnat. 
Bas-bret. — Bas-breton. 
Bas-lat. — Bas-latin. 
Bas-Iim. — Bas-limousin. 
Béarn. — Béarnais. 
Beaujol. — Beaujolais. 
Berricb. — Berrichon. 
Bourguig. — Bourguignon. 
Bresse-Chalonn. — Bresse- 

Chalonnaise. 
Bret. — Breton. 



Gat., catal. — Catalan. 

Celt. — Celtique. 

Champen. — Champenois. 

Dan. — Danois. 

Dauph. — Dauphiné. 

Ëcoss. — Ëcossais. 

Espagn. — Espagnol. 

For. — Forez. 

Fr., franc. — Français. 

Gaël.écoss.— Gaélique écos- Prov., provenç. — Proven- 

sais. çal. 

Gaël. irland. — Gaélique ir- Rom. — Roman. 

landais. Saintong. — Saintongeols. 

Gall. — Gallois. Savoy. — Savoyard. " 

Gasc. — Gascon. Suéd. — Suédois. ^ ^* 

Goth. — Gothique. Y. franc. — Vieux français. 



Rolland. — Hollandais. 
Irland. — Irlandais. 
Island. — Islandais. 
Lim. — Limousin. 
Lyonn. — Lyonnais. 
Mod. — Moderne. 
Montaub. «- Montauban. ^ 
Pic. — Picard. 
Poitev. — Poitevin. 



J'entends par roman les anciens dialectes littéraires de la langue d'Oc, par ancien 
FRAMÇAis on VIEUX FRANÇAIS , Ics aucieus dialectes littéraires de la langue d'Oil. , 

•] 
So Liste alphabétique des auteurs ou ouvrages anonymes mentionnés dans le^ not^f. 

Amilha.— Le tableu de la bido del parfet crestia... ount an ajustât un Di«Uoun^ri 
gascon, esplicat en francez... — Toulouso, 1759, in-8°. 

Ampère. — Histoire de la littérature française au moyen âge... Histoire de la for- 
mation de la langue française. — Paris, i84i, in-8o. ' 

AzAis. — Dictionnaire des idiomes languedociens, 1865, in-8o, en publication. ,j 

Balbi. — Voy. JoHANNEs DE Janua. l i:. 

Barozai (Gui). — Voy. La Monnoye. 

Beauchet-Filleau (H.). — Essai sur le patois poitevin, ou Petit glossaire de 4;piél- 
ques-uns des mots usités dans le canton de Chef-Boutonne et les communes voisines. 

— Niort, 1864, in-8". ^? - j 

Béronie (Nicolas). — Dictionnaire du patois bas-limousin, et plus particulièrement 
des. environs de Tulle... mis en ordre, augmenté et publié par Joseph-Anne Vielle.—- 

Tulle (s. d.), in-40. , 

'j ï ' 

BuRGAUD DES Marets. — Eucoéro une tràlée d'achet qu'aviant rs^sté d*dajm le poC à 
creite à Beurgau. — Paris, 1861, grand in-18, avec un glossaire. ' • /^ «ï 

Ghampollion-Figeac. — Nouvelles recherches sur les patois... et en pat-ticuiicr çLr 
ceHx du département de risère... — Paris, 1809, in-1 2. ' T 

;. ) n )lf' 

Cénac-Moncaut. — Dictionnaire gascon-français, dialecte du départemept du Gei|s, 

— Paris, 1863, in-80. ♦! .1 î 

Chbvallet (A. de). — Origine cl formation^ de la langue française'. ^ Pafis, ië^fe, 

3 vol. in-80. ' » " '■'■ '' 



CLXVI 

CoRBLET (Pabbé J.). — Glossaire étymologique et comparatif du patois picard, — 
Paris, 1851, in-8o. 

Damas-ITinaiù). — Poème du Gid, texte espagnol accompagné d'une traduction fran- 
çaise, de notes et d'un vocabulaire. — Paris, 1858, in-4o. 

diccionario d&h lengua castellana, compuesto por la real Academia espanola...— 
Madrid, 1783, in-folio. 

Du Gange. — Glossarium ad scriptores médise et iniimœ latinitatis. — Parisiis, 
1733-36, 6 vol. in-folio. — Supplementum, auctore D. P. Carpentier. — Parisiis, 
1766, 4 vol. in-folio. 

^DucLOC (dom). — Dictionnaire manuscrit de la langue limousine. (Voy. pour 1^ 
détails, ci-dessus pag. vi.) 

EDWARDS (W.-F,). — Recherches sur les langues celtiques. — Paris, 4844, in-8». 

Fables causides de La Fontaine, en bers gascouns. — Bayonne, 1776, in-8°, avec 
un glossaire. 

Fa^jaiel. «^ Histoire de la croisade contre les hérétiques albigeois... — Paris, 1837, 
in*4o, avec un glossaire. 

Gaillard (Augié), dit lou Roudié de Rabastens. -^ Poésies languedociennes et 
françaises, publiées par M. G. de Clausade. — Albi, 1843, in-12, avec un glossaire. 

'CrARY (Fabbé). — Dictionnaire patois-français du déparlement du Tarn. — Castres, 
1845, in-12. 

Génin. — Des variations du langage français depuis le xii'' siècle... — Paris, 1845, 
iû-8«». 

Génin. — Récréations philologiques. — Paris, 1856, 2 vol. grand in-18. 

Glossaire du patois rochellais... — Paris, 1861, grand in-4<> de 8 pages. 

GoCDELiN. — Las obros de Pierre Goudelin... ambe lou Dictiounari sur la lengo 
moundino. — Toulouso, 1811, in-12. 

GuiLLEMiN (J.).— Glossaire explicatif, étymologique et comparatif des patois de 
Tancienne Bresse-Chalonnaise et notamment du canton de Saint-Germain-du-Bois... 
inséré au t. iv des Mémoires de la société de Chalon-sur-Saône^ 1862, in-4o, 

GusTEAu. — Poésies patoises, suivies d'un Glossaire poitevin, par M. Pressai — 
Poitiers, 1855-61, in-12. 

HoNNORAT (S.-J.), — Dictionnaire provençal-français. — Digne, 1846, 3 vol. in-4». 

IsiDORi, hispalensis episcopi, originum libri vigenti...— Basileae, 1577, in-folio. 

Jaclot, de Saulny, — Vocabulaire patois du pays messin. — Paris, 1854, grand 
in-18. 

Jal (A.),— Glossaire nautique. — Paris, 1848, in-4°. 

Jaubert (le C^'). — Glossaire du centre de la France. — Paris, 1856, 2 vol. in-S". 

JoHANNES DE Janua (Balbi OU DE Balbis). — Summa quae vocalur Catholicon. — 
Liigduni» 1492, in-folio. 

Jouve (L.).— Coup d'œil sur les patois vosgiens. — Épinal, 1864, grand in-18. 



ctjçvn 

Jouve (L.).— Noêls patois... chantés dans la Meurthe et dans les Vosges, recueillis, 
corrigés et annotés. — Paris, 1864, 1 vol. in-12. , 

La Monnoye (Bern. de). — Noei borguignon. — An Bregogne, 1738, in-12, avec 
un glossaire. 

Le Gonidec. — Dictionnaire breton-français et français-breton. — Sain^Brieuc, 
1850, 2 vol. in-io. 

Lespy (V.). — Grammaire béarnaise, suivie d'un ocabulaire Vfrançais-béarnais. — 
Pau, 18tJ8, in-80. " '','!, 

LiTTRÉ (E.).— Histoire de la langue française. — Paris, 1863, 2 vol. in-8o. 

LiTTRÊ (E.).— Dictionnaire de la langue française (en publication). 

LivET (Ch.)-— La Grammaire française et les grammairiens du xvi* siècle. — Paris» 
1859,in-8\ 

Martinez-Lopez et Fr. Haurel. — Dictionnaire français-espagnol et espagnM- 
français. — Paris, 1841, in-8'>. 

Mège (Francisque).— Souvenirs de la langue d'Auvergne.— Paris, 1861, grand in-18. 

Mémoms de la société des antiquaires de France, t. vi, contenant « Mëmeinear sur 
les langues, dialectes et patois, tant de la France que des autres pays s. — Paris, 1814, 

in-8o. 

Ménage. — Dictionnaire étymologique. — Paris, 1750, 2 vol. in-folio. 

Michel (Francisque). — Études de philologie comparées sur Targot... — Paris lô$6, 
in-So. .... 

NizARD (Ch.). — Curiosités de l'étymologie française. — Paris, 1863, grand in-lB, 

Onofrio (J.-B,).-^ Essai d'un glossaire des patois de Lyonnais, Forez, Beaujolats«, 

— Lyon, 1864, in-8o. 

Palsgrave. — L'éclaircissement de la langue française, suivi de la Grammaire de 
Giles du Guez, publiés pour la première fois en France par F. Génin. — Paris, 1852, 
in-4o. • 

f, - 

Peyrot (C), ancien prieur de Pradinas. Œuvres patoises. — Millau, 1823, in-8o, 
avec un glossaire. " 

Raynouard. — Lexique roman... — Paris, 1864, 6 vol. in-8o. 

RoGET, baron de Belloguet. — Ethnogénie gauloise. — Paris, 1859, in-B*". 

Roquefort (J.-B.-B.). — Glossaire de la langue romane.— Paris, 1808, 2 vol, in*8«^,* 
avec un supplément in-8o. . 

Rousset (P.). — Œuvres patoises (périgourd.). Nouvelle édition, revu^,, exigée 
et augmentée de pièces inédites, publiée par J.-B.-L. (Lascoux). — Sarlat, 1839, in-8o. 
avec un glossaire, . ^ - ' 

Sauvages (l'abbé Boissier, de La Croix de). — Dictionnaire languedocien-français. 

— Nîmes, 1785, 2 vol. in-8'». -^ vl 

ScHusTER et Régnier. — Nouveau dictionnaire allemand*français et français-allemand 

— Paris, 1855, 2 vol. in-8o. , . ,. j,..; 

Stephanus (Robertus). — Dictionarlum seu latinœ linguae thésaurus. — Farisiië,- Itfâtf 
in-folio. .... 



GLXVIII 

Tarbé (P.]-— Recherches sur Thistoire du lân§;age et des patois de Champagne. — 
Reims, 4851,2 vol. in-8o. 

ToRRA (P.)-^ Dictionarium seu Thésaurus catalano-latinus -- Barcinone, 1683, 

in-4». 

Trévoux. — Dictionnaire universel français et latin. — Paris, 1743, 6 vol. in-folio. 

Vocabolario degli academici délia Crusca... — In Firenze, 1691, 2 vol. in-folio. 

3» Additions et corrections. 

Pag. 3, note 3, au mot côpounâ, — La ville de Limoges a eu ses capons en 1529. On 
lit dans le 2« registre consulaire, folio 89 : 

« Parceque en lad. ville et faulx bourgs avoit grand nombre de maraulx vacabons 
surnommés capons, lesquels ne faisaient journellement autre métier que dérober et 
commettre plusieurs autres manlx, etc. ». 

Pag. 26, note 25, au moi poulinasso.— Le terme poulinado est employé en Provence 
et en Languedoc dans le sens d'escapade, c'est proprement Tescapade d'un poulain. 
Poulinasso signifierait alors ici la peine de Tescapade. 

Pag. 46, note 9, au mot à ^^^atoio.— L'ancienne expression française à la bille baude 
signifie sans ordre, en confusion, a Billebaude, dit M. Littré, est d'origine incertaine. 
On peut cependant conjecturer que bille est pour belle et que baude est le féminin, 
pris substantivement, de l'ancien adjectif baud^ hardi» vif : le tout signifierait belle 
hardiesse j et de là, hasard, confusion ». Le bas-limousin a bolin-holiau, dans le même 
sens ; languedoc. a à bellas boulegadas, par troupes, par épaulées v (Sauvages). 

Pag. 47, note 17, au mot tro%ei. — Cette erreur est rectifiée dans la note 6 de la 
page 147. 

Pag. 103, note 6, au mot eivenla, étendu. L'ancien français avait le mot vetde, 
paresseux, lâche, mou, débile. Les pères de Trévoux et Roquefort semblent dériver ce 
mot du latin vacuus, ce qui est inadmissible. La présence de la lettre l indique une 
autre analogie, peut-être le latin vetulus^ diminutif de velus. 

Pag. 139, note 9, au mot deimai. — J'ai, d'après Foucaud, traduit deimai par 
a fatigué, gêné », et j'ai donné de ce mot une explication qui ne vaut pas grand 
chose. Le simple est l'ancien terme roman et français esmai, émoi, souci, chagrin, 
qui se retrouve, avec certaines variantes, dans la plupart des patois du Midi et du 
Nord, et dans les langues romanes. Le Haut-Limousin a conservé ce mot : « eimai, 
émoi, inquiétude, souci » (Dom Duclou). Le catalan, l'espagnol et le portugais ont les 
termes desmayo, desmaio, défaillance, pâmoison, évanouissement, faiblesse, et 
desmayar, se laisser abattre, faiblir, tomber en défaillance. Notre adjectif ou participe 
deimai a à peu près le même sens. 

Pag. 180, note 2, au mot ôblôdâ. — Oblôdâ est un terme de colombaire dont voici 
l'explication : Pour attirer les pigeons et les faire venir dans le colombier, on secoue 
une gourde contenant du mais ou du chènevis dont on jette quelques grains dans la 
trappe. Les pigeons habitués à ce bruit accourent et sont pris. Oblôdâ est donc le 
môme mot que emblaver^ pris figurément. C'est amorcer avec du blé ces pauvres 
pigeonneaux qu'on appelle des amoureux. Le provençal a une métaphore analogue 
dans le terme sambéja^ dérivé, d'après M. Honnorat, du lat. sambuca^ instrument de 
musique, peut-être la harpe, ou plutôt du lat. sambucv^, sureau. Le sambe est l'oiseau 
qui appelle, qui fait venir les autres dans les filets ou sur les gluaux. 

Pag. 238, note 6, au mot debeu. Le Dictionnaire de Dom Duclou donne beu, caresse, 
amitié. Debeu ne serait-il autre chose que ce substantif précédé de la préposition del 



FABLES DE FOUGÂUD 






n//.i> 






w — .-^ J , 



:i!'.3:[rinTiil <î >!) -îii' 



.:,-V f 



^^"^ nu T^i ^J :.' 1 ^i :>/^ <i ■•i ^i_,.' » I ;> < > ^ 









ttrerStàlowri 



îmoiti 



^qtjBi npf s^V 



ï^ç*- 






- A. . lÀliirii'rfitiif- 






-%^^^^. 



*i^* 

5-.^.- 



f^omit 






«iMpcto i^pn^p^BSt moi. It 



'?i 



%UMi^ir.f||^ 










A MOUSSU LO FOUNTENO a monsieur la fontaine 



Te qu'à meî lou noujau^ de lo francho varia Toi qui as mis ramande de la 

n* A^ 1.-A. «: *:^: 9 A^ ^^ic^.^^ir, franche vérité — • ésim de beljes, 

Dt de bravei tiei^ de meisunjo, coquilles de mensonge, - toi 

Te que, ô nâ d'un grau rei, â prei lo liberta qui, au nez d'un grand roi, a 

De deîboujâ» loû tor dô lioun countre lo junjo * , pris la liberté— de dévider les 

f ^ T?^.,«*A«/^ ♦« ^^i.x w^A torts du lion envers la génisse, 

Lo Founteno, le fâcha pâ --La Fontaine, (ne) te fâlbe pas, 

Si vô prenei loun- er nsible ; -_ si (je) vais prendre ton air ri- 

Co n'ei gro pèr te counirufà sible; — ce n'est point pour te 

-, Sabeplo de segur que co n'ei pâ poussible- r„\t- -SiSs ÎS^Îi 

Ma trobe toun libre tan beu _ mais (je) trouve ton livre si 

— T'ô ai di tan souven, mai l'A dize d*enguèro, — beau — [(je) te Fai dit si souvent 

Que iô V0udrio qu'ô fusse meu et je te le dis encorej,- que je 

wu^ «V T^uuiii^ 4»^ «uoo^ u ^ voudrais quil fût mien —pour 

Per toû lou trâaei de lo lèro ! tous les trônes de la terre I — 

Mai, iô dize bien tou de boun, Mais, je le dis bien ktut'de Ivdfa, 

Me suchie be qne cauque so nen grounde : -iâreaï:jSde''ï (Î^'K 

Li-» ôro toujour de gran reî dî lou mounde, toujours de ar^nds rois 49*8. le 

N'i- ôro iômai Lo Founteno segoun. monde , — (II) n> aura jamais 

«P«A l^A «^ï ♦.vA l^A ♦/*« ♦r^A l/^A A««V La FONTAmE SECOND. — TOttsleS 

Toû loû poi, toû loû ten tou lou Hget ^^^^ ^^^ ^^^ ^^^^^^ ^^ ^^^ 

N'ceji 'pa»dr.*n jônaai 1% lour prow ; â^es — n'en poorroirt jaAiais 

faire leur assez (ae le pour- 
n?nt jamais 4s;5ei.^dmireff), -- 



i. Noujau, bas-lim. noudzal, noudmous; langued. notigal.; TCfm.nogalhy, nagaièl, 
forage de not% (lat. niix), noix. 7 

2. Tiei, mot omis par dom Duclou; bas-lim. tè; rom. test, (Jérîvé» d'après Kay- 
nouard , de testa , tête , crâne. Ceuendant notre terme semble plutôt appartenir à la 
même famille que le grec ôijxii et le latin theca, coffre, étui, réceptacle, le mot scien- 
tifique thème, vésicuie contenant les spores dans les cryptogames, le latin tej'ere, 
couvrir, le breton ti, maison, pluriel lie%, le vieux français tùci, et le patois tet^he sau- 
vant philologue , M. Burgaud des Marets , nous signale un fait qu'il a fréqueir^nteat 
observé, à savoir que, quand nos patois retiennent un mot emprunté aux langue3 peUi- 
ques, c'est souvent la forme du pluriel qu'ils préfèrent, môme pour exprimer le singu- 
lier. Notre mot est dans ce cas : tiei est justement la forme plurielle tiez du breton tt. 

3. Deiboujâ, bas-lim. deboudza; langued. debana; anc. franc, desvuider. Honnorat 
dérive ce mot du bas-bret. dibuna, qui a le même sens. Liltré incline à admettre l'al- 
lemand winden, enrouler, d'où dérouler, dévider. Cenendant le lim., le bas-lim, et le 
langued. ont le simple boujd, vider, qu'il semble difficile de tirer de winden, 

4. Junjo, génisse; provenç. junjo; lat. junix, -icein (De Chevallet). 

5. Li, y, se dit aussi en bas-lim. et en provenç. Li ôro ne forme que deux syllabes. 



— 2 — 



Loû jônei mai loii viei, loù pai mai loù meinaj^t 
Li troben toû cauco bravo leiçou 

Que loù po fà venî pu sage/. 

Loû peliairei, loù grô seignour 

Se miren dî ta pôrôbôlâ ; 

Loù eicouliei mai loù dotour 
Gâgnen toû ô legî ta mindrâ fôribold. 

Perlâlârôbâ^dôliran, 
T'a parla coumo un Di lou lingage dô ^ugeL 
Me, ne jargousse'^ ma lou pôtouei dô peizan, 
Ma vole tou pôrîei te bôliâ dô louanget ; 
E, perte poudei fâ un brave coumplimen, 

N'ai gro® mcitiei de redimen ; 

Ne vô ma répéta ta f5blâ : 

Là soun tan lenà, tan eimoblâ, 

Lour moralo o tan bouno ôdour, 

£ lour sau tan bouno sôbour ; 

Surtou là soun tan vartôdieirâ . 

(Quoique n'i- aye d'un pau gôlieiriî)^ 
Que, si là traulie ^^ pà, sirai plo prou counten 

D'ôvei si he empluya moun ten. 



Les jeunes et les vieux, les pè- 
res el les enfants — y trouvent 
tous quelc[ue belle leçon — qui 
peut les faire devenir plus sa- 
ges. — Les déguenillés, les gros 
seigneurs — se mirent dans tes 
paraboles ; — les écoliers et les 
docteurs — gagnent tous à lire 
tes moindres fariboles. — Pour 
dire leur fait aux tyrans , — tu 
as parlé comme un Dieu le lan- 
gage des anges. — Moi, (je) ne 
fais qu'embrouiller le langage 
des paysans, — mais (je) veux 
cependant te donner des louan- 
ges ; — et, pour te pouvoir faire 
un beau compliment, — (je) n'ai 
certes pas besoin de rudiment; 
— (je) ne vais faire que répéter 
tes fables : — elles sont si po- 
lies, si aimables, — leur morale 
a si bonne odeur, — et leur sel 
si bonne saveur ;— surtout elles 
sont si vraies — (quoiqu'il y en 
ait d un peu libres) — que, si 
(je ne) les abîme pas dans mes 
ébats, — (je) serai bien assez 
content — d'avoir si bien em- 
ployé mon temps. 



e. Littér. Faire les raves de quelqu'un, au fie. être plus fort que lui , le battre, lui 
dire son fait. « Je lui ai fait ses raves, » c'esl-à-aire, il doit être content, il n'a plus rien 
à demander. La récolte des raves est le dernier travail de Tannée, de sorte qu'oa ditfigu- 
rément d'un homme qui est à Taise : ô ô fa sa rôbà, il peut se reposer et jouir du fruit 
à^ son travail. 

7. Jargoussâ. Bas-lim. dzorgoussa, de d%orga, buisson, aubépine; entrelacer des 
buissons, au fig. embrouiller. Dom Duclou donne jagouçâ dans te sens de ce faire un 
ouvraffe mécanique avec beaucoup de peine. » 

8. Sro, bas-lim. gro , particule ajoutée à la négation pour lui donner plus de force. 
Langued. gra ou gro, grain, substantif devenu adverbe comme les mots pas, point, 
mie, brin, qui jouent à peu près le môme rôle en français. Le rom. a grau, grain, 
dans le sens négatif du mot limousin. 

9. Gôliei, eiro, lim. el bas-lim., se dit proprement d*une chose qui joue ti'pp libre- 
ment dans une autre : quelo cliau ei tro gôlieiro; au figuré, qui a les aHurës libres. 
L'anc. franc, agalier^igaller^ se réjouir, s'amuser, danser, dérivé, d'après, Requefort, 

Su latin vacillare. Le berrichon a gallouage, état de celui qui court de côté ei d'autre 
^ faubert). 

10. Trauliâ, trôler, courir çà et là ; plusparticulièrement se vautrer dans Therbe déjà 
haute et la fouler; bas-lim., troulia, chiffonner; langued. se traula, s'enfuir, dérivé, 
d'après Honnorat, de Tallem. trollen, décamper. Dans Tancien franc, touiller était 
souiller; en bourguig. tatouiller^ chiffonner, vautrer, pris activement. M. Ch. Nisard 
{Curiosités de Vétymologie franc, ^ pag. 122), dérive ce mot du grec ôoAowv, rendre 
trouble, salir. 



— 4 — 



No'fermi, 

Be ei co fil 
C*o^ mai d'eime que noû sen dout(?, 
Co sen de louen no bancôrout^?^ 
£ j5mai de bancoroutiei 
Ne roueinoro pen fermigiei. 
<( Mo paubro sor, sai plo fàchadc? 
Que Toù chià tan embôrôssado ; 
Ujan, precisômen, li- o tan de be de Dt. 
Que f5giâ-voû doun tou Teitt? 

— Ce que fôgio? Pardi! chantâvo; 
liai tou lou mounde s'ôreitàvo 
(Pode dire sei me flôtâ) 

Esprei per m'entendre chanta. 

— Voû chantôviâ? N'en sai charmad^?, 
Hebe, ôro, dansa n'ôvergnado. » 

Meinagei ! queu counte y' apren 
tiue fô bien- emplnyâ soun ten. 
Qu'ei dî Teiti de lo jônessd 
Qu'un tuo rhiyer de io vieliesso , 
£ iou prouverbe n'eî pà fau : 
Qui fat mail soun lie coueijo mau. 
Fûulio fô soun grôniei quan lou froumen s^eicou- 
Lou ten perdu j5mai ne tournoro : [dto ^ ; 
Qui n'o pâ vougu quan-t ô poudzo 
Ne poudro pu quan-t ô voudro. 



usurière. — Une fourmi,— est- 
ce fin ! — C'a plus de bon sens 
Sue nous, sans doute, — ça senl 
e loin une banqueroute, •— et 
jamais de banqueroutier — ne 
ruinera aucune fourmilière. — 
a Ma pauvre sœur, (je) suis bien 
fâchée — que vous soyiez tant 
embarrassée; — cette année, 
précisément, (il) y a tant de bien 
de Dieu (biens de la terre]. — 
Que faisiez-vous donc tout l été? 

— a Ce que (je) faisais? Pardi! 
(je) chantais ; — même tout le 
monde s'arrêtait — (je) puis (le) 
dire sans me flatter) — exprès 
pour m'en tendre chanter. » — 
« Vous chantiez? (J*)en suis 
charmée. — Eh bieni mainte- 
nant, dansez une auvergnate. » 

Enfants! ce conte vous ap- 
prend — qu'(il) feot bien em- 
ployer son temps. — C'est dans 
l'été de la jeunesse — qu'on tue 
rhiver de la vieillesse ; — et le 
proverbe n'est pas faux : *- Qui 
fait niai son UL couche mal. 

— (Il) fallait faire son grenier 
quand le blé se battait. — Le 
temps perdu jamais ne revien- 
dra ; — qui n'a pas voulu quand 
il pouvait — ne pourra plus 
quand il voudra. 



7. '», *no par aphérèse pour un, uno. 

8. C*o pour co 0, comme c'a pour ce a. 

9. S*eicoudio. Provenç. escoudre; bas-lat. escodare;lBi. excutere bladum^ battre le 
blé. Le rom. a secodre et escotir, secouer. 



LOU RENAR E LO GRAULO 



LE RENARD ET LA CORNEILLE 



Li- 5vio no ve no vielio graulo» 
Perchàdo sur no grande ganlo^ , 
Que tegno un froumagé en soun be. 
lô voB» dirio pâ bien- ente lo lou robe. — 



(II) y avait une fois une vieille 
corneille, — perchée sur une 
grande branche, — qui tenait 
un fromage à son bec. — Je (ne) 
vous dirais pas bien où elle le 



1. Graulo, bas-lim. même mot; rom. gralha, grailla; anc. franc. ^raiU^; berrich., 
poitev., angoum. grolle; lat. gracula, corneille. s 

2. Gaulo, lat. caulis, tige ; bret. gwalen, verge. {V, de Chevallet.) 



— 5 — 

(In renar, dessoù, lo vistàvo ; 

Entre se meîmo d coumplotàvo 

De lou li vei 3, mai lou li gue *, 

E veiqui coumo ô s'i prengue : 

« Odichià <^, Hôdamo CourneU'o ! 

Dô ôzeû Yoù sei lo merveh'o ; 

A moun- eivî, re de si beu 

Que lo femèlo d*un courbeu! 

Cau pei ! eau teito ! eau plumage ! 

Sei mentt, si vôtre rômage 
Èrîo ô Tavenen, 
Trè certenomen, 
Dessur toû loû ôzeû voû nempourtà lo pâlto ; 

D! loû bô n'i o peu que voû vâho, 
Ni pan, ni roussignô, ni cîgne, ni seni^ , 

N'i- ma voû que chiâ lou feni. :» 
De s'entendre vanta lo s'ûflavo de jôio, 

Eitopau^ lo nen poye V6io ®. 

Esse lou feni dô ôzeu ! « 

Ah ! lo troubàvo co tan beu ! 
De fioier chanta que toû lo veiqui que se pico ; 

Per môtrà so belo musico, 

L'eibeitido daibro lou be 

Mo fe, lou froumage toumbe. 

Plo® counten de lo vei finado*^ 
Moun drôle de renar n'en fai ma no gourjado ; 

Mai denguèro quel insoulen 
Li fai, en lo quîtan, queu môlin coumplimen : 



déroba. — Un renard au-dessous 
la guôtait ; — en lui-môme il 
complotait — de le lui attraper, 
etle lui attrapa, — et voici com- 
ment il s'y prit : — « Bonjour, 
Madame Corneille! — des oi- 
seaux vous êtes la merveille ; — 
à mon avis, rien de si beau — 
que la femelle d'un corbeau ! — 
Quels pieds I quelle tête ! quel 
plumage 1 -<* Sans mentir, si vo* 
tre ramage — était à Vavenant, 

— très certainement, — sur 
tous les oiseaux vous emportez 
la paille. — Dansîes bois (il) n'y, 
(en) a pas un qui vous vaille, — 
ni paon* ni rossignol, ni cygne, 
ni serin, — (il) n'y a que vous 
qui soyez le phénix.» 7- De s'en- 
tendre vanter elle s'enflait de 
joie, — aussi bien elle le paya. 
^ Être le phénix des oisaaux! 
— Ah I elle trouvait cela si beau ! 

— De mieux chanter que tous la 
voilà qui se pique; — pour 
montrer sa belle musique, — 
Vhébêtée ouvre le bec... — Ma 
foi, le fromage tomba, -r^ Bien: 
content de l'avoir attrapée, — 
mon drôle de renard n'en fait 
qu'une gorgée ; -- et encore cet 
insolent — lui fait, en la quit- 
tant, ce malin compliment : — 



3. Vei, par aphérèse pour ôvei, avoir, attraper. 

4. Gue, pour ôgue, prétérit du verbe précédent; rom. aguet. 

5. Odichâ, ô Di châ, à Dieu soyez, n'est usité que lorsqu'on s'adresse à plusieurs, ou 
lorsqu'on ne tutoie pas la personne ; mais il s'emploie indifféremment au moment de 
la rencontre ou de la séparation. Le mot ôdî, adieu, est un terme de tutoiement ; pro- 
venç. adiou, adiousiax,; béarn. adichatz; catal. a Deu siau; rom. a Dieu siat%, 

6. Sent, serin; rom. senicle, senil; langued. senil, ainsi nommé, dit Roquefort, 
à cause de la petitesse de ses yeux [sénicler, v. franc., regarder en clignant des 
yeux). Provenç. sini, que Honnorat écrit dni et qu'il fait dériver du lat. cecini,] ai chanté. 

7. Eitopau, e to pau, e to be, e to plo (le bas-lim. n'a pas etopau); et tant peu, et 
tant bien, aussi bien, pareillement. 

8. ?oyâ Vôio, porter la peine. Oio est-il le mot bas-breton oay, anc. franc, oe, oue,. 
oie? Ou n'est-il pas plutôt une corruption de oveiio; bas-lim. oulho; provepç. ouelho; 
rom. oelha; lat. ovis, brebis? Nous inclinons pour payer Voie, L'oie fut pendant plu- 
sieurs siècles un mets de luxe, servi même sur la table des rois, ce qUî avait donné 
lieu au proverbe : Qui mange Voie du roi, cent ans après il en rend les. plumes, 
(De Méry, Hist, des Proverbes, t. m, p. 7.) V. aussi la Farce de Patelin, édit. Génin. 

9. Plo, bien, oui, certainement; bas-lim. plo; langued. pla; provenç. pla eiplan; 
catal. p^; lat. plane. Le rom. a plan, uniment, simplement. 

10. Fmarfa> affinée, attrapée. 



— 6 — 

« Opprenei, beio dëmoueizeb, 
Que nen côto per esse belo. 
Votre froumage eî no leîçou. 
— Ma nen pôye plo lo feîçou, 
Disse-t, en prenen so voulâdo, 
Nôtro graulo touto eicunlâdo^^ ; 
Ne creze pâ que pen renar... 
Jômai pu... )) Ma qn'èrio tro tar. 



a Apprenez, belle demoiselle, 
— qu^il) en coûte pour être 
belle ; — votre fromage est une 
leçon. » — « Mais (j )en paye 
bien la façon I — dit, en pre- 
nant sa volée, — notre cor- 
neille toute penaude, — (je) ne 
crois pas qu aucun renard...— 
jamais plus.. . » Mais c'était trop 
tard. 



Queu counte ei per noû toû, ma surtou per là ùliâ ; Ce conte est pour nous tous, 



Loù garçoû là troben gentilia, 
E, quan Tôrian leur nâ rôta^^, 
Là soun toutâ de là beutà. 
Quelo que pren piôzei d'entendre queu lingage, 
Que pregne gardo ô soun froumage. 



mais surtout pour les filles. — 
Les garçons les trouvent gentil- 
les, — et quand elles auraient 
leur nez grêlé, — elles sont tou- 
tes des Beautés. — Celle qui 
prend plaisir à entendre ce lan- 
gage, — qu'elle prenne garde à 
son fromage. 



fi. Eicunlado, embarrassée, penaude, interdite. Nous n'avons trouvé ce terme, 
avec cette signification, dans aucun de nos patois. Eicunlado est proprement une 
écuélée, de eicueilo, écuelle ; rom. escudella (lat. scutella), et escvdelar, vider Técuelle, 
disposer des choses; bas-lîm. escudelo, escuelo, A la campagne, chaque personne a 
son écuelle, de sorte que celle qui Ta perdue se trouve embarrassée. Dans le bas-lim. 
on dit figurément de quelqu'un qui meurt : o Içiissa V escudo, il a laissé l' écuelle. 

12. /{()ta, provenç. rata avec la môme acception; langued. rata; anc. franc, raté, 
rongé par les rats. En lim. marqué de petite-vérole. 



LOU BENAR ET LOU ROZI 



LE RENARD ET LES RAISINS 



Un renar, 
Sur lou tar,^ 
Se cantouno 
Soù no louno 
De musca, 
Delîca, 
Boun e beu, 
Bien rousseu, 
Plo môdur, 
De segur. 
Per nen vei 
Quai einei ! 
Lo trelîo ei auto, 
Moun renar sauto, 
E saute, sauto, 
Santorà-tu ! 



Un renard, — sur le tard, — 
se cantonne — sous une tonne 

— de (raisin) muscat, — déli- 
cat , — bon et beau , — bien 
roux,— bien mûr, — pour sûr. 

— Pour en avoir (attraper) — 
quel ennui 1 — La treille est 
haute, — mon renard saute, — 
et saute, saute, — sauteras-tu! 



— 8 — 

— Bôueï ! * noun gro. 

— Hebe, ôro?« 

— Pî ! . . . 5 be nen sei-voû louen denguèro ! 
Lo se CHje* mètre en coulèro. 

-^ Queto va?.., Pâ vrai que li sai? 

— Booei ! rotï n'i tourabôreî jôtnaî. » 
Lo torno de nouveu fà jugâ so môchoueiro ; 

Ma lou p8ye char queto ve : 
Lo s'ûfle coumo no pedoueiro» 
E lo pete coumo un chauve ^. 

Queu counte n'ei pà lan no fàblo, 

E c'ôribo be toû loû jour : 

Per lo toileto, per lo tâblo, 

Loû pitt volen nâ'' coumo dô grô sègnour. 

Môdamo Vônita chôtoulio ; 

Tau que s'ùflo ereu esse gran, 

E lo veritàblo gronouh'o 

N-ei pâ quelo de dt Teitan. 



ce Bah ! non certes. » — a Ëh 
bien, maintenant? » — « Peuh! 
en êtes- vous loin encore 1 » — 
Elle faillit se mettre en colère. 
— ce Cette fois?... pas vrai que 
(j')y suis? » — a Bah ! vous n'y 
tombenez jamais* » -^ Elle re- 
commence à faire jouer sa mâ- 
choire ; — mais (elle) le paya 
cher, cette fois. — Elle s'enfla 
comme une vessie, — et éclata 
comme un marron au feu. 



Ce conte n'est pas tant une 
fable; — et cela arrive bien 
tous les jours. — Pour la toi- 
lette, pour la table, — les petits 
veulent marcher comme des 
gros seigneurs. — Madame Va- 
nité chatonille ; — tel qui s'enfle 
croit être grand, — et la véri- 
table grenouille — n'est pas 
celle de dans l'étang. 



i. S, Bouei! Pî! interjections qui marquent l'indifférence, le doute, la dérision, et 
qui soht particulières au patois limousin. La première fait le fond de la langue et se 
met partout ; nous la traduisons par : bah î La seconde est une note de tête, prolongée 
selon le degré d'incrédulité de la personne qui parle ; nous la traduisons par : peuh ! 
Le provenç. et le langued. ont boui! interjection de dédain et de dégoût. 

2. Oro. Bas-Um. Ocuro; langued. âro, aras, Ôros; provenç. ara, ouira, ahoura, 
tora>. etc. ;. espag- ahoura ou agora; ital. ora; rom. aora, aoras,ar, ara, aras; lat. 
ad horam, à 1 heure, maintenant ; vieux franc, ore, or, ores. 

- 4. Ctijâ, Bas-lim. cud%a; langued. cuja, é^uid; provenç. cuja, çuida, cuia;Tom, 
cmdar, cuiar; partout avec la même acception ; lat» cogitare. Vieux franc, cuider, qui- 
der, croire, penser, dans le sens restreint de être sur le point de : j'ai pensé tomber. 

5. Pedoueiro , vessie , acception qui semble propre au limousin. Le bas-limousin a 
petouire, petouiro, gros homme, grosse femme, formé, dit Béronie, de pela, crever, et 
de ouire, qui signifie outre et quelquefois ventre. Langued. petouire, tracas, bruit, 
désordre, embarras; provenç. même acception. 

6. Chauve, « châtaigne rôtie sous la braise, ainsi nommée parce qu'elle se dépouille 
facilement de sa peau ; mot dérivé du latin calvus, chauve » (Dict. ms. de dom Duclou) ; 
terme propre au Limousin. 

7. Nâ, par aphérèse pour ônâ, aller; bas-lim. ona; langued. ana; provenç. ana; 
anc. catal. mat; ital. andare; espag. andar. [V. à ce sujet Littré, Hist. de la langue 
franc., t. i, pag. 39.) 



— 10 — 

Co Yoû deitalo, 
Co voû dôvalo. 
Ma seî eichalo 
De qut fdteur! 
Chacu deinicho. 
Et no cournicho 
Fugue lo nicho 
Dô doû Youleur. 

Ma quan Forage 
Fugue pôssa^ 
Quan tou tSpage 
Ogue cessa, 
Moun ra de vilo, 
Fier coumo milo. 
Credo ô peisan : 
(c Onen, dôv51an ! 
Fô que noâ chôb$in 
Nôtre feîzan. 

— GrSmarcei, di lou rustique, 
lô n'ai pu ni fan ni se. 
Démo voû vendrei châ me ; 
Co n'ei pà que îô me pique 
De voû regôiâ to be ; 
Ma, si iô sai pu ô Feitre, 
Si vive beuco pu mau, 
Dô min sai tranquile e meitre 
Di lou foun de moun penau ^. 

Quan lo coussinço 

£i de pëssinço, 

Re ne fai mau. )) 

Queu rôtou 
Vio rôzou ; 
Co dô autre! 
Ei per n' autrel 
No pouetzou. 
Qui mauverso 
Trembb ô verso 
Dî so peu, 
E lo tranço 
Ei d'ôvanço 
Soun boureu. 



Ça vous détale, — Ça vous 
descend, — mais sans échelle, 
— de ces fauteuils ; — chacun 
déniche, — et une corniche — 
fut la niche — des deux voleurs. 



Hais quand l'orage — fut pas- 
sé, •*- quand tout tapage — eut 
cessé, — mon rat de ville, — 
fier comme mille, — crie au 
paysan : — a Allons , descen- 
dons ! — (il) faut que nous ache- 
vions — notre faisan. » 



« Grand merci I dit le rusti- 
que, —- je n'ai plus ni faim, ni 
soif. — Demain vous viendrez 
chez moi ; — ce n est pas que 
je me pique — de vous régaler 
aussi bien ; — mais, si je suis 
plus à Uétroit, — si (je) vis heau- 
coup plus mal, — du moins (je) 
suis tranquille et maître — 
dans le fond de mon genêt. — 
Quand la conscience -— est en 
repos, — rien ne fait mal. » 



Ce raton •— avait raison. — 
Ça (le bien) des autres — est 
pour nous autres — un poison. 
— Qui malverse — tremble à 
tomber — dans sa peau, — et 
la peur — est d*avance — son 
bourreau. 



2. Pemu, genôt ; bas-lim. penas, au pluriel ; Honnorat dérive ce mot du hU fenrui, 
une phikne^ parce que, dit-il, les rameaux! du genôt y ressemblent un peu. Le rom. avait 
en effet conservé le mot pena, penne, plume de Vaile. 



-- 11 — 



LOU LOU E rOGNEU 



LB LOUP BT L AGNEAU 



'N ôgneu qu'eîtouvîâvo* lo se 
Un Jour v6 nâ beure no ve 
Dî lou couren Ôluuo aigo puro. 
Dn lou qae ne vio pâ denguèro deijûna, 
Un pau pu nau^ s'èrio pouna 
Per ôtendre cauquo ôvantur(>. 
<c De eau dre, piti-t insoulen, 
Venei-tu troubla moun brevage ? 

Tan d'ôdaço ô toun- âge 

Merîto châtimen. 

— Mounsegnour, vou demande ercûzo ; 
Quei vrai, i'ai tor d'ôvei gu se, 

Quan Volro Môjesla m'ôcûzo; 
Ma Taigo ve d'eio ô me, 
E, quan no ve Vo prei so courso, 
Lo ne mounto pu ver so sourço. 
Vou 'n preje fôzei ôtentt 
Que îô sai dî lou bâ dô rî, 
Que Volro Grandeur ei plôçâdo 
Pu nau que me mai d'uno seiteirâdo ', 
E que per counsequen ne pode, Mounsegnour, 
Grônoulià soun- ôbeurodour. 

— Taizo te ! sabe ce que dize ; 

Mai i'aîme bien qu'un vourmoù moralize i 
Iô sabe que de me fâ dî dô mau an tan. 



Un agneau qui mourait de soif 

— un jour veut aller boire un 
coup — dans le courant d'une 
onde pure. — Un loup, qui 
n'avait pas encore déjeuné, — 
un peu plus haut s'était posé, 

— pour attendre quelque aven- 
ture. — a De quel droit, petit 
insolent, — viens-tu troubler 
mon breuvage? — Tant d'audace 
à ton âge— mérite châtiment. » 

— « Monseigneur, (je) vous de- 
mande pardon; — c'est vrai, 
j'ai tort n'avoir eu soif, — quand 
Votre Majesté m'accuse. — Mais 
l'eau vient d'elle à moi, — et, 
quand une fois elle a pris sa 
course, — elle ne monte plus 
vers sa source. — (Je) vous en 
prie, faites attention — que je 
suis dans le bas du ruisseau, 

— que Votre Grandeur est pla- 
cée — plus haut que moi plus 
d'une sétérée, — et cjue par con- 
séquent (je) ne puis. Monsei- 
gneur, — patrouiller (dans) son 
abreuvoir, » — « Tais-toi ! (je) 
sais ce que (je) dis ; — et j'aime 
bien qu'un morveux moralise I 
— Je sais que de moi tu as dit du 
mal l'annéedernière. » — a Mon- 



i. Eitouviâvo, imparf. de eitouviâ. Nous retrouvons ce mot plus loin {VOzelo e loû 
piti (heu) sous la forme eitauviâ. Dom Duclou ne donne que cette dernière : « eitau- 
via, verbe act., manquer, n'avoir pas; eitauviâ lo se, supporter la soif. » En bas-lim., 
estoouvia se dit des choses dont on est privé : Ontan minaufri bi&n de las truffas, mas 
udzan las oven be estoouviadas, « l'année dernière nous mangeâmes bien des truffes, 
mais cette année, il a fallu s'en passer.» Langued. estaouviâ ou estalbiâ, épargner, user 
d'épargne, ménager; estarbia, dans le Tarn. Le Glossaire de Rocjuefort indique estou- 
voir pour estavoir, combattre, disputer ; mais il n'en dit pas l'origine. Barbazan donne 
le substantif estouvoir dans le sens de nécessité, dérivé de l'ancien mot français estuet, 
il faut, il convient; estuet, il faut, dans la Chron. de Bertrand du Guesclin. — On dit 
aussi eitôiâ dans quelques endroits du Limousin. 

2. Nau, pour au, haut; rom. naut. Ce mot est général dans le midi. 

3. Seiteirâdo, Ducange : sextarata^ sextairada, sestairada. Mesure de ierfC"lîans 
laquelle on peut ensemencer un sétier de blé; Cette mesure de superficie varie selon 
les pays. A Limoges elle vaut-23 ares 7i cent. (V. à ccsujet le travail publié, onîMl, . 
par J.-B. Dutreix.) ^ ■ • , ^ 



— i2 - 

— Mounsegnour, v'einidei^ p& tan; 
Eh ! nH- o pà doù mei que \6 tèt^. 

— Tu n'a menti ! iô t'ô repète : 
Si 00 n'ei pà te, qu'ei toun frai. 

— Sai fi unique de mo mai. 

— Co- ei doun caucu de to chèno de râço ; 

Voù ne ehôbâ<^ j5mai de me bôlià lo châs8(^, 
Voû, vôtrei barjei, vôtrei chet 
Ne fà ma me servi d'einei «. 
I m'ô an di, ni-mai'' iô sabe; 
Se fai ten que tou-t ôco chabe. » 
En meimo^ten, moun lou grafo^ r5gneu, 

Que vio be greleta tou queu ten dt so peu, 
Coumo rômando di so coco ; 
lou nempourto ^ e lou voû crôco 
Di lou beu foun d'une fourei, 
Sei d'autro fourmo de proucei. 

Queu counte n'eî pâ fa per rire ; 
Eicoutà bien ce qu'ô vô dire : 
Un ricfae ei toujour lou pu for ; 
Un paubre^ countre se, ei segur d'ôvei tor. 
V'ôrîâ beu credà vengenço, 
Qu'ei toujour entau^o pertou ; 
Lo feblesso e Fendigenço 
Fan pécha d'ôvei rôzou. 



seigneur, (ne] vous irritez pas 
tant; — ehl (il) n'y a pas deux 
mois que je tète. » — « Tu en 
as menti I je te le répète ; — 
si ce n*est pas toi, c'est ton 
frère. » — <r (Je) suis fils unique 
de ma mère. — « C'est donc 
quelqu'un de ta chienne de race ; 

— vous ne cessez jamais de 
me donner la chasse ; — vous, 
vos bergers, vos chiens, — ne 
faites que me servir d'ennui : 

— ils me l'ont dit, et je (le) sais. 

— (Il) se fait temps que tout cela 
finisse. » — En même temps, 
mon loup grippe l'agneau, — 
qui avait bien grelotô tout ce 
temps dans sa peau, — comme 
l'amande dans sa coque ; — il 
l'emporte et vous le croque — 
dans le beau fond d une forêt, 

— sans autre forme de procès. 

Ce conte n'est pas fait pour 
rire ; — Écoutez bien ce qu'il 
veux dire : —Un riche est tou- 
jours le plus fort ; — un pauvre, 
contre lui, est sûr d'avoir tort. 

— Vous auriez beau crier ven- 
geance, — c'est toujours ainsi 
partout; — la faiblesse et l'indi- 
gence — font péch^ d'avoir 
raison. 



4. S'einidâ, Le provenç. a s'esnissa, s*eilissa, se hérisser. Au figuré, se mettre en 
colère. Eifiida peut être le lat. ignitus. 

5. Chôbâ; bas-lim. otsaba; provenç. acaba, achaha, caba; rom. acabar {de cap, 
lat. caput), achever, finir. 

6. Einei, ennui, chagrin, peine; bas^lim^ ennwd; provenç. e«»nio^ e$utech; rom. 
eniieg, enuet, enney, nueia, du latin nocere. 

7. Ni-mait et de plus. « Ni signifiait à la fois et et ni, mais avait plus souvent la 
première acception que la seconde. » (Rayn., Gram. rom,, p. 435). L'aneien français 
employa aussi ni et ne dans le sens de et; anc. catalan ne» môme sens. 

^. Hrôfà, gripper; rom. grafio et bas-lat. graffa, crochet. Bret. skilfa, griffer. 

9. Nempour0 pour empourto. Ce n ajouté par euphonie, principalement devant la 
propositiori en, est d'un emploi fréquent en Limousin et dans le Bert7,où l'on dit aussi 
n-en haut, fais-n^en, attrape-^nr-en, etc. (V. le comte Jaubert.) 

10. EntaUf ainsi ; lat. in tait (modo). 



— 14 — 

Loii paubré orne, dt so misèro, 
Guei bc beleu^^ coupa cauque bôrou 
(Ce qu'ei no chauzo defendudo) 
Ma, per bounur, s'ôchou èrîo vendudo. 
fai, coumo ô po, souu meichan fai de bouei, 
Que li- 5\io mai de meita souei ** ; 
Co li fôro no pitito baudado^^ 
Per châfà so paubro meinado. 
s'en vai tourna ver meijou, 
Counten coumo sirio no graulo en-d uno*^ nou. 
Lou veiqui doun que s'ôchômino 
En soun piti fai sur Teichino. 
peino o-l-eu fa vin pâ, 
sen qu'ô ne po pu nâ. 
So pôzicî ei cruèlo, 
ton momen ô chancela? ; 
Per ne pâ toumbà soû soun fai, 
ei vira^^ lou Jitâ lai. 
Queto ve tou de boun ô per lo tremountado ; 

Tou-t ô lo ve dî so pensado 
creu ôvt purâ so fenno, soû pitî : 
« I n'an gro chôba de pôlî ! 
Helà ! coumo van fâ quelâ paubrà bountî arma? » 
ne po pu tenei sa larmâ ; 
Ma sa larmâ ne tounben pâ, 
Là se j5len countre soun nâ. 
Queu paubre môlhûroû, 5 là fî, per p5ssinçt>, 
. eizômino so coussinço, 
Fai soun ate de countricî 
E se recoumando ô Boun-Dl : 
« mor, se disse-t-eu, que m'ôblidâ sur tèro, 
Vaque, vaque, cbôplâ^^, termina mo misera ! 



sa misère, —'eût bien peul-élro 
coupé quelque grosse branche 
— (ce qui est une chose défen- 
due) ; — mais, par bonheur, sa 
hache était vendue. — Il fait 
comme il peut son mauvais faix 
de bois, — où (il) y avait plus 
de moitié sureau. — Ça lui fera 
un petit feu clair — pour ré- 
chauffer sa pauvre famille. — 
U s'en va revenir vers (la) mai- 
son (chez lui), — coûtent comme 
serait une corneille avec une 
noix. — Le voici donc qui s'a- 
chemine, — avec son petit faix 
sur Téchine. — A peine a-t-il fait 
vingt pas , — il sent qu'il ne 
peut plus aller. — Sa position 
est cruelle, — à tout moment il 
chancelle; — Pour ne pas tom- 
ber sous son faix, — il est forcé 
de le jeter à terre. — Cette fois 
tout de bon il perd la tramon- 
tane. — Tout à la fois dans sa 
pensée — il croit entendre pleu- 
rer sa femme, ses enfants : — 
a Ils n'ont point fini de pâtir ! — 
Hélas ! comment vont taire ces 
pauvres bonnes âmes? » — Il 
ne peut plus retenir ses larmes ; 
— mais ses larmes ne tombent 
pas, — elles se gèlent contre son 
nez. — Ce pauvre malheureux, 
à la fin, perd patience. — Il 
examine sa conscience, —• fait 
son acte de contrition ~ et se 
recommande au bon Dieu: — 
a Mort, se dit-il, qui m'ou- 
blies sur terre, — viens, viens, 
s'il te plaît, terminer ma mi- 



F, 



1©. Behu, peut-être. Ce mot, sons les formes beleu, beleou, belheu, est répandu dans 
tout le midi; il est composé, d'après Raynouard {Choix de Poésies origin., t. I", 
3. 380), de ben, bien, et de leu^ vite, légèrement, lat. levé : « En joignant ben à leu, 
'adverbe eut un sens détourné, bien légèrement, peut-être. » On trouve aussi be leu 
(en deux mots) dans le lexique roman. L'ancien français avait également beleou, 

H. Souei, sureau ; langued. sahuc, soic,sahuquier;i^ro\enç. sambuquier; ital. sam- 
bu^o, sauco; rom. sambuc et sauc; bret. skao et skav. 

12. Baudado, flamme claire, de peu de durée et qui réjouit ; provenç. baud, joyeux; 
rom. baut, baudos, hardi, joyeux ; goth. baltha, audacieux; anc. franc, baud, batide; 
lat. gaudens. Roquefort propose le latin validus. 

13. En-d uno, avec une. En a souvent le sens de avec dans la langue romane. Cette 
acception s'est conservée dans différents patois. Le d euphonique est un legs des 
Romains ; la langue romane en offre quelques exemples. (V. Génin, Variât, du lang,, 
p. 92 et 12S.) 

14. Oei vira, il est forcé de..., limousinisme : il est tourné (par force) à. 

15. Chôpla altération de si Ô pla, s'il (te) plaît. 



-^ iS ~ 

Iôrôraîtand*ôblig&ct! 
Sai be deijâ pu mor que vt. » 
Lo Mor, que Tentende, vèngue per coumplôzenço ; 
Lo fugue qui tanquetan^^. 
« He be ! le que credà tan. 
Que volei-tu de mo prezenço? » 
Ma nôtr^ orne fugue so 
Quan-t ô vegue lo Margo "^ 
E dîsse-t ô queb eidentado : 
<( Escuzo, vaî, t'ai ma credado 
Per m'eidâ charjâ moun fôgo. » 



sèreî-^ je t'aurai tant d'obli- 
gations! — Je suis bien déjà 
plus mort que vif. » — La Mort, 
qui l'entendit, vint par com- 
plaisance ; — elle fut là à Tins- 
tant : — « Eh bien ! toi qui cries 
tant, — que veux-tu de ma pré- 
sence? » — Mais notre homme 
fut sot-* quand il vit la Margot, 
— et dit à cette édentée : — 
a Excuse, va, (je) t*ai seulement 
appelée — pour m'aider (à) 
charger mon fagot. » 



lô creurio bien quelo ôvanturo ; 
Car lou châfre *« de lo nôturc», 
Châ loû gran mai châ loû pitî, 

Ei: PÛTÔ POTÎ QUE MURÎ! 

Lou riche mai iou peliaire*^ 
Soun be d'ôcor sur queu pouen, 
Que lo Mor n'eifredo gaire 
Quan-t un lo veu ma de louen ; 
Ma, quan de prei lo noû guîgnt?, 
Lo pô fai perdre lo le 20, 
Ë tou lou mounde bargigno 
Quan tô pôssâ queu goule. 



Je croirais bien cette avan- 
ture ; — car le surnom de la na- 
ture, — chez les grands et chez 
les petits, — est : plutôt patir 
QUE MOURIR. — Le riche et le 
chiffonnier — sont bien d'accord 
sur ce point, — que la Mort n'ef- 
fraie guère, — quand on (ne) la 
voit que de loin. — Mais quand 
de près elle nous guigne, — la 
peur fait perdre Thaleine ; — et 
tout le monde barguigne — 
quand il faut passer ce goulet. 



16. Tanquetan, aussitôt; langued. tan-t-e quan; béarnais tantequant; lat. tan-» 
tum ei quantum, 

17. Lo Margo y surnom de la pie en lim. et en berrîch.; sobriquet de la Mçrt. 

18. Châfre, sobriquet; bas-lim. tsafre; poitev. chaffre; patois saintong., Châfe 
(Y. BuRGAUD DES Marets, la Malaisie, Paris, l)idot,1864). On trouve dans le Clos, au 
Centre, chaffrer, détériorer; chaffré se dit de quelqu'un dont le corps ou les vête- 
ments sont délabrés. Chaffourer, défigurer, barbouiller, dans Trévoux. ,. / 

19. Peliaire, chiffonnier; lancued. peliarot, peliarotaire; aid]ecU formé du r'om. 
peilla, haillon, dérivé, d'après Honnorat, soit du bas-breton pill, soit du lai* spoUa. 

20. Lo le, par aphérèse pour lo le; bas^lim. et langued. oie; prov. halen; rom. aie; 
lat. halitus. ' ; 



- 17 ~ 

Lou veiqui d'eicebrâ^ en quatre gran paiteu 
Là char ni-mai loû ô, deîcho ô là quîtù peu, 
Toplo coumo ôrîo fa peu boun pai de tàm'ûio ; 

Çei so grifo ô deregremilio *o^ 

Pei counto sur soù andilioû''. 
« Ha ça! se disse-t-eu, n'i- ôro pâ de jôloû. » 

E mou trei ôssoucha de rîre ! 

<( Lou prumîei trô*^, lou deve vei, 

Per rômour que*^ sai vôtre rei. » 

Deîcbo qui n'i- ôvio re-t ô dire : 
Tou segnour, 
Tou-t ônour ! 
Jômai lo primôta countre un lioun se barjigno, 

Eitëpau degu se rechigne». 

— <c Deve vei ôci lou segoun, 

Perceque iô me pelé Lioun. » 
Chacu lei doun counegue plo so faute», 
Ma pen n'ose branla ni pe ni pauto. 
— « Lou troisieime Forai, per lo san ! per lo mor ! 

Perceque iô sai lou pu for. » 
Quelo rôzou n'ei pâ tan chômenido ! ** 

Lo se pren toujour per countan. 

« Dô quatrieime bouci*^ restan, 
Si caucu soulômen vio no quîto embrussîdo*<î, 

Iô Teitrangliôrio tanquetan. » 



— Le voilà à déchirer en quatre 
grands quartiers — les chairs 
ainsi que les os, jusqu'à la peau 
môme, — tout ainsi qu'aurait 
fait tout bon père de famille. — 
Puis sa griffe il déploie ; — puis 
compte sur ses ongles. -^ « Ha 
ça ! se dit-il, (il) n'y aura pas de 
jaloux.» — Et me^ trois associés 
de rire !) — « Le premier mor- 
ceau , (je) dois l'avoir, — parce 
que je suis votre roi. » — Jus- 
que-là (il) n'y avait rien à dire : 

— (A) tout seigneur — tout 
honneur ! — Jamais la priflnaï<té 
contre un lion (ne) se discute, 

— aussi bien personne (ne) re- 
chigne. ***-« (Je) dois avoir aussi 
le second, — parce que je nie 
nomme Lion. » — Chacun alors 
donc connut bien sa faute, — 
mais aucun n'osa remuer ni pied 
ni patte. — « Le ;troi$ième, (je) 
l'aurai , par le sang 1 par la mort ! 
—parce que je suis le plus fort )> 

— Cette raison n'est pas tant 
moisie; — elle se prend tou- 
jours pour comptant. — « Du 
quatrième morceau restant, — 
si quelqu'un seulement avait 
(attrapait) une saule pincée, — 
je l'étranglerais à l'instant. » 



9. Eicebra, déchirer; bas-lim. ecibra, ecirpa; langued. escarpi; provenç. eschisa, 
dérivé, d'après Dumège, du grec schi%o, lat. scindo. Eicebrâ vient dv^laLU-sxe&Fpere, 
discerpere. 

10. Deregremiliâ, dépelotonner, déployer; verbe composé que nous ne retrouvons 
nulle part. Langued. et gasc. grumel, grumicel, peloton de fil; provenç. gramel , 
gramicel, grumel, grumeau, grumeau; lat. grumus. L'anc. franc, avait ^rumsl^ pelotte 
(lat. grumuluslei grumicelei, petit peloton. . •« 

11. Andilioû, ongles, cornes du pied, semble n'être que le terme de vén^rip a^n- 
douiUer, petite corne qui vient au bois du cerf, tiré, d'après Littré, de l'anglais ^(i^fer. 
^oWe^, andillion, , , , (, ■ ..i 

12. Trô, gros morceau; langued. et provenç. tros; caalt. tros; espae. tTOZ>Q; xùrn^ 
TROs ; anc. franc, tros, du lat. truncus, d après Honnorat. Le gallois a raaj, troc, coucé. 

iX' Per l'amour que, pour l'amour que, parce que; langued. et provenç. per fa-^ 
inour que ; en bas-bret. palamour ma. ^ 

14. Chômeni, do, moisi, mot de la langue d'oil, usité dans le Poitou, dans la 
Creuse, dans la Saintonge, dans le Berry, où l'on dit aussi chauveni. « Ce mot, dilj^ 
M. Burgaud des Marets, a une grande analogie avec l'allemand, le hollandais, le fla;^ 
mand schimmelen y> (OEuvres de Rabelais. — Paris, Didot, 1857, Pantagruel, liv. 11^ 
chap. xxx). Bas-lim. tsomousû ^ 

15. Bouci, morceau; bas-lim. et langued. bouci ou boussi ; jiToyeûç, boucin^'cailnL^ 
boci; rom. bacon et bossi; anc. franc, bouci, boussi, boussin^ bossin; lat. buccea,'\>0VL- 
chée. Le Duchat dérive ce mot de l'allemand beissen, mordre. ,. \. , . ., ^ 

16. Embrussido, pincée, mot propre au Haut-Limousin, dérivé peut-être de m cl' du 
bas-lal. rusca, écorce, en bas-bret. rusk: ce qui rie prend que Pécorice'ou Tépiderme. 



- 18 - 



Queu counte ei pie de morab. 
Ma veiquî lo principalo : 
Queu que se freio ô-d un leirou 
Ne rempli jômai soun gôtou ". 
Cambe de meîjoû roueînôda 
Per ôvei fa tou pôriei ! 
Chacu faze soun meiiiei, 
L*dchà sîran bien gard5dâ. 



Ce conte est plein de morale; 

— mais voici la principale : — 

— Celui qui se frotte à un lar- 
ron, — ne remplit jamais sa 
poche. — Combien de maisons 
ruinées — pour (en) avoir fait 
tout autant! — (Que) chacun 
fasse son métier, — les oies se- 
ront bien gardées. 



17. Gôtou, diminutif de gâto, poche. L'espagnol a gato, bourse de peau de chat. 



LO MOUNTAGNO PREITO A OGOUCHA 

Uno mountagno de Granmoun \ 
Oro *, negro coumo un demoun, 

Se troubavo embôrôssado, 

E meimo for ôvançad(>. 

Pèrque l'èrio sur soun ten, 

Lo nen vio de ten-en-ten 

Cauco pitilo brundido » ; 

E lo pôrôfio eîpôrido * 

Parlavo de se côchà, 

Per lo pâ veire ôcouchâ. 

Hà quan là graudà trenchôdâ 

Preiiguèren ô lo jôzen ^, 

Lo nen gue de reicîcliôdâ® 

Qu'eifredèren plo mo gen. 

Toû loû bouyei, toû loû pâtref 

Se meten de marmuzà '' ; 



LA MONTAGNE PRÊTE A ACCODCBER 

Une montagne de Grand- 
mont, — laide, noire comme 
un démon, — se trouvait em- 
barrassée (grosse), — et même 
fort avancée. — Parce qu'elle 
était sur son temps, — elle avait 
(poussait) de temps en temps — 
quelque petit éclat de voix, — 
et la paroisse effrayée — par- 
lait de se cacher, — pour (ne) 
pas la voir accoucher. — Mais 
quand les grandes tranchées— 
prirent à la malade, — elle en 
eut (poussa) des cris perçants— 
qui effrayèrent bien mes gens. 
— Tous les bouviers, tous les 
pâtres — se mettent à chuchot- 



1. Grandmont, village à 8 kil. environ d'Ambazac et à 28 kil. au nord de Limoges. 

2. Ore,Ôro, laid, laide ; bas-lim., langued. ore ;prov. horre; rom. orres; lat. horridus, 

3. Brundido, retentissement; le bas-lim. n'a pas le subst., mais a les verbes broudi 
et brudi, bruire, siffler ; langued. broun%i et brûdi ; provenç. brounzi; anc. catal. brugir; 
rom. bruûr et BONmn, du lat. rugire, selon Ménage et Diaz. Le bas-bret. a brûd, hruit. 

4. Eipôri, ido, effarouché; berrich. épeuré; langued. espaurit; provenç. espaurit; 
rom. espavordit; lat. expavidus. 

5. Jôzen, fçmme en couches; bas-lim. dzozen; langued. jazen ; provenç. jacent; 
anc. béarn. jazenta; rom. jacer, jazer, gésir; IdiUjacere, 

6. Eicicliôdâ, cris perçants; de la préposition ei (lat. ex) et du rom. siblar, silar 
(lat. sibilare), et, par corrupt., sicliar. Nous avons plus loin un autre exemple de la 
mutation du l en cl : sicliâ, asseoir, bas-lat. sellare, de sella. Bas-lim. eichuflado, 
langued. siblado, coup de sifflet. 

7. Marmuzâ ;\sii. male-mussare, mal murmurer; anc. franc., berrich. marmomer et 
marmuser, marmotter, dire tout bas. Malgré les présomptions d'une origine latine, 
Génin tire ce mot de mar (mal) et de mouse (moue), triste mine. Le provenç. a mar- 
fnoutia dans le sens de marmotter. 



— 19 - 



S'ôvîzen-l-î pâ, quî diâlreî, 
D'ôvanço de bôtizà 
Lou meinaga? 

— « Co siro cauque vilage. 

— Co siro cauque châteu. 

— Co pourio he esse, beleu. 
No vilo toulo empenado s. » 
là fi Teî ôcouchado... 

Que H- lou Boun-Di bôlia?... 
Un pit! ra. 

Veiqui lou pourtre d'un- emplanco ®. 

se tou fà, re ne li manco ; 

Que fai-t-eu, si- ô ei prei ô mou?... 

Re dô tou. 
Quel ercule n'ei ma no raco*^; 
Queu bucephàio no potraco ; 
Queu gran geian, un jau-bouta ; 
Queu beu châteu no bicôquo ; 
Queu s5ben n'ei ma 'n- enteita; 
E queu libre nouveu, tan vanta dî so coquo, 
Qu'ei-ôco, quan qu'ei eizi " ? 
Qu'ei-ôco, quan qu'ei legi?... 
Lobezi*2 ! 



ter. — (Ne) s'avisenl-ils pas, ces 
diables, — d'avance de baptiser 
— l'enfant? — « Ce sera quelque 
village. » — « Ce sera quelque 
château. 5) — « Ce pourrait bien 
être, peut-être, — une ville toute 
faite. » — A la fin elle est ac- 
couchée... — Qu'est-ce que le 
bon Dieu lui a donné?... — un 
petit rat. 



Voici le portrait d'un pré- 
somptueux. — 11 sait tout faire, 
rien ne lui manque ; — que fait- 
il, s'il est pris au mot?... — Rien 
du tout. — Cet hercule n'est 
qu'une rosse ; — ce bucéphale 
une patraque ; — ce grand gé- 
ant un coq-botté; — ce beau 
château une bicoque ; — ce sa- 
vant n'est qu'un entêté; — et 
ce livre nouveau, tant vanté- 
dans sa coque, — qu'est-ce, 
quand c'est éclos?... — Qu'est- 
ce, quand c'est lu?... — Rien. 



8. Empena, â4o, tout brandi ; même mot en bas-lîm. En gasc. : très hauras empe- 
nadas, trois heures entières ; du lat. in pennây en plume, tout emplumé. 

9. Emplanco, présomptueux. Les rapprochements nous échappent. En milanais et 
en boulonais, impiant se dit pour hâblerie ; en vénitien, impianto correspond à notre 
root populaire blague. 

10. Râco, malingre, rosse ;rom. raca, rosse, racar, souffrir, languir. 

H. Eizi, éclos, part. pas. du verbe eixî; catal. e%ir; rom. eissir; lat. exire, sortir. 

i2. Lo bezi, apocope pour lo beûlio, Bou%iliâ et beziliâ, fâ de lo bezilio, gâcher, faire 
de mauvais ouvrage, bezi, niaiserie, rien. Langued. bouziga, provenç. botisilha, gâ- 
ter un ouvrage. Poitev. bouzineries, bagatelles. Rapprocher cependant de notre expres- 
sion le langued . et le provenç. bazac ou bazat, rien. Le bazac est un coton filé très 
fin qui vient de Syrie. Le nom du coton, dans le Midi, est arrivé à signifier fétu, rien, 
comme burra, bourre, a fait bouri en patois lim. (Y. ce mot, pag. 20, note 3.) 



— 21 



Fôzei nen 
Forço argen ; 
Moun parpai^ 
Aîmo mai 
Vei doû-treî 
Grû de mei. » 



Faites-en 
Force argent. 
Mon jabot 
Aime mieux 
Avoir deux ou trois 
Grains de mil. 



'n ignoren eiredite Un ignorant hérita — d'un 

D'un mônuscri qu'ô pourte manuscrit cju^il porta— chez le 

r^, . , , ...... beau premier libraire. — «(Je) 

CM lou beu prumiei libraire. crois bien, dit-il, que dans ce 

«— Crezebien,dlsse-t-eu, que dî queu môauscri manuscrit -(il) doit y avoir bien 
Li deu vei bien de l'erpri; de r esprit; — mais deux ou 

Ma doû-trei sô raarcâ fôrian mièr moun- ôfaire. » m?èuxmo"n afSiTe'îîî-lcomS 

Quan d'eibeitî que fan coumo lou jau, d'imbéciles font comme le coq, 

E, per garda loû tiei, iiten lai lou nouiau! r ®^' P^"^ S?^^®^ ^? coquille, 

jettent à bas Tamande I 



À. Parpai, « sein, partie du corps depuis le bas du cou jusqu'au creux de l'es- 
tomac » (D. DucLOu). bas-lim. porpar, la poitrine; dans le Centre on dit parpet, et 
parpaillère, « partie de la chemise qui couvre la poitrine, et qui chez les hommes sert 
souvent de poche ; se dit aussi par métonymie, du sein , de la gorge » (C'« Jaubert). 
Ces mots semblent n'être que des altérations du rom. perpoing, perpunh, perponh, 
pourpoint. On dit encore dans le peupla le moule du pourpoint, pour la poitrine, et 
se remplir le pourpoint. Remarquez que, pendant que le primitif jabot, poche à la 
nourriture qui précède Testomac, dans les oiseaux, devenait cette espèce de colifichet 
qui pare la poitrine des hommes, certains patois, par une métonymie inverse, faisaient 
du vêtement appelé pourpoint, la poitrine elle-même. 



LA BEITIA MOLAUDA DE LO PESTO 

Un jour lou Boun-Dî en coulèro 
Bouje^ no mëlaudio sur tèro, 
Per un piti môtâ Messieurs loû ônimaû 
Que deipei tan de ten li f5gian tan de mau. 
Lou Boun-Dî sôbio be que jômai lo fSmino 
N'auz(> entra dî lo couzino 
Dô reî mai dô courtizan : 
Lo n'ei ma per loû peizan. 



LES ANIMAUX MALADES 
DE LA PESTE 

Un jour le bon Dieu en co- 
lère — répandit une maladie 
sur (la) terre, — pour un petit 
mater Messieurs les animaux, — 
qui depuis tant de temps y fai- 
saient tant de mal. — Le bon 
Dieu savait bien que jamais la 
famine — n'ose entrer dans la 
cuisine — des rois et des cour- 
tisans : — elle n'est que pour 



1. Boujâ, verser abondamment, vider; bas-lim. boudxa, langued. bouja; provenç. 
buja; rom. voiar, vtieiar, voidar; lat. vacuare. 



— 24 — 



Que me vian gro jômui le fa! 
V6 ai meimo, no ve, pôssa per mo gourgeiro's 

No bargeiro. 
Moun ômîla per voû et per vôtro sania 
Me râcho lo fraiicho varia. 
He be, ôro, si fô que périsse 
Que l'ossemblado me ciiôsisse ! 
Creze pertan, creze de bouno fe 
Que châcu deu eici s'ôccuzâ coumo me ; 
Sei co lou tribunau ne sirio pâ côpable 
De couneitre lou pu coupable. 
Pensâ-v' entau? » — « Oplo, di lou renar, 
Que vô fà pertou soun bôvar, 
Oplo, ma podei-vou ôvei gu lo pensad^ 
Que Vôtro Môjesta pèche eisse coundanado? 
Ma, mo fe ! qu'ei plo un beu pécha 
Dô cha, 
Quan v' ôriâ fa lo deguelio *^ 
De cauquo meichanto ôvelio. 
De cauquei cheilî moutoù ! 
S1 lou minjôvan pâ, ô que sirian-t-î boû? 
V'ôvei croca cauco pitito filio ? 

Bouei ! co n'ei ma no pecôdiiïo ! 
Ne dlrio-t-un pâ ôprei tou 
Qu'uno bargeiro ei lou Peirou? 
D'ôliour, lei dî soun tor : devio-t-elo ô soun- âge 

Embôrôssâ vôtre pôssage? 
Me, ne veze ma qui un châtimen dô ceû; 
Lo meriiavo piei beleu. 
Quelo cônaho, 
Quelo rôcaho 
Ei re que vaho 
Per fâ ripaho ; 
E voû lour vei fa, Mounsegnour, 
En loû croquan, beuco d'ônour ». 
Qu'ei plo entau que fai soun prône 
Queu que praicho ôtour d'un trône : 
Loû gran soun fa per vanta, 



qui (ne) m'avaient cerlainemcnl 
jamais rien fait ! — J'ai même, 
une fois, fait passer par mon 
gosier — une bergère. — Mon 
amitié pour vous et pour votre 
santé — m arrache la franche 
vérité. — Eh bien, maintenant, 
sXil) faut que (je) périsse, — que 
rassemblée me choisisse.— (Je) 
crois pourtant, (je) crois de bon- 
ne foi — que chacun doit ici s'ac- 
cuser comme moi ; — sans cela 
le tribunal ne serait pas capable 
— de connaître le plus coupable. 
— Pensez-vous.ainsi ?» — « Oui, 
dit le renard, — qui veut faire 
partout son bavard, — oui; 
mais pouvez-vous avoir eu la 
pensée — que Votre Majesté 
puisse être condamnée? — Mais, 
ma foi, c'est bien un beau pé- 
ché — du chat — quand vous 
auriez fait la bombance — de 
quelque méchante brebis, — de 
quelques chétifs moutons! — 
s'ils (ne) les mangeaient pas (si 
on ne les mangeait pas), à quoi 
seraient-ils bons? — Vous avez 
croqué quelque petite fille?— 
Bast 1 ce n'est qu'une peccadille! 

— ne dirait-on pas après tout 

— qu'une bergère est le Pérou? 

— D'ailleurs, elle est dans son 
tort : — devaitr-elle à son âge— 
embarrasser votre passage ? — 
Moi, (je) ne vois là qu'un châti- 
ment du ciel; — elle méritait 
pis peut-être. — Cette canaille, 

— cette racaille — est rien qui 
vaille — pour faire ripaille,— 
et vous leur avez fait, Monsei- 
gneur, — en les croquant beau- 
coup d'honneur». — C'est bien 
ainsi que fait son prône — celui 
qui prêche autour d'un trône. 

— Les grands sont faits pour 



13. Gourgeiro, subst. fém. « le sifflet, le conduit de la respiration » (D. Duclou). 

14. Deguelio, bombance : Dom Duclou ne donne que se degueliâ, « se tirailler, pro- 
prement s'entre-déchirer les habits en folâtrant, » et deguelioû, a folâtre, badin, » tiré 
de guelio, loque. Provenç.aDegfw/m, disloqué, de gfweneWa,banderolle, bas-lat. gauna- 
cum, guenille » (Honn.). Quelle que soit l'étymologie de ce mot, le bas-lim. a degolia, 
gâter, brésiller; le langued. dégalia, perdre, gâter, prodiguer, et dégalié, dégalious, 
dégatiboul, dépensier, prodigue (Sauv.) ; le rom. degaiier, prodigue, tiré, d'après Ray- 
nouard, de de et de gast (lat. vastatvs) , et le poitev. dégueiUer, déchirer, secouer 
avec force. Le Dict. du Centre donne dégusiller, déchirer, chiffonner. — On pourrait 



— 25 — 

Loû pilî per cliôpetà*'^; 
Oci là beitiâ cliôpetèrew. 
Châcuno lour tour là venguèren 

S'ôcusâ bounômen dôvan lou Coumita 
De tou iou mau que là vian fa. 
Loû jugeî subre chàco frâzo 
Pôssëvan coumo sur lo brâzo ; 
E Tour, lou tigre mai lou lou, 

Môgra toû lour gran tor, guèren toujour rôzou. 

Loû pechâ dô renar n'èrian ma no finesso ; 
Quî dô singe, dô tour d'ôdresso ; 
E lou jury, dî toû soû jujômen, 

Ncn ôrio fa de toû presque de pilî sen. 
A là fî*^ râne se prezento, 
L'ôrelio en Ter, Fâmo countento. 
De so \'ito 6 n'o jômai gu 
L'envio de fà mau ô degu. 

Debeu de" grôvechâ*^, d'eîpiôzâ*^ so coussînço, 

se trâ-souve bien d'uno fauto ôssei minço. 
— « lô m'ôcûze, se disse-t-eu, 
Qu' en mo charjo sur moun pôneu^o, 
Pôssan per un pra de beguind, 

Sentigueî, tou d'un co, deiminjà ma nôrinâ. 
Querèque^i Fôdour me flôte, 
Quelô erbo freicho me tente, 
Beleu lo fan que me preisse, 
Gauque diable que me pousse. 
Que sabe iô! ma nen guei n'eilampiado^; 



vanter, — les petits pour battre 
des mains : — Aussi les botes 
applaudirent-elles. — Chacune 
à son tour, elles vinrent — s'ac- 
cuser bonnement devant le Co- 
mité — de tout le mal qu'el- 
les avaient fait. — Les juges 
sur chaque phrase r— .passaient 
comme sur la braise;— et Tours, 
le tigre et le loup, — malgré 
tous leurs grands torts, — eu- 
rent toujours raison. — Les pé- 
chés du renard n'étaient qu'une 
finesse; — ceux du singe, des 
tours d'adresse ; — et le jury , 
dans tous ses jugements, — au- 
rait fait de tous presque de pe- 
tits saints. — A la fin Tâne se 
présente, — l'oreille en l'air, 
l'âme contente. — De sa vie il 
n'a jamais eu — l'envie de 
faire mal à personne.— A force 
de gratter, d'épucer (d'éplu- 
cher) sa conscience , — il finit 
bien par se ressouvenir d'une 
faute assez mince : — « Je 
m'accuse, dit-il,— que, avec ma 
charge sur mon panneau, — 
passant par un pré de béguines, 
— (je) sentis tout-à-coup dé- 
manger mes narines. — Sans 
doute l'odeur me flatta, — cette 
herbe fraîche me tenta; — 
peut-être la faim qui me pressa» 
— quelque diable qui me pous- 
sa, — que sais-jel mais (je) me 



aussi rapprocher notre mot de l'anc. franc, gallois, gentil, gaillard, réjoui, ou du bas- 
lal. goliardus, houïfony histrion, du \sii, gula, gueule. 

15. Cliôpetâ, claquer des mains, littér. clapoter, onomatopée prise dans un sens 
figuré; le bas-lim. a clopado, claque; le langued. clapa, frapper; le provenç, cla- 
quêta, cliqueter. 

iQ. A Là fî, aux fins, s'emploie plutôt que le singulier. 

il. De heu de, limousinisme, de beau de, de bien de : il gratta si bien sa conscience. 

18. Grôvechâ, gratter dans le gravier, expression propre au Limousin. Après un orage, 
les enfants grattaient le sable dans les rigoles pour y trouver des clous. 

19. Eipiôzâ, littér. épucer, chercher les puces à sa conscience. 

20. Pôneu, « espèce de selle sans arçons et sans étriers, faite de grosse toile piquée 
et remplie de paille » (D. Duclou); rom. panel. 

21. Querèque et queriâque, vraisemblablement, il est à croire , sans doute. Littér. 
quère ou querià que, a chercher ou cherchez que » du lat. querere. Peut-être aussi ce 
mot n'est-il qu'une altération de croire que, creuriâ que, il est à croire que, vous 
croiriez que? 

22. Eilampiado. Ce mot n'est pas dans Dom Duclou ; Foucaud le traduit par licence. 
Le provenç. a le verbe lampar, lampiar, courir rapidement, s'enfuir, disparaître comme 
un éclair, et le subtantif lampiado, lampée, et course longue et inutile, tiré, d'après 
Honnorat, du celt. lamp, éclair, ou du grec lampo, je luis. Eilampiado se traduirait 
ainsi par emportement hors de soi. Cependant le simple lampiado n'a en Limousin que 
la signification de lampée. 



— 26 — 

Mitigei no piiîto gourjado 
De pissenlie. 

Coumo degu me lo bôlie, 

Fai regre que lo chio rôbad<?, 

E m'en coufess^ ô Tôssemblado ». 

— « lou couquî ! ô lou môrau ! 
Lou veîqui, lou veiqui, lou pécha fournicau*»} >, 
Se crede cauque lou qu'èrio dt lo tribuno 
(E queu !ou n'èrio pâ d'une raço coumuno ; 
I digian qu'ô vio eita 
Un pau cliar cbâ 'n ôvouca). 

(c Veiqui plo d'oun ve lo coulèro 
Dô ceu countre lo tèro ! 

Coumo fô eitre scelera 

Pèr rôbà Terbo dî un pra ! 

E, chauplâ!... lou pra de là mèra! 

Co n'ei pâ prou de là gôlèra !... 

Quau lechôdiei ! ... 24 Quai eifrounla ! . . . 

Vei-v' ôvi coumo ô s'ei vanta 

D'ôvei minja lou be dô autrei? 

Peno de mor ! Qu'en pensâ-v'autreî ? » 

Tou lou clube crede bravo ! 

Et sur l'âne, hârol hârol 

Lo Counvencî deicreito en masso 
Qu'ô siro mei 
Or de lo leî, 

E pourtôro lo poulinâsso^». 

E queu môlhûroû pecâta 
Pôye bien se tou soû l'eico dô Coumita. 

N'i- ôvîo degu per lou défendre ; 

Se fougue be doun leissâ pendre. 

Queu qu' fa lou counte ôsseguro 

Que, sei vei vu lo prouceduro, 
Noû poden devina, mai bien- eizadômen 

Coumo siro lou jujômen ; 
Veiqui coumen : 

Si qu'ei un riche qu'ei coupable 
Châ segur que soun câ n'ei jômai coundanable, 



laissai aller ; — (je) mangeai une 
petite gorgée — de pissenlit.— 
Comme personne (ne) me la 
donna, — fai regret qu'elle soit 
volée, — et (je) m'en confesse à 
l'assemblée. » — « Oh ! le co- 
quin I oh I le maraud 1 — le 
voici, le voici, te gros péché 
(que nous cherchions) ! — cria 
quelque loup qui éiait dans la 
tribune — (et ce loup n'était 
pas d'une race commune: — 
on disait qu'il avait été — ud 
peu clerc chez* un avocat).— 
Voici bien d'où vient la colère 

— du ciel contre la terre! — 
Comme il faut être scélérat — 
pour voler l'herbe dans un pré! 

— et, s'il vous plaît, le pré des 
mères, — ce n'est pas assez des 
galères ! — Quel friand I quel ef- 
fronté! — Voyez-vous comme il 
s'est vanté — d'avoir mangé le 
bien des autres? — Peine do 
mort! qu'en pensez -vous? » 

— Tout le club cria : Bravo i 

— et sur l'âne : Harol haro! 

— La Convention décrète en 
masse — qu'il sera mis — hors 
la loi, — et portera la peine 
de tous. — Et ce malheureux 
peccata — paya bien lui tout 
seul l'écotdu Comité. — (Il) n'y 
avait personne pour le défen- 
dre ; — (il) se fallut donc bien 
laisser pendre. 



Celui qui a fait le conte as- 
sure — que, sans avoir vu la 
procédure, — nous pouvons de- 
viner, même bien aisément, — 
comment sera le jugement; — 
voici comment : — si c'est un 
riche qui est coupable,— soyez 
sûr que son cas n'est jamais 



23. Fournicau, littér. le péché de fornication. Ce terme s'est étendu à toute espèce 
de gros péché. 

24. Lefihôdiei; rom. lechadier, friand, de Ucar, lécher; allem. lechen, licher, faire 
hppée; anc. franc, hchandier. 

25. Foutinasso. Ce mot n'est pas dans Dom Duclou; Foucaud le traduit par « la 
peine de tous ; » le langued. a poutoos, chiure de poule ou de quelque oiseau de basse- 
cour, et le prov. povXirmso dans le môme sens. Les rapprochements nous échappent. 



— 27 



Entre richei qu*ei entendu ; 
Ma, per pau qu'ô cho minable, 
Paubre, feble, misérable, 
Châ segur qu'ô siro pendu. 



condamnable ; — entre riches, 
c'est entendu ;— mais, pour peu 
qu'il soit minable, — pauvre, 
faible, misérable, — soyez sûr 
qu'il sera pendu. 



LOU GHOPHRE TENGU PÈR LOU RA 



LE CHAPITRE TENU PAR LES RATS 



Un meitre cha, nouma Rodillardm, 

Vie fa dô râ no tâlo marmelado. 

Que dî toù loù grëniei s'en vegio presque pu, 

Tan lou drôle nen vio mei en côpiloutado! 

Rodiliar, sicHa^ sur soun où, 
Restavo caucâ ve^ tou-t un jour ô Tôfû; 

Eitôpau Rodiliar gobavo 
Tan loù râ de grdniei coumo loù rà de ci\o : 
(Qui darniei, de segur, n'èrian gro regretà.) 

Lou pau que nen- èrian resta 
N'ôzavo pu sorti pèr nâ chercha so vito ; 

£ di chaque crô, chaque ra, 
Qu' èrio bôra ^ 
Èrio vira 
• Jùnâ piei qu'un- armilo. 
Pen ne vio pu meitiei de bërouliâ soun lar, 

E queu Cartoucho-Rodiliar 
Pôssavo dî Tespri dô peuple mizerable, 

Noun pèr un cha, ma pèr un diable. 

Un beu jour que nôtre margau ♦, 

S'en mounte dî lou g51âtau, 

Per ôreitâ soun môridage, 

E per eipouzâ frau-que-brau *^, 



Un maître chat, nommé Ro- 
dillardus, — avait fait des rats 
une telle marmelade, — que 
dans tous les greniers (il ne) 
s'en voyait presque plus, — tant 
le drôle en avait mis en capilo- 
tade 1 — Rodillard, assis sur son 
derrière, — restait quelquefois 
tout un jour à l'affût; — aussi 
bien Rodillard gobait — tant les 
rats de grenier que les rats de 
cave,— (ces derniers sûrement 
n'étaient pas regrettés). — Le 
peu qui en était resté — n'osait 
plus sortir pour aller chercher 
sa vie ; — et dans chaque trou 
chaque rat, — qui était fermé, 
— était forcé —de jeûner pis 
qu'un ermite. — Personne n'a- 
vait plus besoin de verrouiller 
son lard, — Et ce Cartouche- 
Rodillard — passait dans l'es- 
prit du peuple misérable, — 
non pour un chat, mais pour 
un diable. — Un beau jour que 
notre matou — s'en monta dans 
le galetas — pour arrêter son 
mariage, — et pour épouser à 



1. Sicliâ, assis, de sicliâ, asseoir; bas-lat. sellare, être assis sur une selle de che- 
val. Ce terme semble nous être venu directement , sans passer par l'intermédiaire du 
subst. lim. selo, si^ge (lat. et rom. sella), qui n'a pas varié. Sicliâ participe de la forme 
italienne seggia, siège, et de la forme espagnole sillo {Il mouillés). 

2. Ve, fois; bas-lim. uex;langued fes; provenç. ves (vieux lang.) et fes; espagn..i;£a;. 
rom. vETz; lat. vices. 

3. Bârâ, barrer, fermer. 

4. Margau, matou, onomatopée tirée du miaulement du chat lorsqu'il est en bonne 
fortune. Ce terme nous semble particulier au Limousin. 

5. Fravr-que-hrau, Foucaud traduit « au hasard, à l'aveugle 5?; Dom Duclou donne 
diverses acceptions comme « vaille que vaille, ni bien ni mad, passablement, » et aussi 
» indifféremment : marcha fraw-que^brau, marcher indifféremment dans le bon et le 
mauvais chemin ». C'est peut-être dans cette dernière locution qu'il faut chercher 



— 28 — 

Lo prumîeiro dô vesinage 
Que se trouboro dî Toustau 6. 
Penden que, seloun lour usage, 
Loû novî^ fogian lour.tôpage, 
Toù loû ra, que loû senten louen, 
Tenen chôpitre dî un couen, 
E deliberen sur queu pouen : 
Per s'eizanta de lo gôbelo 
Bâtiran-t-î no citôdeb ? 
Queu mouyen n'ei pâ tan segur, 
Rodiliar grimpôrio dessur. 
Nîran-t-î ôtôcâ en masso 
Lou redoutable cha-de-chasso? 
Lou câ sirio tro perilioû. 
Fô troubâ cauque biaî pii doù. 
Lei-doun lou douyen de lo bendo. 
Que se couneicho en countrebendo, 
Disse : « Sabe n^encheizou ^ 
Pèr lou mètre ô lo rôzou. 



raveuglette — la première du 
voisinage — qui se trouverait 
dans la maison. — Pendant que, 
selon leur usage, — les mariés 
faisaient leur tapage, — tous les 
rats, qui les sentent loin,— tien- 
nent chapitre dans un coin,— et 
délibèrent sur ce point : — Pour 
s'exempter de la gabelle, — 
bâtiront-ils une citadelle? — 
Ce moyen n'est pas si sûr; — 
Rodillard grimperait dessus. — 
Iront-ils attaquer en masse — 
le redoutable chat-de-chasse? 

— Le cas serait trop périlleux, 

— (il) faut trouver quelque biais 
plus doux. — Alors le doyen de 
la bande, — qui se connaissait 
en contrebande, — dit : « (Je) 
sais un moyen — pour le met- 



Forigine de notre locution, qui nous semble purement limousine. En bas-lim. /tam, 
(c terres abandonnées, vagues et en friche » (Béron.); anc. franc, frau, fros, fraux, 
<c terre inculte, lande, lieu stérile, route rompue ; en bas-lat. froccus, friscum, de 
frangere » (Roquef.). Le berr. et le limous. ont conservé avec le même sens les mots 
fraux et froux dans certains noms de localités. Quant au second mot brau , il est 
donné par D. Duclou comme « lisière de terre qui sépare un champ d'un autre ». Le 
bas-lim. a brouda et boudra, et le langued. brauda, crotte, boue battue, ordure; brouc 
est aussi en languedocien le nom de la bruyère commune; brout, en poitev., feuilles 
d'arbres pour les bestiaux ; broust, en bas-bret., hallier, buisson fort épais; brout,en 
termes de vénerie, signifie pâture que les bétes fauves trouvent dans les jeunes taillis 
[ Beau CHET-FiLLE au]. Jm arc^d fravr-que-brau signiiSerait donc primitivement marcher in- 
différemment tant dans la lande que dans la bordure, le buisson, la bou^, la bruyère, 
etc. Le sens se sera généralisé. 

6. Oustau, maison, logis; bas-lim. ovstal; langued. et provenç. oustau, ostal, 
oustal, oustil; anc. csiiail.nostal; rom. kostal, ostal, ostau, dériv. de hoste, oste, osde 
(lat. hospes), hôte. 

7. Nôvi, nôvio, nouveau marié, nouvelle mariée; bas-lim. mêmes formes; langued. 
novi, novis ou nobis, fiancé, fiancés; gasc. nobi, nobio,dsLns le sens langued.; provenç. 
novi, novio, dans les deux sens; catal. nuvi; rom. novi, novia, tiré, d'après Honnorat,- 
du lat. novus (maritus), ou, d'après Raynouard, du lat. nuptiœ (rom. nossas), noces. 
Nous ne pensons pas que ce mot soit passé dans la langue d'Oil. 

8. Encheiwu, Foucaud traduit « prétexte, motif; » D. Duclou écrit enchaisou, qu'il 
dérive du lat. en causa, et qu'il traduit par « cause, sujet : Jômai ne vengue de mau 
sen enchaisou, il n'est jamais arrivé de mal sans cause. » Cette étymologie est con- 
forme aux habitudes du patois limousin, qui adoucit ordinairement la syllabe ca en 
cha. En rom. causa a aussi le sens français de cause, signifiant procès. On trouve 
dans Raynouard le substantif cayson, accusation, qui, précédé de la proposition en, 
se rapproche singulièrement de notre mot. On y trouve aussi occasio, ocaiso, ochaiso 
et ucHAiso, cause, prétexte, occasion et difficulté, obstacle, accusation, querelle; le 
vieux français a achoise, accoison, achaison, acheison et surtout enchaisoun, enchei- 
soN, a occasion heureuse, loisir, cause de bonheur, dessein, espérance, plainte, que- 
relle, dispute » (Roquef.). Occasion est souvent pris pour cause dans les Contes de la 
reine de Navarre. 



V'autrei, ifi- o ma vei n'eichinlo ^, 

Dô fî, no guli(?*<^ ôbe n'eipinlo; 
Quan, di soun couen de fe, lou môtou roûfloro, 
En soun cô brâvômen caucu Teilôchoro. 

Quan n'ôviren quelo souneto, 

Lei-doun, sei tambour, sei troumpeto, 

Chacun prendro soun- eicampi **, 
E meître Rodiliar sirio cen ve pu fi, 

Noù siran doû-trei pei soû tèro, 

Quan queu Malbrou niro-t en guère, 
lô ne couneisse pà d'autre meliour mouyen. » 
Chacun ei de Tôvî de moussu lou douyen. 

Mouyenan queu tour d'ôdresso, 
I soun dô min segur de counservâ Tespeço. 
Oro, ne s'ôgî ma d'eitÔchâ lou grelo. 

Qui siro-co ? 
Noun pâ me, disse l'un. — Ni me, se disse l'autre. 
— Voû, moussu lou douyen?... qu'ei voû sai-que- 

[delai*2, 

— Me?... râze fiche si qu'ei vrai ! 

E perque me pûtô qu'un- autre? 

S'en troube pen de prou so 

Per nâ couzei lou grelo. 

r ô guei be dôvina d'ôvanço 
Lou râ, s'ei vei re fa, levèren lo seianço. 



tre à la raison. — Vous autres, 
(il) n'y a qu'à avoir une son- 
nette, — du fil, une aiguille ou 
bien une épingle; — quand 
dans son coin de feu le matou 
ronflera, — à son cou douce- 
ment quelqu'un rattachera. — 
Quand nous entendrons cette 
sonnette, — alors, sans tam- 
bour, sans trompette, — chacun 
prendra (la poudre d') escam- 
pette; — et maître Rodillard 
serait cent fois plus fin, — nous 
serons deux (ou) trois pieds 
«ous terre, — quand ce Mal- 
brough ira-t-en guerre, — Je ne 
connais pas d'autre meilleur 
moyen. » — Chacun est de l'a- 
vis *de monsieur le doyen. — 
Moyennant ce tour d'adresse, — 
ils sont du moins sûrs de con- 
server l'espèce. — Maintenant, 
(il) ne s'agit que d'attacher le 
grelot, -— Qui sera-ce? — « Non 
pas moi, » dit l'un, oc ni moi, 
dit l'autre. >) — « Vous, mon- 
sieur le doyen... c'est vous, 
deçà, delà. » — « Moi?... l'âze 
fiche si c'est vrai I — Et pour- 
quoi moi plutôt qu'un autre? » 
— (Il ne) s'en trouva aucun 
d'assez sot — pour aller cou- 
dre le grelot. —Je l'aurais bien 
deviné d'avance. — Les rats, 
sans avoir rien fait, levèrent la 
séance. 



Entau se tenian autre ten Ainsi se tenaient autre temps 

L'ôssemblôdâ de penilen ; - ^^ assemblées de pénitents ; 

T?* 1- ux-**j* • • — amsi les chapitres des moi- 

Entau lou chôpitreî do moueinei, ^^^^ _ ^insi, ai soir d'aujour- 

Entau, ô sei d'ône*^, chôben quî dô chônoueinet. d'hui, finissent ceux des cha- 



9. Eichinlo, sonnette; bas-lim. esquillo ; \a.ngued. esquillo ou esquinlo; provenç. 
esquille, esquinlo; catal. esquella; rom. esquelha; bas-lat. eschilla, skella et squilla; 
anc. allem. skel; allem. mod. schalleri, sonner. 

10. Gulio, par aphérèse ipour ôgulio, aiguille; poitev. aguUe; rom. agullia. 

11. Eicampi ou eicampa, substantif masculin. Dom Du clou donne « prenei Vei- 
campo, prendre la fuite » ; langued. escampo ; provenç escampo et escampi, pris seu- 
lement dans le sens figuré de « excuse, prétexte, échappatoire »; rom. escappament, 
effusion, fuite, de la préposition es (lat. ex) et de camp (lat. campus)^ camp. 

12. Sai-que-delai, altération de deçai-que-delai, deçà et delà; le rom. a sai et lai, 
çà et là, et aussi de sai et de lai, deçà et delà. Que signifiant « comme, ainsi, soit, » 
existait aussi bien dans la langue d'Oil que dans la langue d'Oc : rom. que aut que bas, 
soit en haut, soit en bas; anc. franc, vingt que évesqu^s, que arcevesques. C'est ainsi 
qu'on peut expliquer la locution frau-que-brau de la note 5 et l'expression houri-que- 
bôlai de la note 5, pag. 22. On trouve dans Peyrot, poète patois du Rouergue, çà que 
là, d'ailleurs, nonobstant. 

13. Au sei d'ône, au soir d'aujourd'hui; bas-lim. one; langued. anuech, aneit, cette 



30 - 



Quan ne fau ma délibéra, 
Loù couDseiliei pleveu 5 verser, 
Ma s'ôgî-co d'eîzeculâ, 
Degu ii'aîmo lo countroverso. 
I trobeu toù no porto de dôrei^^ 
Pèr lira lou eu en- ôrei. 



noines. — Quand (il) ne faut 
que délibérer, — les conseillers 
pleuvenl à verse; — mais, sV 
git-il d'exécuter , — personne 
n'aime la controverse. — Ils 
trouvent tous une porte de der- 
rière — pour tirer le c. en ar- 
rière. 



nuit ; gasc. anei, aujourd'hui, ce soir ; provenç. anuech, anech, cette nuit, ce soir ; 
espagn. anoche; rom. a nueh, aujourd'hui, de noit, noich, nuech, nueh, nuit (lat. ad 
nocher»), jusqu'à la nuit (étymologie donnée par Honnorat). Ane. franc, anui, ennuit, 
aneu, le soir, la nuit, et aussi aujourd'hui. Roquefort donne deux étymologies, l'une 
in hoc {die), l'autre hâc nocte, parce que, dit-il, on comptait autrefois par nuits. M. le 
comte Jaubert, qui donne le berrich. en hui, incline pour la première de ces étymo- 
logies. M.Pressac, sous-bibliothécaire de la ville de Poitiers {Poésies pat. de VabbéGus- 
(^au^pag. 84), et M. Beauchet-Filleau {Gloss. poiL) adoptent la seconde. Remarquons 
aue l'identité de termes pour exprimer, dans la plupart des dialectes, deux idées 
différentes, peut fort bien être le résultat d'une simple confusion dans la prononcia- 
tion et dans l'orthographe des mots ; que dès lors ces mots peuvent avoir deux éty- 
mologies distinctes, et qu'il n'est nullement nécessaire, pour expliquer cette prétendue 
anomalie, d'invoquer un usage gaulois ou germain, a C'est, dit M. Onofrio {Gloss. 
lyonn.), un exemple de deux mots différents qui se sont confondus dans le langage du 
peuple, en y perdant l'un et l'autre un peu de leur précision. » 

14. Dôrei, ôrei, derrière, arrière; provenç. arreire, arrière; catal. arrero; rom. 
AREiRE, formé de ad et de reire, reyre (lat. rétro). Le berrich. a rière et en airière. — 
Dôrei; lat. de rétro. 



LOU ROUVEI E L'OSSOLEI 



LE CUÊNE ET LE SAULE 



Un jour, un gran e grô rouvei* 
Digio ô un piti-t ôssôlei - : 
« L*5mî, t'a bien suje d'ëcusâ lo nSluro ; 
Car, entre doû, fôrio bien lo gôjuro 
Que lou pu piti reibeinei' 



Un jour, un grand et gros 
chêne — disait à un petit saule : 
— a L'ami, tu as bien sujet 
d'accuser la nature ; — car, en- 
tre nous, (je) ferais bien la ga- 
geure — que le plus petit roi- 



1 . Rouvei, ce rouvre, espèce de chêne fort dur » (Don Duclou) ; langued. rouve, 
rouvre, rouve; provenç. roure; catal. roure; ital. rovore; rom. roire, roure^ tiré du 
lat. roborem, accus, de robur. Honnorat prétend que le lat. robur est tiré lui-même 
du celt. rov ou dei-w, chêne. Bas-lat. rover et rovere. 

2. Ossôlei, « ôssolé, espèce de saule qui porte des chatons ou fleurs, et qui sert à 
former des haies vives » (Dom Ddclou) ; dérivé, selon Honnorat, de as, préposition ou 
article, et de solei; provenç. sause, sauve, salse, saule; catal. sal%er\ rom. sau%e, dn 
lat. salicem, accus, de salix. Bas-lim. sole; langued. sauze; gasc. saligo , saussaie et 
osier ; bret. halek, — Nous croyons, malgré Honnorat, que Vô initial de notre mot est 
tout simplement Va provenant de l'article la ou lo précédant^ prosthèse dont il y a bien 
des exemples dans les langue romanes. Le mot solei a dû primitivement être fémin., 
comme le lat. salix; ce n'est que par la fréquentation du français que V ôssôlei sera 
devenu masculin. Cependant Raynouard donne le rom. sauze comme masculin. 

3. Reibeinei, roitelet, probablement une corruption de reibelet, qui se trouve en 



— 31 — 

Sîrio pèr te d'un tro gran pei. 

Lou mindre piti yen que bufo 

Te fai beissâ to paubro tufo. 

Pèr me, sai segur coumo un poun. 

Môgra* Tauto *^, mdgra lo biz(?, 

Môgra lou pluyau «, Tarmorijo '', 

Counserve toujour moun- ôploun ; 

Ë lo pu tôrlblû tempeîto 

Me fôrio pâ courba lo teito, 

Quan mascÔre^ 'n ôrio jura. 

Monn froun, coumo lou moun Jura, 

Cato^ lou soulei sur lo ièro. 

Ne dirio pâ tan re denguèro*^ 
Si lou Boun-Dî 
Te fSgio pâ venî toujour ô bor d'un rt ". 
Dô min, chi- ô te vio gu mei dî moun vezinage, 

Te crubîrio*2 de moun- oumbrag^, 

Te virôrio lou môva ten ; 

E lo freichour de moun feliage 

Te rendrio pu gai, pu counten... » 

— (c fiouei! n'ôyei pas tan dHnquieitudo, 
Ni tan d'einei, 
Di rôs&ôlei. 

Si lo tempeito lo pu rudo 



telet— serait pour toi d'un trop 
grand poids. — Le moindre pe- 
tit vent qui souffle — te fait 
baisser ta pauvre touffe. — Pour 
moi, (je) suis sûr comme un 

{)ont. —Malgré Tautan, malgré 
a bise,— malgré le ventd'Ouest, 
le vent du Nord-Ouest, — (je) 
conserve toujours mon aplomb ; 

— et la plus terrible tempête — 
(ne) me ferait pas courber la 
tête, — quand (le) mascaret en 
aurait juré. — Mon front, com- 
me le mont Jura, — cache lo 
soleil sur la terre. — (Je) ne 
dirais pas tant rien encore — 
si le bon Dieu — (ne) te fai- 
sait pas venir toujours au bord 
d'un ruisseau. — Du moins, s'il 
t'avait eu mis dans mon voi- 
sinage, — (je) te couvrirais 
de mon ombrage, — (je) te 
parerais le mauvais temps; — 
et la fraîcheur de mon feuil- 
lage — te rendrait plus gai, 
plus content... » — « Bah! 
n'ayez pas tant d'inquiétude, — 
ni tant d'ennui, — dit le saule. 

— Si la tempête la plus rude — 



bas-lkcu; de rei, roi, et de helet, diminutif de bel, beau : roi joli. Le docteur Honnorat 
dit que reibelet est le nom du troglodyte et non pas du roitelet. 

4. Môgra, malgré; rom. malgrat. 

5. Auto, a autan, vent du Midi, en lat. auster, en bas-lat. altanus » (Dom Duclou). 
Selon Littré, qui adopte l'étymologie d^altanus, ce mot signifie a vent de la terre, 
vent de la haute mer et vent du S. 0. ; sans doute de altus, haut, soit que Ton considère 
la terre qui est plus haute que la mer, soit que Ton considère la mer qui se disait en 
lat. altum ». Provenç. autan; rom. autan et auta. 

6. Pluyau, « l'Occident, le couchant, le vent du pluie » (Dom Duclou). 

7. Armorijo, vent d'Armorique ou de Bretagne, c'est-à-dire du N. 0. « Dans l'ancien 
français, armorique signifiait le bord de la mer, la côte maritime » (Boquef.). 

8. Mascôre, Le mascaret, « nom qu'on donne à un vent redoutable qui souffle sur-U 
Garonne » (Honnorat). Le mascaret est aussi un reflux violent de la mer dans la 
Bordogne. a Probablement , dit Honnorat, ce mot dérive dé St-Macaire, nom de l'en- 
droit jusqu'où les eaux- de la Dordogne sont repoussées à 9 lieues de son embouchure.» 

9. Cato, du verbe côtây cacher ; se côtâ veut dire principalement se tapir, s'accroupir ; 
bas-lim. ocota, abaisser; s'ocota, s'accroupir; langued. acata, couvrir, s*acata, 
s'abaisser, se courber, se couvrir; cata, couvrir, à Montauban ; provenç. cata, couvrir ; 
ital. quatto, tapi. Diez rattache tous ces mots au lat. coactus, participe passé de 
cogère, presser, serrer, cacher, d'où coactare» Bret. ku%a; saintong. catit, caché. 

iO. Denguéro, encore; langued. encaro; provenç. encaro; catal. encara, enquer, 
enquere; rom. encar, encaras, enqueras; lat. in hanc horam. Bemarquez, dans le 
limousin, la prosthèse du d, 

11. jRt, ruisseau; bas-lim. rieou; langued. riou et rial\ gasc. (Gers) riou; béarn. 
arriu; provenç. riou; catal. riu ; rom. riu; lat. rivus. 

12. Crubirio, par métathèse pour cubririo,. couvrirait. 



— 32 — 

Ueidio qui^s y' o pâ deiplania, 
Beleu voù voù sei tro vanta. 
Houn- ômî, quan-t un- ei sage, 
Fô, pèr se moucâ dô chei, , 
Ovei pôssa lou vilage. 
Otcndan ô démo, mai, beleu, quête sei... 
Pèr n'autrei, paubrei ôssôiei. 

Ne risquen pâ tan que voù d'un- ôrage., 
Noû soun Feizample dô sage 
Que se plejâ quan fô e que ne roun jômai. » 
'n ôrio beleu be di mai ; 

Ma tou d'un co nen vengue no bufado, 
Si tôriblo, si be ôpouyado, 
Qu'ôriâ di que tou Tunivèr 
Nâvo vira là chambâ 'n Ter ; 
E quel aubre doun lo rôcino 
De Fanfer èrio vezino. 
Quel aubre que, en soun chôpeu, 
Yio tan menôça lou ceu. 
Quel aubre tan fier, tan béu, 
Fôgue lo corno-budeu i*. 
L'ôssôlei plege jusqu'ô tèro. 

E Fôssôlei duro beleu denguèro. 



jusqu'à présent (ne) vous a pas 
déplanté, — peut-être vous vous 
êtes trop vanté. — Mon ami, 
quand on est sage, — {il) faut, 
pour se moquer des chienSy — 
avoir passé le village, — Atten- 
dons à demain... et peut-êlrc 
ce soir... — Pour nous autres, 
pauvres saules, — (nous) ne ris- 
quons pas tant que vous d'un 
orage. — Nous sommes l'exem- 
ple du sage, — qui sait plier 
(}uand (il) tant et qui ne rompt 
jamais. » — 11 en aurait peut- 
être dit davantage ; — mais tout 
d'un coup ( il ) en vint une 
bouffée, — si terrible, si bien 
appuyée, — que (vous) auriez dit 
que tout Tunivers— allait tour- 
ner les jambes en l'air. - Et 
cet arbre dont la racine— de 
Tenfer était voisine, — cet ar- 
bre qui, de son chapeau, - 
avait tant menacé le ciel , — 
cet arbre si fier, si beau, — fit 
la culbute. — Le saule plia jus- 
qu'à terre, — et le saule dure 
peut-être encore. 



Jômai ne meiprezan degu ; 
Un ôme nen vau toujour 'n- autre. 
Queu que se ri dô mau d'un- autre 
Nen ôro ch' ô n'en o pâ gu. 
Lo grandour mai lo fourtuno 
Soun no meichanto côci ; 
Lou grô mai lou pitî, lou soulei mai lo luno, 

Soun lou Toubrage dô Boun-Dî, 
Que boujo, quan li plà, lou pu fier dî lou ri. 



Jamais ne méprisons per- 
sonne ; — un homme en vaut 
toujours un autre. — Celui qui 
se rit du mal d'un autre, — en 
aura s'il n'en a pas eu.— La 
grandeur et la fortune— sont 
une méchante caution; — les 
gros et les petits, le soleil et la 
lune, — sont tous l'ouvrage du 
bon Dieu,— qui renverse, quand 
(il) lui plaît, les plus forts dans 
le ruisseau. 



13. Deicho qui, jusqu'à présent; par corruption de d*eici ô qui, d'ici à là, jusque- 
là. En Limousin, la syllabe ci s'altère souvent en l'articulation c/i : c/i' o, par si o; 
ch' ô plà pour si 6 plà, sïl (vous) plaît. Eici, ici; rom. aici; catal. assi. « D'iW, lat. 
vint l'adverbe de lien i, y, romans ; cet i, combiné avec aisso, aquo, pronoms dé- 
monstratifs employés neutralement, forma aissi, aqui, ici, là. » (Rayn., Gram.rom., 
p. 372.) Du rom. aqui le patois limousin a fait qui, par aphérèse. 

14. Corno-budeu, culbute. « Ce mot, dit Honnorat, est une altération de tomo- 
budeu, tourne-boyaux ». On trouve dans l'ancien français la traduction littérale de 
notre expression : toume-hoelle, que Borel, qui cite Perceval, traduit par à Ut renverse, 
et que Roquefort, qui cite Jean de Meung, traduit par tour de gorge, collerette; 
bouelle signifiait aussi la gorge. La seconde de ces explications n'exclut nullement la 
première. Boel, bouel, bouelle, intestins, dans l'anc. franc. ; bas-lat. botellus, botulus, 
budellus; ital. budello; bret. bouzellen; lyonn. bollie. 



-33 — 



LOU RENAR E LOU JAU 

Un jau jucha se câravo 

lo cimo d'un rouvei. 

Un renar que Tômiôlavo 

Lou crejio deîjâ tenei. 
<< Moun boun- ômi, moun cërômado *, 
Entre noû lo guèro ei chôbad(>, 

E qu'ei me que sai charja 

De venî publia io pa 
Dî tou Teita. 

Quelo ôgreâblo nouveb 

Me rejôvi lou parpai. 

Dôvaio, te bôliôrai 

L'ôcoulado fraternels. 
— Lo pa ! reipoun lou jau... tan mièr ! 
I m'ô vian plo di deipei îèr ; 
Ma sai bien- aize de te veire. 
E, ce que m'ô f5rio mièr creire, 

Veze venî doû lebriei 

Qu'an bien Ter de doû courîeî. 

Que m'en pourten lo nouvelo* 
Ah! coumo î soun deigolita ^î 
1 van coumo doû deirôta. 
Vei loû lai dî quelo veneb, 
I viren bien- eici tou dre; 
Fô plo que nen chio caucôre s. 

Coumo î couren ! târo-tûro ! 
I siran qui sitô que vei di gâro ! 



tE RENARD ET LE COQ 

Un coq juché se carrait — à 
la cime d'un chêne. — Un re- 
nard qui l'emmiélait — le 
croyait déjà tenir. — « Mon 
bon ami, mon camarade, — 
entre nous la guerre est finie, 

— et c'est moi qui suis chargé 

— de venir publier la paix — 
dans tout l'état. — Cette agréa- 
ble nouvelle — me réjouit la 
poitrine (le coeur). — Descends, 
(je) te donnerai — l'accolade 
fraternelle. » — « La paix ! ré- 
pond le coq... tant mieux 1 — 
Ils me l'avaient bien dit depuis 
hier ; — mais (je) suis bien aise 
de te voir. — Et, ce qui me le 
ferait mieux croire, — (je) vois 
venir deux lévriers — qui ont 
bien l'air de deux courriers, — 
qui m'en portent la nouvelle. 

— Ahl comme ils sont déga- 
gés I — ils vont comme deux 
dératés. — Vois-les là-bas dans 
cette venelle. — Ils tournent 
bien ici tout droit ; — (il) faut 
bien qu'il en soit quelque chose. 

— Comme ils courent! dare, 
dare I — ils seront là avant d'a- 
voir dit gare I — Ils paraissent 



1. Côrômado, par métathèse pour cômôrado, 

2. deigolita. Ce mot ne se trouve pas dans Dom Duclou et n'est guère plus employé ; 
Foucaud le traduit par « lestes, dégagés ». Le Provenç, a desgaleta dans le sens de 
« maigre, décharné. » De « maigre » à « dégagé », la transition est naturelle. La ques- 
tion (fétymologie est plus délicate. Honnoral indique le provenç. gallet (catal. galliio, 
du lat. gallus)^ jeune coq, cochet. La basse latin, avait galare (et probablement le 
fréqueniBliï g alitare) que Dom Carpenlier explique par a se livrera la joie, au plaisir» 
[ilSLl. far gala). L'ancien franc, galer, mener gale, signifie « danser, se divertir, faire 
un festin ». Comparons maintenant le mot deglende, ingambe, dans le glossaire occi- 
tanien, le vénitien dègola, échappatoire, le rom. gau, rapidité, élan, promptitude, du 
verbe gahen, se hâter, dans la langue francique. Comparons encore, quoiqu'il n'y ait, 
selon nous, aucune communauté d'origine, notre participe deigouleta , du verbe 
neutre deigouleta, donné par Dom Duclou comme signifiant « se dérober, disparaître ». 

3. Caucôre, quelque chose ; provenç. et dauphiné ^aucar^n; rom. qualque re; lat. 
^ualiscumque res. 



— 34 - 

I pôreissen bien- ômitou *. 
Vô dôvôlâ, noû noû bicôrau^ loù. » 
Quan-t un renar enten parla de cbei de chasso, 
o be tô boueifa lo plasso. 
E moun Berlran de deiviardâ ^î 
Nôtre jau vio beu U credâ : 
(( Ente vâ-tu? — lô vô tourna. 
— Eicouto doun ! — Tai dô ôfâ. 

— Vâque^ quère Fôcoulado! 

— Mo coumissî ei preissado. » 

(Mai ne meicreirio pa qu'ô èrio un pau preissa 
De troubâ cauque crô^ pèr lî publia so pa.) 
E moun jau pio counten eipoufide^ de rire. 

li digne pâ re pu dire *« ; 

Ma, pèr cbôbâ de s'en mouquâ, 
voû lou regôie d'un beu cacôlacâ. 



bien caressants. — (Je) vais des- 
cendre, nous nous embrasse- 
rons tous. » — Quand un re- 
nard entend parler de chiens 
de chasse, — il a bientôt ba- 
layé la place. — Et mon Ber- 
trand de décamper! —Notre 
coq avait beau lui crier: — 
a Où vas-tu ? >î — a Je vais reve- 
nir. » — « Écoute donc! » — 
a J'ai des affaires. » — « Viens 
chercher Taccolade. » — u Ma 
commission est pressée. » — 
(Et je ne mécroirais pas qu'il 
était un peu pressé — de trou- 
ver quelque trou pour y publier 
sa paix.) — Et mon coq bien 
content pouffa de rire. — Il (ne) 
lui daigna rien plus dirc;- 
Mais, pour achever de s'en mo- 
quer, — il vous le régala d'un 
beau kakalakâ. 



4. Omitoû-ouso, doux, caressant; bas-lim. omistou -ouno ; langued., gasc, pro- 
venç. amistous; espagn. amistoso; berrich. amiteux. 

5. Bicdran, 3« pers. pi. du fut. du verbe bicâ, embrasser; bas-lim. bica; berrich. 
bicherel biger; saintong. biser; poitev. biger. Suivant Honnorat le mot limousin serait 
une altération de baisâ, baiser. Dom Duclou donne bicâ, lèvres, et aussi boucha (au 
plur.), bouche, c'est-à-dire « la réunion des lèvres» : boucho de dessû, lèvre supérieure; 
ooucho de dessoû, lèvre inférieure ; boucho est aussi provençal et dérive évidemment 
du lat. bucca. Quant à bicà, lèvres, nous y voyons le mot celtique beck, bec et bouche; 
catal. bec; espagn. beco ; rom. bec, et bechar, béqueter (ital. beccare; bret. bika). L'al- 
tération du provenç. bouchas en bicâ, lèvres, n'est pas dans les habitudes de la 
langue limousine. Bicâ) baiser, est donc d'origine celtique. 

6. Deiviardâ, décamper, de la prépos. lat. de, et via, chemin; le rom. a desviar, 
d'où notre augmentatif deiviardâ, 

7. Vaque, viens; cette forme, que nous ne retrouvons pas dans les patois du midi, 
si ce n'est dans le provenç. vagueli,<!i soit, j'y consens, allons, dépêchons, » estdérivéc 
du rom. va%er{\QX.vadere), aller, et non pas du rom. vagar (lat. vagari), vaguer, errer. 
La première conjugaison vagar eût donné vaguo ou vaquo, et non vaque. Le verbe 
vazer, défectueux comme en latin, a donné au patois limousin les personnes vai, van 
et notre expression vaque, qui, au lieu de signifier va, veut dire viens. 

8. Cr^, trou; bas-lim., bourguig. crô; langued. cros^ eicrôto, voûte; provenç. cro5 ; 
berrich. cros, crot; poitev. crû; saintong. creut; rom. gros, creux, trou. Dom Duclou, 
d'après Ménage, dérive ce mot du lat. scrobs, fosse; Béronie préfère crepare, crever : 
crô, l'endroit où une chose a crevé ; « Diez propose dubitativement corrosus, rongé, et 
par suite creusé ; mais en prenant les formes dans leur ensemble, qui ont un s ou un t, 
il semble gu'il faut pour étymologie un mot qui permette à la fois ces deux lettres ; or 
on a le latin crypta, grotte, qui a donné à la fois le provençal crosa et crota. Ici la dé- 
rivation de crypta est indujjitable. » (V. Littré au mot creux.) Crosum, creux et ravin, 
dans Du Gange ; a crota, antrum, specus, nostris crotte vel grotte, ex crypta (ibid.) «■ 

9. Eipoufide, prêter, d'eipoufidâ, pouffer; bas-lim. espoufida; langued. espoufida, 
espouchiga et espouchinia ; provenç. espouffa; berrich. s'épouffer de rire, et épouffif 
épouffé, suffoqué, stupéfait. Pour l'étymologie de pouffer, voy. le Dict, de Littré. 

10. li digne pâ re pu dire, littér. «il ne lui daigna pas rien...» Ce « pas mis avec 
rien » est commun dans les patois, et s'explique en ce sens que re signifie primiti- 
vement chose, et non rien. 



— 36 — 

Voû siriâ toû grâ coiimo me. 

Lo fangalo n'ei pâ châ noû coumo châ v'aulre/, 
Que caucâ \e ne fâ pâ 
Pèr semmano doû repâ, 

Mai que minjâ souven de lo viando pûrido. 

Un che de basso-cour n'o jômai lo pepido;' 
ei segur de fâ toujour 
Soû trei-quatre repâ pèr jour. 
Pèr me, tou lou mounde me baU'o 
de gibiei, ô de voulaho, 
de vedeu s, ô de moûtou ; 
Trape toujour cauque croûlou ; 
Lèche loû plâ, lèche là chieiuî * ; 
E loû jour bran ^ coumo là feitâ, 
Minje toujour, sei e môti, 
(Bien souven sei vei d'ôpeii) 
Moun- eicunlado de brejaudo 6, 
Bien- ôssimado ^, bien fricaudo 8, 
Tôliado de boun potoutau 9, 
Mai caucâ ve lou sôbourau*^. 
— Cau trôbai fâ-tu dî l'oustau, 



seriez tous gras comme moi.— 
La fringale n'est pas chez nous 
comme chez vous autres, —qui 
quelquefois ne faites pas — par 
semaine deux repas, — et qui 
mangez souvent de la vian- 
de pourrie. — Un chien de 
basse-cour n'a jamais la pépie, 

— il est sûr de faire toujours 

— ses trois (ou) quatre repas 
par jour. — Pour moi, tout le 
monde me donne — os de gi- 
bier, os de volaille, — os de 
veau, os de mouton; — (j')at- 
trape toujours quelque croûton ; 

— (je) lèche les plats, (je) lè- 
che les assiettes ; — et les jours 
ouvriers comme les fêtes, — (je) 
mange toujours, soir et matin, 

— (bien souvent sans avoir 
d'appétit), — mon écuellée de 
brejaude,-- bien comble, bien 
ragoûtante, — taillée de bon 
pain d'hôtel, — et quelquefois 
le savouret. » — « Quel travail 
fais-tu dans la maison, — pour 



3. Vedeu, \eau; bas-lim., langued. vedel; gasc. bedel; provenç. vedeou, vedel; 
catal. vedell; rom, vedel; iat. vitulus; anc. franc, veal; herrich, viau; poitev., sain- 
tong. vedâ, 

4. ChieitOy assiette ; langued. sietou, petite assiette ; gasc. sieto, assiette ; provenç. 
sieto; rom. assieta dans le sens d'assiette de l'impôt. (V. à ce sujet le Dict. de Littré.) 

3. Loû jour bran, par aphérèse pour .owèran, les jours ouvriers. 

6. Brejaudo, soupe limousine faite avec un morceau de lard rance et des choux verts. 
Quand le lard est cuit on l'écrase, on le broie {un lou brejo) avec du sel dans la cuillère 
et on le délaie ensuite dans le bouillon avant de tremper la soupe. Le résidu, ou la couenne 
du lard, se nomme lousôbourau ou lou brejou. En bas-lim. bredzaudo, « Ce mot vient de 
brejâ, frotter l'un contre l'autre, comme font, par exemple, les blanchisseuses». Bas- 
lim. bred%a; langued.. gasc. et provenç. brega, frotter avec force, afin de nettoyer; 
catal. bregar dans le sens de battre; le provenç. bregâ a le même sens; allem. brecheriy 
rompre, briser. Le gallois a brec, rupture, et bresc, cassant. Anc. franc, breier, brehier, 
broyer; berrich. bregier, briser; saintong. breger, briser le chanvre. Le rom. bregar, 
frotter, serait dérivé, d'après Raynouard, de fregar, freguar, frotter (Iat. fricare). 

7. Ossima, ado, adj., dont la cime est élevée. 11 y a dans la soupe du paysan beau- 
coup plus de pain que de bouillon. Le pain en gonflant s'élève au-dessus de l'écuelle 
et a fait chapeau ; » fai chôpeu. 

8. Fricau, -do, ragoûtant; bas-lim. fricaou, -do; en langued. fricaudest pris pour 
gentil, bien élevé : un fricous ou fricaud musel, un museau friand ; du Iat. fricare 
(V. la note 1 de la page 9, au moi frico.) 

9. Potoutau, « pain d'hôtel, pain de ménage, fait de fleur de farine de seigle. Ce 
pain doit peser deux livres et un quart. Potoutaudo, double pain d'hôtel ou deux pains 
réunis en un seul » (Dom Duclou). Ce mot est une corruption de po d'oustau, pain 
d'hôtel ; en langued. et en provenç. pan d'oustau, 

\0, Sôbourau « morceau de vieux oing ou de levure de lard avec quoi les gens de 
la campagne font la soupe » (Dom Duclou). En bas-lim. et en périg. soboural; en 
langued. sabourun, saboural, sabourial; en provenç. assabouraire , asssaboulaire, 
sabouraire, saboulaire, sabourun. Dans tous ces pays, ces expressions ont à peu près 



— 37 — 



Pèr gagna no si bouno vito**? 
Se disse tan iou lou. 

— Cau trôbai?... presque re dôtou. 
lô chasse (quan H sai) loû cha de lo couzina ; 

mandian fô meichanto xnino ; 

Garde lo meijou, lou varjei, 
Loù vouleur an mai pô de me que d'un- archei. 

Quan-t un me piaulo *2, sei ôlerto. 

Lo porto beu reslâ deiberto, 

Jômai ne laisse entra degu, 

Sei qu'ô ne chio bien counogu. 

— Co n'ei ma co? se disse Minjo-ôveiïo, 
Me foudrio pâ bien for tira Tôrelw 

Pèr me fa prenei quel eita. 

— Voû-tu venî ?. . . — Onen ! » Veiqui qu'ei fa. 
I prenen bien toû doû lou chômi dô vilage, 

E, pèr eigôyâ lou vouyage, 
Meître Rôjo-croûtoû 
Dijio ô Crôco-moûtoû : 
<< L'ômi, tu va quîtâ no \\io 
Que n'èrio de segur ni de sen ni d'armito. 
Lou min que pouguei t'ôribâ, 
Qu'èrio de te \e\re eirentâ 

Tou-t en y'ito. 

Tu deviâ vei ô tou moumen 

Toû fejei«3 dî l'ôli** bulien. 

Pertou te bôliôvan lo chasso ; 

Tu n'ôviâ pâ no quîto plasso, 

Un quîte bô. 

Un quîte crô, 

Pèr dtre : sai segur d'eitre en vito tantô. 

Loû chei t'ôrian gu tar ou tô. 
Oro, co- ei diferen, t'en balie mo proumesso. 



gagner une aussi bonne vie?» 

— dit alors le loup. — « Quel 

travail? presque rien du 

tout. — Je chasse, quand ù') 
y (suis, les chats de la cui- 
sine ; — aux mendiants (je) fais 
mauvaise mine ; — (je) garde 
la maison, le verger; — les vo- 
leurs ont plus peur de moi que 
d'un archer. — Quand on me 
siffle, (je) suis alerte. — La porte 
a beau rester ouverte, — jamais 
(je) ne laisse entrer personne, 

— sans qu'il ne soit bien con- 
nu.j) — a Ce n'est que cela? dit 
Mange-brebis, — (il ne) me 
faudrait pas bien fort tirer To- 
reille — pour me faire prendre 
cet état. » — a Veux-tu venir? 

— Allons ! «Voilà qui est fait. — 
Ils prennent bien tous deux le 
chemin du village, — et, pour 
égayer le voyage, — maître 
Ronge-croûtons — disait à Cro- 
que-moutons : — c< L'ami, tu vas 
quitter une vie — qui n'était 
assurément ni de saint ni d'er- 
mite. — Le moins qui pûtt'arri- 
ver, — c'était de te voir éreinter 
— tout en vie.— Tu devais avoir 
à tout moment — ton foie dans 
l'huile bouillante. — Partout (ils) 
te donnaient la chasse ; — tu 
n'avais pas une seule place, — 
un seul bois, — un seul trou, — 
pour dire : (je) suis sûr d'être en 
vie tantôt. — Les chiens t'au- 
raient eu (seraient venus à bout 
de toi) tard ou tôt. — Mainte- 
nant, c'est différent, (je) t'en 
donne ma promesse. — Tu ne 



le sens que l'Académie donne à notre mot savouret, c'est-à-dire <c un gros os de tru- 
meau de bœuf que les gens peu aisés mettent dans leur pot pour donner de la saveur 
au bouillon ». En bas-lim. on le dit aussi du manche d'un jambon qu'on fait bouillir 
dans le pot. En laugued. le savoureux « est généralement l'os rance et décharné de porc 
salé dont les paysans assaisonnent leur potage, assaisonnement qu'ils préfèrent à celui 
de la viande fraîche, pour laquelle ils ont même de la répugnance » (Sauvages). On 
trouve dans Rabelais : du viel savouriados. 

11. 11 manque un vers rimant avec celui-ci. 

12. Piôlâ, n'a pas ici le sens que l'Académie donne au verbe piauler; il signifie 
« siffler » ainsi qu'en provenç. Le bas-lim. et le langued. pieoula ei piaula ont conservé 
le sens de piauler. Dom Duclou écrit aussi pioula. 

13. Fegei, foies; langued. fegas, au plur. ; provenç. fege; catal. fetgé; rom. fetge; 
hdisAai. hcatum eifegatum, littér. «un farci ae figues», parce que autrefois on farcis- 
sait les foies d'oie avec des figues. 

14. OH, huile; forme commune à tout le midi. 



— 39 — 

N'ei mâquan*'^ toujoiir 'n ôre gage. 
Taî ôvi ùive 6 un viei sage 
Que lou mièr nûri de Teita 
Ei queu que minjo en liberta. 



toujours qu'un vilain meuble. 

— Tai ouï dire à un vieux sage 

— que le mieux nourri de Té- 
tât — est celui qui mange en 
liberté. 



19. Mâquan, seulement, adv. composé de ma (lat. magis), et quart (lat. quantum); 
bas-lim. ma ou mas et macan, seulement ; mascant, en vieux langued., sinon, excepté, 
pas plus. Rom. mais, mai, mas, ma (lat. magis), plus. Suivi de que ou de de, ce mot 
servait à former une conjonction composée et signifiait hormis, excepté : Res de be no 
y falh MAS QUAN merces, « rien de bien n'y manque, si ce n'est que merci » (P. Ray- 
mond de Toulouse). En anc. franc, mais que a le même sens. 



LOU CHAMBOLOU* E LOU DOU BISSA 



LA PALANCHE ET LES DEUX BISSACS 



Un jour qu'ô èrio dt sa bounâ, 
So Môjesta Jupiter 
F5gue brundî soun tounèr, 
Pèr huchâ loù beitiau mai là quîtâ persounâ. 
i< V'autrei, se disse-t-eu, parla me franchÔmen. 
Si li- G caucu de voû que ne chic pâ counten 
De so talio, de so figura? ; 
Ch'ô troubavo que lo nôturo 
L'ôguesso fa tro grau, ôbe-tou ^ tro piti, 
Ma surtou tro eîbeîti, 
Qu'ô prezente so requeito, 
Qu'ô faze so pelicî ; 
Lou vô refoundre tou vî 
Dô pei deichanto 5 lo teito ; 
E dô mounle ô surtiro 



Un jour qu'il était dans ses 
bonnes (de bonne humeur), — 
Sa Majesté Jupiter — |fit retentir 
son tonnerre, — pour appeler 
les animaux et môme les per- 
sonnes. — «Vous autres, dit-il, 
parlez -moi franchement. — 
S' (il) y a quelqu'un de vous qui 
ne soit pas content — de sa 
taille, de sa figure ; — s'il trou- 
vait que la nature — l'eût fait 
trop grand ou bien trop petit, — 
mais surtout trop hébété,— qu'il 
présente sa requête, — qu'il 
fasse sa pétition ; — (je) le vais 
refondre tout vif — des pieds 
jusqu'à la tête, — et du moule 



1. Chambôlou, palanche, « morceau de bois légèrement courbé, et ayant une en- 
taille à chaque bout, qui sert à porter deux seaux pleins à la fois » (Acad.) ; anc. franc. 
chambalon, dans la même acception. En bas-lim. le tsombal est ce une pièce de bois 
de la grosseur du bras, pliée en arc et dont les bouchers se servent dans la tuerie des 
bœufs, d'abord pour les assommer, ensuite pour les suspendre par les jambes de der- 
rière » (Béronie). Dans la môme contrée, tsombolou est un diminutif du mot précédent 
etsignine proprement palanche. En gasc. cambalou a le sens du primitif bas-lim. tsom- 
bal; il en est de môme des mots provenç. cambau et cambaou. Cambal, à Thorame 
(Bass.-Alp.), est ce morceau de bois nommé triangle, dont on se sert pour traîner des 
poutres ; au cambal viennent se fixer les traits du cheval. Tous ces mots sont dérivés, 
suivant Honnorat, du grec kampê, courbure, ou du celtique cambe, jambe; rom. 
êamba; catal., ital. gamba. Le jambier, d'après l'Acad., est un morceau de bois 
courbe qui sert à maintenir écartées les jambes de derrière d'un animal abattu, pen- 
dant que le boucher rhabille. Comparez le bas-bret. kamm, courbe, courbé, et kamm, 
pas, démarche. 

^,Obe tou, ou bien tout, ou enfin ; rom. tôt, entièrement. 



- 40 — 

Tan fi, tan brave qu'ô voudro. il soriira-aussi fin, aussi bean 

' ^ V , qu il voudra. — Toi, singe, tu 

Te, singe, l'a lo poraulo. as la parole. — Approche-toi un 

Preimo-te en pau de lo laub, peu de la table ;- Quoi qu'il en 

. . ,,..,. .Y * soit, j'ai mes raisons pour t ouïr 

Sai-que-delai, i ai ma rozou jaboterle beau premier de tous. 

Pèr t'ôvî îôquetâ' lou beu premiei de toû. — Tu portes ton cœur sur ta 

r-, * * « ♦^ . patte. — Voyons , connais-tu 

Tu pourla tonn cœur sur to pauto : Jj^^^ ^^^ ^^^^^ ^^^^^^ ^^faut? 

Vejan! couneissei-tu dî toun cor cauco faulo? —Allons! de quoi te plains- 
Onen! deque teplagnei-tu? ÎTcVà ;;,;.S- (S fâS 

— Me?... iô n'envie re de degu. bien avoir envie de chercher 

Foudrio be vei envio decherchâ nobôrelio» "ne chicane — pour dire : (je) 

. ne suis pas content. — J ai, 

Per dire : ne sai pa counten. Dieu merci ! bons pieds, bonnes 

l'ai, Diô-marce, boû pei, bounâ den, bouno ôreho ; dents, bonne oreille ; — mais, 

,,* , • i. . « 1 • ^ A-e^^ pour mon gros frère 1 ours, 

Ma, per moun gro frai 1 our, qu ei un pau diferen. ^.^^^ ^^ peu différent. — Celui- 

Queu-qui ne semble ma no véritable mono ^; ci ne semble qu'un vrai mons- 

rr j y j n • -^ • ^ « tre i — tout SOU corps demande 

Ton soun cor dômando 1 omono, raumône, - et (je ne) lui con- 

E li counselie pâ, dô min per soun plôzei, seille pas, du moins pour son 

De se vizâ dî lou mirei. plaisir, - de se regarder dans 

t[ le miroir. — C'est un vrai mons- 

Qu'ei un vrai mounstre de noturo tre de nature — qu ils firent 

Ou'î fôguèren ô ce d'ôchou ; (q»e Ton fit) à coups de hache; 

ri ,. ? . ^. J,. . —et (je ne) lui ai pas cru faire 

E h- ai pa cregu fa d mjuro, d'injure - quand, plus de qua- 

Quan, mai de quatre ve, l'ai prei pèr un manjou.» tre fois (je) Tai pris pour un 

r\ t ' .VI- . •!» ïx manchon ». — Quand le singe 

Quanlousmgeochôba,veiquil'ourquesôprou-^ ^^^^j^ ^.^i^i ^^^^ qui s^a^. 

En li vezen deibrî lo boucho, [cho ; proche. — En lui voyant ouvrir 

Un s'ôtendio ô l'ôvî reprouchâ au Boun-Dt fenSÏTepTochraï Ion 

De rôvei fa pèr deirôzî... Dieu — de l'avoir fait par déri- 

Dô diable si qu'ei vrai ! se Irôbo bien gente ; sion...- Du diable si c'est vrail 
m.* „ M i. \ .. V . 1.*. Il se trouve bien gentil;— mais 

Ma leilefan, di-l-eu, li pôrei mau bati : l'éléphant, dit-il, lui paraît mal 

3. Jôquetâ; langued. et i^TO\enç. jaqueia, babiller, dégoiser, mot qui semble formé 
de la réunion des deux yerhes jabotâ et caqueta, qui ont à peu près la même significa- 
tion. Le rom. a jogar, (lat. jocare), jouer, folâtrer, ci joguel, diminutif de ;oc, jeu ; 
basse lai. joculari, anc. franc, gengler, mentir, jaser, raille. (Du Gange.) 

4. Bôreîio^ « chicane, subterfuge, mauvaise difficulté au jeu » (Dom Duclou), tri- 
cherie; bas-lim. borâli, différend, dispute, querelle; langued. baral, varal, varàje, 
varâlio, mêlée, trouble, désordre, confusion; provenç. barat et baratet; dauphmé 
t;are% encombre, embarras ; lyonn. vare, varey, varrai, bruit, trouble, embarras; 
vieu c langued. baralha; catal. %aralha; ital. baraja; rom. baralh et baralha, trouble, 
disp ite, bruit ; barrei, querelle, tumulte, dévastation ; baralher, contester, disputer, 
alta«/uer; catal. barrejar; anc. franc, barroyer (bas-lat. barrare), et barat^ baral, 
banis, ftarax, embarras, ruse, tromperie, etc. ; bas-lat. barata, idem; ôoratana, fraude, 
d'où le nom de l'île de Sancho-Pança. 

5. Jlf^no, a prétendu fantôme, se dit généralement de tout ce dont on se sert pour 
faire peur aux enfants » (Dom Duclou). Mone, nom vulgaire d'une espèce de guenon 
(Uist. nat.). Dans le midi c'est le nom générique de toute espèce de singes. Bas-lim. 
mouno; langued. mouni ou mounino; provenç. mouno, chat, et mounino, singe; 
catal. etespagn. rmyna; anc. franc, mounin, mounette et mounine. En gasc. mouné, 
singe, mouno, grimace, et m^unard, celui qui fait des grimaces, singe et gros chat. 
Dans le Tarn, mouno ne se dit que dans le sens de « moue». 



— 4! - 

D'ôrelio ô ei tro gran et de couo iro pîti. 
L^eilefan irôbo ôssi lo bôleino tro grosso. 
Quelo-qui dô chômeu ve couyounâ^» lo bosso. 
Toû fôguèren en tau, e lo quîto fermi 

Trôbo lou biôjou^ tro piti. 
Mû lou pu fô de toû, lou pu deirôzounable, 

Lou pu môlîn, lou min notable, 

Quî creîriâ-voû que co fugue? 

Qu'ei Tome, veî. Quan-t ô vengue, 
ne tôrigue pii sur lou defau dô autm. 

N'ô poden be dire entre n'autrd, 

N'i- ôgue pâ d'eime, de beuta 

Que n'ôgue lou ti ô lou ta. 

Pèr se, co fai no dîferenço. 

Deipei ente lou jour coumenço, 

Deicho ente coueijo lou soulei, 

Degu n'ei fa pèr lou vôlei. 
NV pen, ô soun- eivî, que n'ayo cauco târo... 

Lei-doun Jupiter pren no bâro, 
E, coumo dô petoû «, 
Loû chasso toù, 

E loû leisse tau coumo î èrian\ 

Mai tau qu'î soun fôdro qui mèrian ; 

Sôbei-voû pèr qualo rôzou ? 
Qu'ei que noù pourten toû chacun un chambôlou, 

En-d un bissa pèr chaque bou ; 

Quî bissa soun plei de sotîzâ ; 

Gni- eii- o ^ de verda, gni- o de griz^î. 

Quelâ dô autrei soun dôvan 

E noù là vezen tanquetau. 



bâti : — d'oreille il est trop 
grand et de queue trop petit. 

— L'éléphant trouve aussi la 
baleine trop grosse. — Celle-ci 
du chameau vient plaisanter la 
hosse. — Tous firent ainsi, et 
même la fourmi — trouve le 
puceron trop petit. — Mais le 
plus fou de tous, le plus dérai- 
sonnable, — le plus malin, le 
moins traitable, — qui croiriez- 
vous que ce fût? — c'est l'hom- 
me, voyez. Quand il vint, — il 
ne tarit plus sur les défauts 
des autres. — Nous le pouvons 
bien dire entre nous, — il ir'y 
eut pas d'esprit, dé beauté — 
qui n'eût le tic ou le tac. — 
Pour lui, cela fait une diffé- 
rence. — Depuis où le jour 
commence, — jusque où cou- 
che le soleil, — personne n'est 
fait pour le valoir. — (11) n'y en 
a pas un , à son avis , qui n'ait 
quelque tare. -*- Alors donc Ju- 
piter prend une barre, — et 
comme des péteux — les chasse 
tous, — et les laissa tels qu'ils 
étaient; — encore tels qu'ils sont 
(il) faudra qu'ils meurent. — 
savez-vous pour quelle raison? 

— C'est que nous portons tous 
chacun une palanche, — avec 
un bissac à chaaue bout. — 
Ces bissacs sont pleins de sot- 
tises ; — (il) y en a de vertes, 
(il) y (en) a de grises. — Celles 
des autres sont devant, — et 
nous les voyons tout d'abord. 



6. Couyounâ, terme bas qui ne devrait pas se trcMver ici. 

7. Biôjou, a petit moucheron pas plus gros qu'une puce, et qui pique les jeunes 
plantes » (Foucaud). Ne vaut-il pas mieux lire piôwu, puceron, diminutif de piôze, 
puce, l'appellation biôjou étant réservée à une excellente prunette grosse à peu près 
comme une noisette : dô pruneu biÔjoû ? Cependant on nous assure que biôjou se dit 
encore, mais très rarement, d'une espèce de mouche ou de taon qui pique les bœufs. 
En ce cas on pourrait voir, dans biôjou, l'épithète homiérique boôpês vc aux yeux de 
bœuf». Quant au fruit nommé biôjou, il est possible qu'il ait emprunté son nom à l'œil 
du bœuf, comme en français, par un rapport inverse, la partie de l'œil appelée pru- 
nelle a emprunté le sien à la prune sauvage des haies. Pruneau, œil, dans le DicL 
d'arçfot de M. Fr. Michel. 

8. Petoû, péteux, se disait encore du temps de Régnier : chassé comme un péteux 
d'église; berrich. péteux. « Ce mot, dit M. le comte Jaubert, exprime l'état de honte de 
celui qui a commis une incongruité : renvoyer comme un péteux. » La même phrase 
existe en bas-lim. On dit aussi en provenç. : l'an couchât coumo un petous, ils l'ont 
chassé comme un péteux. 

9. Gni' en- o, gni- o, altération de i en o, i [en) o, il y en a. Cette singulière pro- 
nonciation nasale existe aussi en Languedoc, où l'on dit gnia, contraction de ne y a, 
w'y a, il y en a. 



42 — 



La uotrû soun dâreî Teipaub, 
E queu bissa j5mai ne branlo, 
Noû ne vizen jômai dediu ; 
Nôtre ei môlin 
N'ei pâ pèr u'auirei ; 
ne sèr mâquan pèr loû anivei. 



— Les nôtres sont derrière l'é- 
paule, — et le bissac jamais ne 
branle; — nous ne regardons 
jamais dedans. — Notre œil 
malin — n'est pas pour nous; — 
il ne sert que pour les autres. 



Qiian cauque moucaudiei*^' creiro d'ôvei rôzou, Quand quelque moqueur 
Qu'ô deivire** soun chambôlou. croira avoir raison, — qu'il dé- 

tourne sa palanche. 

10. Moucandiei, -ieiro, moqueur; bas-lim. moucondiei; provenç. moucandier. 
il. Deivirâ, retourner; provenç. desvira et devira; rom. virar et revirar; berrich. 
dévirer, détourner : dévirer les yeux, « regarder de travers ». 



lABELIA* ELOUBURGAU 



LES ABEILLES ET LES FRELONS 



I dizen que co- ei^ ô Vobro 
Que se counei lo mônôbro s ; 
Noû van veire si co- ei vrai. 
Antan, vèr lou mei de mai, 
Dô burgau^ ô caucâ^' beh'â 
Cherchèren de la bôrehd. 
Se troube cauque bourna^ 

Obandouna; 
Moû burgau loû recliëmèren, 
La belià s'î opôzèréîn. 
D'ôbor co se dispute, 
la fî co s'insulte. 



Ils disent que c'est à Tœuvrc 
— que se connaît le manœu- 
vre ; — nous allons voir si c'est 
vrai. — L'an dernier, vers le 
mois de mai, — des frelons à 
certaines abeilles — cherchè- 
rent des anicroches. — (11) se 
trouva quelque ruche à miel — 
abandonnée; — mes frelons la 
réclamèrent ; — les abeilles s'y 
opposèrent. — D'abord ça (on) se 
disputa, — à la fin ça (on) s'in- 



1. Beliâ, abeijles, par aphérèse pour ôbeliâ. 

2. Co-eU prononcez cotiei d'une seule syllabe. 

3. Mônôbro. Ce mot, pris dans le sens d'à ouvrier», est féminin en lim., en bas-îim. 
et en langued. En provenç. il est masculin. 

4. Burgau, frelon; saintong. beurgau; poitev. breyaud ; cbXsA, boria ou borleia. 
Nous avons le français ^owrdow; bas-lat. burdo et burdonus; rom. bordos, vers; pro- 
venç. bourdoun, bourdon; ital. bordone; angl. burden, refrain. « La présence d'un 
radical burd, signifiant bourdonner à la fois dans le gaélique, dans l'anglais et dans 
le français porte à croire que le mot est celtique et non roman » (Littré). Bas-bret. 
boud, bourdonnement, et bouda, bourdonner. 

5. Cav^â est pris ici dans le sens de « certaines ». 

6. Bouma, ruche à miel; bas-lim. bourna, « panier d'osier ou de paille en forme 
de cloche, où l'on met des mouches à miel » (Béronie) ; langued. bourniou ou bour- 
gnou, ruche, et rucher, lieu où l'on place les ruches ; anc. franc, bournal, rayon de 
miel, et bournay, essaim d'abeilles; berrich, bornais, ruche d'abeilles; saintong. 
boumai; poitev. bournais, que M. Beauchet-Filleau dérive de l'italien bugnola ou bu- 
gnolo, panier fait de paille; bugno, ruche, dans le Vocabolario délia Crusca. 



-- 43 - 



Jômai pu pôriei lôpageî 
Deijâ de toû loû croiipignioû 
Êrian sôlî^ dô miliei d'ôgulioû 
Qu'ônounçôvan loii carnagfî. 
Pertan un parvengue ô loû reprozimâ ^; 
Loû veiqui d'ôcor de pleidià. 
Loûdoû parti chôziguèren lo bèco^ 
Qu'èrio no bouno môrio-mèco*^^ 
Pèr jujâ en premiei mai en darniei ressor, 

Qui dô doû ôvio dre ô tor. 
Quelo bèco, di-t-un, ôvio de lo coussinço. 
Pèr s'eiciieirâ Tôgue bien lo pôssinço 
D'ôvî, mai lo nen vio bezouen, 
No fermigeiro de teimouen. 
Qui teimouen vian he ôvi caucôre que voulavo 
E qu'en vouian boumbounavo", 
Toû loû an, penden tou Teili, 
Otour dô bourna en questi. 
Èrio-co dô burgaû? Èrio-co de la beUd? 
Co se counei pâ pèr VôreUâ, 
La beliâ ni-mai loû burgau 
Voulen et boumbounen entau ; 
Quelo ressemblenço deirouto. 
Lo bèco chuavo ô grosso gouto. 
Lo n'ôze pâ, penden mai de chiei mei, 
Nâ en- ôvan ni en- ôrei. 
De beu d'ôvei prei de peno, 



sulta. — Jamais pareil tapage! — 
Déjà de tous les croupions — 
étaient sortis des milliers d'ai- 
guillons — qui annonçaient le 
carnage. — Pourtanton parvint à 
les radoucir un peu. — Les voici 
d'accord de plaider. — Les deux 
partis choisirent la guêpe. — 
C'était une bonne sans-malice, 

— pour juger en premier et en 
dernier ressort — qui des deux 
avait droit ou tort. — Cette 
guêpe, dit-on, avait de la cons- 
cience. — Pour s'éclairer elle 
eut bien la patience — d'enten- 
dre, et elle en avait besoin, — 
une fourmilière de témoins. — 
Ces témoins avaient bien en- 
tendu quelque chose qui volait 

— et qui, en volant, bourdon- 
nait, — tous les ans, pendant 
tout Tété, — autour de la ru- 
che en question. — Étaient-ce 
des frelons? Etaient-ce des 
abeilles? — Cela (ne) se connaît 
pas par les oreilles. — Les 
abeilles et les frelons — volent 
et bourdonnent ainsi; — cette 
ressemblance déroute. — La 
guêpe suait à grosse goutte. — 
Elle n'osa pas, pendant plus de 
six mois, — aller en avant ni 
en arrière. — A force d'avoir 
pris de (la) peine, — elle avait 



7. Èriansôlt Sôlî, saillir, sortir; langued. sali; gasc.'sai//ia, jaillir, sortir; provenç. 
sali; espagn. salir; rom. SxVlir; lat. satire. 

8. Reprozimâ. Foucaud traduit par « radoucir un peu »; ne serait-ce pas aussi 
a rapprocher »? Bas-lim. oprooumar, approcher, rom. aprosmar, aprusmar, appro- 
cher; ital. approssimare ; lat. approximare, d'où reapproximare (lim. reprozimâ). 
Cependant le vieux franc, aprimer, aprismer, aproismer, a les deux sens « d'appro- 
cher» et a d'apprivoiser», de proyme, prosme, prueyme, pruesme (lat. proximus), pro- 
chain. Le gasc. et le langued. ont une forme qui se rapproche beaucoup de la nôtre, 
surtout telle qu'elle est modifiée dans certains cantons où l'on dit repoûmâ, et qui 
rend absolument l'idée indiquée par Foucaud : c'est apazima, apaiser, adoucir, calmer 
une personne. Ce terme, d'après Honnorat, est formé de a pour ad, vers, de pas, paix, 
et de ima, aller. 

9. Bèco, guêpe; langued. vespo; provenç. guespa et vespa; gasc. et béarn. brespa; 
ital. PEccHiA, abeille; rom. vespa, guêpe; lat. vespa. 

10. Mario-mèco, littér. « Marie-niaise »; c'est le sens donné par Foucaud : « per- 
sonne sans malice ». Le langued. a mario-meco (Gondelin) et le provenç. mario- 
micas, dans le sens de sainte-ni touche. Le mot mico signifie «mie » en langued. et en 
provenç., et mie était autrefois adverbe de négation ; de sorte que Mario-mèco pour- 
rait se traduire par Marie-mie (towc/i^) , Marie n'y touche. Ajoutons cependant que le 
provenç. a aussi mecou, meco, niais, niaise, et le gasc. mec,meco, bègue; rom. meCy 
que Raynouard traduit par « triste », et que Honnorat traduit ajuste titre par « muet.» 

ii.Boumbounavo, imparf. du verbe boumbounâ, bourdonner, bas-lim. baumbouina; 
langued. et provenç. botimbouneja, onomatopée tirée du lat. èow&ws, bourdonnement. 



— 44 — 

Lo vîo perdu lo ceiiceno*'^, 
Dî loû qui mâchiei-mânei. 
<( Bouei ! pà tan de rôzoû, disse no vieilio heXio^ 

Diriâ qu'î fan lo degueh'o 
De nôtrei cor, ni-mai de nôtrei beî. 
N'ei gro meitiei*^ de fâ lan de lôpage. 
Lou miau se ghio en- ètendi; 

siro tou-t eilôdi**. 
Que chacu, sei tan de verbiage, 
Se mete d'ôbor ô l'oubrage ! 
Noû veiran si co- ei loû burgau 
Que fan lo braicho^^ mai lou miau. )) 
No pôraulo si bien jitado 

Eboïgue*^ rôssemblado; 
E lou burgau que refuze 
Se troïgue, 
S'enfugigue, 
E lo belio gâgnie. 



perdu le fil, — dans tous ces 
mais-si mais-non. — « Bah ! 
pas taut de raisons, dit une 
vieille abeille ; — (vous) diriez 
qu'ils fout bombance — de nos 
corps et de nos biens. — (II) 
n'est point besoin de faire tant 
de tapage ; — le miel se gâte en 
attendant ; — il sera tout ranci. 

— Que chacun, sans tant de 
verbiage, — se mette immédia- 
tement à Fouvragel — Nous 
verrons si c'est les frelons — 
qui font la gaufre et le miel. » 

— Une parole si bien jetée — 
ébahit l'assemblée ; — et le fre- 
lon qui refusa — se trahit, — 
s'enfuit, — et l'abeille gagna. 



Pleit-ô-Dî que nôtro justice 
Vouguesso vira de queu biai ! 
L'ôrio betô de soun pôlai 
Boueifa lo rùzo e lo môliç6^. 
Loû Tur, que ne soun pâ crétien,. 
Jugen entau, mai jugen bien. 
Lou grô boun-san et lo nôturo 
Fan touto lour prouceduro. 
Pèr n'autreî, fô dô sarômen, 



Plut à Dieu que notre justice 

— voulut tourner de ce côté! 

— Elle aurait bientôt de son 
palais — balayé la ruse et la 
malice.— Les Turcs, qui ne sont 
pas chrétiens, — jugent ainsi et 
jugent bien. — Le gros bon sens 
et la nature— font toute leur 
procédure. — Pour nous, (il) 
faut des serments, — du pa- 



12. Cencèno, sensène, ou mieux centaine, bout de fil tortillé sur l'éieheveau, par 
lequel on commence à dévider. « Ce mot vient-il de ce que le nombre des tours est 
souvent de cent, ou multiple de cent? » (Littré). 

13. N'i- grofneitiei,(ï\) n'y a pas besoin ; métier dans le sens^ de «besoin» et sous la 
forme mestier appartient à toute la langue romane ; anc. espag. mester; espagn. mod. 
menester; ital. mestiere; lat. ministerium. 

14. Eitodi; Foucaud traduit para candi, gâté » ; eitodi, dans Dom Duclou, «échauffé, 
gâté, se dit de la farine corrompue qui ne peut plus servir à quoi que ce soit » ; bas-lim. 
estodi, ido, « altéré, aigri, rance, qui est devenu fort parce qu'on l'a gardé trop long- 
temps » (Béronie). Cette note et la note 1 de la page 11 se complètent l'une par l'au- 
tre. Le Gloss. lyonn. de M. Onofrio donne etogi, etaugi, « épargner, réserver, écono- 
miser » ; l'anc. franc, estoier signifiait de plus « renfermer » ; pat. lim. eitôviâ. (V.Du- 
CANGE au mot estugium ei le Supplém, de dom Carpentier au mot estoier). Estuier a 
vécu jusqu'au xyh*^ siècle. Le subst. étui nous est resté. Le rom. estuiar, renfermer, a 
pour analogues le langued. estocha, le provenç. estuia, estuja, estoja, le catal. estogar. 
Le patois lim. eitodi, qui nous semble être de la môme famille, signifierait donc pro- 
prement enfermé, c.-à-d. « sentant le renfermé ». 

15. BraichOy gaufre, rayon de miel; bas-lim. brestso; langued. hresco; provenç. 
bresco, breco, breicho; catal., ital. bresca; rom. bresca; bas-Iat. brisca; anc. franc. 
bresce; berrich., poitev. brèche, 

16. Eiboiaue, prétérit du verbe actif eitoï. Nous n'avons en français que le prono- 
minal s'ébahir et le participe ébahi. 



— 45 — 

Dô pôpiei marca, dô teimouen, 
Dô ûchei, dô eiplei, dô iranspor, de l'enqueild, 

Dô defensour, de là requeitâ. 

Chaque parti vô vei rôzou ; 

L'un Juro ôbe, l'autre nou. 
Loûproucei soun tan loun coumo corda de pou. 
Noû ne pleidiôrian ma pèr uno quîto nou» 
Noû fô dô ôvoucâ que juguen ô la bârâ. 

Loû frai minjen la quatre jârâ", 

E loû doû tiei bien- eicura 

D5mouren pèr qui qu'an jura. 



pier marqué, des témoins, — 
des huissiers, des exploits, des 
transports, des enquêtes, — des 
défenseurs, des requêtes. — 
Chaque partie veut avoir rai- 
son ; — Tun jure oui, IFautre 
non; — les procès sont aussi 
longs que cordes à puits. — 
Nous ne plaiderionsjquejpour 
une seule noix, — (il) nous faut 
des avocats qui jouent aux bar- 
res. — Les frais mangent les 
quatre quartiers, — et les{deux 
coquilles bien écurées— restent 
pour ceux qui ont juré. 



17. Jâro, plur. jârâ, cuisses, et, par extens., quartiers; bas-lim. dzaro de cocal, 
quartier de noix; langued. ^aro, jambe, jarret; provenç. §arro; rom. garra, jambe; 
bas-bret. gâr ou garr, même signification. Le français a conservé le diminut. jarret. 



L'OZELO E LOU PITI OZEU 

N'ôzelo* Tio, dî soû vouyagef, 
Oprei force secre, ni-mai caucâ merlî 2, 
Quelo beilio d'erpri vio fa tan d'^tencî 
toutâ rôbrâ dô Boun-Dî, 
Que rônounçavo loû ôragei 
Ovan qu'î fuguessan vengu. 
Parlâ-me de vei bien courgu^ 
Pèr nen sôbei mai que degu ! 
Guessâ di que Tèrio surchieirt?. 
Dî Teitî mai dî lou printen, 
L'ôvertichio toujour ô ten 
Lou môtelo nii-mai lo bujandieiro. 
Quan li devio vei dô tounèr, 
Lo couneichio tou co dî Ter. 
Un jour que dî no chenebieiro 
Lo vegue cauque jantou 



L HIRONDELLE ET LES PETITS 
OISEAUX 

Une hirondelle avait, dans 
ses voyages, — appris force se- 
crets et certains remèdes.— 
Cette bête d'esprit avait fait 
tant attention — à toutes les 
œuvres du bon Dieu, — qu'elle 
annonçait les orages — avant 
qu'ils fussent venus. — Parlez- 
moi d'avoir bien couru, — pour 
en savoir plus que personne ! 
— (Vous) eussiez dit qu'elle 
était sorcière. — Dans l'été et 
dans le printemps, — elle aver- 
tissait toujours à temps — le 
matelot et la buandière. — 
Quand (il) devait y avoir du 
tonnerre, — elle connaissait 
tout cela dans l'air. — Un jour 
que dans une chenevière, — - 
elle vit certain paysan — qui 



1. Ozelo, féminin d'6%eu, oiseau, ne s'emploie en Limousin que pour désigner l'hi- 
rondelle. Du lat. avis le bas-lat. a formé avicella et aucella, et le rom. auzella, qui 
sont traduits par caille dans Ducange et dans Raynouard. 

2. Mertî, remèdes ; altér. de mestiu, donné par Dom Duclou, et signifiant mixtion, 
mélange de drogues; rom. mixtio (du lat. miscere). Le paysan limousin ne peut arti- 
culer 1 a; et a de la répulsion pour Vs devant une consonne. C'est ce qui explique com- 
ment mixtio est devenu successivement mistio, mirtio, mertio, mertî. 



— 46 - 

Que sannavo' soun cheuôbou ; semait son chénevis : — « Vous 

« Vautrei ! v'autrei ! se disse-t-elo ^•jj^'f^* l^nf .ft^'^'ii^''^ "* ~ 

- ^ , ^ . ^ , ... . a tous les petits oisillons, — ce 

tou loii pili ozihou, n'est pas là une bagatelle; - 

Co n'ei pâ qui no bÔgôtelo ; méfiez-vous de ces petites grai- 

Meifiâ-voû de qui gruzilioû *. nés. - Voyez-vous ce paysan 
„ . , . ,Y 1 * • * KO QUI à chaque pas se balance?— 
Vezei-vou queu peizan qu ô chaque pa se uino ^1 Voyez-vous sa main qui dans 

Vezei-v'autrei so mo que dî Ter se dandîno ? l'air se dandine ? — (Vous) di- 

Diriâ qu'ô chasso loû mouchoû : riez qu'il chasse les moucherons: 

17, , 7 . * j — eh bieni c'est vous que cela 

Eh be! co- ei vou que co regardo ; regarde; - (je) vous avertis, 

V'ôvertisse, prenei lî gardo, prenez-y garde, — c'est vos 

Co- ei vôtrâ mor ôbe voira preijoû. "^orts ou bien vos prisons. — 

Ce qu'ô eipan ei piei que lo veichada o. ^r^r^^^e'^tHe;: 

Quan lo cherbe^ siro fiôlado, filé,— le monde (les gens) se- 

Lou mounde sîran de lezei, ront de loisir, — les petits et 

Loû pitî mal loû gran fôran dô eibôtouei «, i^olr^Téb^tr"- efdansts 

Ë di l eitouha, di lou bouei, chaumes, dans les bois,— vous 

Voù rôpôran ô bôbelado ^, attraperont en foule, — les pè- 

Loû pai, la mai e loû pitî. Jl^S' \^^ mères et les petits. - 

« '^ , • -j ïx .* Mon devoir est de vous avertir. 

Moun devei ei de v ôverti. _ Croyez-moi , dès aujourd'hui 

Crezei-me, depei 'ne '^boueifâ bien quelo plaço. balayez bien cette place. — 

Nâ picoussâ »* un-ô-un lou queu gru. ^^^^^ becqueter un à un tout ce 



3. Sannavo, imparf. de sannâ, semer; bas-lim. somena; langued. semena; gasc. 
semona et semia; provenç., lyonn. semena; ital. seminare; rom. semenar; semnar; 
lat. seminare, 

4. Gruzilioû, dimin. de gru, grain, en lim. et en bas-lim.; langued., provenç., 
gasc. grun; catal. gra; rom. gran, gra; lat. granum. 

5. Se ninâ, se balancer; ninâ, bercer; bas-lim. nêinà, id., se neinâ, se bercer, se 
dandiner en marchant; langued. m'na, terme de nourrice, dormir; provenç. nono, dodo, 
berceau; ital. ninnare, bercer; anc. catal. nin, petit enfant; espagn. nino; rom. nin, 
enfantin, tiré, d'après Raynouard, de nan, nant (lat. nafius), nain. 

6. Veichado, glu ; gasc. besco, glu, et besca, engluer ; béarn. bich, glu, embiscat, 
englué ; provenç, vise, vec et viscada, glu ; espagn. visco; ital. vischio ; catal. visch ou 
vesch; rom. vesc, glu (lat. viscum), et envescar, engluer (lat. viscare), d'où le partie. 
envescada, vescada (lat. viscata). Le roman envescar semble avoir donné le langued. 
tnvis, envisc, embesc, glu, comme le rom. vesc a donné le langued. besc, 

7. Cherbe subst. fém., chanvre; langued. carbe, provenç. canebe, cambe, chambe, 
carbe, anc. franc, carbe; berrich. charbe, chanbe et chande, subst. fém. (le français 
chanvre était autrefois féminin , comme on le voit dans la fable correspondante de La 
Fontaine); rom canebe, canep, cambre, carbe, cambe, subst. masc. Les mots qui ont 
le r viendraient du lat. carbasus , d'après Roquefort ; ceux qui ont Vn, du|lat. cannabis, 
d'après Raynouard. 

8. Eibôtouei, « bimbelot, tout ce qui sert de jouet (d'ébat) aux enfants » (DomDuclou\ 
Ce mot semble propre au haut Limousin. 

9. bôbelado, « en foule » (Fouc). M. Honnorat dérive ce mot du lat. validus. 
Cette étymologie nous semble hasardée, le changement de v en è n'étant guère dans 
les habitudes de notre patois. Dans le vieux langage roman on trouve bauhella , 
babiole, niaiserie, dérivé du rom. babau (lat. babulus), sot, niais, qui a donné au patois 
limousin bôbulo, bôbûio et bôbôio , même signification. L'italien a babbione dsitis le 
même sens ; enfin nous avons le vieux français baubelet, jouet (V. Littré , DicL, au 
mot babiole), Bôbelado ne voudrait-il pas dire troupeau déniais? 

10. Deipei 'rze, par aphérèse pour aeipei ône,\ïiiér. depuis aujourd'hui. 

i 1 . Picoussâ, picoler, « becqueter, enlever à diverses reprises quelques grains d'une 



4i 



Si v'ôtendei qu'ô cliio vcngu, grain. — Si vous attendez qu'il 

Gâro loû sedoû«2, lo voulieiro, soit venu, - gare les lacets, la 

„,.„,,„ / ... volière, — et la cage, et la 

E lo jôloyo *3, e lo tourtieiro ! tourtière ! — Pour moi qui tra- 

Pèr me que trÔverse lo mèr, verse la mer, — (je) saurai 

Sôrai be me tira dô pèr»*. » Y^^^ J^^ sortir d'affaire. « — 

T * A 1 1 . ^ j* Les oiseaux la laissèrent dire ; 

Lou ozeu lo leisseren dire ; _ i,s se mirent tous à rire. - 

I se metèren toû de vive. Ils trouvent à manger partout 

I troben ô miujâ perlou — et méprisent le chénevis. — 

E«.^:^«^,^,. i^„ «u^«xK.N„ Le chanvre sortit dru comme 

meiprezen lou chenôbou. ^^-^^^ _ ^, N^^ttendez donc 

Locherbe surligue pinado*^ coumo tegno, pas qu'il vienne — plus haut 

« N'ôtendei doun pâ qu'elo vegno qu'il n'est, dit de nouveau — 

Pû auto que lo n'éî, se disse de nouveu s"erx.-Tot"aVtrel''ctst at 

mtvo ôzeb ô pitî ôzeu. sez de bonne heure encore; — 

V'autrei ! co- ei prou dôbouro^^ enguèro ; avant qu'il recouvre la terre, ■— 

Ovan que lo crube lo tèro, l^^^^'^^t A^^^^^^F^'^ ^^''^chez-l^ 

XT* 1, • <» . --^ 1 . \ ' brmàbnn. — Sinon, ma foi, (il 

Na l'eissega, trozei*? lo piau pèr piau. y aura du mal. » - « Bah I que 

Si co- ei de nou^*, mo fe, li- ôro dô mau. nous veut cette barbouilleuse? 

— Boueî ! que iioû vô quelo brôdasso*^? ■- Cette vieille traîne-malheur 

Quelo vieilip traino-môlur 



grappe de raisins ou une partie de quelque chose à manger » (Dom Ditclou); n'est 
pas dans le Dict. bas-lim. de Béronie; langued. picassa; rom. picar, pichar, d'où le 
fréquentatif pk?assar, dérivé de pic, pic , bas-bret. pi, catal. et espagn. pico , ital. 
picone. 

12. Sedou, lacet. Dom Duclou ne donne à ce mot que le sens de « sangle ou corde 
dont se servent les portefaix » ; bas-lim. sedou, « petit cordon de soie qu'on emploie 
en chirurgie, seton », et « sorte de lacs à prendre les lièvres » (Béronie); langued. 
sedou, a lacs de crin ou nœud coulant pour prendre les oiseaux » et « lacs ou corde 
pour abattre les chevaux fougueux quand on ne peut les ferrer autrement » (Sauvages) ; 
du rom. seda ou céda, soie, poil de certains animaux; lim., bas-lim., gasc. sedo, 
soie; espagn. seda. 

13. Jôlôyo, cage; bas-lim. dwloio, « prison,; en terme de palais, geôle » (Béronie), 
diminutif de gaoio, cage; langued., gasc, provenç. gabi, cage; lyonn. jaivi; dau- 
phin. gf#m;ital. gabbia; catal. gabia; rom. gabia (lat. cavea), cage; bas-lat. gabia et 
GABIOLA ; ital. gabbiolina, petite cage ; portug. galoya. 

U. Me tira dô pèr, litlér. me tirer du pair, me mettre hors de pair. Peut-être pèr 
n'est-il dit que par apocope pour périL 

15. Pina, -ado, « plein, rempli, tout couvert, en parlant d'un champ bien fourni de 
ce qu'on y a semé ; rôzî pina, grappe de raisins dont les grains sont pressés et serrés 
comme les noyaux (les écailles) d'une pomme de pin, d'où le mot pina tire son ori- 
gine» (Dom DucLOu). Langued. pigna, garni; rom. pinha (lat. pinea), pomme de pin. 

16. Dôbouro, de bonne heure, par syncope de de bouno houro; se dit aussi en bas-lim. 

17. Trozei lopiau pèr piau, « arrachez-le brin à brin » (Foucaud). Le verbe trozà 
manque dans Dom Duclou; rom. ,trossar et trosar (de trossa, trousse), trousser, 
relever, plier, emballer; anc. franc, trosser et troser, plier, empaqueter, emballer, et, 
par extension, enlever, 

18. Si co- ei de nou, littér. si c'est de non. 

19. Brôdasso, Foucaud traduit par « barbouilleuse », Dom Duclou par « braillarde ». 
Honnorat indique, comme étymologie, un mot du vieux langage roman, breda, folie, 
mais qui ne se trouve pas dans Raynouard. Le rom. a braidar, brailler, et braidir, 
crier, braire. (V. Tétymologie donnée par M. Littré au verbe bredouiller.) Dans le Glos- 
saire du Centre, « bredasser, berdasser, faire entendre un bredassement, c'est-à-dire un 
bruit incommode en remuant quelque chose,» et brédi, étourdi, turbulent; en poitev. 
bredasse , femme bavarde et tracassière. 



— 48 — 

El pîi bôvardo qu'uno jasso-^. 

Mai hoû nîran plo de segur 

Eisserbâ no si grando lezo^M 

Vin jardiniei ne fôrian pâ 

Ce que lo noû vô qui fâ fâ. 
Que cherche ôliour cauque fa que lo crezt;. y 
Entretandi-2 lo cherbe grandigue. 
Pèr lo darnieiro ve Tôzelo lour vengue : 

« Lo meichanto erbo frôjo-^ vite ; 

Vô répète ôvan que voû quîte, 

V'ôvei meipreza moû coussei, 

Bientô voû v'en nïourdrei loû dei. 

Voû reslo mâquan no ressourça : 
Quan lou peizan ôro mei soun bla dî so bourso, 

Ne sortei pu de vôtrei nî, 

be tou fujei lou poL 

Vizâ loû cônar, là bechôdrî^^^ 

1 deiviarden toutâ Tannôdd ; 
Ma voû ne podei pâ fâ 'ntau^s; 

V'autrei ne voulâ pâ ni tan louen ni tan au. 
Voù fô doun rezoudre pèr forço 
voû côtâ soû cauco eicorço, 



— est plus bavarde qu'une pie. 

— Mais nous irons bien sûre- 
ment — sarcler une aussi gran- 
de pièce ! — Vingt jardiniers ne 
feraient pas — - ce qu'elle nous 
veut là faire faire. — Qu'(elle) 
cherche ailleurs quelque fou 
qui la croie. » — Cependant le 
chanvre grandit. — Pour la der- 
nière fois l'hirondelle leur vint : 

— ce La mauvaise herbe croît 
vite ; — (je) vous le répète avant 
que (je) vous quitte, — vous 
avez méprisé mes conseils, — 
bientôt vous vous en mordrez 
les doigts. — (Il ne) vous reste 
plusqu une ressource: — quand 
le paysan aura mis son blé dans 
sa bourse, — ne sortez plus de 
vos nids, — ou bien fuyez le 
pays. — Voyez les canards, les 
bécasses, — ils décampent tous 
les ans; — mais vous ne pou- 
vez pas faire ainsi ; — vous au- 
tres ne volez pas ni si loin ni 
si haut. — (II) vous faut donc 
résoudre par force — à vous 
tapir sous quelque écorce,— 



20. Jasso, pie; bas-lim. djasso; langued. agasso; gasc. agasso; rouergue ogasso; 
provenç. agasso et ajasso; ital. gazza; rom. gâcha, guacha, agaça; bas-lat. aigatia, 
agasia ; picœ agaciœ, dans les Gloses de Pappias. — Berrich. agace, agasse, aguiasse, 
ageasse, que le comte Jaubert dérive, dubitativement toutefois, de l'ancien français 
âge, haie (oiseau qui fréquente les haies); saintung. et poitev. ajasse; champen. agache 
agace ; j^ïcard agache; Bresse châlon. agace; bourguig. aigaisse; anc. franc, agace, 
agasse, agache. Honnorat dérive ce mot du verbe grec agamdi, j'admire, faisant allusion 
« au regard attentif avec lequel la pie fixe les objets». C'est un peu recherché. En Lira. 
et dans d'autres contrées, ce mot semble n'être que le féminin de geaù L'italien ga%%a 
signifie pie et geai. Nous disons en parlant d'un homme . un Ôrejai, un vilain geai, et, 
en parlant d'une femme : n*6ro jasso , une vilaine pie. 

21. Lè%o, a pièce déterre plus longue que large; en bas-lat. leza » (Dom Duclou); 
bas-lim. lezo; anc. franc. le%, lèze, « nom qu'on donne dans le Limousin et dans plu- 
sieurs autres provinces à un champ qui est plus long que large. On a retenu ce mot 
pour exprimer la largeur d'une étoffe, de latus, lateris » (Roquefort). Rom. lat%, côté, 

22. Entretandi, en attendant, cependant; langued. et gasc. entretan ou entretant; 
provenç. et dauphiné ewire^ani; à Montaub. entrestant; anc. franc, entretant; espag. 
entr étante ; ital. intrattanto. Notre mot lim, semble dérivé des deux mots latins intra 
et tamdin, 

23. Frâjo^ prés, indic. du verbe froujâ, « croître, grandir, profiter, pousser, en 
parlant des arbres, des plantes » (Dom Duclou); bas-lim. froudzâ, « rapporter des 
iruils, fructifier et croître, se fortifier, profiter » (Béronie) ; langued. frucha etfrutejâ, 
porter du fruit; gasc. frutioua; provenç. fructifia; catal. fructificar; espagn. frular; 
ital. fruttare; rom. frucha, fruit, et fruchar, fructifier, profiter. Le poitev. a froge, 
a suite, fruit de la jument ou de l'âncsse » (Beauchet-Filleau). 

24. Bechado, au plur. bechôdâ, bécasse. Le dict. bas-lim. de Béronie n'a pas betsàdo 
mais a le dimin. betsorel, chez nous bechôreu, bécassine; gasc. becada^ bécasse; 
provenç. becassa; catal. et espagn. becada; iial. beccaccia. 

25. 'w/aw, par aphérèse pour entau; lat. in tali (modo) ; rom. tal et tau, tel; aital 
et AiTAU, tel, pareil, semblable. 



— 49 — 

E défendre ô vôtrei pitî 
De sorti. » 

Loû ôzeu, gâtei^e de l'entendre, 

Li fôguèren un tour ô pendre : 

I piôlèren toû ô lo ve. 

Cô semblavo coumo ôtrâ ve 

Loû Trouyen (eh' ai bouno memôria), 

Quan Côssandro, seloun ristôri(?, 
Lour predigue qui ôrian toû lou fouei 

Pèr la ma d'un chëvau de bouei. 
Eitëpau loû ôzeu nen pôyèren plo l'ôyo ^ : 
Forço de î piôlèren en ']6\6yo; 

Loû pu gra fuguèren rôti, 

E loû autre! mei en pàti. 

Pâ vrai qu'ôro noû van toû dire 
Que qui pitî ôzeu fôguèren raau de rîre, 

Quan rôzèlo, penden trei ve, 

Lour parlavo ma pèr lour be? 

Eh be! pertan, qucu counte noû regardo : 
Si cauque boun- ômi noû di de prenei gardo, 

Que, si noû fan entau-entau, 
Noû nen vendro lo mor ô be dô mau ; 

Dî lo santa, dî Tôboundanço, 

Si noû rôvian dire d'ôvanço : 

Un jour queu gourman crebôro. 

Quel ivrôgno s'ôssoumôro, 

Queu libertin s'eichaudôro, 

Quelo levo-nâ-® toumbôro, 

Queu medizen se dannôro, 

Quel impruden se gâtôro, 

Queu meichan suje perîro, 

Queu minjo-be eitôviôro^ 

L'ômi que parlo entau n'ei mâquan no brôdasso. 

Entretandi lou ten se passo, 
E lo mor e lou mau ne soun jômai cregû 

Mâquan ôpreî qu'i soun vengû. 



et défendre à vos petits — de 
sortir. » — Les oiseaux, fatigués 
de Tentendre, — lui firent un 
tour à pendre : — ils sifflèrent 
tous à la fois. — Cela ressem- 
blait, comme autrefois, — aux 
Troyens (si (j') ai bonne mé- 
moirej — quand Cassandre, se- 
lon 1 histoire, — leur prédit 
qu'ils auraient tous le fouet — 
par les mains d'un cheval de 
bois. — Aussi les oiseaux le 
payèrent bien : — beaucoup 
d'eux sifflèrent en cage ; — les 
plus gras furent rôtis , — et les 
autres mis en pâté. — Pas vrai 
que maintenant nous allons tous 
dire — que ces petits oiseaux 
firent mal de rire, — quand 
l'hirondelle, pendant trois fois, 
— (ne) leur parlait que pour 
leur bien? 



Eh bien I pourtant, ce conte 
nous regarde:— Si quelque bon 
ami nous dit de prendre garde, 

— que, si nous faisons ainsi 
ainsi, — (il) nous en viendra la 
mort ou bien du mal ; — dans 
la santé, dans l'abondance, — 
si nous Fentendions dire d'a- 
vance : — un jour ce gour- 
mand crèvera , — cet ivrogne 
s'assommera, — : ce libertin s'é- 
chaudera, — cette lève-nez tom- 
bera,— ce médisant se dam- 
nera, — cet imprudent se gâ- 
tera, — ce mauvais sujet ^pé- 
rira, — ce mangie-ton jeûnera, 

— l'ami qui parle ainsi n'est 
qu'un bredouilleur. — Cepen- 
dant le temps se passe, — et la 
mort et le mal ne sont jamais 
crus — qu'après qu'ils sont ar- 
rivés. 



26. Gâte; plur. gâtei, fatigué ; bas-lim. gâte ; Dom Duclou pense que ce mot vient 
du lat. fatigatus, dont par une double aphérèse on a retranché les deux premières 
syllabes. Il y a d'autres exemples d'aphérèse presque aussi remarquables : on dit et 
l'abbé Richard a écrit dissime pour grandissime : a un dissime toupi de miau ». 

27. Voici, d'après iM. Le Roux de Lincy {Le livre des Prov.^ 2» édit. t. ii, pag. 49i), 
la véritable forme de ce proverbe, que nous avons déjà relaté pag. 5 : 

Qui mange de Poye da roi 
Cent ans après en rend la plame. 

(Mart. D'Aovebose, Vigile* de Charles Fil, jy* siècle.) 

28. Levo-nâ, lève-nez, effrontée. 

29. Eitauvioro ou eitouvioro (V. pag. 11, note 1, et pag. -44, note 14). 

4 



50 



LOU DOU MULEI 

Doû mulei fogian vouyag^, 

L*un charja de bigôro S 

L'autre en superbe eiquipage, 

Charja d'argen en lingo 

Qu'ô pourtàvo ô lo Mounedo ^• 
L'un èrio vâle de mounieî^ 
E l'autre d'un grô financhei ; 
Queuqui tegno so teilo redo, 
E, tan dre coumo un quiliola ^, 

Pregno lou au dô pôva. 
Per mour* qu'ô porto lo finanço, 
se creu tresoriei de Franco. 
E vou secou, ma coumo fô, 
Loù trei tour de grelo qu'ô pourtâvo en soun cd. 
mîei dô gran chômî, ô ne vio pà prou plàço, 
Lou mouniei vio l'ôrelio bâsso, 
E, ch' ô se preimo» un pau de se, 
Moussu lou financhei lou châsso : 
— « Bouei ! t'en prege, tiro te en lai ®; 

Moun Dt ! quau meichapto mino ! 

Tu pudei ô lo forino ^ , 



LES DEUX MULETS 

Deux mulets faisaient voyage, 

— Tun chargé de blé d'Espagne, 

— Tautre en superbe équipage 

— chargé d'argent en lingots— 
qu'il portait à la Monnaie. — 
L'un était valet de meunier,— 
et l'autre d'un gros financier; 

— celui-ci tenait sa tête roide 

— et, aussi droit qu'un bâton- 
net, — prenait le haut du pavé. 

— Parce qu'il porte la finance, 

— il se croit trésorier de Fran- 
ce , — et vous secoue , mais 
comme (il) faut, — les trois 
tours de grelots qu'il portait à 
son cou.— Au milieu du grand 
chemin, il n'avait pas assez (de) 
place. — Le meunier avait l'o- 
reille basse, — et, s'il s'appro- 
che un peu de lui, — Monsieur 
le financier le chasse : — « Bah ! 
(je) t'en prie, retire-toi en ar- 
rière ; — mon Dieu, quelle mau- 
vaise mine I — Tu pues à la fa- 



1. Bigôro^ subst. masc. et non fém., comme le dit Honnorat; blé de Turquie, blé 
d'Espagne, maïs. Ce terme est aussi employé en bas-lim. « Ainsi nommé, dit dom 
Duclou, vraisemblablement à cause qu'il est venu de la province de Bigorre, en Li- 
mousin. » Cette étymologie nous semble juste, d'autant que dans certaines provinces 
du Midi on appelle ce grain le turques^ le turc, du lieu de sa provenance. On dit dans le 
.canton de Ch&lus et à Saint-Germain lou bigôrouei, le bigorrien, ou le bigourdan, 
- fqrme qui est plus régulière. 
. %i Lo Mounedo^ l'Hôtel des Monnaies. On a fabriqué de la monnaie à Limoges jus- 
! qu'en 1837. 

3. Quiliola^ bâtonnet, morceau de bois cylindrique, d'un décimètre de long, ter- 
miné en cône, pointu de chaque côté, servant à jouer au jeu qui porte le même nom. 
On ie frappe avec la baguette. Ce mot est un diminutif de quilio^ quille. A Limoges, 
les enfants appellent ce jeu le tenêt; en bas-lim. requibili; en gasc. picola^ en lan- 
,gued. bistouquet^ bresca^ goura et sautarel; en provenç. bisoc, 

4- Per mour que^ par aphérèse pour per ômour que, parce que. 

SL Se preimoy 3* pers. sing. prés, indic. de se preimâ, s'approcher, par aphérèse 
\iOur s* ôpreimâ; bas-lim. oprooumâ, s*oprooumà; ital. approssimare ; rom. aprosmr 
eiaprusmar; lat. approximare et proximare; anc. franc, aprimer^ aprismer^ aprois- 
mety approcher, apprivoiser ; champen. aproismier. 

6. En Zof, littéralem. de là là bas ; rom. en, de là, en (Rayn., Gramm., p. 364), et toi, 
formé de la dernière syllabe de iliK et de la première de M (ibid,, p. 372). Lai en 
lim. désigne toujours un endroit éloigné de la personne qui parle; bas-lim. lai; anc. 

^alal. hy, 

7, Tu pudei ô lo forino, littér. tu pues à la farine. La même tournure existe enfta»- 
lim., en langued. et en provenç. ; catal. pudir, rom. pudir^ lat. puterei. . 



— 5! - 

là te daivoue^ per moun frai. » 
Lo quorelo deîja s'èrio bien eichôfàdo ; 
No bendo de vouleur qu'èrian en embuscàdo, 
Se jiten tou d'un co ô gran co de bilioû 
Sur queu que vio loû pigôlioû ^. 
Lou trezôriei se vô défendre, 
I rùflèreu *« coutno un vedeu ; 
iour disse bien piei que pendre, 
Ma li 'n coûte soun- argen mai lo peu. 
Lou mouniei ne gue pâ no dech(?^^ 
Car loû vouleur soun de lo gen 
Qu'aimen be bien l'or et Targen, 
Hâ que ne mingen pâ souven 
Ni bîgôro nî pâto-quecho*^. 

No grando plâço ei un fardeu, 
Mai pu dangeiroû qu'un ne creu. 
Cambe an noû vu d'omei en charjâ. 
Que là ruâ n'èrian pâ prou larjâ 
Pèr leissâ possâ Iour grandour, 
E que, sitô que lo justiço 
Gue mei lo nio sur Iour pelisso, 
Dî dô cû de pitau** nèren chôbâ Iour jour ! 



fine;— je te renie pour moa 
frère. » — La querelle déjà s'é- 
tait bien échauffée ; — une ban- 
de voleurs qui étaient en em- 
buscade — se jettent tout-à-coup 
à grands coups de bâtons — 
sur celui qui avait les espèces. 
— Le trésorier se veut défendre, 
'-—ils le battirent comme un 
veau (mort); — il leur dit bien 
pis que pendre,— mais (il) lui en 
coûta son argent et la peau. — 
Le meunier n'eut pas une bles- 
sure, — car les voleurs sont des 
tens — qui aiment certainement 
ien For et l'argent, — mais 
qui ne mangent pas souvent — 
ni blé d'Espagne ni pâte -cuite. 

Une grande place est un far- 
deau,— et plus dangereux qu'on 
ne croit.— Combien avons-nous 
vu d'hommes en charge — (tels) 
que les rues n'étaient pas assez 
larges — pour laisser passer 
leur grandeur, — et qui, aus- 
sitôt que la justice — eut mis la 
main sur leur pelisse, — dans 
des fonds d'hôpitaux allèrent 
finir leurs jours: 



8. Daivoue (2 syllab.), l»** pers. sing., prés. ind. de deivoua « désavouer » formé du 
rom. de et avouar, avouer. La rencontre des deux voyelles rend longues les syllabes 
dai et deL 

9. Pigôlioû, mot a physionomie argotique, usité généralemeni dans les patois de la 
langue d'oil, mais omis cependant par M. Francisque Michel. Berrich. égousser ses 
picaillons, semer ses écus. Ce terme semble n'avoir pas dépassé les limites du Li- 
mousin. Bas-lim. pigolous, subst. des deux genres. « Ce mot, dit Vialle, signifie en 
général quelque chose de petit, mais précieux ; ainsi on dit d'un homme cjui a plu- 
sieurs enfants : laisso uno troupo de pigolous. Si un homme a des louis, on dit : manco 
pâ de pigolous. Quant à l'étymologie de ce mot, nous avouons notre ignorance. Nous 
proposons toutefois, comme pur rapprochement, bien entendu : i» ptcciolo (de pic- 
colo, petit), nom dune ancienne petite monnaie florentine; 2o le verbe picia, qui, en 
dialecte de Brescia, signifie faire danser les écus, picailloner ; 3» enfin, mais ceci appar- 
tient à un autre ordre d'idées, le lat. peculium, pécule, qui nous a donné le subst. 
fém. peigulieiro, dot. 

iO. / l'ûflèren coumo un vedeu, littér. ils l'enflèrent., ûflâ, lim. et bas-lim., enfler, 
« souffler entre la chair et le cuir d'un animal, afin de séparer plus facilement la peau » 
(Béronie) ; a et, comme pour faciliter cette opération on frappe à grands coups le boauf, 
ûflâ caucu signifie le nattre, le rosser : le fora uflâ, tu te- feras rosser » (Vielle). 
t/^ddo, bas-lim., volée de coups de bâton. Langued. uflâ et eflâ, enfler; tatal. et 
espagn. inflar; ital. inflare; rom. enflar, eflar et uflar; lat. inflare, 

11. DechOj « blessure » (Foucaud) ; « Endecha, âdo, privé d'un ou plusieurs doigts 
de la main » (Don Duclou). Ce serait à tort que, d'après cette définition, on songeraitau 
radical latin aigiius, doigt. Le mot est complètement roman : decha, deca,i3ire;d€fdec, 
deg, dex, dech:, défaut, vice, détérioration, tare; endechat, taré, vicieux. Rap]>fdcHer 
l'anc. franc, dechair, ôtcr, retrancher (du lat. de et cadere) et le franc, âéchetz 

13. PâUhquecho pâte-cuite (c pâte de farine de blé sarrazin, bouillie dans l^^fitt » 
(F0UC.4UD). ^: T 

13. Pttat», par aphérèse p<mr opimu, hôpital. v 5"^ :^ . ^i' 



— »2 



L'OGLIAN* E LO COUYO' 



.^E GLAND ET LA CITROUILLE 



Lou Boun-Dî se troampo jômai ; 

fai toujour bien ce qu'ô fai. 
Quelo varia, Lo Fountèno Tôpouyo 

En-d un ôglîan, en-d uno couyo« 

Sei coure de Roumo ô Peirou, 
Soun- eime n'o mà-quan meitiei d'un poutirou. 

Preitan Tôrelio, eicoutan lou. 

Grô-Jan, lou jau de soun vilage, 

Fôzen un jour soun- 5vouca, 

(M'eivî^ que lou veze planta, 
Sa ma dôrei soun cû, en soun chai* de coûta), 

Dijio^ : « Corbleu ! qu'ei bien doumage 
Que lou Boun-Dî m'aye pâ counsulta, 

Quan-t ô siclie quelo citrouh'o 

Subre no si pitito doulio ^. 

Grô-Jan ''l si tu via eita qui. 

De segur lo sirio pendudo 

En queu grô rouvei que veiqui. 

Lo s'î sirio plo mièr tengudo. 

Mai lou mounde l'ôrian mièr vudo. 

Que signifio su quel ôglian ? 

M'eivî qu'ô juro ne sai quan. 

Tan mai lî pense, tan mai veze^ 

£ lo citroulio e lou rouvei, 

Tan mai dize que foulio vei 



Le bon Dieu (ne) se trompe 
jamais ; — il fait toujours bien ce 
qu'il fait. — Cette vérité , La 
Fontaine Tappuie — au moyen 
d'un gland, au moyen d'une ci- 
trouille.— Sans courir de Rome 
au Pérou, — son bon sens n'a 
besoin que d'un potiron. —Prê- 
tons l'oreille, écoutons-le.— 
Gros-Jean, le coq de son village, 

— faisant un jour son avocat, 
— ((il) me semble que (je) le vois 
planté , — ses mains derrière 
son dos, avec sa tête de côté), 

— disait : c< Corbleu ! c'est bien 
dommage — que le bon Dieu 
(ne) m'ait pas consulté — quand 
il assit cette citrouille — sur 
une aussi petite tige. — Gros- 
Jean, si tu avais été là, — sûre- 
ment elle serait pendue — à ce 
gros chêne que voici. — Elle s'y 
serait certainement mieux te- 
nue, — et le monde (les gens) 
l'auraient mieux vue. — Que si- 
gnifie là-hautce gland?— (Il) me 
semble qu'il jure (je) ne sais com- 
bien. — Plus f j') y pense, plus (je) 
vois — et la citrouille et le chê- 
ne, — plus (je) dis qu' (il) fal- 



1. Oglian; c'est le subst. fémin. lat. glans, glandis, auquel s'est jointe la voyelle de 
l'aFticle roman. Cette addition est générale dans le midi. Elle existe aussi dans les 
patois du nord (berrich., saintong., champen.), et remonte au roman où l'on disait 
différemment glan, glant et aglan; catal. agla; ital. ghianda, 

2. Couyo, citrouille; bas-lim. coudzo; langued. coujo, coujous; gasc. couxo; poilev. 
coie, calebasse; rom, cou, citrouille, courge; lat. cucurbita; anc. franc, coorde, 
coordiCy cordaye, 

3. M^eivî, contraction de m'ei eivî, (il) m'est avis. 

4. Chai, tête; bas-lim. tsai; langued. et gasc. cap ou ca; provenç. cap, cab; catal. 
cap; cspag. cabo; ital. capo; rom. cap. Le rom. a pris ïh dans le composé rechap, 
recbef. Lat. caput; anc. franc, ckief, chie%, chies ; bas-bret. kab. 

5. Dijio, disait. Il y a dans Içs précédentes éditions dire, qui, avec ce qui suit, 
appartient à la parenthèse, mais laisse la phrase inachevée. 

6. Doulio, c'est proprement, d'après Dom Duclou, notre français douille. Ici doulio 
«st pris pour tige. 

7. Gros-Jan! etc. Il y a dans les précédentes éditions : Ah! Grô-Jcm, etc., ce qui 
fait le vers faux. 

8. V^z$.,. âi%e. Ces deux mots à terminaison féminine ne riment pas ensemble. 



— 58 — 

Meî lo couyo, quoiqu'un nen dize, 
Ente quel ôglian fugue mei. » 

Tou-t en bôlian lou bal ô no talo critico, 
Veiqui moun Grô-Jan que s'endèr, 
Soû lou rouvei, lou ventre en Ter. 
ne raibo ma politico... 
Quan, tou d'un co, 'n ôglian ve ô toumbà 
E 11 fôgue pissâ lou nâ. 

« Oh ! oh !.se disse-l-eu, sirio he un brave gage^ ^, 
Si lou Boun-Dî que preveu tou, 

En plaço de l'ôglian, guei mei lou poutirou ! 

m'ôrio be eipouti*^ tou moun paubre vizaga f 
Grô-Jan ! Grô-Jan ! te meilà pu 
De ce que fai queu qu'ei ôssù. 
Se qu'o tou fa se mièr que n'autret^* 
Ce que fô ô châcu de n'autreî. )> 
E moun Grô-Jan de s'en tourna, 
Oprei vei eissuja soun nâ. 

voû, Messieurs lou ûlosofet 
Que sei toû gongliei*^, toû bien gofez*^, 
Que ne chôbâ jômaî, ô tor et ô trôvèr, 
De countrerôlâ l'univèr ; 



lait avoir — mis la citrouille, 
quoiqu'on en dise, — où ce 

fland fut mis ». — Tout en 
onnant le bal à une telle cri- 
tique, — voici mon Gros-Jean 
qui s'endort, — sous le chône, 
le ventre en l'air. — Il n.e rêve 
que politique... — Quand, tout 
d'un coup, un gland vient à 
tomber — et lui fait pisser le 
nez. — « Ohl oh! se dit-il, (je) 
serais bien un beau meuble, — 
si le bon Dieu qui prévoit tout, 
— à la place du gland, eût mis 
le potiron I — Il m'aurait bien 
écrasé tout mon pauvre visa- 

fje I — Gros-Jean I Gros-Jean ! 
ne) te môle plus— de ce que 
ait celui qui est là-haut. — Lui 
qui a tout fait sait mieux que 
nous autres — ce qu'il faut à 
chacun de nous ». — Et mQn^ 
Gros-Jean de s'en retourner, — 
après avoir essuyé son nez. 



A vous. Messieurs les philo- 
sophes, — qui êtes tous réjouis» 
tous bien bouffis, — qui ne ces- 
sez jamais, à tort et à travers, 
— de contrôler l'univers; — 



9. Gage, bas-lim. gad%e, gage, salaire, meuble, instrument, ustensile; se met à 
toutes les sauces comme le mot français chose; rom. gatge, gatghe, gage, dujat. va- 
dimonium d'après Raynouard ; du lat. vadium, d'après Ménage. On trouve dans Du- 
cange les formes bas-lat. vadium, wadium, wagium, wadia, guadia, guagu, prises, 
tantôt comme gage de combat, tantôt comme salaire. 

10. Eipouti, a écrasé ». Eipoutt, « écraser, rendre comme delà bouillie, dérivé du 
lat. puis, bouillie » (Dom Duclou). Bas-lim., langued., gasc. et provenç. çspouti, 
formé, d'après Honnorat, du subst. pauta, boue, bouillie, dérivé, d'après ce philo- 
logue, du grec poltos , bouillie, ou plutôt du grec patein , fouler aux pieds. Fjourguoi 
ne pas s'en tenir tout simplement au latin? Encore si l'emploi du terme était limité à 
l'ancien territoire occupé par les Massaliotes I mais il est répandu dans plusieurs par- 
ties de la France : époutir, écraser, dans la Bresse châlonnaise. Quoi qu'il en soit, notre 
verbe est formé du substantif patois poû, qui ne s'emploie qu'au pluriel, comme en' 
bas-lim.: là poû, la bouillie; langued. pous, poussière; rom. pols, poudre ;*gael. éco8.î 
poil, boue (Edwards, lang, celL, pag. 376). 

H. N'autrei rime trop avec n'autrei du vers suivant. 

12. Gongliei, a bien réjoui ». Ce mot, tel qu'il est orthographié par Foucaud, n'a 
nullement la physionomie limousine et n'est pas, du reste, donné par Dom Duclou^ 
PeuUêtre faut-il lire goguliei, dérivé de i'anc. franc, gogue, plaisanterie, d'où le 
dimin. goguette. Le bret. a gôge, tromperie et raillerie; Tanc. franc, avait goguelu 
dans le sens de farceur. On dit encore en Champagne goguelu et goglu. Tous ces mots, 
d'après Génin, descendent en droite ligne du lat. gaudium (Récréât, philolog., 2« édît., 
T; 1", pag. 268). M. de Chevallet les dérive, avec plus de vraisemblance, de l'an- 
cienne langue cell.: « bret. gf^^^, plaisanterie, raillerie, satire; gall. gogan; ÎTlhud: 
sgeig; écossais sgeig, sgeige ». 

13. Gofei, ce bouffis w. Ce mot n'est pas donné par Dom Duclou. Langued. golf^, 
« ^offe, mal fait et grossier, gonflé et bouffant, se dit de la roideur de certaines étoffes 
qui se soutiennent d'elles-mêmes » (Sauvages). Provenç. gofe, dans le même sôiïSw' 
« Goffe, lourdaud, de gufa ou cufa, qui est un habillement de grosse étoffe » (Mékâgs). 
Ane. franc, goffe, gof, grossier, maussade, mal rangé. 



— u — 



LWà de Grô-Jan voû regardo; 
V'Ôverlîsse, prenei lî gardo : 
Loû beu argumen que voû fâ 
Pourian be, coumo ô se, voû toumbà sur lou nâ. raient bien, comme à lui, vous 

tomber sur le nez 



raffeire de Gros-Jean vous re- 
garde. — (Je) vous avertis, pre- 
nez-y garde : — les beaux argu- 
ments que vous faites — pour- 



LOU PEIZAN DO DONUBE 

Ne fô jômai per lo bôricd 
Jujâ de 16 bounta dô vi, 
Ni d'un ome per soun- ôbi ; 
Qu'eî no meichanto politica. 
Teimouen Eizopo lou boussu. 
Qui diaurei^ gue jômai cregu 
Que lou meitre de lo nôturo 
Guesso cota 'n eime tan beu 
Dî no tâlio, joû no figuro 
Qu'ôrian fa fugî loû ôzeu ? 
Ma volei-voû no preuvo pu nouvelo? 
Dôoiandà iô^ 6 Marc-Aurelo. 
voû diro qu'un grô peizan, 
De vèr là ribâ dô Dônube, 
Parlavo ô rei, ô courtizan, 
To plo coumo ôrio fa pen- ôrôtoup de clubé. 
Lou pourtre de queu peizan qui, 
Lou voû vô faire en rôcourci. 
Eicoutâ me bien, lou veiqui : 
D'ôbor, uno barbo toufudo. 
Tan coutido^ coumo un chardou, 



LE PAVSAN DU DANUBE 

(II) ne faut jamais par la bar- 
rique — juger de la bonté du 
vin, — ni d'un homme par son 
habit ; — c'est une mauvaise 
politique. — Témoin Esope le 
bossu. — Qui diable eût jamais 
cru — que le maître de la na- 
ture — eût caché un esprit aussi 
beau — dans une taille, sous 
une figure — qui auraient fait 
fuir les oiseaux? — Mais voulez- 
vous une preuve plus nouvelle? 

— Demandez-le à Marc-Aurèle. 

— Il vous dira qu'un gros pay- 
san, — devers les rives du Da- 
nube, — parlait aux rois, aux 
courtisans, — aussi bien qu'au- 
rait fait pas un orateur de club. 
Le portrait de ce paysan-là,— 
(je) vais vous le faire en rac- 
courci. — Écoutez-moi bien, le 
voici : — d'abord, une barbe 
touffue, — aussi mêlée qu'un 



1. Diaurei! diâtrei! diables! mots employés par nos paysans pour éviter le jurement. 
G*e&t ainsi qu'on disait en roman et qu'on dit encore en français diantre; catal. et 
espagn. diantre. On trouve dans les plus anciens monuments de la langue française : 
diaule, diable, [V. Ampère.) 

2. lô, Ô, le, pron. relat. masc. employé neutralement ; o est aussi poitevin ; provenç. 
et oou; portug. o; rom. o; lat. hoc. 

3. Couti,-ido, a mélée,-ée. Coutî, battre, maltraiter; c'est proprement prendre 
quelqu'un par les cheveux : piau couti, cheveux mêlés» (D. Duclou). Bas-lim. ocouti-ido 
dans le môme sens; langued. coutis, même sens; dans le Tarn coutis, embrouille- 
ment, confusion, mélange, embarras; coutissa, bouchonner, froisser, chiffonner, met- 
tre en bouchon. Le poilev. a cotir, meurtrir, dérivé, d'après M. Beauchct-Filleau, de 
cutere radical du verbe lat. percutere. Dans l'anc. franc, cotir signifiait envelopper, 
frapper, cogner, écraser, broyer, briser, battre, froisser, meurtrir. Roquefort dérive 
ce mot du lat. contundere. Nous n'avons gardé en français le moi cotir que dans l'ac- 
ceptiou de meurtrir en parlant des fruits. Ëtymologie inconnue, d'après Littré« qui 
rapproche cependant l'espagnol cutir, frapper. « Il est vraisemblable, dit Téminent 
philologue, que cotir est le simple qui se trouve en composition dans le provenç. 
percuti, du lat. percutere, dans l'espagn. recudir, recodir, du lat. recutere, repousser». 



— 57 - 

Pèr reboustià '^ châ voù loû pleur e lo mizèro 
Que voû noû vei pour ta en noû pourtan lo guèro, 

Loû fourceî pâ, dî lour coulèro, 
décréta, mai beleu ôvan pau, 
Que noû sirau charja de voû fâ tou lou mau 

Que v'autreî vei fa sur lo tèro. 

E de eau dre pretendei- voû 
Eisse meliour e pu meitrei que noû? 

Vei-voû mai d'eime, mai d'ôdresso, 

Mai de forço, mai de souplesso? 

N'an-noû pâ, coumo voû, doua ma, 
Pèr fà, tôbe que voû, ce que voû sôbei fà ? 
Perque sei-voû vengu treblâ nôtro einoucenço? 
Noû crubian en repau nôtreî chan de semenço ; 

Pen de noû ôvian-t-î meitiei, 

Pèr ôprenei loû loû meitiei. 

De fâ soû voû 'n ôprentissage? 
Ei-co voû que noû vei ôprei lou lôbourage? 
Vei-voû jômai môgnia ni irenchâ, ni Ôplei**? 
Vei-voû jômai pourla loû quîtei boû dô dei 

Sur lou manlie^s de cauque gage? 
N'Ôvian, tôbe que voû, lo forço e lou courage; 
E, si n'ôguessan gu vôlro cupidita, 

Vôtro embicî e vôtro vônita, 
N'ôrian, ô sei d'ône, sur voû Tôtorita, 
Que noû eizerçôrian sei inumônita. 



pour rapporter chez voifs les 
pleurs et la misère — que vous 
nous avez portés en nous por- 
tant la guerre. — (Ne) les forcez 
pas, dans leur colère, — à dé- 
créter, et peut-être avant peu, 

— que nous serons charges de 
vous faire tout le mal — que 
vous avez fait sur la terre. — 
Et de quel droit prétendez-vous 

— être meilleurs et plu? maî- 
tres que nous? — Avéz-vous 
plus de bon sens, plus d'adresse, 
— plus de force, plus de souples- 
se f — N'avons-nous pas, comme 
vous, deux mains,— pour faire, 
aussi bien que vous, ce que 
vous savez faire? — Pourquoi 
êtes-vous venus troubler notre 
innocence? — Nous couvrions 
en repos nos champs de se- 
mence; — pas un de nous 
avaient-ils (avait-il) besoin,— 
pourapprendre tous les métiers, 

— de faire sous vous un ap- 
prentissage ? — Est-ce vous qui 
nous avez appris le labourage? 

— Avez-vous jamais manié ni 
houes ni charrues ? — Avez- 
vous jamais porté seulement les 
bouts des doigs — sur le man- 
che de quelc^ue outil? — Nous 
avions, aussi bien que vous, 
la force et le courage ; — et, si 
nous avions eu votre cupidité, 

— votre ambition et votre va- 
nité, — nous aurions, au soir 
d'aujourd'hui, sur vous l'auto- 
rité, — que nous exercerions 



13. Reboustià, « rapporter, rebrousser » (Foucaud); langued. reboustilia, retrous- 
ser; rom. REBOLTAR, repousscr, réprimer, et rebotar, repousser, rebuter, de botax, 
boutar, butar, mettre, pousser, heurter; calai, rebotar : rebotar la 'pilota, renvoyer 
la balle; ital. ribaltare; anc. franc, rebouter, rebuter, rejeter, chasser, réprimer, re- 
mettre, etc. ; berrich. rebouter, remettre, replacer. Le Poitev. a rebouffer, repousser, 
renvoyer, détourner 

14. Oplei ou ôple, charrue, mot qui semble propre au Limousin, du moins dans les 
patois de la langue d'Oc, et que nous retrouvons dans la langue romane sous les 
formes apleg, apleit, espley, expleckts, espletz, esple, avec la signification, donnée par 
Raynouard,de « plane, instrument, outil )>, mais qui signifie aussi harnais, joug, comme 
le prouvent certains exemples tirés de l'anc. franc. : mal fera soc, ne couUre, ne 
apleit remuer... La eharue, apleis, soc et coultre leissa {Rom. de Rou,y. 1979 et 1993). 
L'anc. franc, disait aussi aplait et applect. M. Honnorat dérive tous ces mots du lat. 
applicitum, attaché. On trouve aussi apicire, lier, dans Ducange. En berrich. eplette 
est un instrument, un outil quelconque. M. le comte Jaubert propose comme étymo^ 
mologie le vieux verbe espleiter ou esploiter, synonyme de travailler. 

lo. Manlie, manche; bas-lim. et périg. mangle; provenç. manche. Le langued. et 
le provenç. ont manilio^ anse ; lyonn. et for. manille, manelly, maneilli, anse ; rom». 
vianga, mangua,mancha, marga, de manus, main; lat. manica; bas-lat. mamcivKm 
ou manicillum, manche. * ^^ 



— 58 — 

Lou ceu, lo tèro, lo nSturo 
Noù reprouchôrîan pâ de lour vei fà d'injuro, 

Coumo t fan 5 vôtrei prefe, 

Que ne soun nià dô bouto-fe. 
Non, nou, Roumen, jômai degu ne voudro creire 

Toutâ quelâ qu'î noû fan veire; 

£ lo môjesta dôôtar 

Nen- ei elo- mémo ôfensado. 
Sôchâ, Roumen, que loû Dî, lôt-ô-tar» 
S'en venjôran subre quelo ôssemblada. 

Voû sôbei be qui vezen tou. 
En voû vizan, que vezen-t-î de bou? 
Lou raeiprî que voû fà de lour lei, de lour feitâ. 
Voû ne sei ma pèr î de gran obje d'ôrour. 

\6ivo ôvôriço vai deichanto ô lo furour. 
Fô bôliâ nôtrei be pèr sôvà nôtrâ teitfl. 

Vôtrei prefe soun de lo gen 

Que n'aîmen re non ma Targen. 
Noû n'en- an jômai prou pèr qut que noû couman- 

Nôtrà tèra, nôtre trôbai, [dm; 

Loû sôdoulôrian pâ quan gni- ôrio vin ve mai. 
Tan mai î noû an prei, tan mai î noû dômanden. 
Tira loû noû... cbâ noû ne volen pu 

Lôbourâ pèr î là campôgnâ ; 

Toû s'en fugen en su! en sû*^ | 

Sur lo cimo de là mountôgnd. 

N'ôbandounen nôtrâ meijoû. 
Moun- armo*''! n'aimen mai viôre coumo loû loû, 

I ne soun pâ tan dangeiroû. 
E coumo volei-vou que n'ôyan lou courage 

De mètre ô jour cauque meinage, 
Pèr lou nejâ tou vî dî no mèr de môlur? 

Noun pâ, noun pâ, pèr lou segur ! 

Cbâcu fî^^ de so meinôgeir(>. 



tans inhumanité. — Le ciel, la 
terre, la nature — (ne) nous re- 
procheraient pas de leur avoir 
tait d'injure, — comme ils font 
à vos préfets, — qui ne sont que 
des boute-feu. — Non, non, 
Romains, jamais personne ne 
voudra croire — toutes celles 
(les misères) qu'ils nous font 
voir; — et la majesté des autels 

— en est elle-môme offensée. 

— Sachez, Romains, que les 
dieux tôt ou tard — s'en venge- 
ront sur cette assemblée. — 
Vous savez bien quMls voient 
tout. — En vous voyant, que 
voient-ils de bon ? — Le mépris 
que vous faites de leurs lois, de 
leurs fêtes. — Vous n'êtes pour 
eux que de grands objets d'hor- 
reur. — Voire avarice va jus- 
qu'à la fureur. — (II) faut don- 
ner nos biens pour sauver nos 
têtes. — Vos préfets sont des 
gens— qui n'aiment rien, si ce 
n'est l'argent. — Nous n'en a— 
vous jamais assez pour ceux 
qui nous commandent ; — nos 
terres, notre travail — (ne) les 
rassasieraient pas quand (il) y 
en aurait vingt fois plus. — Plus 
ils nous ont pris, plus ils nous 
demandent. — Otez-les nous... 
chez nous (ils) ne veulent (on ne 
veut) plus — labourer pour eux 
les campagnes; -r tous s'en- 
fuient là-haut, là haut! — sur 
la cime des montagnes. — Nous 
abandonnons nos maisons. — 
(Sur) mon âme! nous aimons 
mieux vivre avec les loups; — 
ils ne sont pas si dangereux. 

— Et comment voulez-vous que 
nous ayions le courage — de 
mettre au jour quelque enfant, 

— pour le noyer tout vif dans 
une mer de malheurs?— Non 
pas, non pas, assurément! — 

Chacun fuit de sa ménagère. — 

i6. En su, en haut, là-haut; bas-lim. sus, ici, en haut; provenç. sus, là-haut, en 
haut; catal. en sus, môme signif. ; rom. sus et en sus, en haut, là haut, du lat. sursum. 

17. Armo, « pris abusivement pour âmo, âme », dit Béronie. C'est au contraire âmo 
qui a été pris abusivement pour armo. Armo est le mot primitif des patois romans. Il 
est général dans le midi : bas-lim., périg., gasc, langued., provenç. Le roman avait 
anma (du lat. anima), et arma, par le changement de Vn en r à cause de l'attraction 
de Ym. Ane. franc, arme, ainrme, armie. Dans amne, le béarn. a conservé Yn du lat. 
anima; arima, en basque. Certains patois du nord ont aussi conservé l'r : arma, dans 
le Jura ; airme, dans les Vosges. 

• 18. FiU. C'est ainsi que Foucaud orthographie ce mot. La forme régulière est fugî 
fuit ; lat. fugit. 



- Î5« — 

Pèr loù paubrei pitî que soan deijâ nâcu, 
Ah! noû dézirôrîan de boun cœur que caucu, 
Tanquetan, dôvan voû, lour fendei lo gourjeiro 
lô sabe plo, Roumen, que fô un gran pecba 

D'ôvei gu no talo pensadc;. 
E, de segur, nen sai plo prou fâcba ; 
Ma qu'ei vôlrei prefe que lo noû an rôchado ; 

E, iô nen- ôteste lou ceu, 

Qu'ei lour crime, noun pâ lou meu. 
Deibôrôssâ-noû nen, sena, iô v'ô repète; 

Qu'ô so plaço chacu se mete. 

Lo lour n'ei ma (v'ô sôbei be) 

Ente se fai jômai de be. 
Que noû ôprendrian-t-î en dômouran châ n'autrei? 
I fôrian, ô là fî, que tou nôtre poï 

Sirio tan couqui coumo î ; 
Car n'ai vu ma quan co en- ôriban châ v'autreî. 
Lou mounde n'an-t-î re de bou- ô voû dounâ? 
De tau poï qu'î chian, î s'en poden tourna. 
Pèr î gni- o pu ni lei, ni pieta, ni justiço, 
E Romo, ô sei d'ône, ije vî ma d'ôvôriço. 
Senôtour, moun discour ei beleu un pau for, 
Mâloû peizan, châ noû, ne minjen pâ de micho*^. 
l'ai chôba... me veiqui... v'autrei sei loû pu for.., 
Iô m'î ôtende be, voû punîrei de mor 

Lo varta... ma lo v'ôrai dicho. » 

En meimo len ô se coueije, 

Tou de ventre, ô miei dô parque. 

L'ôssemblado s'eiboïgue 
D'ôvei trouba dî l'âmo d'un sôvagc 
Tan d'eime, de rôzou, de boun san, de courage. 

Lou sena lou noume prefe : 

Co fuguei touto lo vengenço 

(E lou sena nen counvengue) 

Que soun diseour li mérite. 

E, pèr fi que quelo ôvanturo 

Pôssesso ô lo raço futuro, 
chôsse loû couqui que, deipei tan de ten , 

Fôgian tan de mau ô Germen ; 

E se meimo ordonne d'eicrîre 



Quant aux pauvres petits qui 
sont déjà nés, — ah I nous dési- 
rerions de bon cœur que quel- 
qu'un,— sur le champ, devant 
vous, leur fendit la gorge.— 
Je sais bien, Romains, que (je) 
fais un grand péché — d'avoir 
eu une telle pensée, — et, cer- 
tes, (j'en suis bien assez fâché ; 
— mais c'est (ce sont) vos pré- 
fets qui nous l'ont arrachée ; — 
et, j'en atteste le ciel, c'est leur 
crime, non pas le mien. —- 
Débarrassez-nous-en, sénat, je 
vous le répète ; — qu'à sa place 
chacun se mette. — La leur 
n'est (vous le savez bien), — 
fqu'joù (il ne) se fait jamais de 
bien.— Que nous apprendraient- 
ils en restant chez nous?— Ils 
feraient, à la fin, que tout notre 
pays — serait aussi coquin 
qu'eux, — car (je) n'ai vu que 
cela en arrivant chez vous. — 
Le monde n'a-t-il rien de bon 
à vous donner? — De quelque 
pays qu'ils soient, ils peuvent 
s'en retourner. — Pour eux (il) 
n'y a plus ni lois, ni pitié, ni 
justice, — et Rome, au soir d'au- 
jourd'hui, ne vil que d'avarice. 
— Sénateurs, mon discours est 
peut-être un peu fort, — mais 
les paysans, chez nous, ne man- 
gent pas de miche, — J'ai fini... 
me voici... vous êtes les plus 
forts... — Je m'y attends bien... 
vous punirez de mort— la vé- 
rité... mais (je) vous l'aurai 
dite. » — En môme temps il se 
coucha, — à plat ventre, au mi- 
lieu du parquet. — L'assemblée 
fut ébahie — d'avoir trouvé dans 
l'âme d'un sauvage — tant d'es- 
prit, de raison, de bon sens, 
de courage. — Le sénat le nom- 
ma préfet : — ce fut toute la 
vengeance — (et le sénat en 
convint) — que son discours lui 
mérita. — Et, afin qne cette 
aventure — passât à la race fu- 
ture, — il chassa les coquins 
qui, depuis si longtemps,— fai- 
saient tant de mal aux Ger- 
mains; — et lui-môme ordonna 



19. Micho. La miche, en Limousin, est le pain de froment. Les pauvres ne mangent 
que du pain bis ou du pain de seigle. Il en est de même en Auvergne (V. F. IVIege, 
Souvenirs de laHan-gue a* Auvergne), 



— 60 — 

Tou ce que queu peizau lour vegnio ma de dire, 
Pèr que co servîguei toujour 
De modèle 5 sou ôrôtour. 
MàTai ôvi dire ô moun- ando^o 
(E iô dirai toujour^ si caucu m'ô dômando,) 
Que queu beu regliômen 
Ne dure pà iounten. 
Tan piei pèr loû Roumen, 
Tan piei pèr loû Germen,. 
Tan piei pèr touto republico 
Que laisso chôment no talo retorict?. 
Co n'ei ma lo vertu e lo francho varta 
Que fan lou bounur d'un- Eita. 
Sei quelo, pouen de liberla, 
Sei Fautro, pouen de sureta. 



d'écrire — tout ce que ce pay- 
san (ne) leur venait que de dire, 

— pour que cela servît toujours 

— de modèle à ses orateurs.— 
Mais j'ai ouï dire à ma grand'- 
mère — (et je le dirai toujours 
si quelqu'un me le demande,) 

— que ce beau règlement— ne 
dura pas longtemps. — Tant pis 
pour lesRomains,—tantpis pour 
les Germains, — tant pis pour 
toute république — qui laisse 
moisir une telle rhétorique.— 
Ce n'est que la vertu et la fran- 
che vérité— qui font le bon- 
heur d'un État. — Sans l'une, 
point de liberté, — sans l'autre, 
point de sûreté. 



20. Ando; Foucaud traduit ce grand'mère », Dom Duclou ne donne pas cette ac- 
ception, ce Ando, dit-il, tante, belle-mère, marâtre ». Bas-lim. ando, toujours avec le 
sens restreint de tante et de belle-mère ; rom. amda, tante. Ane. franc, ande, seconde 
épouse du père, et ante, ainte, etc., tante. Roquefort et après lui Honnorat (v» tanta) 
dérivent ce mot du lat. antiqua, ancienne; Génin, avec plus de raison, le tire du lat. 
amita. ce Le initial, dit-il, est une ancienne consonne euphonique » (V. Variât, pag. 
342). Foucaud, et ceux qui emploient ando dans le sens de grand'mère, ne le confon- 
draient-ils pas avec Tadject. fém. grando, qui est quelquefois pris dans ce sens? Mo 
grando, ma grand'mère. 



LOU UOUN MOLAUDE E LOU RENAR 



£E LION ITALADE ET LE RENARI>> 



Autre ten î m'an counta 
Qu'un lioun que s'èrio ôlita 
Pèr prencipe de santa, 
Ordonne din tou TEita, 
Que dôvan So Môjesta 
Loû beitiau de tou-t eita» 
De tou-t âge e côlita 
Yenguessan pèr députa 
S'infourmâ din quai eita 
Se troubavo so santa ; 
Soû peno d'eisse trôta 
Coumo un trato un revoulta» 
he un criminel d'eita. 
Dô resto So Môjesta 
Proume ô tou députa 
Protecî e sureta. 



Autrefois ils m'ont conté 
Qu'un lion qui s'était alité 
Par principe de santé, 
Ordonna dans tout l'État 
Que devant Sa Majesté 
Les bêtes de tout état. 
De tout âge et qualité 
Vinssent par députés 
S'informer dans quel état 
Se trouvait sa santé ; 
Sous peine d'être traitées 
Comme on traite un révolté, 
Ou bien un criminel d'Etat. 
Du reste Sa Majesté 
Promet à tout député 
Protection et sûreté, ' ' ' 



— OS- 
LO n'eivite ma io môchino 

Pèr servi d'eibôtouei ô Tôzeu de rëpin». 

PcDden qu'ô Io pluma Tôzeu èrio ocupa. 

Se meimo en-d un sedou ô se trôbo rôpa. 

(Tan mièr, me direi-voû, n'èrio pâ gran doumage. 
« Pipeyaire, moun boun- ômi, 
Se disse-t-eu dî soun lîngag^, 

Eouei! laisso-me nù, vai, paubre piti meinage; 
T'ai jômaî côza pen rôvage, 
T'ai jômaî re fa ni re di. 
— Noun gro, disse tan lou piti; 
Ma, dijo-me, que te vio fa Io lauvo? 

Un mauf5tour jômai se sauvo ; 

Là couquinôrià dô meichan 

Soun souven n'escuzo pèrn'autm; 

E degu^ noù eipargnôran 

Si noû n'eîpargnen pà loû autreî. 

Tan piei pèr qui qu'ôran mau fa ; 

Coumo t fôran iour siro fa. 



n'évita la machine — (cjuc) pour 
servir de jouet à Toiseau de 
rapine. — Pendant qu'à la plu- 
mer Toiseau était occupé, — 
lui-même dans un lacs il se 
trouve attrapé. — (Tant mieux, 
me direz-vous, (ce) n'était pas 
grand dommage.) — a Oiseleur, 
mon bon ami, — dit-il dans son 
langage, — bah ! laisse-moi al- 
ler, va, pauvre petit enfant ; — 
(je ne) l'ai jamais- causé aucun 
ravage,— (je ne) t'ai jamais rien 
fait ni rien dit. » — a Non cer- 
tes, dit alors l'enfant, — mais, 
dis-moi , que t'avait fait l'a- 
louette? » 

Un malfaiteur jamais (ne) se 
sauve ; — les coquineries des 
méchants — sont souvent une 
excuse pour nous ; — et per- 
sonne (ne) nous épargnera — 
si nous n'épargnons pas les au- 
tres. — Tant pis pour ceux qui 
auront mal lait ; — comme ils 
feront (il) leur sera fait. 



6. Degu noû eipargnâran, littér. personne (ne) nous épargneront. En général lors- 
que ridée renfermée dans un substantif au singulier est une idée de pluralité, le verbe 
se met au pluriel : Io gen, lou mounde^ lou beitiau, etc. veulent le verbe au pluriel, 
car ce sont des substantifs collectifs ; mais cet exemple est frappant. Nous trouverons 
plus loin [Lou depositâri enfidel) : caucu lou wi'an prei, quelqu'un me I'ont pris. 



LOU JAI QUE SE CARO DE U PLUMA DO PAN 



Un jour, un viei jai se câravo 
En là pluma qu'ô vio rôba^ 
D'un superbe pan que mudavo. 
Ne sai coumo ô s'èrio douba *. 



LE GEAI QUI SE CARRE DES 
PLUMES DU PAON 

Un jour, un vieux geai se 
carrait — avec les plumes qu'il 
avait dérobées — d'un superbe 
paon qui muait. — (Je) ne sais 
comment il s'était arrangé. — 



1. Rôba, partie, de rôhâ, dérober ; bas-lim. rooubâ; provenç. rauba; catal., espagn. 
robar; ilal. rubare; rom. raubar. « Ce mot, dit M. Honnorat, d après Du Cange, n'a 
dû signifier dans le principe qu enlever les habillements, seule propriété que 1 on eût 
de mobilière. Roba désignait anciennement toute sorte de couverture, de meuble, 
d'ustensile; anc. franc, robe, butin, prise, proie, dépouille, et rober, voler, dérober; 
bas-lal. raub et raupa, dans les mômes acceptions. Allem. raub, action de s'emparer 
brusquement, pillage, rapt, rapine, spoliation, et xo^uben, ravir. i^V. aussi Littré, i)ici., 
au mot DÉROBER et au mot robe.) M. de Chevallet attribue ce mot à l'élément germa- 
nique. Quelques philologues, comme Ferrarius cité par Du Cange, donnent pour éty- 
mologie le latin rapere. 

^'. Douba, part, de doubà,^o\iT adouba, arranger, assaisonner; bas-lim. odeuba; 



- 65 — 



Se càrà d'un prope gouneu^ 
Que caucâ de ve» n'ei pâ seu ; 
Fâ de brâvei librei nouveu, 
En de là feliâ de \iei librei ; 
Ma quî darniei, loù laisse librei. 
Lo Fountèno n'en parlo pâ, 
NI vole pâ troubâ d'ôfâ K 



comme celui-ci , — se carrer 
d'un propre habit — qui quel- 
quefois n'est pas à eux; —faire 
de beaux livres nouveaux — 
avec des feuilles de vieux li- 
vres; — mais ces derniers (je) 
les laisse libres. — La Fontaine 
n'en parle pas, — (je) n'y veux 
pas trouver à redire. 



7. Gouneu, « habit » (Foucaud), « robe d'enfant; — aoune/o, cotte de femme de la 
campagne » (Dom Duclou); bas-lim. gounel, jupe de femme, gouneU), toute espèce 
d'habillement pour homme ou pour femme qui descend jusqu'aux talons , gounelou, 
habillement des enfants; gasc. gouno, soutanelle, gounet, robe de femme, goumet, 
jupon, tt £n Langued. gounel,-^lo, est le nom qu'on donne aux habitants des campa- 
gnes entre Nîmes et Alais. Auraient-ils pris ce nom du lat. gona, sorte de jupe ou 
de casaquin de femme? » (Sauvages). Provenç. gounela, tunique de femme, et goune- 
îoun, robe d'enfant ; gouno, dans le Var, soutanelle qui va auAlessous du genou ; anc. 
calai, gona ou gonella; ital. gonna et gonnella; rom. gona, gonel, robe, gonio, ca- 
saque, dérivé, d'après Raynouard, du radical celtique gwn, qui se retrouve encore dans 
l'angl. gown, robe, le gallois gwn, le gaélique écossais, gun. C'est aussi l'opinion de M. de 
Chcvallet. Bas-lat. guna, gunna, gonna, gonella, gonellus; anc. franc, ^one , gonelle, 
goune, gounelle, habillement d'homme et de femme; berrich. gonne; auvergn. govn 
nello; dan« la Bresse châlonn., goner, vêtir mal pu de façon ridicule. Nous laissons 
à M. Honnorat la responsabilité de l'étymologie qu'il hasarde. « Ce mot, dit-il, vien- 
drait-il du ^ec gunê femme? » En patois lyonn. gone, gonne signifie enfant, garçon, 
polisson, if. Onofrio rapporte ce terme au rom. gona, a C'est, suivant plusieurs étymo- 
logistes, ajoute-t-il, un mot d'origine celtique. Il désignait dans la Gaule un long vê- 
tement de peau ». {Gloss. lyonn.) 

8. Caucâ de ve, littér. quelques de fois; ce de parasite entre un adjectif et un nom 
est fréquent en Limousin comme en Provence. Cependant nous ne retrouvons cet idio- 
tisme nulle part. Le Lyonnais a devey, devays, parfois, des fois. 

9. Troubâ d'ôfâ, littér. trouver d'affaires; ôfâ est masculin comme le rom. af ar. La 
langue des trouvères conserva également pendant longtemps au mot afère son genre 
masculin ; on trouve affaire masculin dans Amyot. Du reste le mot est aussi masculin 
en bas-lim., en langued. 



LOU LIOUN OMOUROU 

Dô ten que là beitîâ parlôvan, 
Loù lioun entre autret ambitionôvaTi 
De se môridâ coumo noû. 
E perque pâ? Olei doun quelo engenço 
Ne vôlio lo pâ tan que noû ? 
Courage, forço, inteligenço, 
Prope muzeu, sur lou marcha. 
Vejan qui lî fugue moucha *. 



LE LION AMOUREUX 

Du temps que les bêtes par- 
laient,— les lions, entre autres, 
ambitionnaient — de se marier 
avec nous. — Et pourquoi pas? 
Alors donc cette engeance — 
ne valait-elle pas autant que 
nous? — Courage, force, intel- 
ligence, — propre museau, sur 
le marché. — Voyons qui en 
eut sur le nez. 



1. Moucha, partie, de moucha, littér. moucher. Le bas-lim. et l'auvergn. moutsâ, le 

5 



-66 -^ 

Uo lioun de gran pôrentag^, 
Pôssan pèr un certen pra, 

Trobo no bargeiro 5 soun gra 

E lo dômando en môridage. 

Lou pai ôrio be mièr eima, 
Si co guei eita poussible, 
Cauque gendre min tôribl^, 

E qu'ôrio gu min de beuta; 

Ma countrâriâ un- enteita 
De quel eita, 

Li semblo, tan mai ô lî penser, 

'n ôfà de grando counsequenç^. 

Bôlià so filio, qu'ei bien dur ! 

Lo refûzâ n'ei pâ segur. 
Po-îô tenei so fllio di 'n eimârz ^ ? 
Troubôro-lo toujour un si riche parti ? 

E s' î van, cauque beu môti, 

Pôssâ lou countra sei noutàri ^ ? 

Car, fô be dire lo varta, 

Si lou gôlan èvio enteita, 

Lo ùWo èrio d'uno fiarta 

Que n'ôriâ pâ vu so pôrieiro. 

No filio en tau se couaifo eiza* 

D'ômouroû ô lounjo crinieiro ; 
E voû n'ôzôriâ pâ dire ô un tau gôlan 

Tou nete de ficha soun can. 
Oci lou pai pren n'embaisso^ min duro. 



Un lion de grand parentagc, 

— passant par un certain pré, 

— trouve une bergère à son 
gré — et la demande en ma- 
riage. — Le père aurait bien 
mieux aimé, — si c'eût été pos- 
sible, — quelque gendre moins 
terrible — et qui aurait eu 
moins de beauté ; — mais con- 
trarier un entêté — de cette 
qualité — lui semble, plus il y 
pense, — une affaire de grande 
conséquence.— Donner sa fille, 
c'est bien duri — - La refuser 
n'est pas sûr.* — Peut-il tenir 
sa fille dans une armoire? — 
Trouvera-t-elle toujours un aus- 
si riche parti ? — Et s'ils vont, 
quelque beau matin, — passer 
le contrat sans notaire? — Car 
il faut bien dire la vérité,— 
si le galant était entêté, — la 
fille était d'une fierté — que 
(vous) n'auriez pas vu sa pa- 
reille. — Une fille de la sorte 
se coiffe aisément — d'amou- 
reux à longue crinière ; — el 
vous n'oseriez pas dire à un tel 
galant — tout net de ficher son 
camp. — Aussi le père prend 



provenç. moucâ, l'espagn. mocar ont la même signification : au propre, donner à 
quelqu'un sur le nez; au figuré, agir envers lui ou fui parler d'une manière qui l'hu- 
milie , vulgairement lui river ses clous. L'ancien français avait la même acception : 
comment u a été mouchié (Patelin). Bas-lat. muccare, moucher. Le rom. a moucos 
(lat. mucosus), muqueux. Comparez aussi le rom. m^ochar, moquer. 

2. Eimâri et ermâri, subst.masc, armoire. Ce substantif est aussi masculin dans le 
langued. armu%i, dans le provenç. armari, dans la béarn. arremari, dans le catal. 
armari, dans l'ital. et l'espagn. armario, dans le rom. armari, et dans Tanc. franc. 
armaire, almaire, ahnari, aulmare, aumaire, Lat. armarium, formé de arma, parce 
que sa première destination a été de renfermer des armes. 

3. Il y a dans les éditions précédentes : Possâ lou countra sei lou noutâri, ce qui 
fait le vers faux. 

4. Ei%a, aisé, adjectif pris adverbialement. 

5. Embaisso, « tournure, parti » (Foucacd] ; n'est pas porté dans Dom Duclou. Nous 
le traduisons par biais. Le franc, ambages doit être de la même famille. Ce mot en effet 
a, en Languedoc, le sens de « embarras, ambages». L'ital. ambasda, ambascio signifie 
angoisse, peine. Ambaite, devoir, dans les Vosges, a C'est, dit M. L. Jouve, le savant 
éditeur des Noëls vosgiens (Paris 1864), un mot qui est purement franc ou tudesquc. 
Ambeth, ambecht, a d'abord signifié, dans la langue des Francs, devoir public, devoir 
d'un homme chargé d'une autorité quelconque, puis devoir particulier, affaire privée.^ 
Arrêtons-nous à cette dernière signification. Notre mot embaisso est très vague, et il 
se prend la plupart du temps pour affaire. Les paysans disent à un homme après la 
mort de sa femme : Couneisse toun embaisso, je connais ton affaire. Si tu veux te 
remarier... je sais ce qu'il te faut. (V. aussi Littré au mot ambassade.) 



— 67 — 

Fô que voû counte Tôvanturo. 
<( MouDsegnour, se li disse-t-eu, 
Mo 6\io lou cœur e lo peu 
Tendrei coumo de lo rouzade> ; 
E vôtro grifo plo filado 
Li f5rio mai d'uno engrôguado ^, 
Quan voû lo voudriâ côressâ. 
Permetei doun (seî v'ôfençâ), 
Que voû brie ^ lan si pau ® vôtr'oungliâ^ tro poun- 
Pèr que là ne chian pà si rudâ. [chudtî, 
Sufrei ôci en meimo ten 
De voû leissà lima là den. 
mouyen de quelo eichancruro, 

Vôtrei bicoû *o, 

Pu ômouroû. 

Min dangeiroû, 
N'eifrediSran pâ lo futuro; 
V'ôrei mai de plôzei toû doû. » 
Moun lioun, ômouroû coumo catr^, 
Se guei de boun cœur laissa batre. 
se laisso doun beitiômen 
Briâ sa vin grifà mai là den, 
Tan rômour fai de Teitoulfo" 
Dî no cervelo qu'ô farfoulio ! 
Quan soû pei futen^^ dei-ounglia 
E souu ràteliei deimanglia, 



un biais moins dur. — (ïl) faut 
que (je) vous conte Taventure.— 
« Monseigneur, lui dit-il, — 
ma fille a le cœur et la peau — 
tendres comme de la rosée ; — 
et votre griffe bien affilée — lui 
ferait plus d'une égratignure, — 
quand vous la voudriez cares- 
ser. — Permettez donc (sans vous 
offenser), — que (je) vous rogne 
tant soit peu vos ongles trop 
pointus, — pour qu'ils ne soient 
pas si rudes. — Souffrez aussi 
en même temps — de vous lais- 
ser limer les dents. — Au 
moyen de cette échancrure, — 
vos baisers, — plus amoureux, 

— moins dangereux , — n'ef- 
fraieront pas la future ; — vous 
aurez plus de plaisir tous deux.» 

— Mon lion, amoureux comme 
quatre, — se fût de bon cœur 
laissé battre. — Il se laisse donc 
bêtement — rogner ses vingt 
griffes et les dents, — tant l'a- 
mour fait du ravage — dans 
une cervelle qu'il farfouille. •— 
^uand ses pieds furent déson- 
gUs — et son râtelier déman- 



6. Engrôgnay-ado, égratigné,-ée ; bas-lim. engroougna^ égratigner ;périg. engrounia; 
engraugna dans le Tarn ; langued. et provenç. engraufigna et graftgna; lyonn. engraunie; 
ilal. graffiare et sgraffiare; xom, grafinar, esgrafinar, de grafio, croc, griffe, crochet 
(lat. graphium); anc. franc, égrafigner, déchirer, écorcher; berrich. grafignerj egra- 
figner; poitev. et saintong. graffigner; Bresse châlonn. égrafiner; dans le pays mes- 
sin, grefi^nesse, égratignure; bret. kraban, eriffer, krabisa, égratigner. Le f du mot 
roman s'est adouci en v consonne, qui s'est lui-même changé en u voyelle, ce qui a 
donné grauinâ^ et avec la préposition en, engrauinâ, d'où engraugna et engrôgnâ, 
par la contraction de la diphthongue au en la longue Ô, 

7. Brie, subj. de brià,'<i rogner, raccourcir » (Foucaud); mot qui ne se retrouve 
même pas dans le Dictionnaire bas-lim. de Béronie. Rom. breviar (lat. breviareu 
abréger, accourcir, de breu (lat. brevis), court, bref. Le v du mot roman est tombé, 
comme dans covÂ, pour couva, couver, estôiâ, pour estôviâ, épargner. 

8. Tan si pau, pour tan chio pau, tant soit peu. 

9. Oungliâ. Ce mot a conservé le genre féminin, comme dans les langues et les patois 
romans : langued. et provenç. ounglio; ital. unghia; espagn. una (n mouillé); 
portug. unka; catal. ungla; rom. hngla et ongla; lat. unguLa. 

10. Bicoû, baisers, de bieâ, lèvres (V. ce mot, pag. 34, note 5). 

11. Fai de Veitoulio, littér. fait du chaume, réduit le blé en chaume, le ravage 
comme fait la grêle. De même on dit métaphoriquement moissonner» (Sur eitoulio, V. 
pag. 35, note 1.) 

12. Futen, furent. La forme régulière à Limoges est fuguèren ou siguèren, Futen^ 
f^i plus bas fiten, firent, se disent à l'ouest du département, du côté de la Charente. 



— 68 — 

I li làchen loû chei d'uDO lego 6 lo roundo, 
Que li filen dansa no fièro danso-roundo. 
Lou paubre gar, que se defendio mau, 
Chôbe^s pèr toumbà dô gran mau 
— Dô mau de lo mor, vole dire. — 
Lo nôvio e lou beu-pai se boutèren ^* de rîre. 

Jônà filiâ, jônei garçoû, 
Queu counte voù regardo toû. 
Quan rômour te no Jôno teito, 
Feitribo** que lo tempeito. 
Leî doun pu d'eime, de rôzou, 
Pu re de beu, pu re de bou ; 
Voû podei dîre : ôdt, prudenço ! 
Lou bounur chabo pèr lou bou 
Ente Fenteitômen coumenço. 



ché, — ils lui lâchent les chiens 
d'une lieue à la ronde, — qui 
lui tirent danser une fière danse- 
ronde. — Le pauvre gars, qui 
se défendait mal, — nnit par 
tomber du grand mal — (du 
mal de la mort, veux-{je) dire]. 

— La future et le beau-père se 
mirent à rire. 

Jeunes filles, jeunes garçons, 

— ce conte vous regarae tous. 

— Quand Tamour lient une 
jeune tête, — il la travaille que 
le diable. — Alors donc plus 
de bon sens, de raison, — plus 
rien de beau, plus rien de bon; 

— vous pouvez dire : adieu, 
prudence! — Le bonheur finit 
par le bout — où rentêtement 
commence. 



13. Ckôbe, par aphérèse, pour ôchôbe, acheva, finit. 

14. Se boutèren de, se mirent à... Bouta a la même forme en bas-lim., en gasc, en 
langued., enauvergn., enprovenç., en béarn. Lyonn. et forez beto, betto, betta; savoy. 
^ottto; bourguig. bôtre. Catal., espagn. butar, botar, boutar; ital. buttare; rom. butar 
et BOTAR, pousser, mettre, heurter ; anc. franc, bouter, boter, boieir, mettre, presser, 
pousser; bouter, dans les patois du nord; allem. bo%eny heurter, frapper, etc. M.Liltré 
donne comme étymologie le kimri bot, bôth, corps rond. Bas-bret. bounta ou èwwto, 
pousser. 

15. Eitribo, ind. prés, de eitribâ, « travailler, user, fatiguer » (Foucaud). « C'est, 
dit Dom Duclou, unir le fil en le dévidant, par le moyen d'une pièce de cuir ou de 
drap nommée eitribodour. En bas-lim., on donne la même signification restreinte aux 
mots estignâ et estignodour. En langued. estibla, « c'est secouer un écheveau de fil 
pour en démêler les brins et le dévider plus facilement » (Sauvages). Estibla, estignâ 
eitriba, quoique ayant à peu près la même signification, nous semblent appartenir à 
des familles différentes. Estibla, du lat. ex et stipula, paille (V. au mot eitoulio, 
page 35, note 1), débarrasser de la paille. Le bas-lim. estignâ paraît dériver du lat. 
ex et de tinea, teigne, d'où le vieux franc, teignasse, perruque. Quant à notre eitribâ, 
il est formé, croyons-nous, du lat. ex et du parfait trivi du verbe terere, broyer, user, 
par le frottement (grec tribd). Cependant lanc. franc, avait estriper, briser, rompre, 
déchirer, dérivé, d'après Roquefort, du laU extirpare, Langued. estrifa ou estripa, 
déchirer, mettre en pièces. Les exemples de mutation du p en & sont très communs. 



LOU CURE E LOU MOR 



LE CURE ET LE MORT 



Un mor s'ennavo tristômen 
Pôyà so rend(> 6 lo nôturo. 
Un cure plo gai, plo counten, 
Chantavo ôprei de lo vituro 
Enta èrîo embôla soun trezor. 



Un mort s'en allait tristement 
— payer sa rente à la nature.— 
Un curé, bien gai, bien content, 

— chantait auprès de la voiture 

— où était emballé son trésor. 



~ G9 — 

Car fà be dire que queu mor 
N'èrio pâ de pitito bièro * ; 
Ma qu^èrîo lou pu grô segnour 
De toù loû noblei d'ôlenlour. 
Queu mounde roulen toû^ côrosso, 
Meîmo pèr nà deicho ô lo fosso ; 
Pèr loû noblei, pèr loû richar, 
Li- toujour gu dô corbillar, 
E perfi' que degu n'en grounde, 
Oro li- en- o per tou lou monde. 
Finalômen, nôtre mor vio lou seu 
Pèr lou mena tou dre-t 6 ceu ; 
E so fëmilio richo e fièro 
L'ôvio eitendu tou de soun loun 
Dîn-t un superbe ôbi de ploun, 
Obi que noû pelen no bièro ; 
Obi d'iver, ôbi d'eitî, 
Obi pèr fà lo proucessî. 

Obi pèr loû soudar, ôbi pèr là meneitâ ^, 
Obi de jour-bran mai de feitâ, 
Obi que ni gran ni pitî 

Ne qutten jômai pu no ve qu'î Tan viti. 
Moun cure, plo counten dî Tâmo, 
Chantavo pèr quelo bouno âmo 
Forço de profondis, forço miserere, 
(Tout- ôco vô be caucôre). 
« Moussu lou mor leissà me faire ^, 
Yoû bôliôrai pèr paire et maire 



b] 



— Car (il) faut bien dire que ce 
mort — n'était pas de petite- 
bière ; — mais c'était le plus gros 
seigneur — de tous les nomes 
d'alentour. — Ce monde roulent 
tous carrosse, — même pour aller 
"usqu'à la fosse ; — pour les no- 
bles, pour les richards, — (il) y 
a toujours eu des corbillards, — 
et afin que personne n'en gron- 
de, — maintenant (il) y en a 
pour tout le monde. — Finale- 
ment notre mort avait le sien, 

— pour le mener tout droit au 
ciel; — et sa famille riche et 
fière — l'avait étendu tout de 
son long — dans un superbe 
habit de plomb, — habit que 
nous appelons une bière ;— ha- 
bit d'hiver, habit d'été,— habit 
pour faire la procession, — ha- 
oit pour les soldats, habit pour 
les dévotes, — habit de jours 
ouvriers et de fêtes,— habit que 
ni grands ni petits — ne quit- 
tent plus jamais une fois (m'ils 
l'ont revêtu. — Mon curé, nien 
«ontent dans Tàme, — chantait 
pour cette bonne Ame — force 
de profundis, force miserere, — 

— (tout cela vaut bien quelque 
chose). — a Monsieur le mort, 
laissez-moi faire, — (je) vous 
donnerai pour père et mère, — 



1. Ce vers est isolé : bièro ne rime pas avec vituro, l'accent tonique portant sur 1'^ 
de bièro et sur Vu de vituro. Remarquez le calembour bière. 

2. Queu mounde roulen toû, littér. « ce monde roulent tous». En général, quand il y 
a une idée de pluralité dans le substantif, ;ie verbe se met au pluriel : lo gen soun, les 
gens sont. Nous en avons un exemple bien plus remarquable dans degu nou eipargnô- 
ran, personne ne nous épargnera (page 63, note 6). 

3. Ferfi, pour fin, afin ; langued. per afi que, afin que; provenç. per afin que. A la 
parfin s'est dit jusqu'au xvu« siècle dans l'ancien français, et se dit encore en Cham- 
pagne, en Berri, etc. 

4. Meneitâ, dévotes « sœurs grises, filles des tiers ordres de Saint-François et de 
SaintnDominique, qui vivent dans le monde » (Dom Duclou); bas-lim. m^net, msneto, 
« nom qu'on donne par mépris à un faux dévot ou à un dévot superstitieux et minu- 
tieux » (Béronie). Meneto dans notre cas peut être traduit par béguine. « Il y avait au- 
trefois à Tulle, dit Yialle, des manettes en titre. Les unes étaient attachées à l'ordre de 
Saint-François et les autres à l'ordre des Carmes. Elles avaient des statuts et un cos- 
tume. Elles se réunissaient sous une supérieure et faisaient des actes secrets de reli- 
gion ». A Limoges, les menettes avaient aussi une organisation régulière. Nous igno- 
rons d'où vient cette appellation, qui primitivement n avait pas le sens dérisoire qu'on 
lui donne aujourd'hui. 

5. Faire, paire, m^ire. Ces mots n'appartiennent pas au patois de Limoges, où l'on 
di|/â, pai, mai; ils sont en usage au sud du département et dans le Bas-Limousin. 



— 71 — 

E lou flior, brôdôdau ! . . . toumbo dre sur lo leito 

Dô paubre môlûroù cure, 

E coumo un yô l'eipoutigue 

CouDtre no pitito mureto. 
Lou pôroufien de plouu entraîno lou pastour ; 

Lou cure segue soun segnour. 

I lou meten dî lo côrosso ; 

Fougue fâ vite n'autro fosso; 

E quel ôciden môlûroû 

le d'un mor nen f5gue doû. 

Lou cazuel e lou luminàri, 

Tou co fugue pèr lou vicâri. 

Lo jôno nesso e lo Côti 
Nen guèren là châcuno lour bouci ? 

Co n'ei pâ ce que noû regarda. 
Lou counte châbo qui, Fôtour n'en parlo pâ; 

NI nan*2 pâ bouta nôtre nâ. 

Ma meifian-noû de lo Cômardo : 

L'ei toujour ô nôtrei tôloù ; 

Soun dar ne fai pâ de jôloû. 

Touto l'erbo delo nôturo 

Ei pèr se toujour prou môduro : 

faucho dî toutà sôzoù. 

Dî lou ceu nôtro ouro ei fixado 

E, plei-t ô Dî, lî guessan-noû 

Nôtro plaço to-be marcado ! 

De segur lo s'î perdrio pâ ; 

Car n'ôven beu dire e beu fâ 
De beu plan, dô proujei, dô châteu en- Espagno, 

Eq vib, ô lo cour, en campagno, 
Lo mor deitruî tou co dô mindre co de pe. 

Teimouen lou môlûroû cure. 

Ne couneisse ma no finesso 

Pèr Tempeichâ de noû trôî, 

Qu'ei de viôre dî lo sôgesso 

E toujour tou preite ô parti. 



trasi... tombe droit sur la tête 

— du pauvre malheureux curé, 

— et comme un œuf Técrasa — 
contre une petite muraille. — 
Le paroissien de plomb entraîne 
le pasteur ; — le curé suivit 
son seigneur. — Ils le mettent 
dans le carrosse ; — (il) fallut 
faire vite une autre fosse; — - 
et cet accident malheureux, — 
au lieu d'un mort, en fit deux. 

— Le casuel et le luminaire, 
tout cela fut pour le vicaire. — 
La jeune nièce et la Catherine 

— en eurent-elles chacune leur- 
morceau? — Ce n'est pas ce qui 
nous regarde. — Le conte finit 
là. Fauteur n'en parle pas; — 
n'y allons pas fourrer notre nez. 

Mais méfions-nous de lalCa- 
fyiarde : — elle est toujours à 
nos talons ; — sa faux ne fait 
pas de jaloux. —Toute l'herbe 
de la nature — est pour lui tou- 
jours assez mûre : — il fauche 
dans toutes saisons. — Dans le 
ciel notre heure est fixée,-— et, 
plût à Dieu ! y eussions-nous — 
notre place aussi bien marquée ! 
—A coup sûr, elle (ne) s'y per- 
drait pas ; — car nous avons 
beau dire et beau faire — de 
beaux plans, des projets, des 
châteaux en Espagne,— en ville, 
à la cour, à la campagne, — la 
mort détruit tout cela du moin- 
dre coup de pied. — Témoin le 
malheureux curé. — (Je) ne con- 
nais qu'une finesse— pour l'em- 
pêcher de nous trahir,— c'est 
de vivre dans la sagesse — et 
toujours tout prêt à partir. 



provenç.: carrosso, enital. : carro%za, en espagn. : carrosa, en portug.: carroca,en 
calai.: carrossa. Rom. carros, char, et carruza, charrette; bas-lat. carruga, carrucna,. 
substantif féminin. 
12. Nan, par aphérèse, pour ônan. 



— 73 — 

E gni- pâ de goutou*^ que tegno, pot contenait; — et (il) n'y a 

Gnî- ôvio pèr vinto-quatre sô. P^« ^^ ê^V,^^^ ^^^ *^^?°^ ** i^^) 

f j . \ V 4 . , . A , ^« y en avait pour vingt-qualre 

Lo nen devio chôtà Irei doujenâ de yô ». sous. — Elle en devait acheter 

« Loû f5rai couâ*^, se digio-t-elo ; trois douzaines d'œufs.— « (Je) 

Quî poulei, coumo de rôzou, ^^^ ferai couver, se disait^lle ; 

m , V V jv . .. —ces poulets, comme de raison, 

Troubôraa be dôrei meijou -_ trouveront bien derrière (la) 

Pèr viôre cauco hbgàielo. maison — pour vivre quelque 

LWdcbôdt" de bla^a, de blôdî*^ de froumen, W^^wi^lvT^^LŒ '^'^ 
j ^ ^ . ' „ ' ' blé, du blé noir, du froment,— 

Lou iiunro certenonien, les nourrira certainement — 

Sei que m'en côte forço argen. sans qu'il m'en coûte force ar- 

Lou renar môgra so finesso &eT-î/Sm"^î^?son 

Lo miaule ", mogra soun- odresso, adresse,— m'en laisseront bien 

M'en laissëran be loujour prou toujoursassez,— cetteannée,ça, 

Ujan, çai, vegne lo Sen-Lou«, ^^^^^^ la Saint-Loup,^ pour en 

2:r^^ . \ ^ la avoir un propre cochon. — (Je) 

Per^nen vei un prôpe gôgnou *6. 



rond, en forme de jatte, et grialo, terrine; en espagn. grial, plat, assiette. Dans le 
Glossaire français de Dom Carpentier et dans celui de Roquefort, grazal, greil, graial, 
grasal, jatte, sorte de plat, auge, baquet; grajalet, petit baquet. Nous croyons- que 
grelou est un autre diminutif de greil, c'est-à-dire une petite jatte à lait. On trouve 
dans Du Gange grassale, espèce de vase, grassellus et grassalha, sorte de vaisseau, 
mesure pour le blé; gra^ala, grasala, ia.Ue, dans le Supplément de Dom Carpentier, 
Nous ne retrouvons guère notre mot que dans le berrich. grelot ou grelaud, petit pot 
de terre qui va au feu et que M. le comte Jaubert dérive de l'adjectif berrich, grelaud, 
guerlaud, gherlaud, qui signifie creux. « Le mot français grelot, ajoute ce philologue, 
vient assurément de grelaud ». Nous sommes moins affirmatifs. En tous cas, d'où 
vient grelaud ? J 

8. Goutou, diminutif de gouto; petite goutte de lait qui se donne par-dessus le 
marché. 

9. Yô, œuf; bas-lim. et gasc. eou ; langued. ioou\ provenç. uou; catal. ou ; ital. uovo ; 
espagn. huevo et ovo; rom. ov, uov, huou, ueu; lat. ovum. En passant dans le rowian 
et dans les patois méridionaux, \ev du lat. est tombé, comme le b dans couâ, couver: 

40. Couâ, couver {\sii.incubare]. Cette forme est générale dans le midi. LelanguM. 
dit aussi cougà, Berrich., poitev. couer; catal. covar; ital. covare; rom. coar. - 

il. Ofôchôdî, « mauvais grain » (Foucaud). Dom Duclou écni afochodi, ce qui s'ex- 
plique par le peu de différence qu'il y a entre la prononciation de l'a bref et celle .de 
là au commencement d'un mot : « criblure de blé, ce qui reste après qu'il est nettoj'é. 
Afôchâ, nettoyer le blé avec le crible ». Le gascon a fouchar, faucher. En berricb. 
fauchis, regain, herbe fauchée dans les champs; Yôfôchodî est comme le regain du 
grain, c'est-à-dire ce qui est de qualité inférieure, le rebut. 

42. Bla, froumen. Dans les pays à froment, le hlé, c'est-à-dire le blé par excellence, 
est le froment. Dans les pays à seigle, comme le Limousin, le blé par excellence est 
le seigle. 

43. Blôdî, blé sarrazin appelé aussi blé noir, hla nègre. C'est un diminutif de bUb, 
Ce mot ne se trouve pas dans le Dictionnaire bas-lim. [ 

44. MiaulOy subst. fém., milan ; langued. mietoun, mietou^ subst. masc. ; catal'. rHilà; 
espagn. milan; ital. milhano; rom. milan et milo; bas-lat. milio; lat. miivus ; anc. 
franc, milion. 

45. Lo Sen-Lou, la Saint-Loup, foire générale et plus particulièrement foire aux che- 
vaux qui se tient annuellement à Limoges le 22 mai. Du temps de Foucaud cette fôife 
était encore plus importante qu'elle ne Test actuellement. La facilité des communièà- 
tions lui a fait perdre un peu de sa splendeur. ' ' 

46. Gôgnou, porc; mot omis par Dom Duclou. Peut-être est-ce une importâtïott 'Jjàà- 
limoasine. Le mot semble s'arrêter sur la lisière de la langue d'Oïl. Lyotiil/Vayow, 
caion, cayoun, même signif. Le Dict. d'Honnorat cite caimn comme employé 'dii'Pfô- 



— 74 — 

Lou prendrai un pau rôzounable ; 
De bouno gorjo*'', 6 ei côpable, 
Coumo couneîsse vèr châ noû, 
De s'engreissâ presque tou soù. 
Lo cfaàtagno, Tôglian que dômouren dessoù 
Li- ôran lô fa no bouno coueino. 
Quan li foudrio de ten-en-ten 
Vei cauco jôfado^^ de bren, 
Co n'ei pâ qui no grando roueino. 
Engreissa qu'ô chio, lou vendrai. 
De l'argen que n'en tirôrai, 
Pèr moun counte nen chôtSrai 
Un piti vedeu mai so mai. 
Qu'ei me-meimo que gardôrai 
Queu piti troupeu quan Tôrai, 
E, de segur, l'ômentôrai, 
Toù loû an, tan que iô poudrai. 
Quau plôzei, Peirouno, en to gaulo, 
De faire faire lo pingraulo*^ 
treu-quatre pilî vedeu, 
E de poudei dire : i soun meu ! 
M'eivî que loû veze d'ôvanço 
Leva toù lo coueto en c5danç(7, 
Eipingâ^o, gingâ^i, sôticâ! » 
Peirouni22 loû vô countrufà, 



le prendrai un peu raisonnable 
(raisonnablement fort); — de 
bon appétit, il est capable, — 
comme (je) connais vers chez 
nous, — de s'engraisser presque 
tout seul. — La châtaigne, le 
gland qui restent dessous (à 
terre) — lui auront tôt fait une 
bonne couenne (un bon lard). 
— Quand (il) lui faudrait de 
temps en temps — avoir quel- 
que jointée de son , — ce n'est 
pas là une grande ruine. — 
Engraissé qu'A soit, (je] le ven- 
drai.— De l'argent que g )en re- 
tirerai, — pour mon compte 
(j')en achèterai — un petit veau 
et sa mère. — C'est moi-même 
qui garderai — ce petit troupeau 
quand (je) l'aurai , — et sûre- 
ment (je) l'augmenterai, — tous 
les ans, tant que je pourrai. — 
Quel plaisir, Pétronille, avec ta 

faule, — de faire faire la gam- 
ade— à trois (ou) quatre petits 
veaux, — et de pouvoir dire : 
ils sont miens ! — (M) me sem- 
ble quo*(je) les vois d'avance— 
lever tous leur petite queue en 
cadence, — gambader, frin- 
guer, sautiller! » — Pétronille 
les veut imiter, — sans songer 



vence, mais seulement dans quelques localités voisines du Dauphiné. (V. Onofrio, 
Gloss. lyonn., 1864.) L'anc. franc, gagnon, gaignon, cagnon, chien, mâtin, désignait 
aussi un petit de toute espèce de bête; rom. cauj lat. canis^ M. Onofrio dérive ce mot 
du bas-lat. cayum, maison, chaix. D'après cette étymologie le cayon serait le porc de 
la maison. 

17. De bouno gorjOy littér. « de bonne gorge ». 

18. Jâfado, jointée, autant que les deux mains réunies peuvent contenir (Acad.). 
La contraction de la diphtongue au {aou) en ô long est de jour en jour plus fréquente 
à Limoges. Bas-lim. dwoufado; langued. gfrajsado ; provenç. graffado; catal. ^rapoda. 
De graffada ou grapada est venu le limousin j^/ado par l'adoucissement du g en; et par 
l'évanouissement du r. Du reste ce mot a son origine dans le roman gaf, grafio, croc; 
d'où gafar (catal. , espagn. portug. gafar) , accrocher, saisir, et grapar, qui dans le 
Lexique de Raynouard n'a que Tacception de gratter, racler, déchirer. 

19. 20. Pingraulo, eipingà. Pingraulo^ petit saut, gambade (en espagn. respingo,^Cr 
tion de regimber, ruade) semble dérivé, par aphérèse, d'un diminutif ^j^mgfoio, dérivé 
lui-même du verbe eipingâ, danser, sauter, sautiller, gambader. Bas-lim., langued., 
provenç. espinga, avec la même signification; espagn. respingar, regimber; rom. 
re$pingar; bas-lat. espingare; anc. franc, espinger, espingler, espinguer, espringner, 
sauter, danser, s'agiter, trépigner, se réjouir, mots d'origine teutonique : en allemand 
springen, môme sens. 

21. Gingâ, « giguer, sauter, gambader » (Dom Duclou), mais plutôt folâtrer. Mot 
qui appartient à la langue d'Oil : anc. franc, giguer, courir, sauter, gambader, degige, 
gigue, qui signifiaient tout ensemble danse, instrument de musique et cuisse. L'anc. 
franc, avait aussi gigues, fille gaie, vive, égrillarde, réjouie. Rom. gigua, gfwtgfa, giçue, 
instrument de musique, air de chant. Le n du patois gingà est euphonique comme dans 
eicunlâ. (Sur le mot gigue, V. Ch. Nisard. Curiosités de Vétym., 1863, page 318.) 

22. Peirouni, diminutif formé par apocope de Peirounilio. C'est ainsi que Margui 



Sei sungniâ'^3 que subre so teilo, 

L'ôvio to'u Fargen de lo feilo. 

Eu sôtican io Peirouni 

Fôgue sôticâ lou coueissi. 

Vai te fà fiche lou toupi ! 

toumbo ô mitan dô chômi, 

E veiqui lou la dî lo fagno^. 

Odî loû châteu en- Espagno, 

Odî lo vâcho, lou vedeu, 

Loti por, loû poulei, lou Iroupeu! 

Lo s'en tourno ô Toustau, plo iristo, 
S'escuzo de soun mièr ôpe de soun Bôtisto ; 
Mai s'en fôte de re** que lou brave Tistou 

Lî pôreisso^^ de soun biliou, 
Pèr li- ôprenei ô se dounâ de gardo, 

le de tan fâ so bôvardo. 

Queu counte ei counôgu pertou ; 
Loû niessur Fan mei en chanson. 
En- opéra, en coumedîo. 

1 rizen de quelo foulîo, 

deipen dô paubre peizan. 
Sanjî^! qu'î n'en rizen pâ tan ; 
Car t nen fan be pîei, ô be dô min ôtan. 
Can de toupt de la vezen noû sur la teilâ 
Dô peitrei, dô soudar, de là quîtâ meneitti ! 
Ma co fai coumo ô côbôre : 
Fauto de bounur ô d'ôdresso, 
Toû qui que counten sei l'ôtesso 
SouD vira de countâ doua ve. 



que sur sa tête — elle avait tout 
l'argent de la fête.— En sautil- 
lant la Pétronille — fit sautil- 
ler le coussin. — Va te faire 
fiche le potl — Il tombe ati 
milieu du chemin, — et voici 
le lait dans la boue.— Adieu les 
châteaux en Espagne I — Adieu 
la vache, le veau, — le porc, 
les poulets, le troupeau! — 
Elle s* en retourne à la maison, 
bien triste ; — s'excuse de son 
mieux auprès de son Baptiste ; 
— et il (ne) s'en manqua de 
rien que le brave Baptistin, — 
(ne) lui donnât de son bâton, — 
pour lui apprendre à se donner 
de garde, — au lieu de tant 
faire sa bavarde. 



Ce conte est connu partout. 
— Les messieurs Font mis en 
chanson, — en opéra, en co- 
médie. — Ils rient de cette fo- 
lie — aux dépens du pauvre 
paysan. — Sambleu! qu'ils n'en 
rient pas tant ; — car ils en font 
bien pis, ou bien du moins au- 
tant. — Combien de pots au lait 
voyons-nous sur les têtes — 
des prêtres, des soldats et même 
des dévotes! — Mais ça fait 
comme au cabaret : — faute de 
bonheur ou d'adresse, — tous 
ceux qui comptent sans Fhô- 
tesse — sont forcés de compter 
deux fois. 



est formé par apocope de Marguissou, diminutif de Margôrito. Souvent au contraire 
le diminutif est le résultat d'une aphérèse, comme dans Tistou, pour Batistou, que 
nous trouvons plus bas ; enfin les diminutifs proviennent quelquefois tout ensemble 
d'une aphérèse et d'un apocope : Tôni pour Antonio. 

23. Sungnâ, songer, mot qui a conservé sa forme primitive : rom. sognar ; lat. 
somniare; ital. sognare; béarn.soMwia; langued.,.provenç. sounja, 

24. Fâgno, fange, boue; encore un de ces mots purs romans conservés dans le 
centre de la France : bas-lim. fagno, et aussi fand%o et fongo; saintong., poitev. 
fagne, rom. fanha, faigna; gothique fanj; bas-lat. fangia. On dit fango en langued., 
en provenç., en ital. et en espagn. ; anc. franc, fane, fangos, fatigue. 

25. S'en fôte de re, (il ne) s en faillit de rien; langued., provenç. fauta eifauti, 
manquer, faillir; portug. faltar, du rom.. fauta, faute; catal., espagn., porlug*, ital. 
falta. Le berrich. a fauter dans le sens de faire une faute. 

26. Pôreisso, subjonct. présent de pôrâ ; Dom Duclou donne aussi para, « présenter 
en étendant le bras, donner »; bas-lim. opora; langued. et provenç. para, dans le 
môme sens : para la man, tendre la main; catal., espagn. parar; ital. patare; rom* 
PARAii; lat. parare, apprêter, disposer et présenter, tendre. Parer, montrer, faire 
voir, dans Fane, franc. 

27- Sangî, pour sandi, mot corrompu pour éviter le jurement, comme mwéleu, 
pour sawgf-Dieu. 



— 76 



LOU UOUN QU'ÊI VENGU VIEI 



£E LION QUI EST DEVENU VIEUX 



Un lioun que vio fa tou trembla 
Di loû bô de soun vezinagef 
Obrôca ^ soù lou pei de Page, 
lo fi de là ft, sen qu'ô ne po pu nâ. 
D'autrei ôci ô couneguèren, 
E toù loû beitiau s'en venguèren 
Li fâ chacun so deirôzî. 
Pen de î n'en gue coumpScî. 

Jômai pu talo insoulenço ! 

Qu'ei lou chôvau que coumenço 
lî paro un boun co de pe. 
Lou biau li paro un co de corno. 
Lou paubre lioun â sufrigue, 
E so figure tristo e morno 
Fôgue be couneitre d'ôbor* 
Qu'ô n'èrio pu jône ni for. 
me lo mo sur lo coussinço, 
Eipero' lo mor en p5ssinço, 
£ sen qu'ô o mérita 
De n'eisse pâ mièr trôta. 



Un lion qui avait fait tout 
trembler — dans les bois de 
son voisinage, — accablé sous 
le poids de Tàge, — à la fin des 
fins, sent qu'il ne peut plus al- 
ler. — D'autres aussi le connu- 
rent, — et tous les animaux 
s'en vinrent — lui faire chacua 
sa dérision (son outrage).— 
Aucun d'eux n'en eut compas- 
sion. — Jamais plus telle inso- 
lence I — C'est le cheval qui 
commence : — il lui donne un 
bon coup de pied. — Le bœuf 
lui donne un coup de corne.— 
Le pauvre lion le souffrit, — et 
sa figure triste et morne — fil 
bien connaître aussitôt — qu'il 
n'était plus jeune ni fort. — 11 
met la main sur la conscience, 

— attend la mort en patience, 

— et sent qu'il a mérité — de 
n'être pas mieux traité.^- Mais, 



1. Ohrôca, «accablé » (Foucaud). a Abraea,'adOj fatigué au point de ne pouvoir 
remuer les bras; mot formé de l'a privatif et du lat. bracchium » (Dom Duclou). Le 

, bas-lim. obroca signifie braquer. Langued. abrasca ou eskinsa, « ébranché, rompu. 
Abrascâ est dit pour abrancâ. Il dérive peut-être de braske, cassant, fragile; en bas- 
bret. bresc, cassant » (Sauvages). Abraca, en gasc., signifie abréger, accourcir, 
couper, trancher; rom. abracar, accourcir, abréger [Las leys d'amor). M. Honnorat 
dérive ce mot ainsi que le limousin ôbrôca, de l'allemand brechen, rompre; M. Littré, 

, au mot braquer, indique l'ancien Scandinave brâka, affaiblir, mettre dessous, qui pour- 
rait bien.être un congénère de l'allemand brechen. Comparez aussi le bas-bret. bresck, 
fragile, cassant, signalé par Sauvages. 

2. Di'ôbor. Ce limousinisme, qui se retrouve dans le berrichon, signifie à l'instant, 
tout d'abord, bientôt. 

3. Eipero, 3' pers. sing. prés. ind,,d' eiperâ, attendre. Ce verbe, sons la forme 
espéra, est commun à tout le midi. Rom. esperar (lat. sperare), espérer, atteadre. 
L^anc. franc, espérer avait la même signification, il y a même des cas où il ^, conime 
en latin, employé avec la signification de craindre : esj^rer la mort{sferare inortem). 
Les patois ont gardé ce mot avec ses anciennes significations : bernch., chainj)èn., 
forez espérer, craindre, prévoir, attendre. 



— il — 

Ma, quau Tâne vengue H m'5pouyâ* no ruado 
« Aîi ! li disse-t-eu, cômôrado ! 
Maun armo ! qu'ei mûri doua ve, 

De me veîre insulta pèr caucu coumo te. ^> 

Rîchei, tou iou mounde v'encenço ; 
Ma Teizample de queu bôde 
Voû moùtro que dî Fendigenço 
Chacun voû butirio^ do pe. 
Si vôtre credi, vôtro forço 
Ne serven ma ô treblâ^ loû pitî, 
le de v'en fâ do ômî, 
•Quan vôtro ôtorita ôro prei cauco entorço, 
Voû podei dire : vô pôtî. 



quand l'ànc vint lui appuyer 
une ruade, — « ah ! lui dit-il, 
camarade I — (par] mon âme I 
c'est mourir deux fois, — (que) 
de me voir insulter par quel- 
qu'un comme toi.» 

Riches, tout le monde vous 
encense ; — mais Texemplé de 
ce baudet — vous montre que 
dans rindigence — chacun vous 
pousserait du pied. — Si votre 
crédit, votre force— ne servent 
qu'^ tourmenter les petits, — au 
heu de vous en faire des amis, 
— quand votre autorité aura 
pris quelque entorse, — vous 
pouvez dire : (je) vais pâtir» 



4, Lim'ôpouyâ,,. littér. lui m' appuyer. Le moi est explétif, comme en français. 

Butirio, conditionn. du verbe bulî, « pousser, faire effort pour avancer, pousser quel- 
qu'un à dessein de le faire tomber » (Dom Ducloxj). Le bas-lim., le périgourd. et le 
gasc. disent butî; le langued. et le provenç., buta, Rom. botar, boutar et butar, mettre, 
pousser, heurter; catal., espagn. botar; ital. buttare. La terminaison ir ne se trouve, 
en langue romane, que dans le composé embotir, garnir, enchâsser; catal. embotir; 
ital. •emboiiire. L'anc. franc, avait bouter, que Roquefort et Honnorat tirent du lat. 
pulsare ou puHare, M. Littré, au mot bouter, dérive cette famille de mots du moyen 
allemand bézen, ou dif kimri. Bas-bret. bounta, pousser. 

6. Treblâ, troubler, tourmenter ; a trebla, celui qui a perdu l'esprit » (Dom Duclou) ; 
bas-lim. se trebla, perdre la tête; gasc. treboulia, troubler, bouleverser; langued. 
treboula, treboulia, treboula, affligé; provenç. treboula, treboura, troubla; espagn. 
turbar; ital. turbare; rom. treblar, trebolar, troubler, brouiller; lat. turbare; anc. 
franc, tribouler, triboler. 



SIMOUNIDO PEESERVA PER LOU DI 

Ome de tou-t eita, jône ô viei, paubre ô riche, 
Souvenei-voû de n'eisse jômai chiche 
D'eilogei ni de coumplimen 
Enver de trei sortâ de gen : 
Loû dî, Iou rei e no meitresso. 
Môlerbo iô digio autre-ten ; 
. Partage bien soun sentimen, 
Que me pôrei pie de sôgesso. 

Ld louanjo chôtoulio et gâgno loû esprî ; 

Lou cœur d'uno benta nen- ei souven Iou prt. 

Vejan coumo loû dî, sur tèro, rècoumpensen 
Lo bravo gen que loû encensm. 



SIMONIDE PRÉSERVÉ PAR LES 
DIEUX 

Homme de tout état, jeune 
ou vieux, pauvre ou riche, — 
souvenez-vous de n'être jamais 
chiche — d'éloges ni de compli- 
ments — envers trois sortes de 
gens : — les dieux, le roi et 
une maîtresse. — Malherbe le 
disait autrefois ; — (je) partage 
bien son sentiment, — qui me 
paraît plein de sagesse. ■—' La 
louange chatouille et gagne les 
esprits ; — le cœur d'une beauté 
en est souvent le prix,— Voyons 
comment les dieux, sur terre, 
récompensent r- les brayes.gens 
qui les encensent. . , 



— 79 - 

E loù doù tièr de tou ce qu'ô disse, deux licrs de tout ce qu'il dit— 

qui doû bessoû* s'ôdresse, ^ ^^^ ^^^^ jumeaux s'adressa. 

Quant-t ô cesse, "" <î"^^^ '^ ^^^^^' - ^^ ^^^^"^' 

, , , • A _. i» ^ K hargneux comme un frère, — 

Lou luteur, armou couino un freré> «, j^j ^^„^^ ^^^^ ^^^^^^ ^^ ;„^ 

Li baho cen fran, mai denguero, core, — en blasphémant contre 

En blasfeman countre lou ceu, le ciel, — lui dit : « mon ami, 

Li disse : « moun- ômi, toun discour ei plo beu ; ton discours est bien beau; — 

NI- ma lou tièr pèr me ; vai fâ pôyâ lo resto« (^^) .^^y ("^) ^ ^"^ ^^^^^^s pour 

0, A i. . j , , ^ moi ; va faire payer le reste — 

dou frai de lo cour celesto, ^^^ '^^^^ ^^ J^ ^^.^ ^^^^ ^^_ 

Que t â sôbu si be vanta. . leste, — que tu as su si bien 

Pertan le vole countentâ : vanter. — Pourtant (je) te veux 

lô paye tantô no ribôlo contenter : — je paye ce soir 

cin ô chiei de mou ômt ; ^^^ ribotte — à cinq ou six de 

rai sôra de boun vi de bôto \ . mes amis ; - j'ai serré de bon 

tTA , A Vin de botte, — viens en boire 

Vaque nen beure coumo i ; ^^^^ ^^^ . _ ^^ ^^^^^ ^^^ jj. 

Tu veira do gôliar que siran rejôvî. » lards qui seront réjouis.» -Si- 

Simounido It ne ; ô ôgue pô san douto, monide y alla ; il eut peur sans 

D'uno pu forto bancôrouto. doute — d'une plus forte ban- 

s'ôtendio ô dô coumplimen ; queroute.— Il s'attendait à des 

Li 'n revegno no bouno dôzo. compliments ; - (il) lui en re- 

lïA ^' • \ A A ft venait une bonne dose. — Pour 

Pèr min nscâ, ô se propôzo *, ^ .„^ ,.4c«««,. ,i e«r.*««^e« 

^ 1 *' • V moins risquer, il se propose, — 

En couren lou.eivenômen, en courant les événements, — 

De tira so par en là den. de retirer sa part avec les dents. 

11 vai doun. Lo coumpôgno s'ôtablo, — Il y va donc. La compagnie 

Lou frico ve, lou vi se sablo ; s'attable. — Le fricot vient, le 

Loù rî, lo jôyo, lo gueila, ^ 'f.f ^^'l" ^'Vi''' ^V?'"' 

ni_ 1 * vrl j » . lagaîté — chassent les affaires 

Chassen lou ôfâ de l eita. ^ ^^ l'Etat. - Quand ils sont bien 

Quan-t î soun bien- en trin de rire, en train de rire, — voici la ser- 

Veiqui lo paucho^ que ve dire vante qui vient dire — à Simo- 



4. Bessou -^rvo, jumeau, -elle; môme mot en bas-lim. et en langued. Gasc. hesson et 
bessoun; provenç. bessoun; catal. besso; rom. besso; anc. franc, tesson, bisson, bas- 
son; berrich., poitev., champen. besson» « Ce terme, dit Roquefort qui cite Pasqui«r, 
est hybride : lat. bis, anc. franc, on, om, hom, homme, bis homines, deux hommes ». 

5. Le mot frèro ne s'emploie guère qu'en parlant des ordres ecclésiastiques ; cepen- 
dant, plus loin (Loû doû (Jwî), Foucaud dit : hamioû coumo un beu^frèro. Nous 
croyons que, dans la fable qui nous occupe, il est question des frères lais ou convers, 
chagrins de ne pouvoir être pères en Dieu. Nous ignorons si la locution était prover- 
biale du temps de Foucaud ; mais elle est toujours bien l'expression d'une petite ran- 
cune de l'auteur. 

6. RestOj reste. Ce mot est aussi féminin en langued., en espag. et en catal. 

7. Vi de bôto^ vin d'outre, qui arrivait du Bas-Limousin sur des. mules, et dont la 
consommation était considérable à Limoges. Le marché s'en tenait place Mani^ne. 
Bôto, outre; bas-lim., langued. bouto; provenç. bouto, dame-jeanne, grosse bouteille ; 
espagn. bota, espèce de tonneau; ital. botte, même sens; bas-lat. botta, butta, bo%a, 
tonneau, baril, cantine; anc. franc, botte, boutte, sorte de tonneau,^ bout, outre. 
« Boute, dit M. de Chevallet, nous a donné le diminutif bouteille, en bas-lat. butieula ». 
Ce mot, d'après cet auteur, est d'origine germanique : tudesque botaha, tonneau; ane. 
allem. butte, hotte^ tt.; allem. butte, it,; anglo-saxon butte^ ^i/t£é ; islandais bitta, 

8. Propôzo, on dit mieux perpau%o, 

9. Pauoho, « chambrière, servante ; en bas-bret. plach; en bas-lat.. j^atio^t, à cause, 



- 80 - 

Simouiiido que deior 'o 
Doà jôiiei eitrangei lou dômandea d'ôbor. 

se levo, ô cour ô lo porto. 
(Vûù peusâ que peoden queu ten 
Lo joyouzo et fôlo coorto 

Ne perde pâ un co de den). 
L'Arôlour, plo surprei, recounei loû doû anget 
Doun-t ô vio fa tan de louanget. 

1 venian tou-t espressômen 

Pèr li pôyàlour par dô coumplimen. 
Yeiqui coumen : 
« Quito, se dizen-t-î, tanqueian quelo feito, 
Car lo meijou vai vira cù-sur-teito. » 
Mai co fugue bien lo varta. 
' Cauque gran trau" (toujour mau ôcoula*^ 
Countre lo justice divino), 
Toumbo, neniraino^' lou plôfoun. 
Dt lou s51oun, dt lo couzîno, 

Tou se coufoun. 
Lou frico, loû pla mai là chieitâ, 
Lï chambà mai loû brâ, deicho 6 là quità teitâ, 
Tou en un mou se sentigue 
De lo deifardo^^ que toumbe. 



nide que dehors ^ deux jeunes 
étrangers le demandent à Tins- 
tant. — 11 se lève, il court à la 
porte. — (Vous pensez que pen- 
dant ce temps — la joyeuse et 
folle cohorte — ne perdit pas un 
coup de dent). — L'orateur, bien 
surpris, reconnaît les deux an- 
ges — dont il avait fait tant de 
louanges. — Ils venaient tout 
expressément — pour lui payer 
leur part du compliment. - 
Voici comment : — a quitte, 
disent-ils, promptement cette 
fête, — car la maison va tour- 
ner cu-sur4éte. » — Et ce fut 
bien la vérité, — Certaine grande 
poutre — - (toujours mal appuyée 

— contre la justice divine), — 
tombe, entraîne le plafond. — 
Dans le salon, dans la cuisine, 

— tout s'abîme. — Le fricot,\es 
plats et* es assiettes, — les jam- 
bes et les bras, et môme jus- 
qu'aux têtes, — tout en un mot ' 
se resâ'entit — des débris qui 



disent les éditeurs du nouveau Du Cange , qu'une ser\'ante est de basse naissance » 
(DoM DucLOu). a AncUla Lemovicibus etiamnum vavca ^vulgo paucha, dicitur, quasi 
femina ex pauco oria. » Le Gloss. de Roquefort donne aussi patiche, servante, mais 
rien de plus. Malgré Taffirmation de Du Cange, Dom Duclou nous semble avoir entrevu 
la vérité en indiquant le bas-breton plac*h,fi\\e, servante. Si paucho était d'origine 
latine, il se serait conservé dans certains autres patois méridionaux, et il n'existe môme 
pas dans le bas-lim., puisque Vialle {Dict, bas-lim.) dit que ce terme est du patois de 
la fiaute-Vienne. Du reste plac*h a très bien pu donner paucho, par la suppression 
naturelle du l {pu pour plus), et de pac*h à pauc*h et paucho, la succession est régu- 
lière. 

10. De-or, deux syllabes. 

11. Tfaù, poutre. Ce mot autrefois était commun au bas-lim., au langued. et au 
provenç. 11 est tombé en désuétude dans ces deux dernières provinces. Portug. trava; 
espagn. trabe; ital. trave; rom. trau ; lat. trabs. 

i$..Ocoutay « appuyé; ôcoutâ, accoter, appuyer » (Dom Duclou). Langued. et nro- 
veQ(Ç. ucouia, couta^acota; forez acota, soutenir, appuyer, étayer. aCemot,ditM. Ono- 
frio, a son analogue dans la plupart des patois et dans toutes les langues néo-latines.» 
— y. LiTTRÉ, au mot accoter, 

13. Nentraino, pour entrairw, avec la prosthèse du n euphonique qui est si fré- 
quente en Limousin : nen, en, nempourtâ, emporter, niaure, ivre, li nîrai, j'irai, etc. 

iÀ. Deifardû. Foucaud traduit para débris «. « On appelle ainsi, dit Dom Duclou, la tête, 
1^ jjimbes, les pieds et le reste de la chair d'un porc j^ras mis en pièces et dont on a 
séparé le lard qu'on a conservé en son entier ». Bas-lim. a de far do, menuaille, se dit 

généralement et familièrement de toutes choses qu'on met au rebut , et mieux encore 
'un ramas de choses de peu d'importance, comme papiers, nippes, bucolique§j^ 
(Béronie). a Se dit plus particulièrement de l'abattis d un animal : les pieds, les 
boffani», irlôof )ir(;TiA(LB^GCaiiigufed£ (èfflfan|f(e/:d<^saDdreçf>isasi^ 
déf^feMsanlagi^l^'acëDà<dense.âéb«»ri»8crr'dâ^n^ 



— 81 ~ 

L'ôtleto, per sopar, gue no chambo côssado. 
N'î- en ôgue pen dî l'ôssemblado 
Que ne s'en tourneisst) endecha *^. 

Chacun pourte châ se un bouci dô pécha. 

Vei- v' ôvî, lingâ de vipèro, 
Que blasfemâ countre lou ceu? 

Creirei-voû queto ve que so juste coulèro 
Ëtciiato pûtô qu'un ne creu ? 

V ôvei beu v'eitourdî en For, en lo boutelio, 
Otan voû 'n pen ô Vôréiio. 

Quelo fâblo, segoundômen, 

Prouve que, quan un ei sôbeti, 
L'ôneite ome po fâ dô vèr pèr de Targen, 

E counservâ en meimo ten 

L'eslimo de lo bravo gen. 

Lo religî, lo polilico 
N'an j5mai meipreza lo bouno retorico. 

Lou Parnasse et lou Pôrôdî 

Soun fâ pèr ei^se boû Ômî. 



lombèrent. — L'athlète, pour sa 
part, eut une jambe cassée. — 
(II) n'y en eut pas un dans l'as- 
semblée — qui ne s'en retour- 
nât endommagé. — Chacun rap- 
porta chez soi un morceau du 
péché. 

Avez-vous entendu, langues 
de vipère, — qui blasphémez 
contre le ciel? — Croirez-vous 
cette fois que sa juste colère — 
éclate plus tôt qu'on ne croit? 

— Vous avez beau vous étour- 
dir avec l'or, avec la bouteille, 

— autant vous en pend à l'o- 
reille. 

Cette fable, secondement, — 
prouve que, quand on est sa- 
vant, — l'honnête homme peut 
faire des vers pour de l'argent, 

— et conserver en même temps 

— l'estime des braves gens. — 
La religion, la politique — n'ont 
jamais méprisé la bonne rhéto- 
rique. — Le Parnasse et le Pa- 
radis — sont faits pour être 
bons amis. 



de marchandises; de de et de fardo, bagage » (Honnorat). Provenç. fardo; catal. 
farda ; portug. fardel, bardes, habits, linge, robes, bagages ; rom. fardet, fardeau.' Eh 
bas-lim. faraat%e (catal. fardatge) signifie fratras, amas confus de plusieurs choses. 
15. Endecha, rom. endecat (V. note 11, pag. SI). 



L'EICOROBISSO E SO FILIO 



l'écrevisse et sa riLLE 



Eicôrôbisso lo mai, 
Èicôrôbisso lo fih'o, 
Pèr no pîtito vetih'o 
Guèren, un jour, uno grande castîiï(7. 
Lo filio n'en poudîo pâ mai. 
« Coumo marchâ-voû, dômoueizelo ? 
Se disse tan lo mai ; voû va toulo de eu. 
Fô-co vizâ en lau* quan-t un vô nâ en su ? 



Ecrevisse la mère, — écre- ' 
visse la fille, — pour une petite 
vétille — eurent, un jour, une 
grande castille. — La fille n'en 
pouvait mais. — « Comment 
marchez-vous, demoiselle? ^ 
dit alors la mère; vous allez' 
tout à reculons. — Faut-il re- 
garder en bas quand on veiit' 
aller en haut? » — ' ' - 



1. En lau, en bas, terme que nous croyons propre 
pas Tétymologie. Peutp-ètre m Um est-il pour en la%. 



au Lim. BQm Ducfon n*6n donii^^i 
en là-bas, c'est^-à^re en bas >!>1 > ( * 

6 



83 — 



Soû enemî an beu ôvei lou fi, 
lour balio toujour cauque peissou d'ôbrî. 
Pèr se, quan-t ô me dî so teito 
No yiiàrio ôbe no counqueito, 
Degujse dôto ente' 6 vô nâ, 
Mâquan quan-t un lou veu tourna. 
E quan toû loû rei de lo tèro 
S'empeûlen"^ pèr li fa lo guèro, 
M'ei eivî que veze dî l'èr 
Ldâ geîan que voudrian deitrônâ Jupiter. 
Li fô pâ doû co de tounèr 
Pèr loû vira toû cû-sur-teito. 
fai bufâ» loû ven, ôchuauzo^ lo tempeitc^ ; ^ 
Qu'ei se que, sur lou countinen, 
Fai lo plôyo mai lou beu ten. 
Nou, nou, NôpouLEOuNn'ei pâ 'n orne ordinân; 
Dirià que lou Boun~Dî ïo prei pèr secretân, 
E que toû doû toû soû trôbalien de councèr 
Pèr lou bounur de Tunivèr. 



Ses ennemis ont beau avoir le 
fil, — il leur donne toujours 
quelque poisson d'avril. — Pour 
lui, quand il met dans sa tête 

— une victoire ou bien une 
conquête, — personne (ne) se 
doute où il veut aller, — si ce 
n'est quand on le voit revenir. 

— Et quand tous les rois de la 
terre — s'ajoutent pour lui 
faire la guerre, — ^ (il) m'est 
avis que (je) vois dans l'air — 
les géants qui voudraient dé- 
trôner Jupiter. — (II ne) lui faut 
pas deux coups de tonnerre — 
pour les renverser tous cul-sur- 
tête. — - Il fait souffler les vents, 
apaise la tempête; — c'est lui 
qui, sur le continent, — fait la 
pluie et le beau temps. — Non, 
non. Napoléon n'est pas un 
homme ordinaire : — (vous) di- 
riez que le bon Dieu l'a pris 
pour secrétaire, — et que tous 
deux tous seuls travaillent de 
concert — pour le bonheur de 
l'univers^ 



manchot à gaucher la transition est naturelle. On trouve dans le Catholicon de Jean 
Balbi, imprimé à Lyon en 1492 : ccMancinus a mancus, qui utitur sinitra pro dextra 
manu ». 

7. S*empeûten,se greffent. Ce verbe, commun à tout le Midi sous la forme empeouta, 
a été conservée du roman dans toute sa pureté : rom. empeutar et empeltar , enter, 
— empeut, greffe; bas-lat. impotus; catal. empelt, greffe, et empeltar, greffer. Le 
bas-bret. a embouda, imbouda et ibouda dans le même sens ; anc. franc, ampeou, em- 
peau, fente, crevasse, ente, insertion. M. Littré, d'après Diez, propose le grec emphur- 
ton, implanté. Du Gange voit dans impotus un mot composé des deux mots belges 
inte, greffe, et pote, tige, rejeton, bout de branche. 

8. Buffâ, souffler. Cette forme est générale dans le Midi, excepté en Provence où l'on 
dit boufa. Catal. espagn. portug. bufar; ital. sbuffare; rom. bufar. Le berrich. dit 
bouffer, lepoitev., buffer. Anc. franc, bouffer et buffer. Ce mot, d'après M. de Che- 
vallet, est d'çrigine germanique : holland. puffen, poffen, souffler ; and. to puff, it.; 
allem. puffen, buffen, gonfler en soufflant dedans, être gonflé, être bouffi. 

9. Ochuaui'O , indic. prés. &'ôchuÔ%à, Dom Duclou ne donne que le verbe réfléchi 
s'achiLÔzâ, ce formé, dit-il, de suau qui se prononce chuau, s'apaiser, devenir doux 
en parlant du temps ou du vent; — chuau, suau, doucement, sans bruit, posément, 
lentement, bellement; et aussi, peu, pas beaucoup ». Rom. assuauzar, adoucir, apai- 
ser, calmer, de suau (lat. suavis), suave, agréable, doux, tranquille; catal: assuavar. 
L'ancien franc, avait achoiser, achoisier, dans le môme sens. 



— 84 



LOU PEYSAN E SOU MEINAGEI 



LE PAYSAN ET SES ENFANTS 



TrôbôUan, bôlian-noû coussei * : 

Fourtuno vizo de mal ei^ 
Un delezei '. 

Voù 'n vô bôliâ no prevo eicrito. 

Un peizan qu'èrio un boun pinar *, 
- Sur lou pouen de quîtâ lo vito, 

Tiro soù meinagei ô par, 
: E leur di : « Moû efan, gardâ-voû bien de vendre 

Ion be que iô voù vô ieissâ. 
Lî- o un trezor cota s; ne voû dize pâ Tendre ^ : 

Qu'ei ô v'aulrei de lou chercha. 

Ne rencurei^ pâ vôtro peno ; 

Vira ton san-dessû-dessoû, 



Travaillons, donnons-nous du 
cœur; — Fortune voit d'un mau- 
vais œil — un fainéant. — (Je) 
vous en vais donner une preuve 
écrite. — Un paysan qui était à 
Taise, — sur le point de quitter 
la vie, — tire ses enfants à part 

— et leur dit : « Mes enfants, 
gardez- vous bien de vendre— 
le bien que je vous vais laisser. 

— (Il) y a un trésor caché ; (je) 
ne vous dis pas Tendroit: — 
c'est à vous de le chercher. — 
Ne regrettez pas votre peine ; — 
tournez tout sens dessus des- 



^- 1 . Bôlian-noû coussei, littér. donnons-nous conseil , et , par extension , donnons- 
HaoHjs du coeur, du mouvement. Le mot conselh, dans la langue romane, signifiait aussi 

dessin, résolution, détermination. C'est par suite de la même association aidées qu'on 

dit en françois délibéré, déterminé, 

2. De mal ei, de mauvais œil. Le patois de la Haute-Vienne n'a pas séparément le 
c masculin mal, mauvais, mais a le féminin, mâlo. 

3, Un delezei, littér. un de loisir; basiim. dele%er. On trouve cette expression dans 
: lies patois du Nord : à Rennes, adlem, fainéant. 

4» Un boun pinar, un bon richard. Le terme 'est aussi bas-lim. et On appelle ainsi, 

«dit Vialle, un cultivateur qui est bon enfant et qui est dans Taisance. On est tenté de 
. <5roire qu'il vient de propinare, boire. Ce qui confirme celte conjecture, c'est que, dans 
î .i^otre patois, quand nous trouvons du bon vin, nous disons : vezoti de bouno pinaro. 

Quand un homme a bu un coup de trop, on dit : ô pinora ». Nous n'avons retrouvé 
: ce' terme dans aucun des dictionnaires de la langue d'Oc que nous avons sous la main. 
, Jlo^s doutons qu'il soit usité dans les patois du Nord Cependant le bas-breton a ab- 

.^luiaent la même expression avec la môme nuance : Pinard, dans Le Gonidec, « richard, 
a celui qui a beaucoup de bien et peu de mérite». Malgré Tanalogie de forme, ce terme, 
.iji^p^i cantonné, ne nous semble nullement dériver ni du latin propinare, ni du grec 

pineîn,. boire. 

5. C3ia, caché, se côtâ,se cacher; bas-lim. ocota, couvrir; langued. acata. Tous 
ces termes ont aussi Tacception de blottir (V. la note 9 de la pag. 31). Bas-bret. ku%a, 
cacher. 

6. Vendre ne rime pas avec vendre, Taccent tonique portant sur la deuxième syllabe 
dans Vendre et sur la première dans vendre. 

7. Rencurei, 2« pers. plur. de Timpér. de rencurà, « regretter, être fâché de quelque 
perte » (Dom Duclou). Le bas-lim. roncura, signifie se plaindre amèrement, mais, 
plus particulièrement, sentir de la douleur : roîicuro lou ventre, il a mal au ventre. Le 
langued. et le provenç. disent aussi se rancura, se plaindre, se fâcher; gasc. rancura, 
réclamer. On dit à Bordeaux rancur, regret ; portug., espagn., catal. rencor, rancune, 
haine, ressentiment; rom. rancor, rancune, rancura, récrimination, rancurar, repro- 
cher, se plaindre; ital. rancurare; anc. franc, rancueur, rancœur, « haine cachée et 
invétérée qu'on garde dans le cœur; rancurer, se plaindre amèrement » (Roquefort). 



— 85 — 

Cincanto ve si fô ; voù iroubôrei lo \eno 
Qu'ô là fi po voû randre ûroû. » 

Jujâ si queu discour lour me marteu en teîto ! 

Lou pai n'o pâ pûtô vira lou blan de Tei, 
Que chacun de î se fai feilo 

De fa jugâ lou pi, lo treucho® mai Tôplei. 
V'ôriâ gu plôzei de loû veire 
Môgnâ lo fourcho, lou râteu, 
Lo palo, lou quîte sarceu ®; 
foudrio vei vu pèr ô creir^. 
Coumo queu be fugue picha ! 
S1 troube pâ d'argen cocha; 
Ma lo tèro, bien remudado, 
Bien fino, bien- eicôssounado*^, 
Prouduige diei ve ma! de bla 
Que s'en guei culi de lo vito, 
Din-t uno tèro si pitito. 
Qu'èrio justômen lou trezor 
Que viô proumei lou paubre mor. 

Proufitan tou, si uoû soun saget, 
De Feizample de qui meinaget 
£ de lo leiçou de lour pai ; 
Ma surtou n'ôblidan jômai 
Que lou trezor qu'un deu prezà loti mai, 
Qu'ei lou trôbai. 



sous, — cinquante fois s^il) 
faut ; vous trouverez la veine — 
qui, à la fin, peut vous rendre 
heureux. — Jugez si ce discours 
leur met martel en tête 1 — Le 
père n*a pas plutôt tourné le 
blanc de Toeil, — que chacun 
d'eux se fait fête — - de faire jouer 
le pic, la houe et la charrue. ■— 
Vous auriez eu plaisir à les voir 
—manier la fourche, Je râteau, 
— la pelle, et même le sarcloir. 
— (Il) faudrait l'avoir vu pour 
le croire. — Comme ce bien fut 
pioché! — (Il ne) s'y tï'ouva pas 
d'argent caché ; — ip,ais la terre, 
bien remuée, — bien line, bien 
divisée, — produisit dix fois plus 
de blé — qu'(il).s'eri fût cueilli 
de la vie — dans une lert^afuisi 
petite.— C'était justement le tré- 
sor— qu'avait promis, le Pî^iîNXe 
mort. , i 

Profitons tous, si i)ous som- 
mes sages, — de l'exemple de 
ces enfants — et de la leçon de 
leur père ; — mais surtout n^ou- 
blions jamais — que le tuésor 
qu'on doit priser le plus, •*— 
c'est le travail. ' 



8. Trencho, « pioche courbe dont le fer est large et mince; en bas-bret. trainch y> 
(DoM DucLOc) ; bas-lim, trentso, houe ; langued. trenco; provenç. trencho, inStruAfient 
à trancher, rom. trencar, trench ar (lat. truncare); anc. franc, trenche, instrtmefnt 
propre à couper la terre, bêche; berrich. tranche ; pioche'tranche,i^ioche de piônftier; 
poitev. tran et tranc. 

9. Sarceu, a sarcloir, instrument pour ôter les mauvaises herbes; en ital. stir- 
chiello ; en lat. sarculum » (Dom Duclou). Bas-lim. sarcel. Dans l'ancien français sarèel 
était le nom de l'aiguillon dont on pique les bœufs. '^ 

10. Eicôssounado, divisée; eicossounâ, a émotter, rompre les mottes de terre dans 
un champ labouré, au lieu d'y faire passer la herse » (Dom Duclou). « Côssou, moite 
de terre labourée » (ibid*). Bas-lim. escossouna. « Nous appelons cassas, di(Béro«îe, 
les mottes de terre qui se forment dans les champs. Briser ces mottes avec la tête; du 
boyau, ou autre instrument, se dit escossouna » ; berrich. écassonner, de casse, moilet 
de terre, glèbe ; anc. franc, casson, item, ; '^ 



« lOïjV; 



■c Jii:. I 



slCiil Cr , « 



■ • • • ,0.'i'/ 1 
7*-^ no irp Ct^^Tàjjvni 



86 — 



LO FILIO 



LA FILLE 



Uua de quelâ levo-nâ 

— Filîo countio s'en manco pâ, — 
Qu'èrio di lo flour de soun- âge, 

Ossei gento de cor e bravo de \izag6 

— Bouno envio de se môridà, — 
Voulio chôzî caucu que guesso pèr partage 

L*eime, lo doûçour, lo bounta, 
L'doonr e lo delicôtesso, 
De PÔittour e de lo sôgesso, 
Dô tôlan, de lo poulîtesso, 

De lo finesso, 

De lo riehesso, 

De lo noblesso ; 
Lo lofi vo^io sôben, ma sei eitre enteita 
-^ Ghaitizo râro dî quel eita — . 
J'ône^ gefite, bien planta ; 
En un mou, queîo mijôreij/o 
S'èrio fourado dî Videîyo 
Que queu que sirio soun- eîpou 
Ne fusso ni fre nî jôloû 

— Remarcâ bien quelâ doua cliôz^î ; 
Lo Kl voulio pieptan subre tou-t ôtrà chôzà, - 
Ë li fouli(>, en un mou, lo perno^ dô gôlan. 

S'en prezeni-e de pitî mai de gran, 

De fringau, 

D'eiïegan, 
Toû bien richei, toû de noblesso ; 
Ma, fièro coumo no princesse, 
Lo prétend de toû lo blesso ; 
E, tundido^ de vônita, 



Une de ces lève-nez — (fille 
comme (il ne) s'en manque pas), 

— qui était dans la fleur de son 
âge, — assez gentille de corps et 
jolie de visage, — (bonne envie 
de se marier), — voulait choisir 
quelqu'un qui eût pour partage 
Fesprit, — la douceur, la hontes 

— rhonneur et la délicatesse, 

— de Tamour et de la sagesse, 

— des talents, de la politesse, 

— de la finesse, — de la ri- 
chesse,— de la noblesse; — elle 
le voulait savant, mais sans être 
entêté — (chose rare dans cette 
profession),— jeune, gentil, bien 
planté ; — en un mot, cette mi- 
jaurée — s'était fourré dans l'i- 
dée — que celui qui serait son é- 
poux— ne fût ni froid ni jaloux 

— (remarquez bien ces deux 
clauses;— elle les voulait pour- 
tant sur toutes autres choses], 

— et (il) lui fallait , en un mot, 
la perle des galants. — (II) s'en 
présenta de petits et de grands, 

— de fringants, — d'élégants, 

— tous bien riches, tous de no- 
blesse; — mais, fière comme 
une princesse, — la prétention 
de tous la blesse ; — et, gonflée 
de vanité, — elle trouve ces 



1. Perno, perle; ne se trouve ni dans le Dict. has-lim. de Béronic ni dans le Dici. 
langued. de Sauvages. Le primitif latin est pernâ, jambon, d'où pernula, et, par syn- 
cope, perla, usité en rom., en catal., en espagn., en ital. a Les pernes, dit Pline, sont 
une espèce de conque qui abonde autour des îles Ponties : on les y trouve fichées de- 
bout dans le sable , où elles présentent l'aspect d'un lon^ jambon ». On lit dans Du 
Cange : « Chronic, casin, lib, 3, cap. ultim,: Coppetellœ ae pernis 3. Id est de conchis 
istis vulgo a nacre de perles », ita vero latinis dictée conchae marinae, c quibus colli- 
gun^ur margaritae seu uniones, quos inde perlas vocamus quasi pernulas ». 

2. Tundiy -do, c'est proprement gonflé au point d'avoir la peau tendue. Dom Duclou 



- 87 - 

Lo Irobo qui parlî iro cheilî de meita : partis trop chétifs de moitié. — 

«Orne? dômoundeentau! Coumenlse -.,%^ "?^^^- ?f ^!?/ii^" 

- reils!... Comment! se dit-elle, 

[disse-t-elo, — croient-ils bonnement que 

Crezen-t-î bounômen que perde lo cervelo? (je) perde la cervelle? — Une 

No filio coumo me !... Ma lo gen soun doun fô! ^'^^^ ^^omjne moi!... Mais les 

T., jv . , * «• gens sont donc fous! — Une 

No dômoueizelo coumo fo demoiselle comme il faut — 

Pourio-lo s'ôvezâ Ô-d-un pôriei vizage ? pourrait-elle s'habituer à un 

E loû troube bien- elfrounta pareiryisage?-Et (je) les trouve 

TV ,* , Y ., bien effrontés — de me parler de 

De me parla de môridage ; mariage ; - en conscience, cela 

En coussinço, quo fai pieita ^î » fait pitié ! » — Bref, aucun ne 

Bref! pen li- ôgrâdo dî lo foub. î"! agrée dans la foule. - Ce- 

A j»x • • " • u u I lui-ci avait 1 esprit pointu com-i 

Queudôqui violespri pounchu coumo no boulo ; ^g^ne boule; -cet autre avait 

Quel autre vio Ter d'un bôdau ; Tair d'un badaud ; — d'aiitres le 

D'autreî lou nâ entau-entau. "P de telle ou telle façon. -— 

n y- s. - X • u C était toujours quelque anicro- 

Qu erio toujour caueo ônicrocho, ^he, - car une précieuse a dans 

Car no precîzo o dî so pocho sa poche — toujours quelques 

Toujour caucâ rôzoû, dô min*cauque encheizou, raisons, du moins quelque pré- 

n.,«^ i'^ ^«„:^ Ar. ^*«^ ^r... texte,-— quand elle a envie de 

Quan 1 o envio de dire nou. ^^.^ ;^^ 1. Après les bons par- 

Oprei loû boû parlî se prezenten loû mindrei. tis se présentent les moindres. 

Qaî-qui, lo loû fôgue vira coumo dô guindr^è *. — Ceux-là, elle les fit tourner 

f ^ «r>« #X/vî/v o^«« A;KXf^»/^: comme des dévidoirs. — Elle en 

Lo nen «gio^oun- eibôtouei. ^^-^^.^ ^^^ .^^^^ _^^^^, ^^^ 

« Ah ! moun Di ! fo plo que chio bouno, Dieu I— (il) fautbien que (je) sois 

Se disio- t-elo, pèr ne pâ bonne,— se disait-elle, pour ne 

Lour bôrouHâ mo porto ô nâ! rnTzr-lStSdTncTùe^ 

Crezen-t-î doun que chio gâto de mo persouno? je sois lasse de mapersonne? — 

Diômarce ! deicho-qui moû Jour soun sei einei. Dieu merci, jusqu ici mes jours 

Là ne, derme de boun soumei; SSxïïtlo'n^^il?;'- 

Meimo, n'ai pa po quan co touno ; même, (je) n'ai pas peur quand 

Quoique soulo rize toujour. il tonne; — quoique seule, (je) 

Oiiî spntimpn mp fan ônour • "^ toujours. — Ces sentiments 

Uui seniimen me lan onour , ^^ ^^^^ honneur ; — et qu'(ils) 



ne donne au verbe tundî que l'acception de résonner ou retentir ; mais on trouve dans 
le pat. provenç. toundi, enflé, dérivé du lat. totundus, d'après M. Honnorat. Lerom. a 
tentir et tendir, retentir, tiré, selon Raynouard, du lat. tintinare. Tenons-nous-en au 
roman, et n'acceptons que sous toutes réserves les étymologies données par M. Hon- 
norat et Raynouard. On s'explique à la rigueur, par métonymie , comment le bruit 
produit sur une chose enflée a pu arriver à signifier le gonflement lui-môme. L'anc. 
français avait aussi tentir, pour retentir, 

3. Pieta, pitié; c'est le lat. pietas, piété, dont le sens a été détourné. La même alté- 
ration se remarque dans le bas-lim. et le langued. pieta, le catal. et le rom. pietat, 
l'ital. »iefà, l'espagn. piedad. L'anc. franc. 2L\3iiipietable, pitoyable. 

4. Ôuindre, plur. guindrei, dévidoir. Ce mot, que ne donne pas Dom Duclou et que 
nous ne retrouvons dans aucun des lexiques méridionaux que nous avons à notre dis- 
position, appartient à la langue d'Oil et est d'origine germanique. Guindé, en cham- 
penois, « machine cylindrique , grosse comme un tonneau , formée de petites tringles 
en bois, servant à 1 ourdissage des chaînes » (Tarbé). Guindre, dans le Dictionnaire 
de Trévoux, petit métier servant à de pauvres gens à qui les manufacturiers donnen* 
les soies qui ont été filées pour les doubler ». Allemand winde, dévidoir, windefi,ûé^ 
vider; hollandais winden; anglais ta wind. Sur la permutation du w en gf« , voyez de 
Chevallet, 11, 89, 



— 88 — 

E que ne couatan pâ que cbangne de lingage ». 
Emretandi, lo belo preB de Tag^ ; 

Co se counei sur soun via^ge. 

Boun sei bouno ne loù gëlan ! 

Lo dômouro en tau doû-lrei an. 
là fî lou chôgrin se me de lo partid() : 
Li toumbo eauco den, li surve cauco rido. 
Lo pregno be dô far deicho dî lou côgouei ^; 

Ma qu'èrio sur queu viei minouei 
'n emplâtre de pôpiei sur no chambo de boueL 
Lou Ten, queu viei leirou qu'o lo den primo ^ e 

Li deifigure lo figuro, [duro, 

E li moùtre que so moursuro 

Se reparo pâ sur lo peu, 

Coumo sur là tour d'un châteu. 
Entre sa vieiliâ den lo belo nen murmuro, 

Ma soun mîrei, queu iingôgei, 

Trenlo ve pèr Jour teito-ô-teito 

Li fai couneitre lou dangei 

De dëmourâ tanti-meneito. 

li di que se f5gio ten, 
Si lo voulio un piti tâtâ dô sacrëmen. 

De ne pu ranvouyâ lo feito. 

Lo lou eregue fmalômen ; 

E quelo belo deigouguoûzo 7, 

Tan precîzo, tan orgulioûzo. 

Se trobo Ô la fi bien- uroûzo 

D'eîpouzà certen malotru, 

Tou-t eiviarla, tou biscournu. 

Que peino dô cartiei n'ôvio jômai vougu, 

Mai que fugue lou bien vengu. 



ne comptent pas que (je) ckan- 

Se de tangage >. — £n atten- 
ant, la belle prend de Tâge; ~ 

— cela se connaît sur son vi- 
sage. — Bon soir, bonne nuit 
les galants 1 — Elle demeure 
ainsi deux (ou) trois ans.— A la 
fin le chagrin se met de la par- 
lie : — (il) lui tombe quelque 
dent, lui survient quelque ride. 
— Elle prenait bien du fard jus- 
que sur le chignon ; — mais 
c était sur ce vieux minois — 
un emplâtre de papier sur une 
jambe de bois. — Le Temps, ce 
vieux larron, qui a la dent fine 
et dure, — lui défigura le visage 
— et lui montra que sa morsure 

— (ne) se répare pas sur la 
peau, — comme sur les tours 
d'un château. — Entre ses vieil- 
les dents la belle en murmure; 
mais son miroir, ce bavard, 

— trente fois par jour, têle- 
à-tôte, — lui fait connaître le 
danger — de demeurer tanle- 
dévote. — - Il lui dit qu (il) se 
faisait temps, — si elle voulait 
un peu tâter du sacrement, — 
de ne plus remettre la fête. — 
Elle le crut à la fin, — et celle 
belle dédaigneuse, — si pré- 
cieuse, si orgueilleuse, — se 
trouve à la fin bien heureuse — 
d'épouser certain malotru, — 
tout éreinté , tout biscornu , — 
qu'aucune du quartier n'avait 
jamais voulu, — et qui fut le 
bienvenu. 



^.Côgouei, « le derrière du cou », le chignon; rom. cogot, coguot, nuque, chi- 
gnon ; catal. cogot; espa^n., portug. cogote. 

6. Primo, pointue, mince, déliée; le masc. est inusité. Bas-lim., langued., gasc, 
provenç., dauphin., lyonn. primy-mo, menu, tin, délié, grêle; catal. prim; rom. prim, 
délicat, délié, dégagé, mince, subtil, fin, léger; anc. franc, prin, mince, menu, délié, 
délicat; bas-bret. prim, trop petit; gall. prin, avare. Raynouard dérive ce terme du 
lat. primus; M. Fauriel lui donne avec plus de raison une origine celtique. 

7. Deigougnoûxo , « dédaigneuse » (Fouc); ne se trouve pas dans Dom Duclou. Le 
bas-lim. a degoougna (de de et gaugno, joue, qui se dit aussi en Auvergne), faire des 
grimaces, rechigner; degoougna, refrognô, grognon; langued. degoougna, déconte- 
nancé ; degfat^gfna caoucu, contrefaire cjnelqu'un; degaougnaire, moqueur; degaou- 
gnado, geste de mépris ou de mutinerie , rebuffade ou refus accompagné de paroles 
dures. Dans le Tarn, degoougna, contrefaire, tourner en ridicule. Le provenç. n'a pas 
cettfe série de tei'mes. Si ces- expressions sont de la môme famille, elles semblent déri- 
vée^' dil roiti. 'èA«rnrA, puie de -poisson et ausèi amygdale, ital. gavigne. Par suite d'une 
resè'èmblà'rt'ête'ée fdrftiê?nde'0€iuleiir et de^ position avec les tfuîes du poisson, le patois 
limousin a appelé gagna les écrouellcs et plus particulièrement les cicatrices que laisse 



- 89 — 

Quelo 5vaDturo ei ôribado, 
E queu counte n'et'pi inventa pèr ptSzei ; 
Car couneisse mai d^uno fado^ 
Que s'en- ei mourdudo loû dei. 
Ma quelo istôrio noû fai veire 

Que ne fô pà leîssâ p5ssâ soun ren. 
Quan-t un lou trobo Tun lou pren. 
Tou marchan qu'o perdu so vendo, 
E que, pèr fâ lo countrebendo, 
Empluyo lou se mai lou vèr, 
Qu'ôpregne bien queu darniei vèr : 

Pèr tro sorâ fanguilo, l'un lo pèr. 



Celle avenlure esl arrivée, — 
^t ce-conte n'est pfts invente pHà' -* 

SlaisirçH^^bfti (je) d(iQQ{é9]pUl3 
'une folle — .qm ^en.q§t)mor- 
àu les doigls.-T-Mais celte his- 
' toire nous fait voir — C[ti*(ll) ne 
faut pas laisser passer son rang. 
— Quand on le trouve, roi^Tei j . 
prend. — Tout marchand qui a 
perdu sa vente, — et qui, poiir ' ' 
faire la contrebande, — emploip ■ » 
le sec et le vert, — qu'(tt) ap- 
prenne bien ce dernier ver^ : ~ 
Pour trop serrer l'anguiUe,'Vpn *' 
la perd, i '"• J 



ce mal. Il est vrai que, le rom. gaunha (ital. gavigne) signifiant aussi amygdale, le mot 
patois grawjfwo, maladie des glandules, est tout naturel. Remarquez Tanalogie qui existe 
dans cerlames langues entre le nom de celle maladie et celui du pourceau : Paloié lim. 
(/dgfwd écrouelles, gôgnou, cochon; lat. scrofulœ, scrofules, de scrofa, truie; gpecj l 
choïrades, de (;/ioïro$, pourceau. « Scrofules, maladie dite ainsi à cause de son analogie 
avec une affection propre aux porcs » (Nysten, Dict.). 

8. Fa, fado, « fat, imperlinent, sans jugement ; en lat. fatuus » (Dom Duclod) * mais 
cet adjectif, dans la Haute-Vienne, a plutôt le sens de fou, folle, qu'on lui donne en 
Bas-Limousin, selon Béronie. « Pour dire fat en français, nous avons le mot fc^ar » 
(Vialle). Il en est de môme à Limoges. (Voy, pag. 93, note 1.) 



LOU CHA E LOU RENAR 



LE CHAT ET LE Rf NAftb 



Lou renar e lou cha, coumo doû pitî sen, 
S'en nôvan en pèlerinage. 
Quan dô sen entau fan vouyage, 
Ce n'ei jômai ô lour deipen. 

L'un- o souen d'eitribâ* la poulâ dô vilage, 
L'autre gamo^ cauque froumage; 
Cbacu rôbavo ô qui mièr mièr; 
I fôgian un frico d'anfèr; 



Le renard et le chat, eômme 
deux petits saints, — s*en al- 
laient en pèlerinage. — Quand 
des saints comme celaJDanl YPy^r^ 

te, — ce n'est jamais à leurs 
épens. — L'un 'a- soin^de mcT- 
ner bon train les poules du viK,, 
lage, — l'autre escamotte fine^» 
ment quelque fromage ; — cha^ - 
cun dérobait à qui mieux mieux; 
— ils faisaient un fricot d\m-* . 



1. Eitribâ, a mener bon train » (Foucaud). Voy. ci-dessus, page 68, note 15. , > ; 

2. Gâmo, a escamote finement » (Foucaud). Ce terme n'est pas donné par I)qm . 
Duclou. Est-ce une altération du rom. gafar, gaffer, accrocher, saisir, mordre l^.jj^ : 
permutation du /'en b est naturelle, et il y a des exemples delà permutation du ^.<en'.^, 
m. {Voy. DE Chevallbt, t. il) D'un autre côté, M. Honnorat donne le provenç, ^fawîû^,.,; 
gamme, et, par extension, savoir, ruse : aver la gamo, connaître la rubrique, ayo,ix,Jf^.. , 
clef, d'où gamà, ruser, prendre avec ruse. On trouve dans les anciens auteur^,; flfi*^^... 
avec la signification d'esprit. « Gamme so dit, par figure, pour science^ capqici^ffif^^^oT 
dcTrévou.^). - . . , ,^ ^ .r,;,oufa 



- 91 — 

E le counselie bien de prenei bu meliour ; 

Autromen, gkvo 6 to carcasse) ! 

Pèr me... tè, veî! veiqui lou ineu.)> 
En meîmo ten, ô grimpo sur 'n ormeu 
Bien nau, bien grô, bien for, bien beu. 

Pèr queu mouyeh sôve so peu. 

Lou panbre renar pèr lo ieito ; 
cour, ô vai, ô ve; jômai pôrieiro feito 

Ne rôvio 10 be deigourdi. 

s'en fî coumo 'u eitourdi; 
entro din-t un crô, ma gaire n'î dômouro ; 
nen changno dô min die \e din-t <^ un quar 

Mettre Brifau e sou coufrai, [d'ouro; 
Qu'ôvian boun nâ, lou perdèren jômai. 

creu so vito ôssegurado, 

En gâgnan loti foun d'un teirier ; 

n'î fu pâ que lo fumado 

Ve deliôrâ lou preijouniei. 

Doû chei que sôbian lour meitiei, 

En lou r5pan pèr lo courguolo '', 

Li fan dansa lo carmagnolo. 

Tro d'espedieu soun 'n embôrâ 

Que gâto souven lou ôfà. 
forço de chôzî, lou meliour ten se passo ; 

E, pèr poudei venî ô bou 
De gagna tau proucei, de prenei talo plaço, 

N'î- o bien prou d'un, ma qu'o chio bou. 



tour; — et (je) le conseille bien 
de prendre le meilleur ; — au- 
trement, gare à ta carcasse ! — 
Pour moi, tiens, vois 1 voici le 
mien. » — En même temps, il 
grimpe sur un ormeau — bien 
haut, bien gros, bien fort, bien 
beau.— Parce moyen (il) sauva 
sa peau. — Le pauvre renard 
perd la tête ; — il court, il va, 
il vient; jamais pareille fête — 
ne l'avait si bien dégourdi. — 
Il s'enfuit comme un étourdi ; — 
il entre dans un trou, mais guère 
n'y demeure; — il en change 
au moins dix fois dans un quart 
d'heure i — maître Brifaut et son 
confrère,— qui avaient bon nez, 
(ne) le perdirent jamais. — Il 
croit sa vie assurée, — en ga- 
gnant le fond d'un terrier ; — 
11 n'y fut pas que la fumée — 
vint délivrer le prisonnier. — 
Deux chiens qui savaient leur 
métier, — en l'attrapant par le 
cou, — lui font danser la Car- 
magnole, 

Trop d'expédients sont un em- 
barras — qui gâte souvent les 
affaires. — A ïorce de choisir, 
le meilleur temps se. passe; — 
et, pour pouvoir venir à bout 
— dfe gagner tel procès , de 
prendre telle place, — (il) y en 
a bien assez d'un, mais qu*il 
soit bon. 



6. Din^t, dans; rom. dintz (lat. intm). Ici le t est plutôt euphonique qu'étymolo- 
gique. On dit ordinairement di et din, 

7. Courgnolo, « trachée-artère, canal qui porte l'air aux poumons » (Dom Duclod). 
En bas-lim. courniolo s'entend de l'œsophage et de la trachée-artère réunis; gasc. 
coumiolo; langued. courregnolo; provenç. corneissoueVi courneissouer ; lyonn. cor- 
gniola, corniole, gosier, gorge. M. Honnorat dérive ces différents termes du lat. eomu, 
corne, à cause de la consistance cornée de la trachée-artère. 



LOU DOU OMI 



LES DEUX AMIS 



Doû bou ômi restan ô Monomotapa 
S'eimôvan de bouno ômita. 
De tou lour Sen-Fusquen* î f5gian de meita. 



Deux bons amis habitant au 
Monomotapa — s'aimaient de 
bonne amitié. — De tout leur 
Saint-Frusquin ils faisaient de 



i. Sen-Fusquen, Saint-Frusquin, argent. M. Francisque Michel [Dict. d'argot) donne 



— 93 — 



Oiien! iô vô prenei moun- eipeiyo, mo cano; 

Qu'ô sio diable, qu'ô sio demoun, 

Qu'ei me que sirai toun segoun. [vito... 
Li- pà qui dire nou. Moun- or, moun san, mo 
— Co n'eî re de lou co qu'o côza mo visito, 

Disse l'autre, ma i' ai reiba 

Que iô te vegio erabôrôssa ; 
Iô sai vengu m'eicliarzî de lo chauzo ; 
E co n'ei ma moun raibe qu'en ei cauzo. 

Sai counten que co ne sio re; 
Torno-t-en di toun lie, me m'en torne cfaà me. » 



Voû que legissei queb îstôrio, 
eau dô doù bôliôriâ-voû lo glôn'o 
E lo paimo de Tômita ? 
Lou probleime vô be lo peno 
D'être tou de boun médita. 
Pèr me, no cbauzo bien certeno, 
Qu'ei que lou véritable ômi 
Dô cœur se troubâ lou chômi, 
Chercho nôtrei bezouen deicho ô foun de nôtre 
Pèr noû servi, ne cren ni fe ni flâmo, [âmo, 
E si, pèr noû ô cren cauque deirei ^, 
Un raibe, un bru, un re li côzen de l'einei. 



cane ? — Allons ! je vais pren* 
dre mon éçée, ma canne; — 
qu'il soit diable, qu'il soit dér 
mon, — c'est moi qui serai ton 
second. — (11 n') y a pas là (à) 
dire non. Mon or, mon sang, 
ma vie... » — a Ce n'est rien 
de tout cela qui a causé ma vi- 
site> — dit l'autre ; mais j'ai rêvé 

— que je te voyais embarrassé ; 
— je suis venu m'éclaircir de la 
chose ; — et ce n'est que mon 
rêve qui en est cause. — (Je) 
suis content que cela ne soit 
rien ; — retourne-t'en dans ton 
lit, moi je m'en retourne chez 
moi. 

Vous qui lisez cette histoire, 

— auquel des deux donneriez- 
vous la gloire — et la palme de 
l'amitié Y — Le problème vaut 
bien la peine — d*ôtre tout de 
bon médité. — Pour moi, une 
chose bien certaine, — c'est que 
le véritable ami — du cœur sait 
trouver le chemin, — cherche 
nos besoins jusqu'au fond de 
notre âme, — poumons servir, 
ne craint ni feu, ni flamme, — 
et, si pour nous il craint quel- 
que malheur, — un rôve, un 
bruit, un rien lui causent du 
tourment. 



6. DeireL Les éditions précédentes portent d'eyrei, ce qui est une faute, a Deirei, 
désastre, accident fâcheux, malheur; en bret. dizeûr y) (Dom Duclou). C'est le rom. 
DEsuEY, désordre, désarroi, trouble, tourment (du primitif rai, lat. radius, rayon, trait 
de lumière, qui a donné rega, raie, sillon). Ce mot sous les formes deroi, desroi, qui 
nous ont donné désarroi, est fréquemment employé dans les trouvères. On rencontre 
souvent derei, dans les poésies de Marie de France. Berrich. deroyer, dérégler, égarer, 
déranger. 



L'OME E SOUN- EIMAGE 



l'homme et son image 



Un fôdar* que s'eimavo forço. 
Mai que, subre queu pouen, n'ôvio pâ de jôloû, 

Dî lo meulo mai dt l'eicorço. 
Se cregîo bounômen lou pu beu dô garçoû. 



Un fat qui s'aimait beaucou]), 
— et qui, sur ce point, n'avait 
pas de jaloux, — dans la moelle 
et dans l'écorce, — se croyait 
bonnement le plus beau des 



1. Fôdar, -ardo, a niais » (Dom Duclou) ; bas-lim. « fodar^ -asso, celai qui a la tète 
exaltée et qui môme]a perdu une partie de ses facultés nntelleotuelles » (Bs&onib). 



— 95 — 

• 

Pèr poudei mètre en sureta 
Tou-t ô lo ve so vônita 
E so pretendudo beuta. 
Ma veiqui be n'autro ôvanturo : 
No sourço d'aigo vivo e puro 
Vio qui fourma un superbe cônar ®, 
E Targen n'èrio pâ pu cliar 
Que lou cristau de quelo eitancho 7. 
D'ôbor nôtre orne s'î vegue; 
So figuro l'eipôrigue ; 
Tanquetan ô s'en fugigue, 
Pèr se cota trâ^ cauco branche. 
Ma lou cônar li plôgio for ; 
Vin ve pèr jouT ô lî tournavo, 
Vin ve pèr jour ô s'î miravo, 
E chaco-lo-ve^ s'î troubâvo 
Ore de pu for en pu for ; 
Mai ne vougue jômai vei tor. 

Quan i'ai chercha dî mo memôrio . 

Queio bravo pitito Istôn'o, 
(iu'ei be eiza, dôvinâ ente voulio venî? 

r ô vô dire ôvan de finî. [n'autrei ; 

Queu counte ei tou-t esprei fa pèr chacun de 

Loû mirei soun là sotizâ dô autrez; 
Noû ni crezen j5mai veire nôtre pourtre, 

Quoique ô si trobe tre pèr tre. 
E queu brave cônar ente chacun se miro, 

Que noû repousso e noû ôtiro, 

Que noû di tan nôtrâ varta, 

E que n'ei jômai eicouta, 

Qu'ei là Fôblâ de Lo Fountèno. 

Queu tan beu libre ei devengu 



pour pouvoir mellre en sûreté 

— tout à la fois sa vanité — et sa 
prétendue beauté. — Mais voici 
bien une autre aventure. — 
Une source d'eau vive et pure 
T- avait là formé un superbe ca- 
nal, — et l'argent n'était pas 
plus clair — que le cristal de 
ce vivier. — Aussitôt notre 
homme s*y vit ; — sa figure lui 
fit peur; — sur le champ il se 
sauva, — pour se cacher der- 
rière quelque branche. — Mais 
le canal lui plaisait fort ; — vingt 
fois par jour il y retournait, — 
vingt fois par jour il s'y mirait, 

— et chaque fols s'y trouvait — 
affreux de plus fort en plus fort; 
— et (il) ne voulut jamais avoir 
tort. 



Quand j'ai cherché dans ma 
mémoire — cette jolie petite 
histoire, — c'est bien aisé, 
devinez où (j'en) voulais venir? 

— Je vais le dire avant de 
finir. — Ce conte est tout ex- 
près fait pour chacun de nous ; 

— les miroirs sont les sottises 
des autres ; — nous n'y croyons 
jamais voir notre portrait, — 
quoique il s'y trouve trait pour 
trait. -- Et ce joli canal où cha- 
cun se mire, — qui nous re- 
pousse et nous attire, — qui 
nous dit tant nos vérités, — et 
qui n'est jamais écouté, — c'est 
les Fables de La Fontaine. — 
Ce si beau livre est devenu— de 



6. Cônar, canal, vivier. Cette corruption de forme a subsisté dans le nom d'une des 
rues de Limoges : rue du canard^ pour rue du canal, ainsi nommée dans le plan que 
Turgot fit dresser en 1769. L'altération n'est donc devenue officielle que postérieure- 
ment à cette époque. 

7. Eitancho, étang, « pêcherie, amas d'eau où l'on met du poisson « (Dom Duclou) ; 
bas-lat. ESTANCHiA, digue opposée aux eaux pour les empêcher de couler ; anc. franc. 
ESTANCHE, vivicr, étang, réservoir, lieu où Ton conserve du poisson; rom. estanc, 
ESTAiNcn (lat. stagnum), étang, et stanca, écluse, barrage. Le poitevin étanche signifie 
batardeau que Ton élève pour intercepter le cours d'un ruisseau, d'une rivière. 
M. Beauchet-Filleau {Gloss. poitevin) tire ce mot « du vieux français estanke ou stan^ 
che, écluse, chaussée, dérivé du rom. estancar, élancher, formé lui-même du verbe 
tancar, boucher, fermer, barricader. » 

8. Trâ, derrière; rom. tras, même sens; espagn., portug. tras; ital. tra ; provenç., 
laugued. iras; bas-lim. tra. Raynouard donne pour étymologie le lat. rétro, m 
arrière; nous préférons rapprocher tra du lat. tram, au-delà. 

9. Châco-le-ve. Nous avons déjà vu ce limousinisme page 82, note 3. 



~ 96 - 

D^ Toungan de mîtoun-mitèno, 
Qu'ei bou pèr tou loù mau e ne g5rt degu. 

Toujour, pertou, ehacua lou vanto, 
Noà trouben, dizen-noû, so moralo charmanto, 

E noû lou voleu toujour vei 

Dî nôtrù ma, soû nôtrei ei ; 
Ma quai ei lou vieiliar, lo fenno, lou meinag^ 
Que queu libre tan beu aye rendu pu sage? 
Helà! ehàcu de noû li se recounei be, 

Hà degu ne pren co pèr se. 



ronguent de miton-milaine, - 
qui est bon pour tous les maux 
et ne guérit personne. — Tou- 
jours, partout, chacun le vante, 

— nous trouvons, disons-nous, 
sa morale charmante, — et nous 
le voulons toujours avoir — 
dans nos mains, sous nos yeux; 

— mais quel est le vieillard, la 
femme, Tenfant — que ce livre 
si beau ait rendu plus sage?— 
Hélas I chacun de nous s^y re- 
connaît bien , — mais personne 
ne prend cela pour soi. 



LOU DÉPOSITARI INFIDEL 



LE DÉPOSITAIRB INFIDÈLE 



Grâcho 5 là filîâ de memôvio^ 
Deipel lounten i* ai chanta dî moii vèr 
Là beitià de tou Tunivèr; 
Beleu i* ôrio gu min de glôrto 
Si guei chanta dô grô seignour. 
r ai fa veire presque toujour 
Lou loû, courao gran persounagei, 
Parlan ô chei, dî mou oubrâgee, 
Lou lingage dô Dî ô tor e ô trôvèr. 
Ma beitià fan ô qui mièr mièr 
Toute sorto de personnage}, 
Loû û fô, loû autrei sagd, 
De mônieiro pertan (e cho di entre noû) 
Que loû fô soun loû pu noumbroû. 
Lo mezuro nen- ei toujour pu ôssimado. 
Pai moûtra no lounjo enûlado 
De troumpeur e de scelera, 
De tiran, d'esclavei, d'ingra, 
Dô impruden tan que tèro, 
Dô so, dô fa, dô flôgourneur; 
Mai pourio be dire d'enguèro 
No jôdiliado * de manteur. 



Grâce aux filles de mémoire, 
— depuis longtemps j'ai chanté 
dans mes vers — les bêtes de 
tout l'univers ; — peut-être j'au- 
rais eu moins de gloire — si 
j'eusse chanté des grands sei- 
gneurs.— J'ai fait voir presque 
toujours — les loups, comme 
grands personnages, — parlant 
aux chiens, dans mes ouvrages, 

— le langage des Dieux à tort 
et à travers. — Mes bêtes font à 

2ui mieux mieux — toute sorte 
e personnage, — les uns fous, 
les autres sages, — de manière 
pourtant (et soit dit entre nous) 

— que les fous sont les plus 
nombreux ; — la mesure en est 
toujours plus comble. — J'ai 
montré une longue enfilade — 
de trompeurs et de scélérats,— 
de tyrans, d'esclaves, d'ingrats; 

— des imprudents tant que 
terre ; — des sots, des fats, des 
flagorneurs, — et (je) pourrais 
bien dire encore— nnejattéede 
menteurs.— Tout homme ment, 



i.Jôdihado, « grande quantité » (Foucaud) ; expression que nous ne retrouvons pas 
dans les patois du Midi, même en Bas-Limousin. En Poitou, la forme est jadeautée, 
plein un wdeau. « Ce mot, dit M. Beaucbet-Filleau, a aussi une signification déconte- 
nance ou de quantité indéterminée, mais toujours un sens angraentatif : desjadeduUes 



— 97 ~ 

Tou-l ome men, o di lou sagg ; 
Ch' ô vio di tan soulômen : 
ToU't ome dô bâ eitage, 
Se pouriâ be eizadômcn 
Renjà de soun sentimen ; 
Ma soutenei que, sur lo lèro, 

Toû menten, gran e pilî ! 
Àh ! si cauqu6 autre ô guesso di, 
Mo fe, iô creirio bien qu'ô nen- ôrio menti. 
Teimouen lou boun- Eisope e lou sôben Homèro, 
JÔmai dô manteur coumo qui 
Ne sôrian pôssâ pèr menti. 
Lour meissunjâ soun vartôdieirâ ; 
N'en di pâ qui vô de pôrieird. 
Lou libre de chacun, de toù ten tan vanta, 
Durôro n'eiternita. 
Ma n'en ei pà tou de tnelmo 
De queu manteur que se meimo 
Un jour bôlie, sei s'en douta, 
La verjâ pèr se fâ foueitâ. 
Queu d'ôqui n'èrio ma no luro -. 
Voû vole countâ Fôvantur^?; 
L'ei drôlo tout-ô-fe ; 
Veiqui lou fe. 

Un marchan en parlen pèr cauque gran vouyage, 
Ne prejâ cauque ômi de dî soun vezinage 
De H garda nâ cen liôrâ de fèr 

Deicho qu'ô vendrio de sur mèr. 

Ente ô fôgio l'ôprentissage. 
« Moun fèr ? se disse-t-eu quan-t ô fugue tourna. 
—Vôtre fèr? disse l'autre en soun- èr counsterna ; 



a dit le sage; — s'il avait dit 
seulement : — tout homme du 
bas étage, — on se pourrait 
bien aisément ~ ranger d/^sqn 
sentiment; — mais soutenir 
que, sur la terre, — tous men- 
tent, grands et petits ! — Ah ! si 
quelque autre Teût dit, — ma 
foi, je croirais bien qu'il en au- 
rait menti. — Témoin le bon 
Ésope et le savant Homère. — 
Jamais des menteurs comme 
ceux-là — ne sauraient passer 
pour mentir. — Leurs menson- 
ges sont pleins de vérité; — 
n'en dit pas qui veut de pa- 
reilles. — Le livre de chacun, 
de tout temps si vanté, — du- 
rera une éternité. — Mais (il) 
n'en est pas tout de môme — 
de ce menteur qui lui-même — 
un jour donna, sans s'en douter, 
— - les verges pour se faire fouet- 
ter. — Celui-ci n'était qu'une 
grosse bête. — (Je) vous veux 
conter l'aventure; — elle est 
drôle tout à fait. — Voici le fait. 



Un marchand en partant pour 
quelque grand voyage, — alla 
prier certain ami de dans son 
voisinage — de lui garder un^ 
cent livres de fer, — jusqu'à ce 
qu'il reviendrait de dessus mer, 

— où il faisait l'apprentissage. 

— a Mon fer? » dit-il, quand 
il fut de retour. — a Votre fer? 
dit l'autre avec son air con4- 



d' soupe,,, beaucoup de soupe ». Quant kjadeau^ c'est le bas-lat. jadelLus, u sor(e de 
vase, dit Du Cange, peut-être le même que l'ancien franc. ;aZe, ou plutôtj'aWe y). Jatte 
est le bas-lat. gavata, gabata, que l'on trouve dans Isidore de Séville et dans Papias : 
a gavata, patena, vas, quasi cavatay^, Jadellus, ou plutôt un féminin, a. donné^au Haut- 
Limousin jôdilio, ce jatte, vaisseau rond et sans anses, fait d'une pièce do bois » (Dom 
DucLou). Jadeau est employé trois fois par Rabelais. Une note de M. Burgaud des 
Marets,run de ses derniers éditeurs, tradmi jadeau de vergne « petite jatte d'aune. Ces 
deux mots, ajoute-t-il, appartiennent encore aux'dialectes de la SaintongxJiet de la 
Touraine. "»» Jadeau est aussi auvergnat, et Roquefort le donne, comme. houfçuignon. 
Dans les anciens auteurs on trouve indifféremment j'ac^eaw, jadaulx^ jadeau^ jadiau, 
plat, jatte, écuelle, sébile de bois et hanaps. ' " " ^ 

2. Luro, s. fém., gros animal. Ce moi ne se trouve pas dans Dom..DucloiL; il-est 
cependant auvergnat dans le sens de « fainéant, poltron, bon à rien », et bas-lim. avec 
râiccéptio^ primitive de « gros chien qui n'iest ^on à rien, » qt iVcception'fjrgrfrf^'^ 



(le 



irf'éi 



feommê de bel extérieur bui'pai^aU.braic et nei^Test pk,1jiirfCantl jJafés^ÎT^ 
- oftj-'-cij/,.^^. ^Qxx^ f étrvwoiîs^ à îa' not« ^ cî-tiç'^s6iiti 'p'ùxir [e 6oi^0'mcM â'é'm 



fonio f 



Oprei co s'en ne couvidâ ^ — après quoi s'en alla in- 

soupâ ^'^^^^ — ^ souper — le père, 

r • . j *> • comme si de rien n'était. — Ce 

Lou pai, coumo si de re u^eno, ^ p.^.^e homme pensa mourir 

Queu paubre ome cuje fà ièvo —de Fenfanl qu'il avait perdu. 

Dô meinage qu'ô \io perdu. — « I^« chez vous, dit-il, et 

« De châ voû, disse-t- eu, mai d'ÔU6«r sai vengu ; ^''''j^^^SfUts. ^0"^;! 

N'ai gro, pèr lou segur, ni minja, ni begu, ni mangé, ni bu, — depuis que 

Deipei qu'ai perdu moun meinag<?. (j')ai perdu mon enfant. — (Jcjf 

N'ôvio ma queu, et caucu lou m'an gu \ ^'^^^^^ ^"^ f!^w ^^î^f' '^"®^" 

rv . ,^\ . » ' qu un me 1 0/if eu (volé),— sans 

Quereque di lou vezinage. doute dans le voisinage y>. - 

— Moun- ômi, h'ôcuzei degu, « Mon ami, n'accusez personne, 

Se disse lou marchah; plagne vôtro infourtun<?; - ^^^ le marchand; (je) plains 

jt^,: ..... ^ votre infortune ; — mais hier 

Ma, 1er 6 sei, sur lo bruno, au soir, sur la brune, — moi- 

Me meitno ai vu lou chôvan même ai vu le chat-huant — 

0«e nempourtavo voir, efan t^^^^^' - 

Ver quela vieilia môzurd. « a d'autres, dit le père, allez 

— d'autrei, di lou pai, nâ countâ quela lura ». conter ces histoires. — Dans 



la main sur les enjeux en s'écriant : degoulinâri ! que nous croyons n'être qu'une, 
altération de degu li no re, personne n'y a rien. Si degoulinâri venait d'un verbe. 
degoulenâ, il serait ancien et se retrouverait non seulement dans Dom Duclou, mais 
encore dans d'autres patois ; or il n'est cité ni par Béronie ni par l'abbé des Sauvages, 
ni par M. Cenac-Moncaut. Cependant fà un ûgoulinàri c'est aussi pratiquer au fond 
de la poque ou fossette un petit trou que l'on recouvre de terre et par lequel s'échap- 
pent et se perdent les billes de marbre qui sont retrouvées plus tard par le coupable. 
Dégoulina se dit encore à Limoges en parlant des liquides qui coulent goutte à goutte» 
ou des objets qui tombent un à un de l'endroit qui les contenait. C'est le berrichon 
dégouliner^ diminutif du roman deguolar ou degoUar, précipiter. 

6. Couvidâ, convier, inviter. Remarquez la tendance qu'a le Limousin à faire dispa- 
raître le n devant le /'et le v : couvidâ pour counvidâ; coufessî pour counfessî; coufrai, 
confrère; coufoundre, confondre; coufi, confire, etc. 

7. Caucu lou m' an gu, littér. « quelqu'un me Vont eu ». Sur cette syllepse y. p. 63;' 
note 6. Le verbe ôvei, avoir, prend en patois limousin les différentes acceptions de at- 
traper, voler, venir à bout de, tuer, etc. 

8. Quel lurâ, subst. fém., littér. ces leurres. Ainsi d'une part luro, au singulier,- 
signifie grosse bête, fainéant, bon à rien (Voy. note 2) ; de l'autre lurâ, au pluriel, a le. 
sens de bourdes, leurres. C'est ici le lieu de donner l'étymologie de ce terme; 
M. l'abbé Corblet (filoss. picard) indique, au mot luron, l'islandais luri, être pares^. 
scux. Cette étymologie mérite d'autant moins les plaisanteries de Génin {Récréât,, 
philolog.) que Von trouve dans le Dictionnaire breton de Le Gonidec, le subst. masc. 
luré, signifiant paresse , négligence, dans le dialecte de Cornouailles et dans celui de 
Vannes. Du reste Génin nous semble encore moins heureux que l'abbé Corblet en 
faisant de luron un diminutif de levrière, féminin de lévrier et signifiant proprement 
un petit lévrier, et, par extension, un jeune homme leste, sans souci, et qui ne 
demande qu'à jouer et à rire. M. Charles Nisard [Curiosit. de l'étym., p. 78) a entrovu- 
la vérité en dérivant luron de leurre ou loire, instrument de fauconnerie servant à 
attirer l'oiseau et à la faire venir sur le poing, et signifiant figurément appât, plaisir, 
qui tente et qui séduit, tromperie, caresse feinte. « Leuré^ ajoute M. Nisard, signifiait» 
par antiphrase, au xviir siècle, fin, rusé, déniaisé à force d'avoir été la dupe des 
autres. » De leure on fit leureau et de leureau, Leuron ou luron. Mais d'où vient lui-> 
même l'in&trumeiit de fauconnerie appelé leurre? Passons rapidement sur le latin 
lorum, courroie, étymologie donnée par Roquefort mais qui ne soutient pas l'examciT^. 
et ayons recours à M. de Chcvallet, expert en ces matières : leurre ou loire, d'après dct 
auteur, est d'origine germanique, comme la plupart des termes de chasse et do feu-» 



- 101 — 

If'ome ô toupî fugue rîsiWe, 

Ma Tome dô fèr fugue fi. 

En lour eizample qu'ei poussible 

De voû tenei pèr ôverli. 

Si cauque gran bôvar voû couut(> 

Cauco grande deirôzî, 
Pèr lou faire enrôjâ tou vî, 
Lo li countestei pâ ; ma, per li fa bien ounta, 
votre tour dijiâ nen piei : 
bôvar, bôvar e demiei. 



L^homme au pot fut plaisant, 

— mais rhomme au fer fut fin. 

— Avec leur exemple c'est (il 
est) possible — * de vous^ tenir 
pour avertis, — Si quelque 
grand bavard vous conté — 
quelque grande absurdité, — 
pour le faire enrager tout vif, 

— (ne) la lui contestez pas; 
mais, pour lui faire bien honte, 
— à votre tour dîtes-eri pis r^-L 
A bavard, bavard et demi. 



LOU MOUNIEI, SOUN FI E L'ANE 



LE MEUNIER, SON FILS ET L ANE 



Un jône drôle de quinze an 
E soun pai lou mouniei que n'ôvio cin ve tan, 

S'en ônôvian vendre lour âne. 

De pau que lour beitio s'eicâne S 
force d'ôvei marcha, 

E qu'ô chio tou-t eirancha *, 

En- 5riban ô marcha, 

I li meten loù pei en liasso, 
£, sei coumpôrôzou, î lou pourten tou vt, 

Coumo qui pourtôrio no chasso, 

Un jour de grando proucessî, 

Dî Tannado de TOstenct ^. 



Un jeune garçon . <iie quinze 
ans — et son père 4e meunier, 
qui en avait cinq fois autant,— 
s en allaient vendre leur âne. — 
De peuF que la. béte (ne) s'é- 
reinte, — à force d'a.voir mar- 
ché,— et qu'il soit tout boiteui, 

— en arrivant au marché, — ils 
lui mettent les pi6d$ en liasse, 

— et, sans comparaison, ils le 
portent tout vif — comme qui 
porterait une châsse', *- un jour 
de grande procession, — dans 
Tannée desOstensions. — ^^ Pau- 



1. S'eicânâ, « s'éreinter «.(Foucaud); « eicânâ, rompre les reins à quelqu'un, le 
réduire à marcher comme les canes; eicana, éreinté » (Dom Duclou). Le bas-lim a 
escorta, et )e langued., le provenç., le béarn., escana et escanna,mm dans le sens de 
égorger, étrangler, étouffer. M. Honnorat, qui voit du grec partout, propose le verbe 
ukainô, je dessèche. Il propose aussi Fitalien scannarCy égorger, couper la trachée- 
artère, canna. Il est possible que le patois provenç. escanna soit VitsÀiéxi' icannare; 
cependant nous ne voyons pas que le terme cana, roseau, ait été enwpJoyé par les. 
troubadours dans le sens de trachée-artère; il n*a ce sens dans aucun de^ glossaires 
patois que nous avons pu consulter. Il est singulier que Tidée d'éreintèr', attachée 
au patois eicânâ, soit propre au haut-lim. Il est probable que de TacôepticJn d'égorger 
et d'étrangler on sera passé à Tidée de marcher comme une cane^ pa? pj^. rçs&ejp- 
blance trompeuse d'expression. Le berrich. a aussi s'escaner, « s'esquiver domri/e un 
chien, la queue entre les jambes, du lat. canis » (comte Jaubert); mais c'est un autre 
ordre d'idées. ~ ' 

^.Eirancha, « boiteux » (Foucaud). Dom Duclou donne la même acception- Ane. 
franc, érangié, estropié, manchot, boiteux,; érangier, blesser, estropier, tei primitif 
semble être le rom. ancha, hanche. Le r peut avoir été introduit dans le verbe patois 
par suite de sa ressemblance avec le français éreinter. 

3. De rOstencîy pour de îâ Ostencî, des Ostensions, fêlesr religieuses du diocès^.de 



— 102 



«Paubrei CiiampôIimau*îdiloupremiei qucpasso, 

Lou pu une de v^aiUrei trei 

N'ei pâ de segur queu qu'un penso. 

Lou diable voû sèche loû dei ! » 
Lou mouniei counegue lei- doun soun- ignorenço, 

E sentîgue lou deiplôzei 

De pourta no sâlo bouric^?, 

Coumo qui pourto no relico. 

Tanquetan veiqui Fane ô ba. 

s'en plengue dî soun parla : 

« Qu'èrio, se digio-t-eu tou bâ, 

Pu brave de se fà pourtâ, 
Que de iroutâ. » 
Ma lou mouniei n'en tengue pâ de counte; 

Meimo 6 vô que soun drôle mounte. 
Pèr se, dôrei, trimavo de soun pe. 
Queu viei cregio bien fà, denguèro ô se troumpe. 

Trei marchan que, pèr ôvanturo, 

Pôssôvîan belômen ô pe : 

wVezei-voû quelo grando luro 

Se cârâ subre queu sôme », 

Penden que loû viei vai d'ô pe! 
N'eî-co pâ, dizen-t-î, lo pu crueb injuro 

Qu'un pèche faire ô lo nôturp? 
Queu beu moussu o bezouen de mounturo ! 

Mai, mo fe, noû t'en bôliôran, 

En-d un lôcai ô barbo grîza. 
Sauto ô tèro tanquetan ! » 

Lou pai, qù'o pô de cauco crîzo, 

Lour di : « Messieurs, voû fàchei pâ ; 

Noû voû volen be countentâ ». 



vres champaîimauds I dit le pre- 
mier qui passe ; — le plus âne 
de vous trois — n'est pas sûre- 
ment celui qu'on pense. — Le 
diable vous sèche les doigts 1 » 

— Le meunier connut alors son 
ignorance— et sentit le déplaisir 

— de porter une sale bourrique, 

— comme qui porte une relique. 

— Aussitôt voici l'âne à bas.— 
II s'en plaignit dans son parler. 

— a C'était , se disait-il tout 
bas,— plus joli de se faire por- 
ter, — que de trotter ». — Mais 
le meunier n'en . tint pas de 
compte; — même il veut que 
son garçon monte. — Pour lui, 
derrière, (il) trimait de son 
pied. — Ce vieux croyait bien 
faire, encore il ' se trompa. — 
Trois marchands qui, par aven- 
ture, — passaient lentement au- 
près : — ce Voyez-vous ce grand 
animal — se carrer sur ce 
baudet , — pendant que le 
vieux va de pied ! — N'est-ce pas, 
disent-ils, la plus cruelle injure 

— qu'on puisse faire à la na- 
ture ? — Ce beau monsieur a 
besoin de monture! — Et, ma 
foi , nous t'en donnerons, — 
avec un laquais à barbe grise l 

— Saule à terre lestement ! » 

— Le père, qui a peur de quel- 
que crise, — leur dit : « Mes- 
sieurs, (ne) vous fâchez pas; — 
nous vous voulons bien conten- 



Limoges, qui ont lieu tous les sept ans et qui durent quarante jours. Pendant ce temps 
on expose à la vénération du peuple les reliques de saint Martial et des autres saints 
dn diocèse. 

-i. Champôlimau, Champalimaud, nom d'une famille de Limoges, qui a fini par per- 
sonnifier l'habitant de cette ville , comme des Chalumeaux à Brive-la-Gaillarde. Un 
champalimaud est une espèce de jocrisse limousin qui appartient à légende. 

5. Sôme, ânon, diminutif de saumo, « ânesse, en bas-lat. sauma. Le mot saumo 
semble tirer son origine de sam, terme breton qui signifie charge » (Dom Duclou). 
Que ce terme soit congénère du bas-bret. samm, somme, charge, fardeau (en gallois 
et en gaélique d'Ecosse sou/m, en gaélique d'Irlande souim); quil dérive du grec 
sagma, charge des botes de somme, toujours est-il qu'il est d'un emploi fréquent 
dans la basse latinité, sous les formes sagma, salma, sâuha, et en rom. sous cette der- 
nière forme. Les patois ont peu altéré ce terme : bas-lim. saumo, ânesse; saumetm, 
petit de l'anesse, lorsqu'il tète encore; saumel, petit de l'ânesse, lorsqu'il est devenu 
un peu plus grand; gasc, langued., provenç. saumo, ânesse; catal. sauma et^att- 
rmera, item; lyonn. som^, some, it^m; dauphin, saumà, item. Vanc, franc, avait 
aussi some et somme, charge, fardeau. 



— 103 — 

Veiqui doun lou pai de mountâ. 
n'ôgue pâ fa trento pâ, 
Qu' î s'en van rancountrâ trei filêd 
« Vizâ, chiôplâ, queu viei môtou 
Que crebo queu gente garçou, 
Qu'o deijâ bezouen de bequiha, 
Penden que queu viei sôpôjou 
Se câro tôu soû sei scrupulo, 
Coumo lou pâpo sur so mnlo 1 
Eivenla^ subre soun pônen, 
Vizâ coumo ô fai lou vedeu ! 
Mai denguèro ô creu essei sage ! 
— N'î- O pu de vedeu ô moun- âge, 
Se disse lou viei tou trebla, 
V'ô dize tou pur e tou pla, 
Grandâ bringâ "î^, dounâ voû gardo! 
Sente deijâ que lo moutardo...» 
Ma là li bôrèren lou be, 
En châcuno soun colibe. 
reipounde, là repliquèren ; 
se fâche, là se fàchèmi; 
La Teitundiguèren si for, 
Qu'ô chôbe bounômen pèr creire d'ôvei tor. 
fai mountâ soun fî en croupo. 



ter D. — Voilà donc Iç père de 
monter.— 11 n*eut pas fait trente 
pas,— qu'ils s'en vont rencon- 
trer trois lilles : — « Voyez, 
s'il vous plaît, ce vieux matou 

— qui crève ce gentil garçon v 

— qui a déjà besoin de béquil- 
les,— pendant que ce vieux 
sapajou— se carre tout seul sans 
scrupule, — comme le papie sur 
sa mule ! —Étendu sur son pan- 
neau,— voyez comme il fait le 
veau! — Et encore il croit être 
sage I»— «(II) n'y a plus de veaux 
à mon âge, — dit le vieux tout 
courroucé; — (je) vous le dis. 
tout pur et tout plat,— grandes 
folles! donnez-vous garde...— 
(Je) sens déjà que la moutar- 
de... » — Mais elles lui fermée 
rent la bouche, — chacune avec 
son quolibet. — Us répondit, 
elles répliquèrent; — il se fâ- 
cha, elles se fâchèrent ; —elles 
r étourdirent si fort — qu'il fi- 
nit bonnement par croia-e avoir 
tort.— U fait monter son fils en 



6. Eivenla, étendu. Dom Duclou a omis ce mot, et nous ne le retr^^^ons ni dans e- 
Dictionnaire bas4vm, de Béronie, ni dans le Dictionnaire langued. de 1 abbé l^es sau- 
vages, ni dans le Dictionnaire gascon de M. Cénac-Moncaut. M. Honnorat se contente 
de donner le féminin eivenlado, étendue, et le masc. eiventa, étendu. Eivenia est pro- 
bablement une faute du copiste ; il faut lire civeinLa, Nous ignorons l ^tymologie de ce 
mot. Nous crovons que c'est une expression appartenant au vocabulaire des Doucne^-s 
de Limoges. Éivenla signifierait ce étendu comme un veau » et serait une coniraciion. 
dp pivpdpula 

7. Brinqâ'. Ce mot, que Foucaud traduit par « courantines », n'est pas, à proprement 
parler, pris en mauvaise part. Dans le Haut et le Bas-Limousin, il sjgn'''^. "°%S'J^"'^^ 
femme mal bâtie, et aussi une évaporée, une grande fille dégingandée qui nÇ fait que 
sautiller, que gambader. Ce terme est aussi auvergnat, avec une s'gn""=7,'°";/ J^" 
près analogue. Peutrêtre, du temps de Dom Duclou , n'avait-il pas encore 1 açceptrttû 
que nous fui donnons généralement; du moins notre bénédictin semble n en avoir 
pas eu connaissance, car il se borne à traduire bnngo par « «"quet^petit cheval taime 
et de vil prix, » ce qui n'est que le terme de manège, donné par M. Littré, n»»»» non par 
l'Académie: « 6rmVe,.subst. «m., cheval mal conformé, ponula^^^^^^^^^ 




gine celtique ou d'origine germanique : celtique, .. « ^^ - .^^^^ oo„tîiian 

Ba^bret. fnnga, sauter, gambader, danser, et l'anc. franc, frmguer, ^^^^^l;^^^\f^^^^ 
prendre des libertés, avoir des manières évaporées, dont il nous est reste ^ aaj^"ï 
fringant; germanique, il serait congénère de Tallemand spnngen,SB,uXev, spnn^v,'. 
danleur, (Ivalier aux échecs; angl., to spring. A Limoges, &mfifô, sa^^er, dan^^^^^^ 
folâtrer est d'un usage journalier. Passons légèrement sur le latin /re/»r«, naa>raepaï< 
Roquefort. 



— 10» — 

chôzî no vieilio môzurc; 

Pèr leâtre de l'ôvanturo ; 

se muni d'nn boun sedou 

En-d un prope cliô de lambourdo ; 
Sei re dire ô degu, pren so lanterno sourdo, 
Oribo, sur lou tar, vèr lo vieilio meîjou, 

E, d'uno mo bien rezoludo, 

cougno ô gran co de niarteu 
Soun grô cliô dî lou mur que n'èrio pâ nouveu. 

De lo premieiro secoududo, 

Veiqui que lou mur eibercha 
Toumbo ôveque un trezor que H èrio c5cba. 

Nôtre dezespera lou masso, 
Sei s'ômuzâ 
lou counlû, 
L'empourlo vitômen, e voû pauzo en so plaço 

Soun cliô, soun marteu, soun liôcô. 

Lou meitre dô trezor ôribo... 

juro, ô credo coumo un fô 
vouleurl ô secour! Ma, pî!... degu n'ôribo. 
« Coumen ! se disse-t-eu, sirai deivôliza 

De tan d'or qu*ôvio qui pôza, 

Que f5gîo touto mo fourtuno ! 
E ne me pendrai pâ?... Moun- armo! si f5rai, 

Obe de cordo mancôrai. 

Ma, pèr bounur n' i- ôvio qui uno; 

Car lou vouleur vio tou prévu, 

N'î mancavo ma* lou pendu. 

L'ôvâre nen f5gue Tofice 

— Denguerâ bien- ûroû pèr se 

Que lo cordo li coûtei re. — 

Fourtuno! quai ei toun côprice? 
NI- ôgue re de perdu: argen, pendu, liôcô, 

Tou fugue plôça coumo fô. 

Qaau leiçou2 poden-noû tira de quelo fâblo? 



que chose ». — 11 choisit une 
vieille masure— pour théâtre de 
raventure; — il se munit d'un 
bon lacet, — avec un propre 
clou de lambourde;— sans rien 
dire à personne, prend sa' laiû- 
terne sourde, — arrive, sur le 
tard, vers la vieille ryiaisou, — 
et, d'une main bien résolue, — 
il cogne à grands ooups de mar- 
teau , — son gros clou dans le mur 
qui n'était pas nouveau. — A la 

Ï première secousse, — voilà que 
e mur ébréché — tombe avec 
un trésor qui y était caché. — 
Notre désespéré le ramasse, — 
sans s'amuser — à le compter, 

— l'emporte vitement et vous 
pose à sa place — son clou, son 
marteau, son licol. — Le maître 
du trésor arrive...— Il jure, il 
crie comme un fou — au vo- 
leur! au secours! Mais, peuh !... 
personne n'arrive. — « Com- 
ment 1 se dit-il, (je) serai déva- 
lisé—de tant d'or que (i.)ayfii| 
là posé, — qui faisait toute ma 
fortune I — et (je) ne me pen- 
drai pas?.l. — Mon âme! si fe- 
rai, — ou bien de corde (je) 
manquerai. — Mais, par bon- 
heur, (il) y en avait là une ; — 
car le voleur avait tout prévu, 

— (il) n'y manquait que le 
pendu. — L'avare en fit l'office. 

— Encore bien heureux, pour 
lui — que la corde (ne) lui coû- 
tât rien. — Fortune! quel èsjt 
ton caprice ? — (11) n'y eut rien 
de perdu : argent, pendu, licol, 

— tout fut placé comme (il) faut. 



Quelle leçon pouvons-nous 



1. Ma, seulement; bas-lim. ma, mas, ou macan, rien de plus, rien que. Le lyonn. a 
ma que, littér. « mais que, excepté, sinon», et «pourvu que, à condition que ». Provenç. 
mes-que ou mai-qv£, a pourvu que, au cas que, à condition que ». Le rom. Mais, mas, 
MA (lat. ma^is)^ est souvent employé pour excepté, hormis : mas ieu que plan e.plçr^ 
excepté moi qui gémis et pleure (B. de Ventadour). On trouve aussi très fréquem- 
ment mais-que, mas-que, mai-que et notre préposition limousine mâquan' : Rede^'hk 
no y falh, masquan merces, rien de bien n'y manque, si ce n'est que merciv L'ancien 
français mes que est employé dans le môme sens. Mais que y à moins qu,ç,/dans le 
Berri. 

2. Qy^au leiçou, quelle leçon. L'adjectif quau, quel, est invatiable en èertains cas. 
Nous verrous plus loin (VAne e lou piti Che) ; • . ■'. 

' ' QtKV corejita ! te disse-h. 



— 106 — 

Que lo fourtuno n'ei pà fiàblo '. 

Soû côpricei soun dangeiroû ; 
Souveii, quan lo noû ri, lo se mouco de noù. 
Quan queb ingrato vô veîre 'n ome se pendra, 

Voû podei dire : qu'eî ficha ! 

Fôdro qu'ô chio pendigoulia * ; 

Lou paubre ome o beu s'en défendre. 
Ma, bien souvcn, qu'ei qiieu qu'ei lou pendu 

Que s1 devio lou min ôtendre. 

Lou Boun-Dî o entau vougu. 

Tau creu eitre en pa qu'ei en guèro ; 

Voû ne troubôrei sur lo lèro 
Re de segur, nou ma quan lo vertu. 

Quelo-qui ne troumpo degu. 



tirer de cette fable? — Que la 
fortune n est pas sûre, — Ses 
caprices sont dangereux; — 
souvent, quand elle nous rit, elle 
se moque de nous. — Quand 
cette ingrate veut voir un hom- 
me se pendre, — vous pouvez 
dire : c*est fichu! — (II) faudra 
qu'il soit pendu ; — Le pauvre 
homme a beau s'en défendre.— 
Même, bien souvent, c'est celui 
qui est le pendu — qui s'y de- 
vait le moins attendre. — ■ Le 
bon Dieu (Fja ainsi voulu.— Tel 
croit être en paix qui est en 
guerre; — vous ne trouverez 
sur la terre— rien de sûr, sinon 
la vertu. — Celle-là ne trompe 
personne. 



3. Fiable, fiâblo « n'est d'usage qu'avec la négation : quel ome n*ei gro fiable, c'est 
un homme à qui l'on ne peut se fier » (Dom Duclou). Nous ne retrouvons ce mot daus 
aucun des glossaires bas-limousin, gascon, languedocien, que nous avons à notre 
disposition,* cependant M. Honnorat le donne comme provençal. Âne. franc, fiable, 
croyable, digne de foi, auquel on peut se fier. Ce terme est resté dans le Berry. 

4. Pendigoulia, pendu, mot omis par Dom Duclou; fréquentatif péjoratif de Vendre. 
Le bas-lim. a pendoulia, mais non pendigoulia. Nous retrouvons notre expression 
dans le Languedoc et la Provence : pendigoula ou pendoula, pendiller, être suspendu. 
On dit pendouleja dans le Gers. Rom. pendegueillar, pendiller, pendre, être suspendu ; 
ital. penûgliare. 



liOU MEMBREI E L'ERTOUMA 



LES MEMBRES ET L ESTOMAC 



lô devio, pèr lo royôta, 
Ovei coumença moun- oubrag^ 
lo vizà dô boun coûta, 
Nôtre peitrau* nen- ei Teimag^: 

Ch'ô cauque deirei, tou lou cor s'en ressen. 

Un beu jour, countre se, loû membrei se pouffé- 
Pèr sarômen î s'engôgère» [ren *. 

De Tiôre toû bourgeizômen. 



Je devais par la royauté — 
avoir commencé mon ouvrage. 
A la voir du bon côté, — no- 
tre estomac en est l'image : — 
s'il a quelque dérangement, tout 
le corps s'en ressent. — Un. 
beau jour, contre lui, les mem- 
bres se piquèrent. — Par ser- 
ment ils s'engagèrent — à vivre 
tous bourgeoisement. — a Par- 



1. Peitrau, poitrail, poitrine, et, par extension, estomac; langaed, peitrau, peitrai 
ou petral; provenç. peitraU peitrau; catal. piiral; espagn. petral; portug. peitoral; 
ital. pettorale; rom. pbitral ; lat. pectorale. 

2. Se pouffèren, «se piquèrent » (Foucaud) ; se pouf A, se dépiter, dans Dom Duclou. 
Notrs neretrouivoils pas cette forme danns le Midi. M. Honnorat, du mot pouffèren, a 
fait l'infinitif se pouffeyrâ, qui n'est nullement patois. Dans l'anc. franc, se b&uffer 



— 107 — 



« Pardi ! noû soun de grandà lurâ, 
Se dissèren-t-î beitîômeu, 
De noû bôlia tan de turnien 
Pèr prepôra la farcidurâ' 
De queu Moussu Rojo-Bounten ! 
Oh ! fô qu'ô gagne so journado, 
qu'ô vive de l'èr dô leu. 
Qu'ei no chauzo bien decidado, 
E, queto ve, n'an prei nôtre parti ». 
Mai titen bien coumo î vian di. 
Loù veiqui doun qu'an lo loueino ^ : 
La ma ne volen pu re fà ; 
La den ne volen pu mâcha ; 
Loù pei, planta coumo no boueino, 
Refûzen nete de marcha. 
«Que Tertouma naue chercha 
Se meimo dî io minjôdoueiro, 
Obe qu'ô bufe so pedoueiro!)) 
Dissèren-t-î toû ô lo ve. 
Ma bientô î bisquèrent be. 
Deipei Tensei^ î languiguèren, 



dieu ! nous sommes de grandes 
bêtes,— se dirent-ils bêlement, 

— de nous donner tant de 
tourment — pour préparer les 
hachis — de ce Monsieur Roger- 
Bontemps. ~ Oh I (il) faut qu'il 
gagnesajournée,— ou qu'il vive 
de l'air du temps. — C'est une 
chose bien décidée, — et, cette 
fois, nous avons pris notre 
parti». — Et (ils) firent bien 
comme ils avaient dit. — Les 
voilà donc pleins de paresse : -— 
Les mains ne veulent plus rien 
faire ; — les dents ne veulent 
plus mâcher ; — les pieds, plan- 
tés comme une borne, — refu- 
sent net de marcher. — « Que 
l'estomac aille chercher — lui- 
même dans le garde-manger, 

— ou bien qu'il souffle sa ves- 
sie ! » — dirent-ils tous à la 
fois. — Mais bientôt ils enragè- 
rent bien. — Depuis le soir ils 



signifiait « s'enfler les joues de colère, de dépit ». Ce terme a la même acception dans 
le Centre : bouffer, houdev, touffeur, boudeur; bas-lat. buffare; rom. bufar, souffler; 
catal., espagn. bufar; ital sbuffare. 

3. Farciauro, hachis; bas-lim. forceduro; langued. farsun; provenç. farça; bas- 
lat. farsatura; lai. farcimen. Le fars bas-bret. n'est autre chose que le pudding 
anglais. Le roman avait farcis, farcir ; catal. farcire (lat. farcire). 

4. Lo loueino, « l'engourdissement » (Foucaud). « Loueino, s. fém., découragement 
pour toute espèce de travail » (Dom Duclou). M. Honnorat se contente de donner le 
mot comme Limousin, et n'en indique pas l'étymologie. Nous trouvons, dans le Gloss, 
du Centre, (.dourdène, lor dène, leur aine, éiourdissemenU s eriige momentané, tournis, 
migraine, indisposition, du français lourd, alourdir ». L'anc. franc, avait en effet lour- 
dein, lourdier, lourdin, idiot, lourdeau, maladroit, etc. Dans le cas où l'on accepterait 
pour notre mot patois l'étvmologie proposée par M. le comte Jauberl, on pourrait 
dire que loueino est à lordene et par syncope à lome, comme le mot boueino du vers 
suivant est à borne, 

5. Bisquèren, prétérit de biscâ; de même en bas-lim., en gasc, en langued., en 
provenç., enlyonn., en auvergn. M. Honnorat traduit ce mot par « prendre la chèvre », 
et M. Onofrio (Gloss. lyonn,) incline à admettre comme étymologie le mot bique qui 
signifie chèvre dans certains patois. {Surprendre la chèvrey\oy. Génin, Récr. philolog., 
T. I, p. 272.) Mais comment se fait-il que la plupart des patois qui ont le verbe n'aient 
pas le substantif? Le verbe bisquer appartient également aux patois du Nord ; il est 
en quelque sorte populaire partout; quelques auteurs l'ont employé, et M. Littné ne Ta 
pas omis dans son Dictionnaire. Cet auteur incline à penser que ce mot pourrait déri- 
ver du Scandinave bêsk; anc. angl. baiske, aigre. C'est possible : i' Beiskiaz, d'après 
M. E. Du Méril, signifie rager en islandais (V. i abbé Corblet, Gloss, picard); 2«nous 
ne retrouvons lo mot ni en allemand ni dans aucune des langues de l'Europe latine. 
Seulement il est singulier cjue ce terme ne soit donné par aucun des anciens dic^liu^r 
tionnaines français. Roquefort n'en fait pas mention. , ^. . 

Q.L'ensei,. UUér* L'ensoir, cômrtie on disait autrefois l'ûndeinain.^ Le Tona. SRfSi ^W4i 
ï^st général dans la langue d'Oc* ■ ." ■ . - ^ ^ ^ t • mî n . . ;;î 



— 109 — 



Wèrio Te en coump5r5zou 
De lo coueifuro malôneito 
Qu'un Sultan porto sur so ieiio. 
Un ' Aleman que Tentende, 
Tan-si-pau s'en fourmôlize, 
E, crezen li bôra lou be, 
Li disse : 
« Nôtre amperour ei pu for qu'un ne penso. 
N'o-iô pâ dî so dependenço 
No jôdiliado d'eilelour, 
Doun chacun fichôrio lou tour ^, 
Se tou soù, ô no grando armado, 
Bien uùrido, bien coumandado? 
— 16 sabe, reipounde lou Tur, 
Que vôtre amperour tapo dur; 
Ma soû eiletour e so glôrto 
Me fan souvenî d'uno istôrfo. 
Leissâ me un pau lo voù countà ; 
L'ei ancrado dî mo memôrio ; 
Pèr Maôme ! voû lî podei countâ ; 
De segur co n'ei pâ no craco ^. 
Un jour, i' èrio di no bôraco ; 
Veze venî un grô serpen, 
Bien teita *, car ô nen vio cen. 
venio tou dre vèr mo lojo. 
Sungniavo ô fa Jâque-Deilojo. 
Deijâ n'î- ôvio pu entre noû 
Màquan no gorce» de boueissoû 
Ëipinoû. 



me de raison,.— n'était rien en 
comparaison — de la coiffure 
malhonnête —qu'un sultan porte 
sur sa tête. — Un Allemand qui 
Tentendit, — tant soit peu s'en 
formalisa,— et, croyant lui fer- 
mer la bouche, — lui dit : — 
« Nôtre empereur est plus fort 
qu'on ne pense. — N'a-t-il pas 
dans sa dépendance— une mul- 
titude d'électeurs, — dont cha- 
cun donnerait le tour, — lui tout 
seul, à une grande armée, — 
bien nourrie, bien comman- 
dée ?» — a Je sais, répondit le 
Turc, — que votre empereur 
tape dur ; — mais ses électeurs 
et sa gloire — me font souvenir 
d^'une histoire. — Laissez-moi 
un peu vous la conter ; — elle 
est ancrée dans ma mémoire ; — 
par Mahomet I vous y pouvez 
compter ;— bien sûr ce n'est pas 
une craque. — Un jour, j'étais 
dans une baraque; — (je) vois 
venir un gros serpent, — bien 
fourni de têtes, car il en avait 
cent. — Il venait tout droit 
vers ma loge. — (Je) songeais 
à faire Jacques-Déloge, — Déjà 
(il) n'y avait plus entre nous 
— qu'une haie de buissons — 
épineux. — Ces cent têtes y 



2. Fichôrio lou tour, donnerait le tour. Faire voir le tour, c'est duper en langage 
argotiaue. «Nous avions le germe de cette expression dès le xiii* siècle » (Fr. Michel, 
Dict, d'Argot), 

3. Craco. M. Littré donne au mot craque une origine incertaine, « à moins, dit-il, 
que l'on ne suppose que la craque est une chose qui sonne, qui craque.,. A défaut de 
renseignements, on se demande si c'est la pièce de Collin-d'Harleville {M,de€rac dans 
son petit castel) qui a suggéré la locution de craque, ou la locution , qui a suggér,é Je 
nom du personnage ». Le doute ne semble pas permis. M. Fr. Michel [Dict.. a Argot, 
au mot craquelin) cite plusieurs exemples desquels il résulte que' lés tiiots ^craçwer, 
débiter des bourdes, donner des gasconnades, eioraqueur, miente'ur,.sont b)én anté- 
rieurs à la comédie de Collin-d'Harleville. Maintenant, d'où vieqt lemp^ crq^qfte? Nous 
renvoyons à l'art, précité de M. Fr. Michel. Ce philologue voit là lin synohyinp de cas- 
sade , dérivé de l'italien cacciata, chasse , et qui se disait auli*è!bis dans le^ sens de 
bourde. Du reste, comme nous ne trouvons ce terme dans aucun des glûssaicfis^jné- 
ridionaux que nous avons à notre disposition, nous pensons qu'il appartient à ^a lan- 
gue d'Oil. « Craque, dit M. le comte Jaubert [Gloss, du Centré), est par apocope de 
craquerie, meniene y), Champenois craquer, mentir, , <. » •< ift;p 

4: BieH teDta, bar ô n'en vio cen, littér. bien tôté, car il en avait' cerit: L'ellypseTVàut 
la peîné d'êtVéf^ridtëe.v •^" ' ^ ' ' ' ■■ '•••," - " ■ - ■•' ■- '='■ • ' '"' ''■ ■"'"" ''^^'- ''^''■'' 
r>. Gorce, subst. fém., pW,' gmài}a ftàiVî'Vlve' dont "bri fàit'là-éîÔtnré'tfcs'^haiffJJi'; 



— 111 — 



M& mo pô de queio barboto^^ 

Fugue no pô de Doun Quichou>. 

Huroûzômen que TÔnimau 

Me pougue pâ fâ d'autre mau. 

Quelâ ceu teitâ que pôssèren 

L'uno dî l'aulro s'embrôchèren ; 

Deçâi délai toutâ lirèr<5n ; 

Ma là guèren beu tirgoussâ**, 

Couiuo la s'ôcourdôvan pâ, 
Jômai ni cor ni couo ne pouguèren pôssà. 

Reibôssavo sur l'ôvanluro 

Que me vio frunci lo frezuro*^, 
Quan lou d'un co, vèr lou meimo boueîssou 

Veze venî 'n autre drôgou 
Que vio cen couâ sur uno teito soulo. 
'Quelo teito pôsse, me deibrigue no goulo 

Lo pu tôrible qu'aye vu. 

Quan lou chômi fugue bôlu, 
Tou lou resto file, mai mai si gni- ôvio gu : 
Ce que me fôgue plo pôssâ l'envio de rîre 
Oro, coumprenei-voû ce que voû voulio dire? 

Qui doû serpen soun iou lôbleu 

Oe vôtre amperour e dô raeu ». 



mouillé. — Mais ma peur de et 
serpent — fut une peur de Don 
Quichotte.— Heureusement que 
l'animal — (ne) me put pas 
faire d'autre mal. — Ces cent 
iêtesqui passèrent,^rune dans 
l'autre s'embranchèrent, — deçà 
delà toutes tirèrent; — mais 
elles eurent beau tirailler, — 
comme elles (ne) s'accordaient 
pas, — jamais ni corps ni queue 
ne purent passer. — (Je) rêvas- 
sais sur l'aventure — qui m'a- 
vait racorni les boyaux, — 
quand tout d'un coup, vers le 
même buisson,— (je) vois venir 
un autre dragon — qui avait 
cent queues pour une seule tête. 
—Cette tête passa, m'ouvrit une 
gueule, — la plus terrible que 
(j')aie vue. — Quand le chemin 
fut battu,— tout le reste fila, et 
plus s' (il) y (en) avait eu : — ce 
qui me fit certes passer l'envie 
de rire. — Maintenant, compre- 
nez-vous ce que (je) vous vou- 
lais dire? — Ces deux serpents 
sont le tableau — de votre em- 
pereur et du mien. 



Queu counte n'ei pâ no pôtofto*'. 
Chacun praicho pèr so pôroKo ; 
E pèr toû pôï chaque ôzeu, 
En fe de ni, trobo toujour lou seu 
Lou pu beu. 
Queu counte ei pie de politico, 
E toute grando republico 



Ce conte n'est pas une bali- 
verne.— Chacun prêche pour sa 
paroisse; — et par tous pays 
chaque oiseau, — en fait de 
nid, trouve toujours le sien — 
le plus beau. — Ce conte est 
plein de politique, — et toute 
grande république — y trouve 



10. Barboto, « subst. fém., sorte de serpent qui n'est pas venimeux » (Dom Duclou). 
Nous ne trouvons rien d'analogue dans les patois du Midi et du Nord. La barbote du 
Langued. est une espèce de cloporte ; le barbot et la barbote du Centre sont la blatte, 
insecte, et se disent aussi pour-toute espèce de petits scarabées. 

H. Tirgoussâ, tirailler. Nous ne voyons là qu'une forme fréquentative du rom. 
tirar, tirer. Le rom. avait tirassar etimossAR, l'anc. franc, tirasser. Bas-lim. tiroussa; 
langued. et provenç. trigoussa, tirgoussâ, terigoussa, estrigoussa; lyonn. tirigosser, 
tirer en tous sens, traîner, houspiller. Honnorat propose comme racine le grec thriœ, 
gén. thrikosy cheveu. Comme nous ne trouvons pas dans le Gloss, de Raynouard de 
mots formés de la racine thrix, nous pensons qu'il ne fout voir dans trigoussa qu'une 
méthathèse de tirgoussâ. 

12. Frunci lo frex>uro, littér. « froncer la fressure ». 

13. Pètôfio, baliverne, billevesée. Ce mot n'est pas donné par Dom Duclou et ne 
se trouve pas non plus dans le Bict. bas-lim, de Béronie. M. Honnorat, qui le donne 
comme languedocien sous les formes petofio, patofio, dit qu'Astruc le dérive du cel- 
tique, sans indiquer de quel mot. On trouve dans le DicL de l'abbé Des Sauvages*: 
« Mn>« de Sévigné emploie le terme petofe, mais c'est chez elle un terme de ootwo : 
qu'elle avait pris en Provence, et que l'éditeur n'a pas manqué de mettre en italiqueoik - 



— 113 — 



No belelo que vio lo ieiio 6 lo pourtieiro, 
Eifroutado, ch'ô plà, coumo no regôtieiro ^. 

— «Que fà-lu qui, Môdamo 6 nâ pounchu? 
T'en vô tira... m'entendei-lu? 

Onen ! dômoueizelo Beleto, 
Sel pîfre *, tambour ni troumpeto, 
Prenei lo poûdro d'escampeto ! 
Qu'ei qui châ me, e fîchâ-me lou eau. 

E courâ 5?... tou-t ôro, e vite, tanquetan ! 
be vô ôveriî toû loû rà do vilage. 

Que voû demenôran vôtre gente coursage». 
Ma lo Môdamo ô nâ pounchu 
Counteste soun dre prétendu, 
E li reipounde que lo tèro 
Opartegno ô premiei vengu. 

— Vizâ-m' un pau lou beu suje de guèro 

Qu'uno raeijou de lopin. 
Ente ni- ôvio re dedin, 
E foulio nâ de quatre pôtâ, 
Pèr poudei pôssâ soû là vôtâ. — 
« Ma, quan s'ôgîrio d'un- Eita, 
D'un royôme, se disse-t-eb, 
Dijo me, piti sôleta *% 

Que fâ tan de sôba pèr uno bôgôteb, 
Dijo me, voudrio bien sôbei 
Pèr eau decre, pèr qualo lei, 
Co toumbe d'ôbor ô poudei 
De Pière, de Jan, de Francei, 

Dô filiô de Môtî, dô peiri de Panchei, 
Pûlô qu'ô me ô caucu de mo raço ? » 

Jan Lopin resto cour, l'argumen l'embôrasso. 
rumino un piti mômen, 
Oprei li reipoun ûèrômen : 



son trou — une belette qui avait 
lalête à la portière,— effrontée, 
s'il vous plaît, comme une rc- 
gratlière. — « Que fais-tu là. 
Madame au nez pointu? — (Je) 
t'en vais tirer... m'cntends-tu ? 
Allons ! demoiselle belette, — 
sans fiffre, tambour ni trom- 
pette, — prenez la poudre d'es- 
campette!— C'est ici chez moi, 
et fichez-moi le camp. — Et 
quand? tout à l'heure, et vite, 
à l'instant! — ou bien (je) vais 
avertir tous les rats du village, 
— qui vous malmèneront votre 
gentil corsage ». — Mais la Ma- 
dame au nez pointu — contesta. 
son droit prétendu, — et lui ré- 
pondit que la terre — apparte- 
nait au premier venu. — Voyez- 
moi un peu le beau sujet de 
guerre — qu'une maison de la- 
pin — où (il) n'y avait rien de- 
dans, — et (où il) fallait aller à 
quatre pattes, — pour pouvoir 
passer sous les voûtes. — a Mais 
quand (il) s'agirait d'un État, — 
d'un royaume, dit-elle, — dis- 
moi, petit polisson, — qui fais 
tant de sabbat pour une baga- 
telle, — dis-moi , (je) voudrais 
bien savoir — par quel décret, 
par quelle loi, — cela tomba 
d'abord au pouvoir — de Pierre, 
de Jean, de François, — du fil- 
leul de Mathieu, du parrain de 
François, — plutôt qu'à moi ou 
(à) quelqu'un de ma race ?» — 
Jean Lapin reste court, l'argu- 
ment l'embarrasse. — 11 rumine 
un petit moment, — ensuite lui 
répond fièrement : — « C'est la 



3. Regôtieiro. On donnait plus particulièrement à Limoges le nom de regrattières 
ou revendeuses aux femmes installées au marché des Bancs. C'étaient et ce sont encore 
nos dames de la halle. Leurs mœurs et leurs habitudes n'ont guère changé depuis 
Foucaud. 

4. Pifre, fiffre. Cette forme, générale dans la langue d'Oc, a conservé le p de son 
origine celtique ou germanique (voy. de Chevallet, i, 477) : island. pipa; iuà, phifa; 
angl.-sax. pipe; allem. pfeife; holland. pieper; gall., écoss., irland. pib. On disait 
encore en France, au xyi*^ siècle, pifre; portug. pifaro; ital. piffero. 

5. Courâ^ quand; bas-lim., provenç. courâ. Couro, quand est-ce, en quel temps, 
dans Peyrot, poète du Rouergue, et dans Goudelin, poète toulousain. Rom. cora, coras 
(lat. qua hora), quand, à quelle heure; anc. franc, koure; poitev. it.; rochel. it. 

G. Piti sôleta, littôr. « petit saleté ». Dom Duclou donne a sôleta, souillon, enfant 
opiniâtre, malin et malpropre ». C'est done à tort que Foucaud traduit par « petit 
insolent ». • i 



— m ~ 



u Qu'ei lo coutuDio, qu'ei Tuzage; 
Deipeî trento an, de pai en fi, 
Noû soun meitrei de queu lugt : 
Mo reino-grando-maî^ li vio fa soû pitî; 
Toujour moù ounclieî, ma tant! 
Din queu bô soun vengu bâlî, 
E tu m'en fôrâ pâ surtt, 

be de lou te deivizage»... 

— ((0 que boun fâ tan de tôpage, 

Disse lo beleto 6 lopin ; 

lô te cregio pâ tan mutin. 
TBâ, tè, vou-tu pôssâ ô dire, ô Tarbitrage 

De Moussu Rominagrobî, 
Lou pu sôben dotour de tou quête poî?» [raito, 
— Qu'èrio un cha de renoun, devo coumo un ar- 
Un sen-t orne de cha, no bouno chattomitt?, 

Bien foura, bien dôdu, bien grâ, 

Arbitra espèr sur toû ioû câ. — 
«Vole bien, di Jôno, un tau juge m'ôgrado. 

Loù veiqui toû doù ôriba 

Dôvant So Môjesta fourado ; 

E toû doû, or de so pourtado, 

1 coumençôvian lour deiba 

E fôgian dô bru coumo quatre ; 

Guessâ di qu' î nôvian se batre. 

Ma rôbile Gripominau, 

En roùflan coumo lo pédalo 

Dô orguei d'uno catedralo ®, 
Lour disse : « Mou efan, credâ un pau pu nau ; 
N'ôviriâ re dî quelo grando salo; 

be preimâ voù mai de me; 

L'âge m'o randu cour d'ôreho ; 

Ma tou pôriei, iô vole be 
Décida vôtre ôfâ sei lo mindro bôreho. 

Preimâ, preimâ-voû 'n pau toù doû, 

Que pèche ôvî vôtrâ rôzoû». 



coutume, c'est rasage; — de- 
puis trente ans, de père en fils, 

— nous sommes maîtres de ce 
logis : — ma bisaïeule y avait 
fait ses petits ; — toujours mes 
oncles, mes tantes — dans ce 
bois sont venus bâtir, — • et tu 

Ine) m'en feras pas sortir, — ou 
Hen,pour tout dire, (je) te dévi- 
sage ». — ce A quoi bon faire tant 
de tapage, — dit la belette au 
lapin ; — je (ne) te croyais pas 
si mutin. — Mais, tiens, veux-tu 
passer au dire, à l'arbitrage - 
de M. Rominagrobis, — le plus 
savant docteur de tout ce 
pays ? j) — C'était un chat de re- 
nom, dévot comme un ermite, 
—un saint homme de chat, une 
bonne chattemite,— bien fourré, 
bien dodu, bien gras,' — arbitre 
expert sur tous les cas. — « (Je) 
veux bien, dit Janot, un tel 
juge m'agrée ». — Les voici tous 
deux arrivés — devant Sa Majesté 
fourrée ; — et tous deux, hors 
de sa portée, — ils commen- 
çaient leur débat — et faisaient 
du bruit comme quatre; — 
(vous) eussiez dit qu'ils allaient 
se battre. — Mais l'habile Grip- 
peminaud, — en ronflant comme 
la pédale — des orgues d'une 
cathédrale, — leur dit : a Mes 
enfants, criez un peu plus haut; 

— (vous) n'entendriez (on n'en- 
tendrait) rien dans cette grande 
salle, — ou bien approchez- 
vous plus de moi ; — 1 âge m'a 
rendu court d'oreille ; — mais 
tout de môme, (je) veux bien— 
décider votre affaire sans la 
moindre tricherie.— Approchez, 
approchez-vous un peu tous 
deux,— que (je) puisse entendre 
vos raisons. » — Ces deux im- 



7. Reino-grando-mai, « bisaïeule » (Fodcaud). Dom Duclou ne donne pas ce terme. 
Rom. REiRE, arrière (lat. rétro). Les patois du Midi ont généralement conservé le r du 
roman : langued. reire-gran, bisaïeul ; provcnç. reire-gran, arrière-grand-père ou 
arrière-grand mère. Nous ne connaissons que le lyonnais qui , par une confusion 
d'idées, a, comme le limousin, substitué dans le féminin le n au r; rei, reina; rei- 
pare-grand, arrière-grand-père ; reina grand mare, arrière-grand'mère. 

8. Ces deux vers sont traduits littéralement de la Henriade travestie de Montbron : 

L'amiral, aa lit étendu, 
Reposait aon individa 
. . <t Et ronflait comne la pédale < 

De l'orgoe d'une «alhédrale. 



~ 115 ~ 



Qui doù eibeiiî s'ôprouchèren, 
E toû doû s'en repentiguèren : 
Car, quan prou prei de se nôtre môtou loû sen, 

Fifo! pafo! ma leslônxen, 
Jilan dô doû coûta lo grifo en meimo ten, 
loû gobe e juge lour proucei en sa den. 

Quelo leiçou n'ei pâ nouvelo, 
E toû loû pilî rei-beinei 
Qu'an vougu chôzî de gran rei 
Pèr arbitre! de lour quôrelo, 
An toujour chôba toû entau 
Pèr trôpâ cauque co de pauto. 
Ma tan piei pèr î, qu'ei lour fauto. 
Que fôzan coumo me, que reslan de repau. 



béciles s'approchèrent ; — el 
tous deux s'en repentirent : 

— car, quand assez près de lui 
notre matou les sent, — pif ï 
paf ! mais lestement, — jetant 
des deux côtés la griffe en mê- 
me temps, — il les goba et ju- 
gea leur procès avec s^ dents. 

Cette leçon n est pas nouvelle, 

— et tous les petits roitelets — 
qui ont voulu clioisir de grands 
rois — pour arbitres de leur 
querelle, — ont toujours fini 
tout ainsi — par attraper quel- 
que coup de patte, — mais tant 
pis pour eux, c'est leur faute* 

— Qu'(ils) fassent comme moi, 
qu'{ils) restent de (en) repos. 



LO PISSOROTO^ E LA DOUA BELETA 

Lî- ôvio no ve no pissorôto 
Que se cougne, coumo no soto, 
Dî l'oustau de soun- enemi, 
lô vole dire dî lou ni 
De cauco certeno beleto 
Que n'eimavo pâ lo souri. 
D'ôbor que lo veu lo paubreto, 
Lo li disse: «que fà-tu qui? 
Coumen? couquino! quan to raço, 
Ne-t e jour, me baiio lo chasso, 
Toujour e pertou me trôcasso, 
T'ôzû pôreitre dôvan me ! 
Ne sei-tu pâ souri? Tanquelan, noumo-te. 
T' ô sei, lo chauzo ei cliaro e neto ; 
Obe iô ne sai pâ beleto. » 



LA CHAUVE-SOURIS ET LES DEUX 
BELETTES 

(II) y avait une fois une chauve- 
souris — qui se fourra, com- 
me une sotte, — dans la maison 
de son ennemi,— je veux dire 
dans le nid — de quelque cer-, 
taine belette — qui n'aimait pas 
la souris.— Aussitôt qu'elle voit 
la pauvrette,— elle lui dit : « que 
fais-tu là ? — Comment ? coquine! 
quand ta race,— nuit et jour, me 
donne la chasse, — toiyours et 
partout me tracasse, — tu oses 
paraître devant moi! — N'es- 
tu pas souris ? Vite, nomme-loi. 
— Tu Tes, la chose est claire et 
nette ; — ou bien je ne suis pas 



1. Pissôrôto chauve-souris, mot composé de pissâ, pisser (rom. pissar, d'origine 

fermanique), et de rato, rate, rat femelle. Bas-lim. pissorato, Pissaroto, dans la Haute- 
rovencc, signifie tout à la fois cascade, pissat des animaux, urine de l'homme qui fait 
une traînée un peu longue. Les termes dont on se sert généralement danp le Midi 
pour indiquer la chauve-souris sont : langued. rato-penado, souris ailée; rato-pleno, 
dans le Tarn; provenç. rato-penado, rato-penardo ; lyonn. rata-volagi, rata penne; 
ratapignata,k Nice; catal. ratapinyada; rom. ratapennada; anc. frsLnç, ratepenade ; 
ratepennade, dans Rabelais. 



— 417 — 

Quan vezen-nou d'ôneito gen 

Pissorôtâ pèr de Targen ! 

I soun ô pîau, î soun ô plumo. 

sei d'ône qu'ei lo coutume, 

Châ loû gran mai châ loû pitî, 

De jura fau e de mentî ; 

E, pèr vei lo pa, lo pôssinço, 

Dî lou mounde, dî lour coussinço, 
I praiten sarômen ô omei, ô Boun-Dî, 
Coumo qui praitôrio no coupo' de blôdî.' 

Manieur coumo de belà choueitâ, 
Voû loû vezei vira coumo de la giroueita, 

Tantô dôvan, tanlô dôrei ; 
Co n'ei ma Tinlere que fai lour politico : 
Voû loû ôvei credâ ône vivo lou Rei! 

Si l'Eita vio cauque deirei, 
I credôrian démo vivo lo Republico ! 

Lour devizo ei : sauvo qui po ! 
Anglei pèr de l'argen et Francei pèr dô po. 



Combien voyons-nou& d'hoii- 
HÔte^ gens — chauves-souris 
pour de Targent ! — Ils sont à 
poil, ils sont à plume. — Au 
soir d'aujourd'hui c'est la cou- 
tume, — chez les grands et chez 
les petits, — de jurer fausse- 
ment et de mentir; — et, pour 
avoir la paix, la patience, — 
dans le monde, dans leur cons- 
cience, — ils prêtent serment 
aux hommes, au bon Dieu, — 
comme qui prêterait une coupe 
de blé sarrazin. — Menteurs 
comme de belles chouettes, — 
vous les voyez tourner cpn^înpr 
des girouettes, — tantôt devant, 
tantôt derrière. — Ce n'est que 
l'intérêt qui fait leur politique : 
— vous les entendez crier au- 
jourd'hui : vive le Roi! —Si l'É- 
tat avait quelque malheur, — 
ils crieraient demain : vive la 
République ! — Leur devise çst 
sauve qui peut ! — Anglais pour 
de l'argent et Français pour du 
pain. 



saire languedocien. Peut-être faut^il lire « dialecte limousin » au lieu de « dialecte 
languedocien ». 

3. Coupo, « mesure pour les grains ; c'est la quatrième partie d'un boisseau 3 en lat. 
cupa » (DoM DucLOu). Bas-lim. coupo, « ancienne mesure de grains à Tulle; elle était 
le seizième, et ailleurs le douzième du sétier » (Béronie). Dans le Gers, la coupo est la 
douzième partie du boisseau. Le Dict. langued, de Sauvages n'indique pas cette m^? 
sure. En Provence la coupe est une mesure pour les vins. Lyonn. coppon, coupon, 
nom dune mesure lyonn. pour les grains. Rom. copa, sorte de mesure de grains; anc. 
franc. copCy mesure de grains et de sel. On peut voir dans Du Cange, art. copa, cuppa, 
les différentes contenances de la coupe dans certains pays. 



LOU PEIZAN E LOU SERPEN 



LE PAYSAN ET LE SERPENT 



Eizopo counto qu'un peizan, 
Tro chôrilable e pâ prou sage. 
Un jour d'iver se permenan, 
Fentour de soun bourdeirage ', 



Ésope conte qu'un paysan,— 
trop charitable et pas ass^i sfit-^ 
ge, — un jour d'hiver èe pro- 
menant — à Tentour de son bor- 



1. Bourdeirage, bourdieû Dom Duclou écrit bourdieirage, « subst. masc, closerîéVi 
petite métairie; en angl. bordage; en bas-lat. bordtriayi. Le bourdiei (bas-lat. borda- 
rius) est le métayer ou le fermier, celui qui fait valoir le borderage. En bas.-lirtl.^^^ 
le bordier, d'après Béronie, est celui qui a pris une chaumière à ferme, et ce Çerm«.; 



— 119 — 

E sur lou ventre e sur Teichino, fe, le frotte — el sur le ventre 

En-d un mou fai lo-beu, to-be, et sur réchine, - en un mot 

T! \a .. 1. "i-. A , , ^^^^ s^ ^®^^» s^ bien,— qu il lui 

Qu o il fai bien tourna lo le. fait bien revenir la respiration. . 

Un serpen, quan-t ô ressucilo, —Un serpent, quand il ressus- 

Renren so roulèro en so vito ^*^®' ~" reprend sa colère avec 

nepren so couiero en so viw. ^^ vie.-ftuand celui-ci se voit 

Quan queu-qui se veu rôpiôla », remplumé,— qu il se sent bien 

Qu'ô se sen bien revicoula ^, ravigoté, — d'abord il lève un 

D'ôbor ô levo un pau lo teito, P^" ^^ ^?*«' 7" siffle,- s'étend, 

T.. , , . ^ ,^ . setord, S arrête,— et prend son 

Piaulo, s eiten, se tor, s ôreito, élan pour sauter— à (sur) celui 

E pren soun- eiian pèr sôlâ qui ne vient que de le ressus- 

queu que ne ve ma de lou ressucilâ. ^^^er. — « Gredinl dit le mé- 

rM. -.-i j- 1 r, j- • • 'j XI* ♦• tayer, voilà donc mon salaire! 

<cCheiti!diloubourdiei,veiquidounmounsôlari! ^j^ mourras, cette fois ». Il 

Tu mèrâ queto ve ». pren trâ soun- ermâri prend derrière son armoire — 

No gibo«o que d'ôbor li toumbo soû lo mo, ?°® longue serpe qui aussitôt 

lui tombe sous la main, — et 



homme et femme recherchés dans leur toilette, gens glorieux, goret, gorre, gorin, 
gorron, desséché, maigre, pauvre, gueux » (Roquef.)*. Notre mot patois gourinâ nous 
semble signifier tout simplement gratter, frotter. Les femmes de nos campagnes ont 
rhabitude de gratter les peiit& gorets pour leur faire plaisir. 

8. Rôpiôla, Foucaud traduit « rétabli, rattrapé ». Dom Duclou ne donne ce mot 
qu'au Supplém. {termes en mage dans les villes d'Ussel, Meymac, Egletons, etc.) et 
Torthographie se repeala, « reprendre ses forces, rétablir sa santé » ; cependant ce 
mot ne se trouve pas dans le Dict. bas-lim, de Béronie. On n'y trouve que repoulica, 
môme signification. L'étymologie qui se présente la première à Tesprit est le radical 
roman pel, pelh (lat. pellis), peau; catal. pelh; espagn. piel; bas-lim. pel, haut-lim. 
peu, d'où les composés suivants : bas et haut-lim. piolâ, peler; langued. espelia, it.; 
limous. repiôlâ, se rôpiôla, s*eipelî, se remettre en peau, se refaire; langued. espeli, 
sortir de la peau, c'est-à-dire éelore. Le rom. a espeller, espellir, espelir, dans le sens 
d'éclore, paraître au dehors. Faut-il y voir le radical pel, ou, simplement, avec 
Roquefort, le verbe latin expellere? 

Lne autre étymologie, moins naturelle mais plus conforme à la tradition, se pré- 
sente parallèlement à celle-ci. Le lancued. a apiala, étayer, appuyer; le provenç.. 
apiela, dans le même sens ; le rom. apuar, empiler, appuyer, employé aussi au figuré 
avec la signification de soutenir, réconforter : don nueg e jom m'apil, dont nuit et 
jour je me réconforte (Raym. Vidal). Ital. appigliare, attacher. Le radical roman de 
ces verbes est pilar, piîlier (bas-lat. pilla, pillum), et aussi piela; portug. pilha;. 
lyoniî. piala, étai; langued., provenç. pialoun, it. Si au moyen âge on a ait piela,, 
piller, où a dû dire, quoique Raynouard n'en donne aucun exemple, apielar, soutenir, 
appuyer, réconforter, d'où, avec la particule itérative, rapielar, qui n'est autre que- 
notre mot patois. Quant à l'élymologie donnée par M. Honnorat : repioula, de pes, 
pedis, pied, c'est-à-dire remettre sur pied, elle ne supporte pas l'examen. 

9. Revicoula, « ressuscité » (Foucaud). « Revicoula, ravigoter, remettre en force et 
en vigueur; en ital. rinvigorire ; se revicoula, verbe neutre, reprendre ses forces, se- 
rétablir; en lat. reviviscere » (Dom Duclou) ; bas-lim. « reviscoula rappeler à la vie, 
ressusciter et revenir d'un long évanouissement » (Béronie) ; rebiscoula, dans le Tarn ; 
provenç. reviscoura, reviscoulia, reviscoula ; catal. reviscolar; rom. reviscolar, res- 
susciter, ranimer. MM. Raynouard et Honnorat voient dans ces mots des diminutifs du 
rom. revivar, revivre (lat. reviviscere). Cependant le subst. latin et rom. vi^or, vigueur, 
avait donné : 1" le verbe vigorar, fortifier, qui est resté sans altération dans le catal., 
l'espagn., le portug., et dans rilalien vigorare; 2» le verbe avigorar^ ayant la même 
signification, qui est resté dans l'espagnol. Notre mot patois revicoula n^ serait donc 
qu'une forme de ravigorar. Le provenç. reviscoura a gardé le r du primitif. 

10. Gibo. Foucaud traduit « volant, » terme qui n'est pas donné par l'Académie. 
C'est une serpe à long manche. Nous avons aussi le gibou qui sert à élaguer les arbres. 
Cette expression semble limitée au Haut-Limousin. 11 nous paraît difficile, quelque 



423 — 



« Vole bien, disse qiieu crôssoû, 
Oveque moû ômî ne fô pâ de feiçoû, 
Pèr no si gôlanto partido ». 
Lou jour di, ô ne manque pâ. 
Quan-t ô sen Tôdour dô repâ, 
fai coumplimen ô rôlessc> ; 
vanto for so poulitess(>, 
Trobo lou dîuâ bien coufi ^. 
Lou renar an toû lou be fi, 
E queuqui, de segur, vio plo boun- ôpeli 
Deijâ lo lingo ii 'n lebreto^ 
De veire sur lo chôfôreto 
Un gîgo âcha bien menu. 
Lo sau ®, lou pebre, lou verju. 
Mai lo quîto poûdro de du, 
Re ne roancavo ô lo couzino. 
Ma lo cigougno fugue fino : 
Quan lo servigue lou dîna, 
Lo lau booje lou dî no bujo ^]; 
£, pèr couusequen, chàcu jujo 
Que lou renar n'en tàte pâ. 
Lou be, lou cô de lo cigougno 
Lî- entrôvian bien- eizadômen ; 



elle le convie. — « (Je) veux 
bien, dit ce crasseux, — avec 
mes amis (je) ne fais pas de 
façons — pour une si galante 
partie. — Le jour dit^ il ne man- 
qua pas. — Quand il sent To- 
deur du repas,— il fait compli- 
ment à rhôtesse; — il vante 
fort sa politesse, — trouve le dî- 
ner bien mijoté. — Les renards 
ont tous le bec fin, — et celui- 
ci, assurément , avait bien bon 
appétit. — Déjà la langue lui en 
démange — de voir sur le ré- 
chaud — un gigot haché bien 
menu. — Le sel, le poivre, le 
verjus, — et même la poudre 
de duc,— rien ne manquait à la 
cuisine. — Mais la cigogne fut 
fine : — quand elle servit le 
dîner, — elle le vida tout dans 
une buire ; — et, par consé- 
quent, chacun juge — que le re- 
nard! n'en tâta pas. — Le bec, 
le cou de la cigogne— y en- 
traient bien aisément; — le 



6. Coîlfi. Ce mot a une acception bien plus étendue que celle que nous donnons au 
mot français confit. Il signifie culinairement tout ce qui est mijoté dans son suc, au 
moyen d^nne cuisson lente. C'est la définition que donne Béronic : « coufit se dit en 
Bas-Limousin de certaines choses qu'on a fait presque entièrement cuire et dont on 
laisse achever la cuisson sans feu ou avec très peu de feu, en les tenant bien cou- 
vertes». Langued., provenç. coufi, mitonner. 

7. Lo lingo H 'n lebreto, « la langue lui en frétille » (Foucaud). « Lehretâ, soupirer 
ardemment après quelque chose, désirer avec ardeur; en grec liptein » (Dom Duclou). 
Bas-lim. « lebreta, avoir grand désir, être dans une grande impatience de faire quel- 
que chose » (Béronie). Nous ne trouvons ce terme dans aucun autre glossaire patois. 
Nous croyons qu'il est formée du subst. lebriei, lévrier, qui a donné à plusieurs 
dialectes le dicton : affamé comme un lévrier. On dit aussi à Limoges : uno se de le- 
briei, une soif de lévrier, c'est-à-dire une grande faim. 

8. Lo sau y le sel. Ce mot est féminin en patois limousin comme dans le gasc, le 
langued., le provenç. sau, le poitev. sau (prononc. sô). Le rom. sal était aussi féminin. 
Cependant le berrich. sau est masculin. Le genre tantôt masculin, tantôt, féminin de 
ce mot vient de ce que le lat. sal était neutre. . . 

9. Bujo, « buire ou buie, espèce de cruche; en espagn. botija; en bas*lat. butta ou 
bum » (Dom Duclou) ; bas-lim. brud%o, « cruche de terre à deux anses dont le ventre 
est fort gros, jarre » (Béronie); poitev. buye, cruche; berrich. buie, cruche à anse 
au-dessus de la gueule ; picard, champcn. buire; à Bar-le-Duc, èewère; à Nantes, bue; k 
Rennes, buie ; anc. franc, buha, « petit vase de bois de forme oblongue, dans lequel 
les faucheurs mettaient de l'eau avec la pierre à aiguiser leur faux; buke, cruche, d'où 
buhatier, celui qui les fait ou qui les vend » (Roquefort), a Buie, dit M. Littré, vase 
à mettre de l'eau, cruche. Au xv« siècle, on disait une buhe (Voy. Du Cange au rool 
BUHATERius). Cc mot ne peut venir que d'un bugO' ou buca, qui signifie, il est. vrai,* 
trou, creux (voy. buée), et qui aura eu, en outre et par extension, le sens de vtisc»^ 



— 125 



Olei doun lo beitio môlino — 
lô vole dire lou serpen, 
Noun pâ Tome, car bounômen 
Caucu qu'ôrian Tôrelio fino 
S'î traumpôrian he eizadômen — 
Olei doun lo paubro vipère?, 
Qu'èrio preijounieiro de guèro, 
E meizo deijâ din-t un sa, 
Vegue be que l'èrio perdu(Jo ; 
Car quel orne li- ôvio ônounça 
Que so mor èrio rezôgudo, 
Gueisso lo tor ôbe ôbe nou. 

Pèr nen bôliâ pertan n'espeço de rôzou, 
li cherche quelo encheîzou : 

« Ingrato! disse-t-eu, niounle d'ingrôtitudo ! 
Fô que tu mèriâ sur lou chau ; 
Car de leissâ viôre un meichan, 
Qu'ei fâ pécha. De to moursuro, 
De to lingo mai de ta den 
Fô que deliôre lo nôturo. 
Pèr rôssurâ lo bravo gen, 
N'î- pâ d'embaisso pu seguro ». 
Lou serpen, dî soun limoro ^, 
Li reipoun, fièr coumo un piôro : 
« Toû loû ingrâ que sOun sur tèro, 
Si loù foulio doun coundannâ, 
quî pourio-t-un pardonna? 
Te meimo que me fâ lo guèro, 
Tu te sei rôpa pèr lou nâ. 
Meto lo mo sur to coifssinçt?, 
(Car, ô là fî, t'ûzôriâ lo pôssinço 
De ne sabe pâ dire quî). 

Mo vilo ei dî ta ma, tu me va fâ perî ; 
Ma, dô min, 5van de murî, 
Fô que mountre toun- injustiço. 



au ciel ». — Alors donc la bête 
maligne — (je veux dire le ser- 
pent, — non pas rhomme, car 
bonnement— quelqu'un qui au* 
raient Toreille fine — s'y trom- 
peraient bien aisément) — alors 
donc la pauvre vipère, — qui 
était prisonnière de guerre, — 
et mise déjà dans un sac, — 
vit bien qu'elle était perdue ; — 
car cet homme lui avait an- 
noncé — que sa mort était ré- 
solue,— eùt-elle tort oui ou bien 
non. — Pour en donner pour- 
tant une espèce de raison, — 
il lui chercha cette anicroche : 

— a Ingrate ! dit-il, moule d'in- 
gratitude ! — (il) faut que tu 
meures sur le champ; — car 
de laisser vivre un méchant, — 
c'est faire péché. De ta mor- 
sure, — de ta langue et de tes 
dents — (il) faut que je délivre 
la nature. — Pour rassurer les 
braves gens, — (il) n'y a pas 
de moyen plus sûr ». — Le 
serpent, dans son numéro (jar- 
gon), — lui répond, fier comme 
un pierrot : — « Tous les in- 
grats qui sont sur terre, — s'il 
les fallait donc condamner, — 
à qui pourrai tron pardonner? — 
Toi-même qui me fais la guerre, 

— tu t'es attrapé par le nez 

Su t'es donné sur le nez). — 
ets la main sur ta conscience, 

— (car, à la fin, tu userais la 
patience — de (je) ne sais pas 
dire qui). — Ma vie est dans tes 
mains, tu me vas faire périr; — 
mais, du moins, avant de mou- 
rir, -— (il) faut que (je) montre 



Notre locution doit-elle être attribuée au Nord ou au Midi ? Dans tous les cas, on voit 
qu'il est indifférent d'écrire notre mot patois par un s ou par un ç. 

2. Limoro \>ouv numéro, est pris ici dans le sens de langage. Bas-lim. limoro, « lan-- 
gage particulier d'une certaine sorte de gens, jargon. Le peuple emploie le mot de 
limoro pour exprimer une manœuvre secrète, un procédé pour réussir dans une affaire, 
une manigance. On dit encore dans ce sens : vous n'entendes pas oquel limoro, vous 
n'êtes pas au fait de celte intrigue » (Béronie). Le peuple dit, dans toute la France : , 
entendre le numéro, pour être habile, avoir de l'expérience. La Fontaine l'a employé 
dans ce sens (voy. Fr. Michel, Dict. d'argot, p. 293). Seulement, dans plusieurs pro- 
vinces, le n a été remplacé par l, permutation assez fréquente. Ainsi, dans le Centre, 
on dit limero ou limerio; Zmero, dans la Picardie. M. Honnorat fait lumeto dnge.i?,re 
féminin et lui donne pour étymologie le latin limus, oblique, de travers; c'est aUer 
chcrcherbien loin ce quon a sous la main. 



- 126 — 

Mai, mo fe, qu'ei plo 5 te ô parla de justîço ! 
te que n*à jôinaî coun5gu d'autro lei 
Maquao toun- intere^ ta pôssi, toun plôzei, 

Caueâ ve meimo toun c5price? 
To lingo n'ei-lo pâ, eu pîcan qui ce chio. 

Pu verenoûzo' que lo mio? 
Toun cœur n'ei-iô pâ pie de rûzo, d'artifice ? 

Ne sei-tu pâ die-milo ve 

Pu tor e pu rampan que me? 

Opren doun, 5van que périsse, 
Que pèr troubâ, soù lo chapo dô ceu, 
Lou mounle d'un- Ingra, co n'ei pâ di mo peu 
Que fô chercha, ma be soù toun chôpeu ». 
L'ome s^ëtendio pâ 6 no talo franchîzo. 

fugue so ; co lou deigrîzo. 
s'ôreito tou cour ; ô reculo d'un pâ, 

E ne s5bio tro coumo fâ. 
Ma pertan, 5 là fl, deiguizan so coulèro, 

parlo entaa ô lo vipèro : 
« Quelâ rSzoû ne valen toutâ re. 
lô pourio be jujâ tou soù, car 'n ai lou dre ; 
Ma pregnan lou parti que p5rei lou pu sage : 

Metan Tôfaire* en- ôrbitrage ; 

Sur queu pouen noù nen pôssôran 

Pèr ce que loù espèr dîran ». 
— « Ne dômande pâ mièr, di lo beitio rampanto 

Ë dî soun sa touto tremblanto ». 
Uno vacho èrio qui; iTùchen, lo vengue. 

Châco partido li counte 

Lou suje de quelo côrelo. 

<( Co n'ei ma co ? se disse-t-elo, 

Sei voulei ôvt deicho ô bou. 

Pardi ! n'èrio gro necessâri, 
Pèr décida lou câ, de vei de coumissârt. 
Qu'ei be tou cliar : lo vipèro o rôzou. 
L'ome ingra, 5prei vei eissuri^ moun tetou. 



ton injustice.— Et, ma foi, c'est 
bien à toi à parler de justice , 

— à toi qui n'as jamais connu 
d'autre loi — que ton intérêt, 
tes passions, ton plaisir, — 
quelquefois même ton caprice ! 

— Ta langue n'est-elle donc 
pas, en piquant qui ce soit,— 
plus venimeuse que la mienne? 

— Ton cœur n*est-il pas plein 
de ruse, d'artifice ? — N'cs-tu 
pas dix mille fois — plus tortu 
et plus rampant que moi? — 
Apprends donc, avant que (je) 
périsse, — que pour trouver, 
sous la chape des cicux, — le 
moule d'un ingrat, ce n'est pas 
dans ma peau — qufil) faut 
chercher, mais bien sous ton 
chapeau ». — L'homme ne s'at- 
tendait pas à une telle fran- 
chise. — Il fut sot ; cela le dé- 
grise. — Il s'arrête tout court; 
il recule d'un pas, — et ne sa- 
vait trop comment faire.— Mais 
pourtant, à la fin, déduisant sa 
colère, — il parle ainsi à la 
vipère : — « Ces raisons ne va- 
lent toutes rien. — Je pourrais 
bien juger tout seul, car (j')en 
ai le droit ; — mais prenons le 
parti qui paraît le plus sage : — 
mettons l'affaire en arbitrage; 

— sur ce point nous en passe- 
rons — par ce que les experts 
diront ». — « (Je) ne demande 
pas mieux », dit la bête rampante 

— et dans son sac toute trem- 
blante. — Une vache était là; 
ils l'appellent, elle vint.— Cha- 
que partie lui raconta — le su- 
jet de cette querelle. — « Ce 
n'est gue cela? dit-elle,— sans 
vouloir entendre jusqu'au bout. 

— Pardi I (il) n'était pas néces- 
saire, — pour décider le cas, 
d'avoir de commissaire. — C'est 
bien tout clair : la vipère a rai- 
son. — L'homme ingrat, après 
avoir desséché ma mamelle, 



3. Verenoû,^û%o, venimeux,-euse, de vere, venin ; bas-lim. vere, venin, verenou, 
venimeux; langued. vert, verinous; provenç. vérin, verinous; gasc. berenc, beren, 
herenous; catal. veri, venin; rom. vere, venin, verenos, venimeux; poitev. vérin 
(v*rin); berrich. vérin {v*rin), verain [v'rain); Bresse-Châlonn. vérin; anc. franc. 
vérin, poison ; lat. virus. 

4. faire, affaire; nous disons plus communément ôfâ. Du reste le rom. avait la 
double forme afaire et afar. Bas-lim. offa; langued. afa; gasc. affa; provenç. affa 
et affaire; béarn. aha\ 

H. Eissuri, « exprimé, pressuré, tari » (Foucaud) ; « essurt^ épreindrc, presser pour 
exprimer le- suc » (Dom Duclod). C*est bien l'acception que le mot a aujourd'hui, il ne 



- 127 — 

Penden mai de vin-l an, me laisso ô Vôbandou. — pendant plus de vingt ans 

Chaque jour, deipei rooun }ône âge, "JiV^'ïur ^ dfS moiT-einê 

l\ furnicho vedeu, bûre, côliou, froumagg. ^ge, i^Je) luUournSs ve"a u! 

Obe, qu'ei me que Tai nûri ; beurre, caillé, fromage. -- Oui, 

m'ô deu, ch'ô n'o pâ péri, ^"^^^ "^«i qui Tai nourri ; - il 

E, . , 1» V • me le doit, s'il n'a pas péri, — 

qu ei rooun la que 1 o gôri, ^t c'est mon lait qii Ta guéri, 

Pèr uno espeço de miraudto 6, — par une espèce de miracle, 

D'uno grosso et lounjo môlaudw, — ?*une grosse et longue ma- 

o^: «:^:i:« a«^ ^ ^;w« •«^x.,^ ^^x^^^^^i t ladie. — (Je) suis vieille mainte- 

Sai vieiho ôro, e, per moun grômarcei \ ^.^^ ^^v ^ y^^ ^^^ ^^^^^ ^^^_ 

O me laisso eitôvia do mandi deicho o seu ci, — il me laisse jeûner du 

Denguèro si Tingra me voulio leissù paissei! "jatin jusqu'au soir. -~ Encore 

c: ,^1^:^,,^ AA wv»:« i^ «n.^u« ^^ «»^A «:»«;» i si Tingrat me voulait laisser 

Si mmjavo do min lo mena de mou aizet ! p^j^^^ ^_ g^ j^^j mangeais du 

Ma, sei pieta, sei coumpôcî, moins la moitié de mon aise ! 

O me laisso sei fe, sei palio, sei vourî », -- Mais, sans pitié, sans com- 

Eivenlado sur mo leitieiro; P^'^'^°' - '\'^'' ^^^^^^ ^^."^ 

En mo chôdeno ôcô, fô grôtâ lo gourgeiro. — étendue sur ma litière; — 

Si guei gu pèr meitre un serpen, ^vec ma chaîne au cou, (il) faut 

m'ôrio, de segur, trôta diferômen. l^,^^ Fa"®»" ^^ g?f ^r. - Si 

v^ u. wisv/, u^ o^gu. , f,txMv^xjL i^i^tij^u. (j )avais eu pour maître un ser- 

Quei moun-ôvi;bounsei! voufomorevereiM^Oj). peut, — il m'aurait, bien sûr, 
L'ome, tou-t eibôbi d'uno talo sentenço, traitée différemment. — C'est 
Se mete de dire ô serpen : ^9^ avis; bonsoir! (je) vous 
y .^ . 1 . .|. . j "^is ma révérence ». — L hom- 
H Lo creziâ pa; quelo vieilio sei-den me tout ébaubi d'une telle sen- 
N'ei ma n'eibeitido, no soto, tence,— se mit à dire au ser- 
pent : — « (Ne) la crois pas; 
cette vieille sans-dents — n est 
' qu'une idiote, une sotte, — et 

faudrait pas confondre dans une même étymologie eissurî et eissujâ. Eissujâ, c'est 
essuyer, dont le primitif est suc; eissurî, c'est essorer, c'est-à-dire presser et tordre 
du linge mouillé pour le faire sécher ensuite. L'anc. franc, avait la forme essoreir qui 
se rapproche beaucoup d'eissuH, et le subst. essort, hâle, air sec, resté dans le poi- 
tev. essor, sécheresse, hâle. Genevois essourer, essorer; provenç. essaura, eissoura, 
it. ; rom. eisaurar, yssaurar, essaureiar, essorer, élever; bas-lat. exaurare, prendre 
le vent, du lat. ex et aura. Quant au changement de o et ou en u, il est dû à cette loi, 
constante dans le Haut-Limousin, qui veut que, dans les infînit. des verbes terminés en 
î long, les voyelles ô et ou de la pénultième se changent en u : mûri, mourir, crubî, 
couvrir; furnî, fournir, etc. 

6. Miraudio, miracle. Nous ne retrouvons ce mot dans aucun des glossaires que 
nous avons à notre disposition. 11 est donné par M. Honnorat comme purement limou- 
sin. C'est le lat. miranda que le roman n'avait gardé que dans le sens de « donjon, 
belvédère ». 

7. Moun grômarcei, littér. « mon grand merci r. 

8. Vourî, regain ; Dom Duclou orthographie vouriou et voueiriou, et ajoute que l'on 
dit à Solignac boueiriou ; bas-lim. bouiriou. Nous pensons que c'est le même mot que 
bouri qu'on a vu déjà employé comme balayures (voy. ci-dessus,p. 20, note 3). Donnons 
ici une explication que nous aurions dû donner plus tôt. Suivant la prononciation ac- 
tuelle, nous terminons simplement en î certains substantifs que Foucaud termine en iou 
et Dom Duclou en iu, ce dernier faisant observer quelque part qu'ils se prononcent iou. 
Tels sont les substantifs français en ion, attention, procession, que Foucaud orthographie 
oUentiou, proucessiou, et Dom Duclou attentiu, proucessiu. Certains autres mots sont 
dans le même cas. Foucaud écrit Diou Dieu, Dom Duclou Diu. Il est à croire que telle 
était la prononciation du temps de ces auteurs ; mais actuellement Yiou s'est contracté 
en î long. Du reste ce qui prouve que, du temps de Dom Duclou, Vou dHou était peu 
sensible, c'est que l'auteur du Dictionnaire manuscrit se contente de le figurer sî^t- 
ploment par un u. 



— 131 — 



L'ANË E LOU PITI CHE 



L ANE ET LE PETIT CHIEN 



NI- re de pu insupourtable 

Qu'un- âne que vô fà Teimable; 

(Perlan c'aribo be souven). 

l'ai ôvi dire qu'autre ten 

Un bourique pie de tendresse» 

Vougue côressâ so meitresso; 

Ma qu'ô nen pôye lo feîçou, 

Proufitan de quelo leiçou. 

<c Coumen! dijio-t-eu dî soun- âmo, 

lô veiraî queu piti chichou^ 

Viôre de pèr ô coump5gnou 

Coumo Moussu, coumo Môdamo, 

E i'ôraidôcodebâtou! 
£ que faî-t-eu doun tan? lour balio lo pauto ; 

£ tanquetan ô ei bica. 

Sanjiurei ^! lou diable lo fauto! 

Si n'ei-co pâ tan môleiza». 

Dî queb admirablo pensado, 

s'en vai ômouroûzômen, 

Levo no soto^ touto ùzslAo 

E lo pourto for lourdèmen 

Soû lou bôbignou de Môdamo ; 
E de so belo vou ô entouno lo gamo, 

Pèr fâ soun piti coumplimen. 

« Ah! moun DI! quau rudo muzico! 

Quau côressâ * ! se disse-lo. 



(11) n'y a rien de plus insup- 
portable — qu'un âne qui veut 
faire Taimable.— (Pourtant cela 
arrive bien souvent.)-^ J'ai ouï 
dire qu'autrefois — un bourri- 
quet, plein de tendresse,— vou- 
lut caresser sa maîtresse; — 
mais qu'il en paya la façon. — 
Profitons de cette leçon. — 
« Comment! disait-il en son 
âme,— je verrai ce petit chien 

— vivre de pair à compagnon 
— avec Monsieur, avec Madame, 
— et j'aurai des coups de bâton ! 

— Et que fait-il donc tant? H 
leur donne la patte ; — et aussi- 
tôt il est baisé.— Saprebleu I le 
diable la faute ! — Si n'est-ce 
pas tant malaisé ». — Dans cette 
admirable pensée, — il s'en va 
amoureusement, — lève un sa- 
bot tout usé — et le porte fort 
lourdement — sous le menton 
de Madame ; — et de sa belle 
voix il entonne la gamme, — 
pour faire son petit compli- 
ment. — « Ah ! mon Dieu I 
quelle rude musique ! — quel- 
les caresses ! dit-elle. — Vite, 



i. Ckichou, petit chien, diminutif de chi, qui se dit aussi bien que che; bas-lim. 
tsitsou, et tsitsoto au fémin.; langued. chiehe, chichou; anc. franc, chi, jeune chien. 

2. Sanjiurei, pour cen diôrei, cent diables, corruption destinée à masquer le juron. 
Nous avons vu (page 7S, note 27) comment de sang-Dî! on a fait sangi! 

3. Soto, sabot ; « soto [sotâ, au pluriel), corne du pied du cheval (et, en général, des 
bétes de somme) » (Dom Duclou) ; même signification en fias-Lim. Ce terme semble 
<3tre propre à nos contrées. 11 y a fort à douter qu'il soit le féminin de so, sabot, 
chaussure en bois; bas-lim. sou; langued. soc; anc. catal. soch; catal. mod. soc; 
portug. soco; ital. socco, rom. soc ; lat. soccus. M. de Chevallet donne au soc mot une 
origine celtique : bret. souc*h,soc'h, soc de charrue ; galL swc; écossais soc; irland. soc, 
Soto ne serait-il pas plutôt congén'ère du bas-lat. solus, bois, forêt; espagn. soto, it, f 
Dans ce cas il faudrait voir dans le lim. soto une synecdoche de la matière pour la chose 
qui en est faite, et attribuer à la môme figure l'anc. franc, soste, sot, massue à grosse 
tête, bâton. 

4. Quau rudo mu%icol Quau côressâ I Nous avons déjà vu (page i05, note î], quàii. 



— 132 - 

Vite, vite, dî lo boutico, 

Prenei no bâro de fôgo ! » 

Lo bâro se pourte ^ ; Fane gue sb sôlado 

Entau chôbe lo serenado. 

Queu que vô fourçà soun tôlan, 
Ne f5ro jômai re que vaho. 
Qu'ei lou Boun-Dî qu'o fa lo talw 
D5 pu pitî mai dô pu gran. 
Quao-t 6 bôlie Tespri cbâcu nen gue so dôzo. 
Tau que ne so ma fa lo prôz^?. 
Si- ô s'ôvizo d'eicrîr^ en vèr, 
Ne po ma rima de trôvèr. 
Qu'ei tou pôriei de toû loû autret. 
Queu counte ei pèr châcu de n'autr^f. 
Omei, fennâ, peitrei, soudar, 
Châcu nen po prenei so par. 



vile! dans la boutique,— prenez 
une barre de fagot ! »— La barre 
fut portée; Tâne eut sa salade. 

— Ainsi finit la sérénade. 

Celui qui veut forcer son ta- 
lent — ne fera jamais rien qui 
vaille. — C'est le bon Dieu qui 
a fait la taille — des plus petits 
et des plus grands. — Quand il 
donna Tesprit, chacun en eut 
sa dose. — Tel qui ne sait que 
faire la prose,— s'il s'avise d'é- 
crire en vers, — ne peut rimer 
que de travers. — C'est tout de 
môme de tous les autres. —Ce 
conte est pour chacun de nous. 

— Hommes, femmes, prêtres, 
soldats,— chacun en peut pren- 
dre sa part. 



quel, invariable. 11 résulte des exemples donnés par Raynouard que le rom. qual,qal, 
cal, était des deux genres, comme le lat. qualis, « Quai, dit cet auteur, était invaria- 
ble, et le français le soumit à la règle qui distinguait les sujets et les régimes On 

employait encore dans le xvr siècle quel pour le féminin ». 

S. Lo bâro se pourte, littér. « la barre se porta ». C'est un de ces italianismes qui 
sont assez fréquents en Limousin. 



LOU CHA E UN VIEI RA 



LE CHAT ET UN VIEUX RAT 



Din cauque viei libre de fôbla, 
Tai legi qu'un margau, TOleissandre dô châ, 

L'Otila, lou vrai fleu^ dô râ, 

Rendio là rôlâ mizerôbleî ; 
l'ai legi, dize-iô, din quel ancien- ôtour 

Que queu cha esterminôtour 
Se fôgio redouta ô doua legâ lo roundo ; 
voulio deirôlâ nôtro môchino rounds?. 



Dans quelque vieux livre de 
fables, — j'ai lu qu'un matou, 
l'Alexandre des chats,— l'Attila, 
le vrai fléau des rats,— rendait 
les rats (femelles) misérables.— 
J'ai lu , dis-je , dans cet ancien 
auteur, — que ce chat extermina- 
teur— se faisait redouter à deux 
lieues à la ronde ; — il voulait 
dérater (dépeupler de rats) notre 
machine ronde. — Quatre-de- 



i. Fleu, a fléau, instrument pour battre le blé; en ital. flagel; en angl. flail; en 
bret. freil; en bas-lat. flagellum » (Dom Duclou). Bas-lim. flodzel; langued. flagel; 
gasc. fleou ; provenç. flagel; catal. flagell; auc. espagn. flagelo ; portug., ital. flaaello; 
rom. flagel, flachel; anc. franc, flael, flageau, flagel, flaiel; berrich. flauf' foitey. 
flea (prononcez fila, Il mouillés), . t 



133 — 



Quatrei de chifro ^, trôcônar, 

Arseni, mourt-ô-râ, rôlieird, 
N'èrîan ma lo bezi ôpe de Rodîliar. 

Coumo ô veu que de lour tânieiro! 

Loû ra n'ôzôvian pu surtî, 

Dô rajo ô se po pu pôtî. 
Lou g&lan, un beu jour, se pende pèr no pauto^ 

En cauque trô de fî retor, 

E, lo leiio en bâ, faî lou mor. 

K Querèqu^ ô o fa cauco fauto , 
Se disselen^ loû râ, quan-t î lou guèren vu; 

Se fai plo ten qu'ô.ehio pendu. 
San-douto qu*ô ôro côza cauque doumage, 

Rôba beleu cauque froumaga, 

Mourdu ôbe engrôgna caucu. 

Quau feito dî lou vezinage ! 
Lôvôchio-* queu gran Dî! e trè certenômen, 
Noû rîran de boun cœur ô soun- entèrômen » . 
I vian lou nâ en Ter ; î li meten lo teito ; 

Pei rentren dî loû crô de râ ; 

Pei surten e fan quatre pâ; 

Pei, mo fe, se meten en queito. 

Ma veiqui be d'uno autro feito ! 
Lou pendu ressussito, e, sur soû quatre pei, 

toumbo ô mitau dô grôniei. 

De touto Tarmado fuyards, 

Se sôve mâquan l'ôvan-gardo. 

« Oh! oh ! Messieurs^ se disse-t-eu, 

Qu'ei no vieilio rûzo de guèro. 

Voû nen veirei be mai denguèr(» ; 

Toujour de pu beu en pu beu ! 

V'ôrei beu fourlifiâ lo plaço, 

Sabe dô tour de passo-passo ; 

Voû sirei toû escômouta ; 

E vôtro raço tout- antieiro 

Pôssôro pèr mo jobissieiro ». 



chiffre, traquenards, — arsenic, 
mort-aux-rats, ratières, — ïi'ér 
taient que poussière auprès dé 
Rodillard. —-Comme il voit que 
de leurs tanières— les rats n'o- 
saient plus sortir, •— de rage il 
(ne) se peut plus souffrir. — Le 
galant, un beau jour, se pendit 
par une patte, — avec quelque 
morceau de fil retors, — et, la 
tête en bas, fait le mort. —- 
a Peut-être il a tait quelque 
faute,— se dirent les rats, quand 
ils Teurentvu: — (il)se failbifeii 
temps qu'il soit pendu. — Sans 
doute qu'il aura causé quelque 
dommage,— volé peut-être quel- 
que fromage, — mordu ou bien 
égratigné quelqu'un. — Quelle 
fête dans le voisinage ! — Loué 
soit ce grand Dieu ! et très cer- 
tainement, — nous rirons de bon 
cœur à son enterrement ». — 
Ils avaient le nez en Tair; ils y 
mettent la tête ; — puis rentrent 
dans les trous . de rats ; — 
puis sortent et font quatre pas ; 

— puis, ma foi, se mettent en 
quête. — Mais, voici bien d'une 
autre fête ! — Le pendu ressus- 
cite, et, sur ses quatre pieds,— 
il tombe au milieu du grenier. 

— De toute l'armée fuyarde — 
(il ne) se sauva que l'avant- 

farde. — « Oh ! oh ! Messieurs, 
it-il, — c'est une vieille ruse 
de guerre. — Vous en verrez 
bien plus encore;— toujours de 
plus beau en plus beau! — 
Vous aurez beau fortifier la 
place, — (je) sais des tours de 
passe-passe ; — vous serez tous 
escamotés, — et votre race tout 
entière — passera par ma gibe- 

'. .. J M f 



2. Chifro, « subst. fém., chiffre; en espagn. cifra; en ital. cifera; en flani. cijfer; 
en bret. chyfra; en hébreux stp/ira ; en arabe sifery>. Le luxe d'érnditioh"4ue déploie 
ici Dom Duclou est du ressort de la philologie française. Faisons seulement r^mart^er 
le genre constamment féminin de ce mot dans la langue d'Oc : langued.,, p|;pVj^nc. 
chîffro; espagn. , portug. cifra ; ital. cifera et cifra. Dans l'anc. franc, cyfre était aussi 
fémmin. a Le chiffre, dit M. Littré, est primitivement le zéro de l'arabe fxi^^jdde, à 
cause que le zéro est vide de toute valeur. De la signification de zéro, chiffre a passé 
à la signification générale déchiffre de numération». v\ • f 

3. Se dîsset67i, se dirent. Cette forme est peu usitée à Limoges. La forme régulière 
est dissèren. ' • . "^' v 

i. LôvôchiOy pour lova chiOy loué soit. ^ 



134 - 



Mai ô digio bien lo varia. 
Pèr lo segoundo ve moun drôle lou &6no. 

se crubo tou de fôvino ; 
Regremilia^ tou coumo 'n eîrissou, 

S'ôgrumt* din-t'un pôlîssou '^. 
Lo gen troto-menu li ve chercha so perd(>. 
N't- ôgue ma un tou soû, querèque pii dierto, 

(Vole dire pu ôviza). 
De finà queu d'ôqui qu'èrio un pau môleiza. 
Queu viei routiei, fier coumo rat-en-paiïo, 
Ovio perdu so couo dî no bôtalio. 
« Queu t&pou^ deboulen^ n'ônounçorequevalio, 
Se crede-t-eu de louen ô generau dô chà. 

lô dote for quelo môchino. 

L'dmi! t'a beu eisse f5rino, 
Car^ quan tu sirià sa, iô me preimôrio pà ». 

Lo prudenço passe lo sianç(7. 
Queu counte n'ei ma inventa 
Pèr noù moûtra que lo meifianço 
Ei lo mai de lo sûreta. 



cîère ». — £t il disait bien la 
vérité. — Pour la seconde fois 
mon drôle les attrape. — Il se 
recouvre tout de farine. — Pe- 
lotonné tout comme un héris- 
son, — (il) se blottit dans un 
paneton. — La gent trotte-menu 
y vient chercher sa perte.— (11) 
n'y (en) eut qu'un tout seul, 
sans doute plus alerte— (je) veux 
dire plus avisé). — D'attraper 
celui-ci c'était un peu malaisé. 
— Ce vieux routier, fier comme 
un ratrcn-paille, — avait perdu 
sa queue dans une bataille. — 
« Ce tapon de son n'annonce 
rien qui vaille, — cria-t-il de 
loin au général des chats.— Je 
soupçonne fort cette machine. 

— L'ami ! tu as beau être fa- 
rine, — car, quand tu serais sac, 
je (ne) m'approcherais pas ». 

La prudence passe la science. 

— Ce conte n'est inventé — (que) 
Ijour nous montrer que la mé- 
fiance — est la mère de la ^- 
reté. 



5, 6. Regremilia, recroquevillé ; s*ôgrumî, se blottit (voy. p. 17, note 10). Dom Duclou 
ne donne ji2iS s'ôgrumî, mais donne regremilia : a foupi, rroissé, chiffonné ; se r^^re- 
miliâ, se grésiller, se rétrécir au feu comme du parchemin ». C'est ce que, dans le 
Bas-Limousin, on appelle regroouli. Regremilia semble composé du diminutif lat. 
grumicellus, peloton de fil, comme s'ôgrumî est composé du simple grumus, grumeau, 
amas, petite masse. Bas-lat. grumiceglus, glomicellus, diminutif du lat. glomus, pelo- 
ton de fil. Ane. franc.: grum^el, pelotte; grumicelet, petit peleton. 

7. Polisson, paillasson. C'est une corbeille faite de rouleaux de paille, de forme 
ronde et plate, dont les côtés évasés n'ont que quelques centimètres de hauteur. Ces 
paniers servent de moule pour le pain bis de la campagne qu'on appelle tourte. Bas- 
lim. poliossou; langued. paliassou; poitev. palisson. Tous ces mots dérivent du rom. 
pailha ou palha, paille ; lat. palea. 

8. Tôpou, « tas » (Foucaud), « touffe, flocon » (Dom Duclou). Tapon, dans le Dict. 
de VAcacU, « se dit en parlant des étoffes, de la soie, du linge, etc., qu'on bouchonne 
et qu'on met tout en un tas». M. de Chevallet donne à ce mot une origine celtique ou 
germanique, ce Autrefois, dit-il, tapon signifiait un bouchon : en Das-lat. tappuSy 
tappa; en provenç., tap; en ital., %affo... Ânglo-sax. tœppe, bouchon; island. tappe, 
tappi, it.; tud. zapho, il.; dan. iap; suéd. tapp; allem. %apf; ang. stople. — Gall. 
top, bouchon, tampon; bret. stouf; écoss. staipeol, stoipeal; island. stapahK 

9. Boulen, « le son de seigle, après avoir ôté la fleur seulement » (Foucaud), 
« recoupe, seconde farine, celle qui reste après qu'on a ôté la fleur ; en bas-lat. rebu- 
letum y> (Dom Duclou); de môme en Bas-Limousin. Béronie dérive ce mot du latin 
POLLEN, fleur de farine ; M. Honnorat se contente de donner le terme comme limousin, 
et de reproduire l'étymoiogic d« Béronie. 11 est possible qu'il y ait communauté 
d'origine entre notre mot patois et le mot français boulanger. Seulement, on n'est 
nullement d*accord sur l'origine de boulanger. Du Cange (v® bolendkgarii ) tire ce 
terme de l'allemaBd bail ou boll, arrondi, globuleux, parce que, dit-il, les pains étaient 
faits en forme de boule ; Ménage le dérive du lat. pollentiarius ; c'est Tétymologie de 
Dom Duclou. Kennet, cité par Du Cange , y voit l'angl. bolting ^ action de bluter, de 
discuter. On trouve aussi dans le Dict. anglais : boiter, blutoir ou bluteau ; bolted, 
Muté ; to boit, bUiter, passer au bluteau, sasser. 



— 135 — 



LOU DOU TOREU E NO GRONOULIO 

Doù lôreu, un jour, ôluchôvian * ; 

L'un- e Tautre bien- einida, 

co de corno, disputôvian 

E no junjo e lo royôta. 

No grônoulio, que loû vizavo, 

De len- en ten soupiravo. 

« Qu'à tu pô ? disse tan so sor. 

Laisso loû fâ, î soun prou for 

Pèr poudei voueidâ lour côrelo. 
— Ah ! ne vezei-tu pâ, se li reipounde-t-elo, 

Que 00 ne siro mâquan noû 

Que nen pôyôran là feiçoû? 

Qneu que vaî perdre lo gôguro 

Ne nîro pâ sur lo verduro ; 

ne fôro ni un ni doû, 
s'en vendro côtâ ô mieî de nôtr' eitanchd, 

Noû mountôro loû pei sur Yamchâ ; 

noû vai toutà eipoutî. 

Touto lo nôci vai pôtî, 

Pèr mour de Môdamo Genisso. 
Noû pôyôran lou frai de so môliço ». 

Queio pô pleno de boun-san 

Tundigue rede dî l'eilan, 

Mai se vérifie lanquetan. 

Lou tôreu bôtu pren lo fuito, 

Se precipito tou de suito 

De grônouliei en grônouliei, 

E là eiboulio^ pèr miliei. 



I 



UNE 



LES DEUX TAUREAUX ET 
GRENOUILLE 

' -»-;/. 

Deux taureaux, ua jour, se 
battaient ; — Tun et Tautre biei^i 
irrités,— à coups de^corne, dis- 
putaient — et une génisse èi la 
royauté. — Une grenôuîllé, qui 
les regardait, — de temps ëh 
temps soupirait. — « De quoi-' 
as-tu peur? dit alors sa sœur. 

— Laisse-les faire, ils spnt as- 
sez forts — pour pouvoir vider 
leur querelle».— «Ah I n& Vols-'' 
tu pas, lui répondit-elle, — que 
ce ne sera que nous — -qui en 
payerons les façons ?—* Celui qui 
va perdre la gageure— nHra pas 
sur la verdure ; — U ne fera ni un 
(une) ni deux, — il s'en viendra 
cacher au milieu de nos mares, 

— nous montera les pieds sur 
les cuisses; — il nous va toutes , 
écraser. — Toute la nation va . 
pâtir, — à cause de Madame Gé- 
nisse. — Nous payerons les fraisvv 
de sa malice ». — Cette peur 
pleine de bon sens — retentit': 
roide dans l'étang, — et se vé- 
rifia sur le champ. — Le taureau 
battu prend la fuite, — se pré- 
cipite tout de suite — de gre- 
nouillère en grenouillère, — et 
les écrase par miUiers. 



1. Oluchôvian, « se battaient à coups de cornes » (Fougaud). Dom Duclou ne donne 
que ce luchâ, lutter, se battre à la lutte; en espagnol luchar; en ital. lottare ; en lat. 
luctari »; bas-lim. lutsa, lutter, et se cesser en parlant des béliers; langued. lucha; 
provenç.: /ottcha, lutter ; aloucha, terrasser en luttant; rom. luchar (lat. luctari), lutter^ 
résister, combattre. Contrairement aux habitudes de notre patois, ce mot, qui eût 
souffert Taphérèse s'il eût commencé par une voyelle brève, a été augmenté de la 
préposition. Peut-être est-ce le résultat d'une confusion entre le mot roman luchau, 
lutter, et le mot également roman alucar, aluchar, allumer, exciter, animer (anc* 
franc, allucher, alluchier, herrich : allucher). Dans ce dernier cas, la racine est le lat* 
lux, lumière. Faisons encore observer que le mot patois alucha nous semble mal. 
choisi par Foncaud. Nous ne l'avons jamais entendu que pris en bonne part. C'est 
généralement lutter en jouant. o 

2. Eiboulio, 3» pcrs. sing. prés, indic. d'eibouliâ, « écraser, écacber; en ital. sÔMn ; 



— 137 - 

(L'orne e lou che venian dôrei) 

I fôgian vouyage toû trei. 

Lou meitre sur Terbo flûrido 

Fôgue so pitito durmido ; 

E moun- âue, penden queu teo, 
Dî lou mitan d'un pra se balio dô boun ten. 

Un pra que lo rivieiro roùzo '*, 

Deu vei Terbo plo sôbouroûze?. 

L'âne trobo lou paissei ^ bou ; 

Ma gnî- ôvio peu piau de chardon. 

Ce que qu'ei d'ôvei de l'ôdresso ! 

L'âne sôbio bien se pôssâ 

De chardoû, quan-t ô n'en vio pâ. 
Entau fan loû bourgei, mai lo quîto noblesse. 

L'âne vio deijâ bien dîna; 

Lou che n'ôvio pâ deijùna. 

s'en vai, lo gorjo bôdado ^, 

Dîr^ ô sôme : « Moun c5r5mado ! 

Lou meitre dèr, mère de fan ; 

Morjî! si t'èria boun- efan, 
Tu quinchôriâ^ tan-si-pili l'eichino; 



double baune — (l'homme et le 
chien venaient derrière) — ils 
faisaient voyage tous trois.— ^ 
Le maître, sur Therbe fleurie* 

— fit son petit somme ; — et 
mon âne, pendant ce temps, 

— dans le milieu d'un pré se 
donne du bon temps. Un pré 
que la rivière arrose — doit 
avoir l'herbe bien savoureuse. 

— L'âne trouve le pacage bon î 

— mais (il) n'y avait pas , un 
brin de chardon. — Ce quec*est 
( que ) d'avoir de l'adresse ! — 
L'âne savait bien se passer — 
de chardons quand il n'en avait 
pas. — Ainsi font les bour-' 
geois, et même la noblesse. — 
L'âne avait déjà bien dîné ; — 
le chien n'avait pas déjeuné. — 
Il s'en va, la gorge béante, dire 
à (r)ânon : « Mon camarade ! — 
le maître dort, (je) meurs de 
faim ; — morbleu I si tu étais 
bon enfant,~tu pencherais tant 



vingt-cinq ou trente mots authentiquement celtiques qui nous ont été transmis jpar 
les auteurs latins. Suivant Festus , il désignait genus quoddam vehiculL II ççt fort 
probable qu'il a désigné aussi, par extension, les vases qui servent à transporter les 
récoltes... Suivant M. Ch. Nisard {Curios. de Vétym, franc,, p. 115), il y a encore en 
Bourgogne un genre de véhicule servant au transport du charbon de bois, q«i a le 
nom deoenne ou banne » (Onofrio). Voy. à ce sujet le Glossaire bourguignon des Noëls 
de La Monnaye. M. de Chevallet, au mot benel, bennel, ancien charriot, tombereau, 
dit que ce sont des diminutifs du celtique ben : gallois ben, char, charriot; island. fen; 
écoss. fenn. M. Littré dit que l'anc. franc, benastre est un augmentatif de benne, et 
que le sens de voiture a passé à celui de panier. 

3. Roû%o, par aphérèse pour ôroûw, arrose. 

4. Paissei, pacage; c'est l'infinitif paissei, lat. pascere, paître, pris substantivement. 

5. Lo gorjo bodado, la gorge béée. Rom. badar, ouvrir, bâiller; catal. badar; ital. 
badare. Bôiâ, dans le Haut et le Bas-Lim., veut encore dire vomir; mais le langued. 
et le provenç. bada, dont le sens est étendu à admirer, applaudir, épier, crier, niai- 
ser, badauder, semble n'avoir pas celui de vomir, qui n'est indiqué ni par l'abbé Des 
Sauvages, ni par M. Honnorat. Le berrich. bader a encore plus restreint la signifi- 
cation du primitif. Il signifie simplement bavarder, babiller, discourir beaucoup. Le 

Soitev. bader ne s'emploie guère que dans l'expression bader le bec, ouvrir la bouche. 
[. Beauchet-Filleau, qui est un peu de l'école de M. Honnorat, voit dans bader le grec 
babai, exprimant l'idée d'admiration, de plainte, ou le verbe grec badzein, parler. 
« Le provenç. badar ^ dit M. Littré, se rattache au mot latin badare et battare, qui 
signifie bâiller. Aller plus loin serait difficile ». M. de Chevallet avait été plus loin en 
rapprochant ce terme du bret. bada, agir ou parler comme un sot, un fou, un étourdi, 
et en croyant à une origine celtique. L'anc. franc, avait béer, bayer, attendre avec 
empressement, aspirer, souhaiter, regarder, tendre, former un désir; en bas-latin 
beare. 

6. Tu quinchôriâ, « tu pencherais» (Foucaud). « Quinchâ, v. act., pencher, incli- 
ner ; en ital. chinare » (Dom Ducloo). Ce terme ne se trouve pas dans le Dict. basMm, 
de Béronie. Lo provenç. quincha signifie tout à la fois pencher, incliner, et cligneriez* 



— Ui — 



LOU LOU E LA. BERBI 



LES LOUPS ET LES BKEBI5 



Oprei milo an mai mai d'uno guèro ôpeignado ^ 
Loû loû e la berbî trôtèren de lo pa. 
Moun- armo ! qu'èrio plo bien fa 
D'ôvei gu no talo pensado ; 
Car, si loû loû de ten-en-ten 
Fôgian cauco bouno ripâlfo 
D'ânei, de chei mai de berbiâlw 2^ 
Loû bargei de là peu dô loû 
Fôgian be souven dô manjoû, 
E pen ne minjavo ô soû aizei, 
Ni diu loû bô, ni din loû paissee. 
Pèr eivilâ queu tôlôba 3, 



Après mille ans et plus d'une 
guerre opiniâtre, — les loups et 
les brebis traitèrent de la pai%. 

— Mon âme! c'était certes bien 
fait — d'avoir eu une telle pen- 
sée ; — car, si les loups -de temps 
en temps — faisaient quelque 
bonne ripaille — d'ânes, de 
chiens et de mouton^, — les 
bergers, des peaux des loups, 

— taisaient bien souvent , 4^3 
manchons, — et personne ne 
mangeait à ses aises, -^ ni dafas 
les bois, ni dans les pâturages. 

— Pour éviter ce tapage, — les 



1. Opeignado, a opiniâtre » (Foucaud). Dom Duclou orthographie oupigna,-do. 
Bas-lim. ooupigna,'do, obstiné, entêté, opiniâtre; gasc. oupignastre et pugnastre; 
provenç. oupignastre. 

2. Berhiâlio, ce bêtes à. laine » (Foucaud); a subst. fémin., collectif qui signifie les 
troupeaux de bêtes à laine, mâles et femelles. La racine de ce mot est en latin vervex, 
qu'on prononçait anciennement berbex, d'où on a fait le français brebis » (Dom 
liucLOu). Berbiâlio ne se trouve pas dans le DicL bas-lim, de Béronie. Ge ternie, 
comme celui de berbis, brebis, semble inusité dans les patois méridionaux. Pour 
brebis, on v dit fedo. Cependant le roman avait berbit7>, mais non le colieciiï berbialha. 
De môme dans l'anc. franc. Pétrone a employé le lat. berbex, La terminaison âlio 
(aii/^ en français), dans berbiâlio, paraît être le résultat d'une analogie avec les anciens 
mots bestaille (lat. bestialia), aumaille, (lat. animalia). M. Littré tiait.reraarquer) nu 
sujet d' aumaille, que les noms pluriels neutres, en passant du lat. dans /le franc., 
sont des subst. fém. au singulier. Nous verrons plus loin miranda devenu miraudio 
en pat. Peut-être y a-t-il eu dans la basse lat. un mot neutre pluriel berbialia ? 

3. Tôlôba, ic tapage » (Foucaud) ; a subst. masc. formé des deux moCs )aMmftotum 
et labascere (être sur le point de cheoir en parlant d'un édifice, être ébranl^),,, grand 
bruit qu'on fait dans une chambre au point d'en ébranler le plancher'.çi de faire 
craindre qu'il tombe ; en bret. turubailhy) fDoM Duclou). Dom Duclou sfe tromJ)e,etil est 
singulier que, en sa qualité de moine, il n ait pas songé à cette crécelle 'au mèyen de la- 
quelle on appelle les religieux à Matines, et qu'on nomme tarabat. Langued. i-torctlwft^/o, 
crécelle de 1 office des ténèbres; tarabasteri, tarabas, tracas, vacarme, quç l'aboe Des 
Sauvages dérive de tarabat; provenç. tarabast, tarabas, tarabastelo, crécelle, et, par 
extension, bruit, vacarme, tapage. 11 y a loin de là à l'étymologie latine hasardée par 
Dom Duclou. Tarabatte est resté dans la langue de l'argot avec raccepliuu d^eufant 
bruyant. M. Fr. Michel dit que « ce mot, qui fait partie.de la languevd«:^p[euple, à 
Lyon, était autrefois usité dans notre langue avec le sens de bruityde ^nX^iç^È^fj^y^Ce 
mot, ajoute-t-il, vient, comme notre verbe tarabuster, d'une onomatopée qui rend 
assez bien le bruit, etc. ». Ce que dit M. Fr. Michel du lyonn. tarabatte, enfant 
bruyant, est confirmé par M. Onofrio, qui donne aussi tarrabat, crécelle et vacarme, 
et renvoie, pour l'étymologie, au verbe rabata, « faire du bruit, se disputer, bavarder; 
langued. rabasteja, tracasser, troubler; rom. rabasta, querelle; ital. arrabattare, 
remuer; anc. franc, rabater, rabbater, faire du bruit, lutiner. Rabat, en anc. franc.. 



— 143 — 

Dt lou beu foun d'uno foureî. 

Oprei co courei lî ôprei ! 
Qui loù ô leur coufrai vian bôlia lo guignado ^, 

E loû paubrei chei endurmî, 

Sur lo fe de lour enemî, 

Guèren lo meimo regôlado. 

Loù loû nen fan sei coumpôssi 

No segoundo Sen-Bartoumî^®. 

E, dî no meimo mandinado, 
Toû loû chei pitôliei^^ guèren lour passo-por 

Pèr s'en nâ viôre châ lo Mor. 



chèvre-morlè — dans le beao 
fond d'une forêt. — Après cela 
courez-y après I — Ces loups à 
leurs confrères avait fait signe, 

— et les pauvres chiens endor- 
mis,— sur la foi de leurs enne- 
mis, — eurent le môme régal. — 

— Les loups en font sans com- 
passion — une seconde Saint- 
Barthélémy.— Et, dans une mê- 
me matinée, — tous les chiens 
hospitaliers eurent leur passe- 
port—pour s*en aller vivre chez 
la Mort. 



Lo pa, pèr lou segur, ei no chauzo plo bonnes; 
Ma fô, pèr ôgî sajômen, 
Prenei gardo ô qui l'un lo douno. 
Pèr pôrâ tou-t eivenômen, 

meichan, sei pieta, f5zan toujour lo guèro, 
L'ômita d'un- orne sei fe, 
D'un- orne que ne vai pas dre, 
Ei un fileu que fai sur lo tèro^ 
Mai de mau que lou tounodre ^^. 

Toû loû rei qu'an eita ômi de l'Angletèro 
Nen poden dtre cauc5re. 



La paix, certainement, est 
une chose bien bonne ; — mais 
(il) faut, pour agir sagement, 

— prendre garde à qui on la 
donne. — Pour parer (à) tout évé- 
nement, — aux méchants, sans 
pitié, faisons toujours la guerre. 

— L'amitié d'un homme sans 
foi, — d'un homme qui ne va 
pas droit,— est un fléau qui fait 
sur la terre — plus de mal que 
le tonnerre. — Tous les rois qui 
ont été amis de l'Angleterre — 
en peuvent dire quelque chose. 



bote (à la chienne-boiteuse). Le DicL de Trévoux donne porter à la vache-morte 
« quand on porte quelqu'un sur son dos, la tête en bas ». L'explication du dicton v. 
nous est donnée par M. Burgaud des Marets, dans un glossaire joint à un petit recueil 
de poésies saintongeoises intitulé : encoère une trâlée d*âchet (Paris, Didot, 1861) : 
a Porter à sa charmote, c'est porter derrière le dos, comme autrefois les bouchera . 
ambulants portaient la chair morte ». Dans la Saintonge, où l'on ne mangeait pas de 
chèvre, on a dit chair morte; dans nos pays et dans ceux où le peuple ne mangeait 
guère que de la chèvre, on a dit chèvre-morte; ailleurs on a dit vache-morte^ etc. En , 
Bas-Lim. on met le mot au pluriel : a tsâbras mortas, dit Béronie, manière de porter - 
quelqu'un. Celui qui est ainsi porté est assis sur les épaules du porteur. Chaque cuisse 
porte sur une épaule et fait le tour du cou. La tête du porteur sert d'appui ». 

9. Guignado, « signe de tête » (Foucaud). Dom Duclou ne donne pas le substantif, 
mais donne le verbe guigna de lo teito, faire un mouvement de la tête en signe de 
refus ou de consentement ». Bas-lim., langued., provenç. guignado, clin d'œil, signé 
de la tête, etc. La langue française n'a conservé guigner que dans le lanpge familier 
et avec l'acception de « fermer à deipi les yeux, en regardant du oom de l'œil»* 
(AcAD.) L'anc. franc, guigner n'avait guère, du reste, que cette signification^ du 
moins c'est la seule donnée par Roquefort; mais le rom. guinhar, tiré de Guiîia;] 

' mouillé), guigner, çli-.[ 
page 137, note 6.) , 

. it à peu près conservé .l€\ç.t 
formes que ce mot avait au moyen âge : anc. franc. 'Èarthemens, Barthiemien, Berr 
trefnens, Burtremeu. Le français moderne a calqué la forme latine Bartholomœus, C^t,aL. 
Barthomêu;ipr6yetiç, BartoWmioù, Bourtàumiou, .. .,jiai> 

44 . Pt^/m, par aphérèse pour opiM/t6î, hospitaliers. ' *' • i- ^ 

42. Tounodre (d'un seul mot, «t non touno^dre, dothme Yêcifit Potièaud), tShderrë . 
Rom, tonëore; bàsxlim. tcmm^dr^; totmotei^'^, dansleGeni; • ^ • » '< -. ,.n 




i 



— 145 — 

Que Mercuro deicen dô ceû, 

E H disse : « l'ômî ! lou beu ! 

To chou ne siro pa perdudo. 

'n ai trouba uno de boun gru. 

Vejan, lo recouneitrâ-tu ? » 
li 'n inôtro uno d'or. Pechâ-rbô lo refûzo. 
« Moussu, se dlsse-t-eu, iô voû dômand« ercùzo. 

Un gage tan prope, tan beu, 

De lo vito n'o eita meu ; 
Iô n'î demande re ». Le! doun lou dî Mercuro 

Li 'n fai veire n*autro d'argen. 

« Ei-co quelo? le, vizo, pren ! 
— Ne fSraî gro. Mo mizèro future 
Me fôro pâ prenei, nen ôteste lou ceu, 

Lou be dô autrei pèr lou meu », 

lo fi de là fi, Mercuro li 'n fai veire 

Uno que n'èrio ma de bouei. 
« Ah ! lo veiqui ! Voû me podei bien creire. 

Me meimo, en queu pau^ de rouvei, 

Lo mangliei Tannado pôssado. 

Perque voû lo m'ôvei troubado. 
Tourna lo me, chôplâ! voû me f5rei plôzei. 

— Tè ! là te veiqui toutâ trei ! 
To bouno fe siro recoumpensado. 

Eh be ! là prene. Grômarcei ! 
N'î- re de mièr ôquî que chauzo bien dounado. » 

Quan ristôrio fugue countado, 

Loû oubriei de toû loû pôï 
Perdèren toû lour chou mai lour quîtâ chopî ^. 

Jupiter î s'ôdressèrew, 

Toû ô lo ve la dômandèren, 

En credan coumo de beu sour. 

1 iroublen lou repau de lo celesto cour. 

Jupiter ne se ô quau coure 

loû vô pertan toû secoure. 

Mercuro lorno dôvôlâ. 
toû de la chou d'or ô torno prezentâ. 

Chacun de î se fôgue feito 
De dire tou d'5bor : « Qu'ei lo mio ; lo veiqui! » 
Ma moun Mercuro, ô le de bôliâ quelo-qui, 
Nen deitacho ô chacun un gran co sur lo teito. 



due, — que Mercure descend 
du ciel — et lui dit : « L'ami ! 
tout beau ! — Ta hache ne sera 
pas perdue. — (J*)en ai trouvé 
une de bon grain. — Voyons, 
la reconnaîtras-tu? » — fi lui 
en montre une d'or. (Le) cas- 
seur de bois la refuse. — «Mon- 
sieur, dit-il, je vous demande 
excuse (pardon). — Un outil si 
propre, si beau,— de la vie n'a 
été mien ; — je n'y demande 
rien ». Alors donc le dieu Mer- 
cure — lui en fait voir une autre 
d'argent. — « Est-ce celle-ci? 
tiens, vois, prends I «— « Ne ferai 
point. Ma misère future — (ne) 
me fera pas prendre, Q') en at- 
teste le ciel,— le bien des autres 
pour le mien », — A la fin des 
fins, Mercure lui en fait voir — 
une qui n'était que de bois. — 
« Ah ! la voilà 1 vous me pouvez 
bien croire. — Moi-même, avec 
ce pieu de chêne, — je l'em- 
manchai l'année dernière. — 
Puisque vous me l'avez trou- 
vée, — rendez-la-moi, s'il vous 
plaît! vous me ferez plaisir ». 

— « Tiens ! te les voici toutes 
trois ! — Ta bonne foi sera ré- 
compensée». — «Eh bien I (je) 
les, prends. Grand merci I — 
(11) n'y a rien de mieux acquis 
que chose bien donnée w. — 
Quand l'histoire fut racontée, — 
les ouvriers de tous les pays — 
perdirent tous leurs haches — 
et môme leurs hachereaux. — A 
Jupiter ils s'adressèrent, — tous 
à la fois les demandèrent, — en 
criant comme de beaux sourds. 

— Ils troublent le repos de la 
céleste cour. — Jupiter ne sait 
auquel courir. — Il les veut 
pourtant tous secourir. — Mer- 
cure retourne descendre. — A 
tous des haches d'or il retourne 
présenter.— Chacun d'eux se fit 
fête — de dire tout d'abord! : 
c'est la mienne; la voici! — 
Mais mon Mercure, au lieu de 
donner celle-ci,— en détache' à 
chacun un grand coupeur la tête. 



3. Pau, « pieu; en ital. palo; en flam. paal; en allem. pfakl; en bret. pat; eit'Ut. 
palus; en grec passalos » (Dom Duclou). Bas-lim. paZ;. langued.,provenç.^fl/étpfl4; 
Gers pau; rom. pal; anc. franc, pal et pau; berrieh. pau. —mô pm, c'est aller 
attendre les voyageurs sur les grands chemins, afin de les détrousser. '. ^ ; 

4. C/iopt. (Voy. ci'-dessus note â.) ' ' 2..)*\^*^b 

10 



— 147 — 

Ma que vîo loii secre de sarcî* fiuômen, 

E sur lo jauto e sur lo deii, 

Là fôlidà^ de lo nôiuro. 

Toutâ doua, tou-t en bôdinan, 
Tou-l en rizen, tou-l en lî fozen feito, 

Fôgian semblan, en tàtounan, 

De voulei ôjustà so ieïto. 

Lo jôno trôgio* loû piau^ blan, 

Lo vieilio rôchavo loû autm; 

Si be qu'en toû qut beu semblau^ 

Lî 'n reste pu ni d'û ni d'autr^t ; 

E fugue côia» lou bôdau, 

Coum^ un chantre de Sen-Marçau ®. 
se doute dô tour e lour disse : « Meinado, 

Grômareei de lo penehenad()^<*! 



qui avait le secret do ravau- 
der finement, — et sur la joue 
et sur la dent, — les faillites de 
la nature. — Toutes deux, tout 
en badinant, — tout en riant, 
tout en lui faisant fêta, — fai- 
saient semblant, en tâtonnant, 
— de vouloir ajuster sa tête. — 
La jeune arrachait les cheveux 
blancs , — la vieille arrachait 
les autres; — si bien quavec 
tous ces beaux semblants, — (il 
ne) lui en resta plus ni dep uns 
ni des autres ; — et (il) fut chau- 
ve, le badaud, — comme un 
chantre de Saint-Martial.— îl se 
douta du tour et leur dit : « En- 
fants, — grand merci de h pei- 



houille, qui, ayant échappé à la combustion, restent mêlées aux cendres. « C'est, dit 
M. Littré, une forme diminutive tirée du lat. carho^ charbon, de la même façon que 
escarboucle vient de carbuncultis, 

Montaigne a employé scaraftiiiaf ; l'Académie donne encore escarbïllard. Ce terme, 
ainsi que les mots patois ci-dessus, est^il formé d'escarbille, comme le veut M. Hon- 
norat? Nous hésitons en présence du rom. escaravat, escaravai, scarabée, escarbot; 
catal. escarabat; espagn. escarabajo; portug. escaravelho; provenç. escaravat; lat. 
scarabœtis; grec scarabos. Eicôrôbiliar ou escarabiliat pourrait bien n'être qu'un 
adjectif formé d'un diminutif du rom. escaravat. On dit dans le Limousin et dans le 
centre de la France : réveillé, vif comme un cinq-sous (voy. la note 3 de la p.age 72). 

4. Saroî, rentrairo, reprendre, ravauder. C'est le lat. sarcire, qui a dû passer dans 
le rom. sous la forme sarcir, mais que ne donnent ni Roquefort ni Raynôuard. Ce 
dernier ne mentionne (jue sarcidor (lat. sarcitor), ravaudeur. Sarcî se dit dans la plu- 
part des patois du Midi. Notre substantif sarci, reprise faite à une étoffe, est aussi usité 
à La Châtre (C'« Jaubert). 

5. La foUdâ, « de faux, faillites » (Foucaud). Dom Duclou ne donne que nfulteo; en 
itaL fallita s. Rom. failuda, faute, manquement. 

6. Tr(^giOi 3* pçrs. sing. imparf. de traire, arracher. Nous demandons grâce pour 
une énorme bévue qvu^ nous avons commise page 47, note 17, en prenant trÔ%ei pour 
i'impir, du verbe tro2>âf Ce verbe n'existe pas. Trôzei, comme trôgio ou trô%io sont des 
désinences régulières du verbe traire, qui se conjugue comme faire, fôgio, fôsio, 
fôzei; dire, digio, diwi, etc. traire, tirer, arracher (lat. trahere) est complètement 
roman. Le provençal l'a conservé. Espagn. traer. *' 

7. Piau, cheveux, poils; bas-lim. pial; lan^ed. peou, pel, piol; gasc. feou; Tarh 
pèl; provenç. peou; rom. pel, pelh; lat. piïus. Ane. franc. pel,pau;iiOiie\.y sain- 
long, piau, - — . 

8. Côla,-ado, « chauve, qui n'a point ou presque point de cheveux; en espagn., en 
portug. et en ital. calvo; en flam. kaal; en lat. calvus » (Dom Duclou). Dom Ducloil se 
trompe. Cola est dit tout simplement, par aphérèse, pour eicôla, littér. a écalé», c'esf- 
à-dire dépouillé de son écale ou enveloppe. Ècale est un mot d'origine germanique : 
all«m.; schale, enveloppe; schalen, peler, écaler. La forme aphérétique existe aussi e» 
Berri et en Poitou ; berrich. cale, pour écale, brou ; poitev. caler, pour écaler^ sépa*- 
rer la peau du t)oi« au moment de la sève. Cald ou sscala, dans le sens de chauve, 
n'est pas employé dans les patois du Midi, il y a done lieu de rejeter les analogies de 
Dom Duclou. •\ 

9. Chantre d0 Sen-Màrçau, chantre de Saint-Martial. Foueaud fait allusion aux en*- 
fanls de chœur de l'ancienne église de Saint-Marlial de Limoges (démolie en 1794 r 
1807), qui étaient tondus très ras, 

10. Penchenado, peignée, du subsl. fém. penche, « peigne; en espagn. peine; en 



— 151 — 

Fièr^ de lo forço e dô courage 
De souii coumpôgnou de voiiyage. 
Veiqui doun mo gen que s'en van, 
Sur loû trei pei cliopin-cliopan, 
E l'un de l'autre i se preimèren 

Tan qu'î pouguèren. 

I trebûehèren, 

Se sequetèren. 
Toupi de tèro pôligue. 
Toupi de fèr, soun cômôrado, 
De lo premieîro sequetado 

L'eipoutigue. 

Queu toupi de tèro en bandieiro^ 
no moralo bien sanchieir^? ^. 
môtro que qui vô prenei un parsouniei, 
Deu toujour chôzi soun pôriei ; 
E tau que brîlio dt so plaço, 
Pèr nen voulei surtî, se casso. 
Queu qu'entrepren mai qu'ô ne po, 
Din lo pa coumo din lo guèro, 
moun- ôvi n'ei ma un so, 
Mai pu so qu'un toupi de tèro. 



fer, ridiot partit,.— fort de la 
force et du courage — * de son 
compagnon de voyage. — Voici 
donc mes gens qui s'en vont, 
— sur leurs trois pieds clopin- 
clopant,— et Tun de l'autre ils 
s'approchèrent — tant qu'ils pu- 
rent. — Ils trébuchèrent, -4- ta 
choquèrent. — Pot de terre pâ- 
tit. — Pot de fer, son camarade^ 
— du premier choc — l'écrasa.^ 



Ce pot de terre en moi^ceaux 

— a une morale bien saine. — 
Il montre que qui veut prendre 
un associé — doit toujours choi- 
sir son pareil ; —et tel qui brille 
dans sa place, — pour en vou- 
loir sortir, se casse. — Celui qui 
entreprend plus qu'il ne peut, 

— dans la paix comme dans la 
guerre, — à mon avis n'est 
qu'un sot, — et plus sot qu'un 
pot de terre. 



4. Fier est pris ici dans le sens de fort. C'est le sens le plus général de ce mot dans 
la Haute-Vienne. Ne sai pâ fier, je ne suis pas bien portant, se dit aussi dans la Cor- 
rèze. Dans les deux départements, ce terme s'applique à tout ce qui est beau, grand, 
brave, fort, violent. Il en est de même en Provence. L'acception primitive du rom. fer 
(lat. férus) était farouche, cruel, sauvage. L'anc. franc, fier signifiait fâcheux, crijel,. 
rude, dur, étrange, et aussi brave, poli, instruit, courageux. 

5. En bandieiro, Foucaud traduit « au néant ». Dom Duelou ne donne au mot 
banieiro ou bandieiro que Tacception de bannière. Nous trouvons dans Béronie l'ex* 
plicatîon de la locution en bandieiro : ce En Bas-Lim., dit^-il, bouta en bandiéiras, c'est 
déchirer, mettre en pièces, comme si l'on disait mettre en banderollesyon loques, 
écharper ». Rom. bandiera, bannière. Le français a conservé bandière dans quelques 
expressions de stratégie. (Pour l'élymologiede bannière, voy. de CiiEVALLEt et Lwthé.) 

6. Sanchieiro, « Sanchieiy-eiro, sain, dispos, qui se porte bien, qui est en bo&état» 

SDoM DuCLOu). Ce philologue et M. Honnoral dérivent ce mot du lat. mnus ; l'abbé 
)es Sauvages le dérive, avec plus de raison, du lat. sincerus. Sanu$ n'aurait jamaié ' 
donné la terminaisan chier ou cer, Bas-lim» sonciei,^eiro ; langued.. san^er; ancien 
franc. SA»CER, entier, tout neuf. 



>i..f 



- 153 — 

Lo minje, 
Se poiigne, 
Tan que lo nen vougue, 

Dô min tan que lo nen pougue. 
Oprei s'èitre bien tundido, 
Grosso, grasso, reboundido, 
Redoundo^ coumo un pezeu **, 
Lo nen vio sa plenâ peu, 
Mai beleu be lo pepido. 
Lo vô quîtû lo partido. 
Ma lo ne po pu p5ssâ. 
Lo vio pô de se troumpa. 

Lo torno cen ve sur soû pâ. 

Un ra lo veu embôrôssado, 

E li disse : « Mo côrômado, 

T'entrèrei raâgro pèr queu crô ; 

Pèr surlî, ô n ei pâ prou grô. 

Perque sei-tu tan engreissado? 

Nen côto de se deveriî, 
E te fô deigreissâ, si tu volei surti. » 

Queu ra dôvinavo d'5vanço 
Ce que s'ei p5ssa dî lo Franco. 
Quan de finôtî parvengû 

S*en soun vira tourna coumo î èrian vengû ! 
Lour embounpouen o fa lour tiro-laisso. 

Jômai lou po rôba ne fai de bouno graisso. 



elle rongea, — elle mangea, — 
se gorgea— tant qu'elle en vou- 
lut, — - du moins tant €(tt'ell&^ en 
put. — Après s'être bien gon- 
flée, — grosse, grasse, rebondie, 
— ronde comme un pois, — elle 
en avait ses pleines peaux,— et 
peut-être bien la pép»è. ^'Elle 
veut quitter la partie, — mais 
elle ne peut plus passer. — Elle 
avait peur de se tromper. — 
Elle retourne cent fois sur ses 
pas.— Un rat la voit embarras- 
sée, — et lui dit : « Ma cama- 
rade,— tu entras maigre par ce,- 
trou;— pour sortir, il n'est, pas 
assez grand. — Pourquoi es-tu 
si engraissée? — (ïl) eh coûte 
de se divertir, — et (il) 4é'îaut 
dégraisser, si tu veuxeortU^. » 



Ce rat devinait d'avance — 
ce qui s'est passé dans la Fran- 
ce. — Combien de finauds par- 
venus — ont été obligés de s'en 
retourner comme ils étaient ve- 
nus ! — - Leur embonpoint a fkit 
leur tire-laisse. — Jamais- W 
pain volé ne fait de bonne' 
graisse. 



3. Red(mn,-oundo, rond; bas-lim., il, ; langued., it.; provenç. redaim^^ouno^ Ce^t 
le lat. retondus^ altéré en redon, redun par la langue romane. Ane. franc, roont, reoiii 
espagn.^ portug. redondo; ital. rotondo, ritondo, ../ 

4. Pe%eu^ pois; lansued., provenç. fe%e; rom. pexe (lat. pisum); catal* f^ù\i, \\j^\, 
pisello. Le catal., rital. et le limons, sont des diminutifs du roman pe^^ . j V. .^ 






LOU CER E LO VIGNO 



A L 



VK CE^F KT I44 yiffV^ , , 



Un cèr c5v51a, ma de prei, 
Pèr no troupo de chei de cbasst», 
. . Dî no vigno troube np plaçç ,.' 
Que lou d'obor lou tire dô dangei. 



Un cerf poursuivi ; ; ^J^ais . Ap, 

iprôs,rr-ip?rr u«4ftt,Ej9ièpft4p <çb^9ft 

; do obd^ep, -r- #Q? .y^çi yigw 

- trouvai une;place>r^qifi,t(]rtHdV, 

bord le tira du "daft^r.,mPçtt^ 



— 155 — 

Sei Teibroutâ ^ ? 

Quelo fabb ô vai fâ couneitrg 

Certen che pourtavo en soun cô, 

Un jour, lôu dîna de soun meitr^. 

Quéu barbe, dressa coumo ô fô. 
Ne tàtavo j5mai non mà^ de lo fumado 

Qae li mountavo dt lou nâ. 

sôbîo bé s't coundanna. 

Côcâ Ve lou frieo H- ôgrado. 

Ma toujour quel ôneite che. 

S'en sôbiô priva môgra se. 

De pô de vei cauco fretado *. 
Qu'ei lo pô^ direi-'YOÙ, que retegno 5 queu che 

Lo brido de lo gourmandîz(?. 

E perque doun voû nimai me 

Fan-noû toû lou jour lo sotîzo 

De n'ôvei jômai pô de re, 

Quan s'ôgî de m5ss& dô be ? 

Ni lou Boun-Dî, ni lo justice, 

Ne soun côpablei de tenei 

Nôlro lîngo ni uôtrei dei. 

Un- orne o-t-^u mai de môliço, 

min de rôzou que lou chei? 
Queu-qui finalSmen n'èrio pà sur so lingo, 

N'ôrîo pà fa tor d'uno eiping^ 

Ni sur buli, ni sur rôti, 

Ni sur rôgou, ni sur pâti. 

Tan guesso-t-eu gu d'ôpeti- 

Veiquî doun, pèr un beu môti, 

Qu'ô fai rancôuntro d'un mâii 

Que li vô gÔmà^ so fricasso. 



server— sans Técorner?— Celle 
fable va le faire connaître.— 
Certain chien portait à son cou, 
— un jour, le dîner de son maî- 
tre.— Ce barbet, dressé comme 
il faut,— ne tâtait jamais que de 
la fumée — qui lui montait dans 
le nez.— Il savait bien s'y con- 
damner. — Quelquefois le fricot 
lui agrée, — mais toujours cet 
honnête chien — savait S'en 
passer malgré lui, — de peur 
d'avoir quelque /rof^a. — C'est 
la peur, direz-vous, qui rete- 
nait à ce chien— la bride de la 
gourmandise? — Et pourquoi 
donc vous et moi — faisons- 
nous tous les jours la sottise — 
de n'avoir jamais peur de rien, 
— quand (il) s^agit d'amasser 
du bien ? — Ni le bon Dieu , 
ni la justice,— ne sont capables 
de retenir — notre langue ni nos 
doigts. — Un homme a-tr-il plus 
de malice — ou moins de rai- 
son que les chiens t — Celui-là 
finalement n'était pas sur sa 
langue, — n'aurait pas fait tort 
d'une épingle «^ ni sur bouillii 
ni sur rôti, *- ni sur ragoût, 
ni sur pâté, — tant eût-il eu . 
d'appétit. — Voici donc, par 
un beau matin,— qu'il fait ren- 
contre d'un mâtin — qui lui veul 



1. Eibroutâ, a entamer » (Foucaud), « rompre par les bords un vaisseau de terre ou 
de métal y> (DoM Duclod) ; bas-lim. ebroouta, a rompre un angle, la corne de quelque 
chose, et plus généralement diminuer » (Béronie) ; langued. esbrouta, rompre les me- 
nues branches d'un arbre ; provenç. esbrouta^ ébourgeonnér. La langue des eaux et 
forêts a conservé le participe abrouti , en parlant des bois dont les premières pousses 
ont été broutées et qui sont mal venues. Quant au subst. brout, pousse des jeunes taillis 
au printemps, d'où la langue française a formé le verbe brouter, nous renvoyons à 
M. Littré qui lui donne une origine germanique, et à M. de Chevallet qui le dérivé du 
celtique» (Voy. page 27, note 5.) 

2. Nou ma, littér. « non gue », si ce n'est que, excepté. Ce limousinisme est très 
fréquent. Nous entendons dire tous les jours à Limoges : on n'ouvre que^ on -ne cqm- 
mence que, pour «on ouvre, on commence à l'instant». C'est la traduction lîtlérale nu, 
ma patois : un ne daibro mâ^ un ne coumenpù ma* •. iï • . (;. ï 

3. Fretadû, littér., a frollée », le verbe frotter, syno'n. ée baltfe, é^f fèéîé 'MnnHo 
langage familier, ' ^ . . ..' r r ^ .ujjm 

i. Gômà* Ici Foucaud traduit par « gober ». (Voy. pag« ÇÇi^.noU %<) • , .( 



— 159 



Un jour un fô brSmavo pèr là ruâ 

tîu'ô regôtavo ^ lo sîgesso, 
boun marcha e de lo houno espeço. 
V'ôriâ vu lou mounde se tuâ 
De coure ô lo plaço publier 
Ente vegno lou fô d'eitôlà so boutico. 

tau prî que fuguei, chacun voulio ch5ta. 

1 ne dignovan pà soulômen marchanda. 

Ma, pèr lou mièr ôchôlandâ 2, 
Lou fô, sur lou marcha, lour fôgio de là mina 
Cèp5blà de lou fà pîssà di lour môlind. 
Oprei coqui, pèr lour argen, 
Lou regôtiei voû paravo* ô lo gen 
Qu'èrian vengu pèr pôssâ meitret, 
Un boun soufle ôpouya bien for, 
Mai un gran trô de fî retor, 
Loun dô min de cin ou chei meitreî. 
Gaucû prenguèren co pèr mau. 
Seloun me, quî-qui fiten mau. 
Guesso mièr vâgu de nen rîrf; ; 
Obe, sei It fà d'ôtencî, 
S'en tourna chà se sei re dire, 
En pourtan soun soufle e soun fî. 
Un de qui soufleta ne-t e jour li reibavo ; 
Queu soufle, queu fî li pezavo; 
Soun- imôginôc! troutavo» 
Pèr nen sôbei Tesplicôcî, 
s'en vai iroubà 'n astronome 
Que pôssayo pèr 'nôbile orne. 
Quau toblyo * ! me direi-voû, 



Un jour un fou criait par les 
rues — qu'il revendait la sa- 
gesse, — à bon marché et de la 
bonne espèee.*^Vous auriez vu 
les gens se tuer — de courir à 
la place publique— où venait le 
fou d'étaler sa boutique. — A 
tel prix que (ce) fût, chacun 
voulait acheter. ■— Ils ne dai- 
gnaient pas seulement mar- 
chander. —Mais, pour les mieux 
ac/wtonder, — le fou, par-des- 
sus le marché, leur faisait des 
mines — capables de les faire 
pisser dans leurs culottes. — 
Après cela, pour leur argent, — 
le régratlier vous donnait aux 
gens — qui étaient venus pour 

Sasser maîtres, — un bon souf- 
èt appuyé bien fort, — et un 
rand morceau de fîl retors, — 
ong au moins de cinq ou six 
mètres. — Quelques-uns prirent 
cela en mal. — Selon moi ceux- 
là firent mal. — (II) eût mieux 
valu en rire ; — ou bien , sans 
y faire attention,— s en retour- 
ner chez soi sans rien dire, — 
en emportant son soufflet et 
son fil. — Un de ces s ou f fl e t és 
nuit et jour y rêvait; — ce souf- 
flet, ce fil lui pesai(en)l; — -son 
imagination trottait. — Pour an 
savoir rexplication,— il s*en va 
trouver un astronome — qui 
passait pour un habile homme. 
Quel imbécile, me direz-vous, 



ïc 



1. Regôtavo, littér. a regrattait », revendait. L'Académie, quia admis le substantif 
regraitier, n'a conservé le verbe regratter que dans le Sens de gratter de nouveau, 
racler, et familièrement faire des économies sur tout. 

2. Ochôlandâ, L'Académie a consacré achalander, attirer les chalands j ipai^ fjj\e 
n'a pas admis, comme notre patois, achulahder quelqu'un, dans le sens de le faire 
venir à sa boutique. ' • » » û • ^ 

3. Pôravo, donnait. « Porâ ou para, présenter en étendant le bras ; en itaU ^orgere ; 




à la tienne joue droite, présente l'autre ». {Tfad. duNouv^-^Testuni^ de ^Si,\ (Mathieu, 
chap. V.) Parar est resté dans les langues et patois méri(Jion^ux : ^^p^ga^aparar, 
tendre; catal. parar; provcnç. aj^ara, tendfe la main, etc., pdur t'ècetoir quelque 
chose qu'on nous jette; langued. djmmv'il.'rtiasi4im. i>pûM,HtW.lS^mHv^mme 
comme étymol. le lat. apparare, préparer, apprêter*, ^spo^er*-. i ..", ." î '• l 

4. Tobîyo. Le berrich. et le poitev. ont aussi iotidan^ le sens df niji^ M^ g^auchet- 
Filleau y voit une altération du rom. topi, pot, « car on dît en français tkte cômjns un 
pol Ty.Toupi est èri'effet, d^ns' notre patôib,: ttttd injtik'ô xjAvâ ifi^éa^i'éikki'J^^Hï^ 
cation. Cependant noiis rejetons cette étymologie. La terminaison yo du patois lim. 



— 461 — 

Lou reî vîo fa tambourina, 

Di toû loû bô, pèr la chôrieirâ *, 

Que rentèr5men se fôrîo 
talo ouro, tau jour; qu'un prevo lî sirio 

Pèr regliâ lo ceremounîyo ; 

E, de pô de cacafonî^^^?, 

Pèr fâ plôçâ, suivan loû ren, 
Loû vezî, loû 5mî e loû quitei pôren. 

Là beitiâ doun toutâ venguèren. 

Lou lioun urlavo, là urlèr^n ; 

Quelâ que n' urlen pâ purèren ; 

Tou-t ô lo ve touta brômèren; 

Loû eico nen retentiguèr^;! ; 

Loû aubreî dô bô nen tremblèrew ; 

Loû quîtei rouchei nen branlèr^n. 

J5mai Sôtan, di soun sena, 

N'ôvigue de p5riei sôba. 

Un courtizan ei 'n amfibî^o 
Que pèr eita jugo lo coumedîyo. 

Qu'ei no chôbreto^ dô mouii. 

Que tantô puro, tanlô ri. 
Fô que lo gen de cour sian toû coumo lou mettra 

Qui n'ô ei pà, ô deu pôreitr^. 
Diriâ qu'un soûl espri lî- ônimo milo cor, 

E quel espri vai pèr ressor. 

Dî queu p5î, lo poulitesso 

N'ei ma no rûzo, no finesso; 

L'ome fran n'ei ma 'n eibeiti ; 
Lou pu manteur de toû ei toujour lou pu fi. 



Le roi avait fait tambouriner, — 
dans tous les bois, par les che- 
mins, — que renterrement se 
ferait — à telle heure, tel jour; 
qu'un prévôt y serait — pour ré- 
gler la cérémonie ;— et, de peur 
de cacophonie, — pour faire pla- 
cer, suivant les rangs, — les voi- 
sins, les amis et môme les pa- 
rents. — Les bétes donc toutes 
vinrent.— Le lion hurlait, elles 
hurlèrent; — celles qui ne hur- 
lent pas pleurèrent ; — tout à 
la fois toutes crièrent ; — les 
échos en retentirent , — les ar- 
bres des bois en tremblèrent, 
— les rochers môme en bran- 
lèrent. — Jamais Satan , dans 
son sénat — n'ouït de pareil 
sabbat. — Un courtisan est un 
amphibie — qui par état joue la 
comédie. — C'est une musette 
du moulin — qui tantôt pleure, 
tantôt rit. — (11) faut que les 
gens de cour soient tous comme 
• le maître : — qui ne l'est pas 
doit te paraître. — (Vous) di- 
riez qu'un seul esprit y anime 
mille corps, — et cet esprit va 
par ressorts. — Dans ce pays, la 
politesse — n'est qu'une ruse, 
une finesse; — l'homme franc 
n'est qu'un imbécile ; — le plus 
menteur de tous est toujours le 



!. Charieirâ^ a petits chemins de la campagne » (Foucaud); bas-lim. tsorieiro, 
subst. fém. a rue d'une ville, mais, plus précisénient, rue ou chemin dans les villa- 
ges » (BÉRONiE); \iéTig. corrierou, subst. masc, petite rue (Rousset); languecf. 
mrieiro, rue, chemin à charriot; gasc. carrero; Tarn carieiro; provenç. carieiro; 
cspagn. carrera; portug. carreira; ital. carriera; rom. carriera, rue, voie, de car, 
char ; bas-lat. carreria. Ane. franc, charrière, route, chemin ; berrich. it. 

2. Qu*qi lo chôbreto dô mouli, etc., « c'est ia musette du moulin », est une locution 
proverbiale fort usitée à Limoges et dans les environs. Nous n'en connaissons pas 
l'origine. Est-ce une allusion au bruit que fait le tic-tac du moulin ? Est-ce, au con- 
traire, une. allusion aux sons, tantôt graves, tantôt criards du bourdon et au haut- 
Uois qui sont dans la musette? Musette est-il enfin un terme technique? Nous n'^^^p 
sa\ïGinSi rien. Quant: au mot chàbreto, Foucaud le traduit par musette, Dom Duclou par 
coroemusc. Bas-Um- tsobreto, « cornemuse, instrument à ancheS qtî'btï enflé comme 
un ballon par le moyen du porte-vent et de iiroiS' dialmneatixi' Ils bivt'obaèun leur 
ancW4 leur partie inférieure^ Quand on joue de cet insUruçnent, lei grajad ibourdon 
pasae surl'épaule gauche. Lamusette est différente. On donne le^vcnt à une peau dç 
roottltnv qui* Be hausse et se baisse parle* rtôHivement du *bras. Les chalumeaux '^titft 
d'ivoin»3si}s^OQt<dea defs.d'iargent ou de cuivre ^i(BÉno|ntc)i- M)LaJ <ïAi!iômo est ainsi 
noiqmôeo dit' ûom Duclou, ipoobablemcnt parce qu)ç,,l(^ ,pr.^i][i;^efî^j if}^tf,ujQ|fits était 
en peau de chèvre ». 

H 



— 163 - 

Onen! loû, lauquetan, lou-l-ôro, vitômcn, 

Devourà me quel insoulen, 

Pèr venja l'oumbro de lo reino! » 
— « Si de larmâ ii' al versa peino, 

Grao prince, n'en siei pâ fâcha, 
Reipoun lou cèr; guei cregu fà peclia. 
foun d'un bô ente m'èrio côcha, 
Vôtro digno meita ô me s'ei pôrôgudo. 

L'ai plo d'ôbor recounôgudo. 

Coueijado sur un lie de flour, 

L'èrio belo coumo FOmour, 

E lo m'eiblôgissio lo vudo. 
« L'ômi, m'o-t-elo di, gardo-te de purâ, 

Quan-t î me nîran entera; 

Chanto ô counirârî moû louang^t. 

Sei plôçado ô coûta dô suigei ; 
Sai dî lou pôrôdi e ai pèr coumpôgnoû 
Toû loù.sen coumo mé e toù loû bienûroù : 

Ta larmâ me f5rian injure. 

Laisso, laisso purâ lou Rei, 
Là spuà H fan Onour e là me fan plô^ei ; 

Fô leissâ ôgî Jo nôturo : 
Co prouYO soun boun cœur ». Quan lou lioun 

D'orgueil ô gue no bouno dôzo ; [auvo co, 
E so cour, coumo se, s'eîcredo tou d'un co : 

miracle ! ô l'ôpoteôzo ! 
E lou cèr reçôbe, ô le de punicî, 

No bouno grôtificôcî. 

Lo moralo de quelo fables 
Ei Cacho pèr loû gran; lo lour ei ôplicablo. 

Là meissunjà ^, loû coumpUmen 
Fôran toujour plôzei ô de p5rieiro gen. 
Quan^t un gran countrevoû s'eicliato de coulèro, 
Nâ-voû en dôvan se mètre un j5noueî ô tèro ; 
FlSiâ-lou, vapiâ-lo.u, se, soû cheij, ç^pû pUt; 

Voù sirei tô de soû ôroi. 



f 11.. • •■! r».ii(,^ 
loups, promplemcm, àïlinstant, 
vilement, — dévorez-moi cet in- 
solent, — ponr venger- il'èrméfc 
de la reine! ^ ^^ a .gd ckidiarl 
mes (je) n'ai vera6 .aupune, — 
Çrand prince, n*en s^jjez pas 
tâché,— répond le cerf; j'aurais 
cru faire péché.*— An .fend d'un 
bois Qù je m'étais,, pajcW,,. -4 
votre digne moitié à ipoi s'est 
apparue. — (Je) îai bien tout 
d abord recoiïrime. -**• Couchée 
3ur un lit de fleurs, r-rj^lle était 
belle comme TÀmour^— et elle 
m'éblouissait la vue. — L'ami, 
m'a-t*^lle dit, garde46i de plett^ 
rer, — quand ils iront ^l'enter- 
rer;— chante au contredire mes 
louanges. — (Je) suis plac/$e à 
côté des anges;— (je) suis dans 
le paradis et (j')ai poun«Qnïpni-J 
gnons — tous les saints ,comme 
moi et tous les bienheureux : — 
tes larmes me feraient injure. 

— Laisse, laisse pleureriez roi i' 

— les siennes lui foijit honneur 
et elles me font plaisir* — (il) 
faut laisser agir la nature : — 
Cjela prouve son bon = ccfturJ j> 
Quand le lion entend, cela, — 
d'orgueil il eut une bonne 
dose, — et sa cour, avec lui, 
s'écrie tout d'un coup ï — Au 
miracle 1 à l'apothéose!,— .Ç<| W/ 
cerf reçut, au lieu de punition, 
— no0 bonne gratification. 



La morale de cette fable — 
est faite pour les grands ; cfle 
leur est applicable. — Les men- ' 
songes, les compliments— «-fe^ '^ 
ront toujours plaisir à de ''pa- 
reilles gens.— Quand iln grand ^^ 
contre vous éclate de /iolèré', ^^' ' l 
allez-vous-en devant lui "mettre ^^ 
vn genou eu terre ;-^flalfcez-»Ife;\! 
vantez-le, lui, ses chienis, sfeS '* 
petits; — vous sere^s tdvdeséîà' ^' 
amis. 



français so^iUsr. Le changement du s en ch est très fréquent. Qi^ant à J'ofiginei4^.; ' 
soidlUr, elle est germanique, selon M. de Chevallet (V. t. i, p. 454)» hjDfnr.,sûlç<r,,,\ , 
su Liu«», souiller, Milir, de soiW, souillure, saleté; bas-lat. suillare; provenç. soulfar,., ', 

7, Meis^unjo, nî.ensoflge. Ce Bjot est f(5«wnin comme le rpm. mes^i^ja él ÏWc." 
franc, Ba^-lim. w4s$py,mMi l^x^mn; Iwigood* messorgOi iL; f^rti memtirqo,'itl ' 
provenç. messonjo, it, , y ! 



165 — 



trépignait la terre ; — le feu lui 
sort par les deux yeux ; il en- 
rage de ne pouvoir — saisir 
cette petite mouche ; — il hurle, 
il se couche, ilse tord.— Voyant 
Sa Majesté faroïïclïe,-^tout"1e 
monde croit être mort.— C'était 
pourtant une bagatelle , — et 
cette transe universelle — était 
tout boBi^epa^nt iVpprage d'un 
moucheron. -^ Du ïfcu, il saule 
au croupion. — Sur ce grand 
corps il s'ébativi^ sans s'é- 
mouvoir , sans I sf ^nner , -- 
tantôt 1q pique.^ans une oreille, 

— tantôt va lui bpuraoïinçr jus- 
qu'au fonddu îéii-^WfiM- 
talle comn^e 'éArté Htti cage. — 
C*est alors qseleilil^ enrage. 

— De sa terriblÇ{jqijçe^.^J)%it 
reteaUr. squ ïia^vf^yr à belles 

- • . 'i . ■> ' .^1 IJoJ 

bas-lim. trepa, it. ; langued. trepa, trepir, folâtrer, sauter, gambader V^d^fiç. trepia, 
piétiner; catal.,espagn.,porlug. frepar, grimper ; espagn. trabejàf^^if>nmii\^^^QJiç^ 
lat., ilal. irepare. C'est l'anc. franc, tréper, trépigner, sawler, ^g^nfb^er^ et le rom. 
TREPAR, it., ^ue l'abbé Des Sauvages tire du celtique tripa, cjansér,^(lOTit, dit-il, 
paraît être dérivé le lat. tripudiare. Le bas-bret. a en effet les deu^c fortfl^' tfHp^ IKljii, 
danser, sauter, trépigner, usitées en Bas-Limousin^ AngLitOi^f/iyitrél^l^l^^f, glisser, 
vaciller. ,. , . , ., )ît of 1 

4. se mîgrOj « il s'enrage » (Foucaud). Mîgrâ n'est pas dohn^ ]^ar lybm Duclou. 
Bas-lim. (^migra, être chagrin, inquiet, avoir du souci » (BÈRô^i^V.'Cét'èhjWôal veut? que 
ce mot soit le lat. et bas^lat. migrare, émigrer, « parce cpte; dit^^ïy^lefti^grants ont 



Lou fe li sor pèr loù doù ei ; 

se mîgro^ de ne poudeî 

Jâpî^ quelo pitilo moucho ; 

urb, ô se coueijo, ô se tor. 

Vezen So Mëjesta fôroucho, 

Tou lou mounde creu eisse mor. 

Qu'èrio pertan no bôgôteb, 

E quelo transo universel, 
Eric tou bounômen Toubrage d'un moùchou. 

Dô cô, ô sauto ô croupignou. 

Sur queu gran cor ô se degueh'o *» 

Sei s'eimôre '^, sei s'eitounâ; 

Tantô iou pico dî n'ôrelw, 
Tantô li vai brundî^ deîchant(> ô foun dô nâ, 

S'î càro coumo dî no cajo. 

Qu'ei lei doun que iou lioun s'enrajo. 
De so tôriblo couo ô fai lundi ^soun filan, 

belà den ô se deichiro, 




a aujourd'hui, malgré ou maugré {maie gratum) est d'origmot'UdqeiydfftlJ-ès M. de 
Chevallet (m, 373). Cependant il y a un verbe bretoa in.usijljé.,p^|{/^ç, /aalucllement 
millisien), maudire, faire des imprécations, lequel, contractuel altéré^ arafâit bien pu 
donner mîgrâ. Remarquez que Vî de mîgrâ est long, ce qui îWàiqtfe l!i««f'^ntraclion. 

5. Jâpî, (( saisir » (Foucaud), par extension du sens pnimitWinioQfillÉr, joindre 
ensemble au moyen de quelque chose de gluant » (Dom Ducw)u)..,p^iiflQ^sô tsompi, 
s'opiniâtrer, s'attacher à quelque chose; provenç. agapi, « collé, poisse, en parlant 
de la laine huilée depuis longtemps » (Honnorat) ; poitev. jap^r^ raccommo tlf r^ 
ravauder les bas. Ce mot a beaucoup d'analogie avec le français happer, d'origine 
germanique : allem. happen, saisir, attraper; angl. to hapse,iL "' ^'\>'^m:^ ^.3 .t 

6. Se degueliâ, « se divertir » (Foucaud). Voy. ci-dessus page 24;:ndte'<i4y«*nQDOt 
deguelio. . ' ■ ' ■' ': " '""U'^.r-rfjffnoo 

7. Sei s*eim6re; langued,: emooure ou emoire, émouvoir; efnooitiUi^étfm^^TJi^enç, 
esmooure, emourre; anc. franc.: « i*esiwan>, s'étonner, être sbrp(rlfi,.apprôhÉnfc!rtBr; 
esmarri, esmarrn, esmaugut, étonné, ,fâçhé, tout' troublé, toutëmu; affllgé,ificcalbié » 
(Roquefort)* Le primitif rqm^ est marrir, marir (lat. mtÉvefifji alWîtifte*V"»Pi®er, 
chagriner; ba&-lat. wamre. ,, , ••»..- > «i' irofifnt)iiji 

8. Brundî, « bourdonner ^^ (Foucaud). Voy. page iS; noté! '8. ^^ H '.|j nuinriioM 

0. lundi, reteolir, ^ou$ avp^s yu ci-dessiis (page 86, note i) Tadjeclif twniirdi^ le 
sens de gonflé, tendu, Dom Duclou ?ie donne tunaî qiie ^ddtife îeJséWSi'de-î^GtéhtârLcL'a- 
nalogte Se forme de m^di, retçpfir, aveçT,e françaîs^encfr^ pOUri*intC5eplîqqèr cotragcnt 
le pafrtieinie Um(/jauu.ai:rivcf à Signifier ^^Mm. "' " ' " "'^ '^l'o.jp ,?.\\i,'uu\ 






— 167 — 



LA FENNA E LOU SEGRE 



■ .th iicl it i][ O 

r^ïïTTn — 

. . iA\i]yjf (H/ 

. • M"tl'HT Ji// 
LES FEMMES ET LE SECRET 



Re de pu pezan qu'un secre, 

Surtou pèr là lingâ femelâ; 

Ma quan d'omeî, pèr là nouveM^ 

Soun de là fennâ tout-5-fe! 
Pèr eiprouvâ lo souo, lî 'n gue un que crede, 

Coueîja coumo elo no ne : [mère! 
« Hola!... n'en pode pu... quau trench5dà!.. me (je) n'en puis ]>lu^ 
Quau suplîce ! . . . Bouei vei ! . . . Sai ôcoucha d'un yô 
— D'un yô? — Oplo, tè! vizo lou poungu fraîche 



Rien de plus çe^apt ,qij;unj^e^) 
cret, — surtout poût lés lan-^ 
gués femelles ; — mais combien 
d'hommes, pour les nouvelles, 

— sont des femWëé' ibtv à fait I 

— Pour éprouver ilaisrBnife,'(i4JJ 
y en eut un qui çr^^TTp/Couché 
avec elle une nuit : — « Holà ! . . . 
(je) n'en puis ]>lu^f..':' Quelles 
tranchées!... (je) me meurs I... 

— Quel ^uppJ.rC(3>;}f.4jBah ! 
vois ! . . . (je) §uls accouché d'un 



i Ma tu n'ô dirâpâ, i' espère? [e tau nlô... œufl v^ÈiWnrtéehi^^if^^a Oui 



nknai^oi&lefKuuhu&âi^et tout 
ne^l^, T-^m ta ,mA%^mrL 

pas, j espère* ? — Ils m^ppelTe- 
raient poulei'fetl tiid^^èèiix qui 
le sauraient ■— deftoBl' liomme 
se moqueraiepi-^An.tjom de 
Dieu! prends-y bien garde, — 
et ne va pas faire laliavarde ». 
— <c N'aie pas pei]^r,detcelïi.(J«) 
te jure sur ma foi— qii^,,4W8tiici> 
à moi, — personne ot'en^ftun*.. 
jamais rien ».--r Vais/. ocvbftïkUiyv 
serment dura jusqn'i i'aurWff^o > 
— A la pointe du joi^r^^tç^iietï^i 
femme est debo«5.'-Ji te^sei^eti^^ 
de l'événement -r- lui p^ç,{pl^»fe( ' 
que son argent. — IÙle.\<\p.itnt 
vite trouver sa plus proche y^oxn.i^ 
sine.-*<c Ma commère, diwelle»! > 
je vous viens- conter, ^ eg.usilen ( 
plus grand secret, la plus 4rôi«ij > 
d'affaire... — Mai8,.(i^) voustQrviO 
prie, n'en parlez pas^— iparcft:îl 
que vous me feriez baUW(.>. -rrn > 
Notre homme qui a[pop4»nW);i 
œuf gros comme, quatrei^JPâjSr,^ 
vrai que le tour^stouriew^Sf rrri oi 
-—(Je) vous le 4onae.,sousiia\ ,/. 

1. Fia pèr me, « expression formée du lat. per me fiai, quant àmoi,àmOniégar{ifV): , 
(Don DucLou). Cette locution est usitée ailleurs que dans la Hautehyientne/:i.ba34ijmii: i 
fia per ioou; périg. fia per mi (Rousset). .- . . . /!> .h < jI i^rid; iih.,;c?!ii 

2. Pouncho, pomte. De môme en langued., en gasc, en provenç. Bas-lim. pountso. 
Rom. PONCHA, de punch, point (lat. punclum); catal. punxa. 

3. Defôro, dehors; de même en bas-lim., en langued., en gasc, en provenç. Lyonn. 
et forez defour, defo, defœu; bourguig. defeur; dauph. defour; catal. defora; espagn. 
défilera; ital. difuera; rom. defors, deforas; lat. foras; bas-lat. deforis, déferas; 
anc. franc, defors, deforx-; poitev. defors. 



I me pelôrian poulp^ e toû quî qu'ô sôbrislh - 
De toun- orne se moucôriaii. ' ' 

noun de Dî ! pren lî bien gardo, 
E ne nâ pâ fà to bôvardo. 

— N'ôyâ pâ pô de co. Te jure sur mo fe 
Que, fia pèr me \ 
jDegu n'en sôbran J5maî re ». 

Ma queu beu sarëmen dure deicho ô l'ôrôro. 

lo pouncho^ dô jour, quelo fenno ei defôrc? '. 
Lou $ecre de l'elvenômen 
Li pezo mai que soun- argen. 

Lo cour vite troubà so pu procho vezîno. 

<^ Mo cQumai, disse-io, iô voû vene countâ, 

Soû lou pu gran secre, lou pu drôle d'ôfâ... 
Ma, v' en prege, n'en parle! pâ, 
Pèr ce que voû me fôrià batre... 

Nôtre orne qu'o poungu un yô grô coumo quatre ! 
Pâ vrai que lou tour ei curî? 
V'ôbalie soû lo coufessî. 



N'ei pu pèr elo touto soulo ; 

Loù omeî *n an lour bounâ par. 

Diriâ qu'o plôgu dô bôvar: 

Toutâ là ruâ nen soun pôvôdd, 

E forço meijoû lôpissôd^. 
Dôvan dô û que iî- o^ lou niindre mou lâcha' 

Cour coum(? un chôvau def lôchff. 

I n'an pà pô de fà pecba. 

Coumo lou poundeur, î Tenventen ; 

Coumo so fenno , lou rëcounten; 

Coumo la coumai, î Yàmenien; 

£n. pourtau perd(7^ î se countentm; : 

I u'an ma plôzei quan-t i menton; . 

I n'an jômai pô de fâ tor; 

Sei-voû môlaud^, î voû fau mor. 

Lo deirôzî, lo medizenço 

Soun po benei pèr quelo enganço. 
Pèr que uoû ne pourau jômai loû counvertîv 

Dô mio moncan noû bien de î. 



. ..'ïlouîle V*i«'€Bt» pfesi'^lJour elle 

. toute s^ij)e;,77-,Jp§,hainmes en 

ont leurs bonnes paris. — Vous 

diriez qii*Jl â pm aè^ bavards : 

—tontes tesl rUô8iie*tsDûti|)âJL 

. ,vée9.7-n6VfWfe,maîftop§/Mpisr 

sées,— Devant des un^qu'pl) y 

a', le moinrfré mW lâché — 

• cotiPl comm^ ^ ' trtW^' »âéta- 

. chéu^!ii|.inj<K5it.^^fe(nW(# 

,f^irç jj^clié.r-^j.Çomjne le pon- 
deur, ils nnVeiitent; — comme 
■ sa •ferfimef;'f*e*''i^acôKtrililï;<>*i- 
.{ioinjn0|le4'^pfi4f§i^^ls Taug- 

liront (dfe^ ipt^i^lr^qu^ éfOàMm 
, me^tp'nt;. tmi ils, irfi)nfeijftigr^ 

•Lâi:4îiéH|^^,i!i^ofrïédKiàfldèi>^ 

fefince. — r Puisque , nous ne 
bufroii^ Jafr/iTiîs^ffey yîonvenir, 
-H- -da> nioiAsn^iiulfibns-nous 



•_i v! iî-iii '.••ii-.(ijjo<i 3 
.: .r ,i! 'fjMf orij-n-j o'ii î/j^^iV 
' : • I"» •■•t-nl ) rioii uo'/! 

■•!.'i.;2 ,1.- l'i >î 11 ) ,onn'.AoIi<i 

,. ,,Se.criQiRe,j|i^,njf^nage est 

fort pomninn en France. — Tel 

tàît' éoriikéigrfèti^^it^ittportance 

— qui est qu e lqu e f o is mo i ns 

.rqHiiûtlfOUCfejOteiînrTi^^'^.Jïial 

. se^peut .bi^gi ^p|^^^,^le ;inal 

frapcai^^f— ;J^ sqt|Â,Y-îf?itè,p,Qjijs 

0st parUculi^rq,TTrt4s)%î^pp/i5 

^pht fiçrç.,. ,TO^is7;4;uh^\,a^l,^p 

uïanièrPvTTt ,V^«ru\^Wqft^ m 

. mais. moms.^ptf^^^aps.vowJfmr 
faire le bo^^,^pôtiîe,7Tt^po'uP<9PS 
qu^lq^fi ÇjxeçfiRl^' 4if.^^^tfe. 

, jéWptept, n7t;qMi()'9Q»JWa^V ^ne 
tqur, ,r^i^ ^[fp^cfieir.lenjt — 

;Cl.e^^pUe MtP.Âj|i^q\ pacage — 
.guKfliàrdmt ,à..gï;9? équipage. 
Trf.ÇiirrJ.HniWlA.F.plÇ ét^gc, 

j -7 ,i^me gr<?sp9 .dame, au Pérou, 






LOU RA E L'EILEFAN , . , 

Se creiraun persounag^ ei for coumun eaKpaA^p 
Tàu fai souri segnour d'impourtançai, .., 
.Ûu!ei eôcâ ve,mîn qu'un bourgei ; 

E queu mau se po bien pela loumaavfrjuioei». 

Lo 801)0 vënita noû ei particuUeiro.' * 

Loû Espôg:nô ^outl fièi", ma d'uni:) atïti^o mÔtiieiW. 
Lour orgueil me sembb un pîtî . 
• Pûidcôle, ma min eibeiti.i 
Se} "voulei fà lou boun- ôjpôtr^, 
BÔlian cauqu^ eizàmple dô nôtre. 

Ûu piiti rôlilioi}<i¥(Çîçep,wnnéilejfan:,' . » ( 
Que semblavo no tour, rigio dô marcMlaù '• '^ 
' S ^ ''^e duélo béî«^ 6'âU^bôhïg^ ' '."" ' ' 
•. /. .-^.nvWe:^^rç!i,ayo.,ij;gvq,e^QW^p^^^^ ,. 

<'t. '<).jijSac l<ôi^iniaa/iÔ-itiipk>-eUDg«g. •-tr.-> ^.na'-.-- n 
No gi*Oi'àb^dtim^ dô *>feimu, ' ' - ^ ^' 



- 171 

E pren queu couate pèr countan. 
Lou Gounteur, en lou te countan, 
Te balio TÔvî impourtan 
Qu'ô rôrelio l'en pen ôtan. 
T'ôriâ beu fô toun for de lingo, 
N*eipeiyo vô mai qu'uno eipingo. 
Pren eizample sur queu r5tou, 
Ë souve-te qu'uno suringo 
N'ei pâ no peço de cônou. 



conle pour oomptaot. — Le con- 
teur, en te le contant,— te doB- 
ne Tavis important — • qu'à To- 
reille (il) l'en pend autant. — Tu 
aurais beau faire ton fort de 
langue, — une épéd vatit mieux 
qu'une épingle.--* Prends exem- 
ple sur ce raton,— et souviens- 
toi qu'une seringue — n'est pas 
une pièce de canon. 



LOU LEBRAU E LA GRONOULIA ' 



LB LEVRAUT ET LES GEBI«QfuILLES 



Un beu lebrau treUcar, que se tegno 5grumi^ 
Dî soun ni. 
Entre se meimo reibôssavo ; 
Car, dîn-t un ni, caucu que ne dèr pà 
Que po-l-eu fà, 
min de reibôssâ? 
Queu paubre cor se trôcôssavo ; 
Lo pô net-e-jour lou rôjavo ; 
Lou chôgrîn lou tôlôfissavo ; 
Lo meichanto imour Teitoufavo. 
« Moan Dî ! se dijio-t-eu, ne couneîsse degu 

De pu môlûroû qu'un pôru. 
ne po pà minjâ bouci que ne proufeche. 
Jômai de plôzei sur, jdmai d'endre que pèche 
Lou mètre ô Tôbri dô dangei 
Que naissen toujour sou soû pei. 
Veiqni perlan lo vîto que iô mené ! 
lô trimoulie^ si me permene ; 
Si derme, qu'ei loû ei deibèr ; 



Un beau levraut trois-quarls, 
qui se tenait pelotonné — dans 
son nid, — en lui-même rêvas- 
sait; —car, dans un nid, quel- 
qu'un qui ne dort pas, — que 
peut-il faire, — à moins de rê-- 
vasser ? — Ce pauvre corps se 
tracassait;— la peur nuit et jour 
le rongeait; — le chagrin le ta- 
lonnait;— la mauvaise humeur 
l'étouffait. — « Mon Dieu! se 
disait-il, (je) ne connais per- 
sonne — de plus malheureux 
qu'un peureux.— 11 ne peut pas 
manger morceau qui lui profite. 
— Jamais de plaisir sûr, jamais 
d'endroit qui puisse— le mettre 
à l'abri des dangers— qui nais- 
sent toujours sous ses pieds. — 
Voilà pourtant la vie que je mè- 
ne 1 — Je tremble si (je) me pro; 
mène; — si (je) dors, c'est le^ 



i. A partir de cette fable jiii;squ'à celle des Mééecim, les quelques notes explicatives . 
qui accompagnent le texte, dans les éditions précédentes, font complètement défaut»: > 

2. Ogvumi, pelotonné, blotti; a s'ôgrumi, s'agrouer, s'asseoir sur ses talons Cjomraije' . . 
font les femmes » (Dom Duclou) ; langued. granimilia, blotti, accroupi ; proveuçn ,asiwr : 
oumoiUi, agramouti^ agramilia, it. Nqus retrouvons ici l'anc. franc, grumeh.pti^n^i 
que nous ^vons.déjà vu d^ns (iereg[rewiUd„dépeiotopner (page. i7> note 10.)- Vôy. ^«flsi...«ï 
page i3i, pote t^. . , .\' ..V ■'• j. . ;■....•.. .■•. ':./r. '':■■'.»! ..> 

3. 16 ^irîfnoùli^, je Irissonnc, t^ Jn:ï^o^là, tceiAbJoter.5>eîï Uni. (rew(\iftr<f(Pt>/(,Domj;'.» 
I)rci,ou)., De mômep^i Pas-Vm.,e,t géi^ralcment dans to^U.le Midi. Gftta,lw* fisp^gii,v,i«ïi^Mi:» 
mol(&;\it\\. trcnïolarc; rom. TRKMOLAn;bas-Iat. tremularc,f\\x lat. tram'^lmyl^QmHAW^JiUi^'i 



— 173 — 



LO MOR E LOU MOURIBOUN 



LA MORT ET LE HORtBOND 



Lo Mor ne po jômai surprenei Tome sage, 

Queu-quî, toujour preite ô parti, 

Se de se meimo s'ôverlî 
Quan lou len ei vengu de fà lou gran vouyage. 
Queu ten, helâ ! queu ten ei dî tou-t âge. 

Qu'un caleulôtour lou partage 

En jour, en- ourâ, en momen, 

n'en troubôro jômai pen 

D'eizan de pôya quelo tâlio, 

E que pèche servi de por 

Countre loû ûchei de lo Mor. 

Pèr ton lou mounde Tei pôrieiro. 

Lou momen que lou fî d'un rei 

Daibro^ loû ei ô lo lumieiro 

E bien souven queu que l'o prei 
Pèr li bôrâ pèr toujour so pôpieiro. 

Lo se mouquo de lo grandour ; 

Eime, beuta, vertu, richesso, 

Forço, santa, vigour, jônesso, 

Prudenço, vônita, sôgesso, 

Lo Mor gafo ^ tou sei pudour. 

Û nioundç antiei, cauquë beu jour, 

Lo jugôro lo meimo peço; 

N'î- O re de pu ôssegura. 

Quelo vârta ne fai gro rîre; 

E pertan noû poden be dire 
Que lî- bien pau de gen que lî sian prepôra. 



La Mort ne peut jamais sur- 
prendre rhomme sage.— Celui- 
ci, toujours prêt à partir,— -sait 
de lui-même s'avertir — ^uand 
le temps est venu de faire le 
grand voyage. — Ce temps, hé- 
las I ce temps est en tout âge. — 
Qu'un calculateur le partage — 
en jours, en heures, en mo- 
ments, — il n'en trouvera jamais 
aucun — d'exempt de payer 
cette taille, — et qui puisse ser- 
vir de port —contre les huissiers 
de la mort.— Pour tout le mon- 
de elle est pareille. — Le mo- 
ment où le iils d'un roi — ou- 
vre les yeux à la lumière — est 
bien souvent celui qu'elle a 
pris — pour lui fermer pour tou- 
jours sa paupière.— Elle se mo- 
que de la grandeur; — esprit, 
beauté,, vertu, richesse,— force, 
santé, vigueur, jeunesse, — 
prudence, vanité, sagesse, — 
la Mort happe tout sans pu- 
deur.— Au monde entier, quel- 
que beau jour, — elle jouera la 
même pièce; — (il) n'y a rien 
de plus assuré. — Cette 'vérité 
ne fait certes pas rire ^^ — et 
pourtant nous pouvons bi/en 
dire — qu'(îl) y a bicti 'petf de 
gens qui y soient grjéparés. 



H,» 



i) 



i. Daibro, 3« pers; sing. prés. ind. de deibrî^ ouvrîrl' On 'dit iiiièVMWî, et, par 
métathèse, drûbî, comme en Bas-Lim. Gers rf«i&W^*p*<ovènçiudttî3fri< ,iVp. aprire; 
espagn. abrir; anc. catal. ubrir; catal. mod. obrir; rom. obiur, ubrir, adubrir. C'est 
de cptte dernière forme que viennent, par aphérèse, les mots patois qut-ont 4e d 
initial. -■,■■' •>»... ..,,• , „ . » |. 

'^..Gafç, 3«» pers. sing. pré^. hid. dû-gâfâ/yerbe qui m'est, pap donné pfir^ppm 
Duclou, mais qui' est usité en'Bas-Lîm. avec 'le sens de* « accrocher, , mqrdfi;^ » 
(BÉRjpi)i,i,E). On y dit àix^siogàfa. Langued. gafaei agrafai saisir i happer» iiçvpTa,re ^rk^ 
,ci'bé?irn. Vrt/ia Jle 7t pbtilr'le/); catal. ^espagm^ poTXtiQi[gafm;,\i^}f^ ^^g^affare, 
a^graffire, dgpàfrerV'à'cèfb'ehèr;* rotri: frAirABi^'aqc#ocherv'SaÎBiry'^Qii4Tp,;dfe,^^ 
croc, crochet, mot d'origine germanique, selon Mi'de Ghévairct:jûÛ0Tï%<^ywWPH'19l^? 
angl. gaff, harpon. 



— ns - 

Que lu fôzâ de testômen? 
Tu n'ôrâ jômai pu meitiei de iujômen. » 
Lo Mor vio be rôzou; e trè-cerlenômen , 
quel âge, fô fâ soun pôque gayômen, 

Dire : bounsei ! e remerchâ lo gen 
quî noù an servi d'einei e de turmen. 
Si lounten. 

43e queu counte p& vrai que lo morale ei bouno 
Fauve pertan lou vieiliar que; pampouno *. 
Tan piei pèr se si- ô fôzîo lou mutin ; 

Car n'en siro ui mai ni min. 

De que li sèr-co de vei porc? 

Ce qu'o coumença deu finî. 

Lou jône ome po be murl, 

Ma lou vieiliar ne po pâ viôre. 



«que tu fasses (20(un)le8lament? 
—Tu n'auras jamais plus besoin 
de logement ».— La Mort avait 
bien raison, et très certaine- 
ment, — à cet âge, (il) faut faire 
son paquet gaîment, — dire : 
bonsoir I et remercier les gens 

— à qui nous avons servi d'en- 
nui et de tourment — si long- 
temps. 

f De ce conte, pas vrai que 
la morale est bonne? — J'en- 
tends pourtant le vieillard qui 
bougonne. — Tant pis pour 
lui s'il faisait le mutin ; — car 
(il) n'en sera ni plus ni moins. 

— De quoi lui sert-il d'avoir 
peur? — Ce qui a commencé 
doit finir. — Le jeune homme 
peut bien mourir, — mais le 
vieillard ne peut pas vivre. 



4. Pampouno, indic. prés, de pampounâ, marmotter, grommeler, terme formé par 
onomatopée, qui ne se trouve pas dans Dom Duclou. Berrich. papoter, parler entre 
ses dents, marmotter. 



LO COUR DO UOUN 



LA COUR DU LION 



Sîro lou iioun un jour vougue couneitr^ 

De quau pôî èrio soun pai. 
(Ib rei entau parlo toujour en meitre/ - 

E degu lou deimen jômai. 

rende doun uno ordounanço 
Pèr ôssemblâ soû eita generau, 

E voû dôvinâ be d'ôvanço 
Ce que (5guèren loû beitiau. 

1 venguèren toû 5 lo feito 
Que devio dura tou-t un mei. 
So Môjesta lour vio proumei 

De loû bien regôlâ dô pei jusqu'ô lo leilo, 

Dî là s5Iâ de soun pôlai 
^ LoM pôlai dfnn segnoiAr que f^i t9«kde^<eaf nage. 

èeu. mai pudl q«'utt viér*^u*flagé ; '^' ' 



1 Que ll-ôHo de tôu hirtoaï nfiai ': 
"l :;;D^;,l,â, èejj^^, de lâ. qhî^riçU, ! / 
no^iD^ pante»} iiieJâMHïôriôneitcî^ 






Sire le lion un jour voulut 
connaître — de quel pays était 
BOtt père. —* Un itot de la sorte 
parle toujours en maît/e, — et 
personne (ne) le démept ja- 
mais. — Il rendit donc une or- 
donnance — pour assembler 
ses états généraux» ^ et vous 
(Jevinez bien d'avance — ce 
que firent les animaux. — Ils 
vinrent tous à la fête — qui 
devait durer tout un mois. ~ 

. $£| }Uie$ié IwM! t avait promis 
— de les bien régaler des pieds 
jusqu'à la tête, — dans les^salles 
de son palais — (le palais d'un 
^eigf^ur qnii tfaU^ iai^ 4^* itiàr-< • 
jaagorr^.dait ipto-puer qu'iiiâr'i ';• 
arôéx' fr4«ttagè)iÇ'^'qii'.ir y $ftt*-'^^^ 
rôif d^ tljwt^et' plus^ ettèort :' "' 
'■^^«és' îltttësy de^' iTin^élt'eS, — ^ 'I' 

'•irèS^pàhtïnà; tl'es' m'àl^idtinéïtés," '" 



— 478 — 



Re se fôgio ô souu gra, re n'èrio coumo ô fô, 
[ . E lo V* ôrio fa vent W. 

..u 1 se leven iro lar, se coueigen iro dôbouro ; 
Moussu ne sungnio 5 re, Moussu deipenso tou ; 
Moussu s'en vai, Moussu dômouro ; 
Moussu vô toujour vei rëzou ». 
' Lo nen di tan que Moussu 5 lo fi ^, 
\'' . Gâte d'entendre queu luti, 
n. Voû lo ranvouy(? ô lo campaguo, 

Ghâ sou p5ren. Lo veîqui doun coumpagno 
, , Dô pàtrei, dô bouyei, 

Dô mdtëdiei. 
De lo pitito dindounieir(7, 
Nimai de lo quîto pourcheiro. 
bou de cauque ten, quan soun- orne cregue 

Que rôrîo beissa soun c5que, 
lo f5gue tourna e li di : « Mo pitito, 

Coumo vei-voû p5ssa lo vito? 
Vejan! countà me eo. Eh be! que fôgià-voû? 
^i.L'etfiouceuço dô cban ei-lo de vôtre goû? 
• ~ Osseî, se dîsse-lo; ma ce que m'endiôbiavo, 
Qu'èrio de lî troubâ de lo gen san soucia 
Denguerà pu feignan qu'eici. 
Eitôpau loû voû sôboulavo 
Que, de sëgur, re n'î mancavo, 
touto ouro dô jour, lou sei mai lou môti. 
Ossi quelo engenço rustico 
M'eimavo coumo lo coiico. 
Creze bien que tardavo ô toû 
Que lour guei vira loû lôloù. 
Dô diâbla si peu me re^reto ! 
— €oumo dizei-voû? » L'ô repeto. 

« Ah ! Môdaroo, qu'ôvei-voû di ? 
:.> . Si v'ôvei tan môUn espri, 
"f Que lo gen de vôtre vtlage, 

Que voû vegian mâquan loû sei, 
Soun deijâ gâtei de v'ôvei. 
Que siro-co doun d'un message ^ 



(ne) se faisait à son gré, rien 
n'était comme il faut, — et elle 
vous aurait fait devenir fou. — 
« Ils se lèvent trop tard, se 
couchent de trop bonne heure; 
-— Monsieur ne songe à rien, 
Monsieur dépense tout;— Mon- 
sieur s'en va, Monsieur demeu- 
re; — Monsieur veut toujours 
avoir raison».— Elle en dit tant 
que Monsieur à la fin,— las d'en- 
tendre ce lutin,— vous la ren- 
voie à la campagne, — chez ses 
parents. La voici donc compa- 
gne — des pfttres, des bouviers, 
— des métayers, — de la petite 
gardeuse de dindons — et même 
de la porchère. — Au bout de 
quelque temps, quand son mari 
crut — qu'elle aurait baissé son 
caquet, — il la fit revenir, et lui 
dit : a Ma petite, — comment 
avez-vous passé la vie? — 
Voyons! contez^moi cela. Eh 
bieni que faisiez-vous?— L'in- 
nocence des champs est-elle de 
votre goût ?»— a Assez, dit-elle ; 
mais ce qui m'endiablait , — 
c'était d'y trouver des gens 
sans souci, — encore plus fai- 
néants qu'ici. — Aussi bien pe) 
vous les saboulais — que, bien 
sûr, rien n'y manquait,— à toute 
heure du jour, le soir et le ma- 
tin. — Aussi cette engeance rus- 
tique — m'aimait comme la co- 
lique. —(Je) crois bien qu'(il) tar- 
dait à tous— que (je) leur eusse 
tourné les talons. — Du diable 
si aucun me regrette! » — 
a Comment dites-vous? » — 
Elle le répète. — « Ah I Madame, 
c(u'avez-vous dit?— si vous avez 
SI malin esprit — que les gens 
de votre village, — qui (ne) vous 
voyaient que fe soir,— sont déjà 
las de vous avoir,— que sera-ce 
donc d'un domestique— qui de- 



5. Il y a ici une faute de versification. Il faudrait un vers à rime féminine. 

6. Message, a subst. de tout genre, domestique, serviteur, servante » (Doh Duclod) ; 
langued. messatge, ii, ; gasc. messatge, messager, envoyé; rom. messatge, messager, 
commissionnaire; anc. catal. missatge; espagn. mensage, message; ital. messaggio, 
messager. M. de Chevallet dérive, avec raison, messager du lat. missus, dont on fil 
d'abord mes, puis messager ; mais notre mot patois message, dans le sens de domes- 
tique, ne viendrait-il pas du rom. mas, maison, habitation? On disait autrefois en 
français wassaiye, métairie, ferme, maison des champs; messatge, en langued., aie 
sens de domestique d'une habitation rurale. 



— 179 — 



Que deurio sufri vôtro iinour 
toû loû quar-d'ourâ' dôjour? 
E me doun que toulo lo vito, 
meimo lie, meimo marmito, 
Defôro nimai dî meijou, 
Coueija, leva, toujour, pertou, 
Viôre coumo un pôriei grifou! 
M^damo, voù fô bien pardou ^ ; 
Quelo eipreuvo sirio tro rudo. 

Tournâ-vou-en, chôplâ, d'ente voû sei veugudo. 
E si jômai lue pren lo tentôcî 

De voû fâ revenî, vole que lou Boun-Dt 
Sei mizericordio me danne, 
Mai, qu'ei be piei, que me coundann^ 
vei, penden Veîternita, 

Doua fennâ coumo voù, uno chaque coûta. » 

L'ôtour u'o pâ mei de moralo; 
Nen veiqui uno talo qualo : 
Quelo fàblo regardo toû 

Loû argnoû. 
Se mouche que se sen vourmoû ^, 
Se grate queu qu'ôro lo galo ; 
Car tôt-ô-tar co se veiro : 
Queu que fai pôti pôtiro. 



vrait souffrir votre Uumeur— à 
tous les Quarts d'heure du jour? 
— Et moi donc qui, toute m vie, 

— à môme WUmém^jmwrMiCy 

— dehors et dans {la][ mjyison,— 
couché, levé, toujours, partout, 
— vivre avec un pa^il griffon I * 

— Madame» (je) yom demande 
bien pardon ; — cette épreuve 
serait trop rudei — Retournez- 
vous-en, s'il vowî j)laît, d'où 
vous êtes venue-— xt ^i jamais 
me prend la tentation— de vous 
faire revenir, (je) veux que le 
bon Dieu — sans miséricorde 
me damne,— et^ c'o^t bien pis, 
qu*{il) me condamne — à avoir, 
pendant l'éternité, — deux fem- 
mes comme vous^ une* (à) cha- 
que côté.» 



L'auteur n'a pas mijs de mo- 
rale ; — en voici \ine telle kjuel- 
le : — Cette fable rôgandetdus 
— les hargneux #^-T S© notouehe 
qui se sent morveux,--' ^0.gffilte 
celui qui aura la ^^; — car tôt 
ou tard ceci se verra, : — celui 
qui fait pâtir pâtira. 



7. Qutr^d*ouro est devenu un seul mot, dont le signe du pluriel porte sur la voyelle 
finale. 

8. Voû fô bien pardou ne signifie pas «je vous fais bien pardon», mais, tout au con- 
traire, «je vous demande bien pardon ». C'est littér. je vous fais : pardon ! éette locu- 
tion est encore usitée à Limoges. 

9. Vourmoû, morveux. M. Honnorat voit là une altération de mourvoû. Le rom. 
vorma et l'anc. catal. vorm, morve, prouvent que les patois qui disent bOfirmous ou 
vourmous ne l'ont pas fait par transposition du français, et que c'est nu cofntraire le 
français qui a transposé le primitif. Ce primitif, qui nous a donné le français gourme^ 
est d'origine celtique : bret. groum, grom (voy. de Chevallet, i, 2d3). Quant à la 
permutation du gf en v ou en &, les exemples en sont très nombreux. 6afd-li<ft.: vormo, 
morve, vourmoû, morveux; gasc. bourmous; langued. ^roumel ou vt^oufw^i, morve; 
provenç. mourvou^ morveux. 



— 180 — 



LO JONO VEVO 



LA JEUNE VEUVE 



Un coumençômen de vevage 

Ne vai jômai sei gran tôpagg. 
No jôoo vevo di : vô murî de doulour ! 
L'ô di be, ma pertan lou chôgrin pren soun cour. 
Sur là âlà dô Ten lo Trislesso s'envolo; 

Lo jôno vevo se counsolo ; 

Lou ten rômeno lou plôzei, 

Gôri lou mau, chasso Teinei. 

Pezâ lo vevo d'uno annado 

E lo vevo d'uno journadc?, 
L'î- ôro forço dechai e degu ne creirian 

— Sôco de^ quî-quî qu'ô veirian — 

Que co chio lo meimo personne. 
L'uno credo loujour, puro, gemî, soufrouno; 

Lo fai fugî toû loù chàlan : 

£ Tautro ôblado'^ loù gôlan. 

Si caucu n'ô voulio pâ creire, 

Quelo fàblo li- ô fôrio veire, 

Obe pûtô quelo varia 

Que nôtrei vezî m'an counta. 

L'ome d'uno jôno beuta 
Partigue pèr reilernita, 
Lou lendemo qu'ô guei testa. 
Lo jôno fenno, 5 soun coûta, 
Se dezolavo ô fâ pieita. 
V Paubrf ômi ! tu sei defunta ! ^ 



Un commencement de veu- 
vage — ne va jamais sans grand 
tapage. — Une jeune veuve dit : 
(je) vais mourir de douleur. — 
Elle le dit bien, mais pourtant 
le chagrin prend son cours. — 
Sur les ailes du Temps la Tris- 
tesse s'envole ; — la jeune veuve 
se console ; — le temps ramène 
le plaisir, — guérit le mal, chas- 
se l'ennui. — Pesez la veuve 
d'une année— et la veuve d'une 
journée, — (il) y aura force dé- 
chet et personne ne croiraient— 
(excepté ceux-là qui le verraient) 
— que ce soit la même personne. 
— L'une crie toujours, pleure, 
gémit, sanglote ; — elle fait fuir 
tous les chalands, — ei l'autre 
fait de Vœil aux galants. — Si 
quelqu'un ne le voulait pas 
croire, — cette fable le lui ferait 
voir, — ou plutôt cette vérité — 
que nos voisins m'ont racontée. 



L'époux d'une jeune beauté 
— partit pour l'éternité, — le 
lendemain qu'il eut testé. — La 
jeune femme, à son côté, — se 
désolait à faire pitié. — « Pauvre 
ami, tu es trépassé 1 — se disait- 



1. Sôco de, sauf. Dom Duclou ne donne que sauque, mot composé de $a,ui contrac- 
tion du rom. salv (lat. salvus), sauf, et de la terminaison que, ajoutée par analogie du 
mot aveque, anc. franc, avecque (voy. de Chevallet, m, 359). Cette expression est 
du reste peu usitée. On dit plus ordinairement manco de quî, ou plus simplement 
manco quî, manque ceux. 

2. Oblado, indic. prés, de oblôdâ, qu'il ne faut pas confondre avec le verbe blôdâ, 
pour ôblôdâ, emblaver, analysé page 22, note 6. Oblôdâ nous semble être le ba&-lim. 
oblanda ou obranda (prononcez ohlonda), mettre le feu avec un brandon, allumer, 
incendier, au propre et au figuré. 11 y a aussi dans la Corrèze le verbe obloouda, 
éblouir. Les philologues ont le choix. Cependant nous penchons pour obronda, incen- 
dier, eu égard aux congénères suivants : langued. abranda, embraser; rom. abran- 
DAR, t^;anc. franc, abrander, s sAlumer; bcrrich. abrander, enflammer. Le primitif 
de ces mots est le rom. brando, brandon, d'origine germanique : allem. brermen, 
brûler, anbrennen, s'enflammer. (Voy. de Chevallet, i, 266.) 

3. Defunta, littér. a défuncté ». . . 



- 187 — 

Quelà prejeirâ, quel encen, 
Ne soun pâ pèr loiin nâ, la s'ôdressen ô sen. 

Counei mièr quî que te couneissan. 

Quan meimo en l'encensoir î te roumprian la den, 

Co n'ei mâquan loû bou sen qu'i encensan 

Un môgistra bourique 
Eî râne de quelo fabb. 
So robo eî be respetablo, 
Ma se? Bonn sei, bouno ne!,,. 



grise. — Ces prières, cet encens 
— ne sont pas pour ton nez, 
elles s'adressent aux saints. — 
Connais mieux ceux qui te con- 
naissent. — Quand même avec 
Tencensoirilste rompraient les 
dents, — ce n'est que les bons 
saints qu'ils encensent. 

Un magistrat bourriquet — 
est l'âne de cette fable. —Sa ro- 
be est bien respectable, — mais 
lui?... Bon soir, bonne nuit! 



LOU SERPEN E LO LIMO 



LE SERPENT ET LA LIME 



I counten qu'un serpen, vezi d'un- orlogei, 
— E co n'èrio pâ sei dangei : 

Qu'èrio pèr l'orlogei un meichan vezinage — 

Entre dî lo boutico, e, cherchan ô minjâ, 
N'î rancountre, pèr tou poutage, 

Qu'uno limo d'ôchiei qu'ô se me de rôjâ. 

Quelo limo li dU ma sei s'eîmôre gair^ 
« Paubré ignoren ! que pretendei-tu faire, 
Quan t'ôtôcâ pu for que te? 
Pitî serpen ô teîto folo, 
Pûtô que d'empounâ de me 
Soulômen lou car d'uno obob, 
Tu te roumprîâ toutâ là den. 
Ne cragne ma quelâ dô ten. 



On conte qu'un serpent, voi- 
sin d'un horloger, — (et ce n'é- 
tait pas sans danger : — c'était 
pour l'horloger un mauvais voi- 
sinage) — entra dans la bou- 
tique, et, cherchant à manger, 
— n'y rencontra, pour tout p*o- 
tage, — qu'une lime d'acier 
qtfil se met à ronger. — Cette 
lime lui dit, mais sans «'émou- 
voir guère : — « Pauvre igno- 
rant! que prétends-tu faire, — 
quand tu attaques plus fort que 
toit— Petit serpent à tête folle, 
—plutôt que d'emporter de moi 
— seulement le quart 4'une 
obole, — tu te romprais toutes 
les dents. — (Je) ne crainis que 
celles du temps.» 



Ceci s'adresse à vous, 'esprits 
du dernier ordre,— qui, n^étant 
bons à rien, cherchez toujours 
à mordre. — Vous avez beau 
vous battre les. flancs, — yos 
dents jamais n'étendront leurs 
f\ ;l a j,x , . . , , j j- • ravages — sur tant dé beaux et 

Que soun pèr vou d ôcbiei, de brounze, de diei- bons ouvrages- qui soirt pour; 

[man. vous d'acier, de bronze, de dia- 
mant. 



Coquî s'ôdresso ô voû, esprî dô darniei ordr^, 
Que, n'eitan boû ô re, chercha toujour ô mordre. 

V'ôvei beu voû batre loû flan, 
Vôtrâ ritâ^ jômai n'eitendran lour rôvageê 

Sur tan de beu e boû oubragei 






1. RUâ, quenottes» terme de nourrice. Ce mot exprime. ordiaai#eraentiiuhcîiiléci. ^ 
gracieuse. Ce soAtdes dents d'enfant, blanches, petites et poinlntes. Afeo^e6b^une\aijtôt •< 
ration de rato, dent de rat, qui sç dit en Provepce. ' îi.j .n.r ^iUA- 



- 189 — 

Lo perdri qu6 vegio Teiba, 
le de counsoulâ so paubro cëmôrado, 
Li di en se moucan : <( Âh ! qu'5vià-ta doun fâ 

De to chambo si be filado ^? » 

So fràzo n erio pâ chôbado, 
Rustau sèn lo perdri. Lo pren be lo voulado, 

Ma, quan lo se cregio sôvado, 
Lo ne vio pâ counta lo grifo dô mîôlar. 

soun tour lo fugue gobado, 
E ne pourie pâ louen soun discour gogônar. 

le de couyounâ loû autrd, 

Noù meimo pregnan gardo 6 n'autm. 
Siirtou se fô jômai moucâ dô môlûroû, 
Car quî po se flôlâ d'eisse toujour ûrou? 
Là plaça, là ônour, Feime, loù bei, lo taulo, 
Lo Fourtuno se ri de ce que l'o bôlia, 

E châcu po troubâ so miaub 

Que Tôrio be tô deibilia. 



4. Filado, par aphérèse, pour ôfilado, affilée. 



de sa course. — La perdrix qu' 
voyait Tébal,— au lieu de con- 
soîer son pauvre camarade, — 
lui dit en se moquant : a Ah ! 
qu'avais-tu donc fait — de ta 
jambe si bien déliée? » — Sa 

ghrase n'était pas achevée, — 
ustaud sent la perdrix. Elle 
prend bien la volée, —mais, 
quand elle se croyait sauvée, — 
elle n'avait pas compté (sur) la 
griffe du milan. — A son tour 
elle fui gobée, — et ne porta pas 
loin son discours goguenard. 

Au lieu de plaisanter les au- 
tres , — nous-mêmes prenons 
garde à nous. — Surtout (il ne) 
se faut jamais moquer des mal- 
heureux, — car qui peut se 
flatter d'être toujours heureux? 
— Les places, les honneurs, 
l'esprit, les biens, la table, — 
la Fortune se rit de ce qu'elle a 
donné,— et chacun peut trou- 
ver son milan — qui l'auraît 
bientôt déshabillé. 



LOU PATRE E LOU LIOUN 



LE PATRE ET LE UON 



Là fôblâ ne soun pâ ce que dô mounde crezen. 
Scî fâ semblan de re, là beitiâ noù enstroiz^n. 
No leiçou touto nuo po côzâ de Teinei ; 
Soû lo peu d'un reuar, lo fai toujour pl5zeL 
Quî que fan queu meitiei deven enstruîr^ e plaira, 

E, de segur, î nan pâ pau ô fair^;. 
Ossî forço sôben, eigôyan lour espri, 

Sur quelo môtieiro an eicri. 
Tou fugen Tornônien e lou tro d'éitendudo. 
Chà î ne veirià pâno pôraulo perdud(?. 
Ycidve ex lalômen cour que dô û Tan blâma; 
Eizopo en mio de mou s'ei deoguèro esprima; 
Ma surtou certeri Gre rencherissan se pico 

D'on^eleganço lôcounic(?. 



Les fables ne sont uas ce que 
des gens croient.' — Sans faire 
semblant de rien ,j lee ibdtôs 
nous instruisent..-^ line leçon 
toute nue peut causer de l'ei»- 
nui ; — sous la peau d'uW re- 
nard, elle l'ait- t(Mijobrs t)laisir. — 
Ceux <jui font CiQ.nAétiek* doivent 
instruire ej, plairez-jet certes 
ils n'ont pas peu "à faire. — 
Aussi force savants, égayant 
leur esprit, — sur cette matière 
ont écrit.'— -Tous fuient l'oi^ne- 
ment et le trop d'étehduel ^ 
Chez eux '(vous)! ne verriez pafs 
un6 parole- perdue. ^**'PW!idre 
est teHowi-ent court que des ^ns 
l'ont blftmé ; — Ésope en moins 
de mots s'est cjricenj expriw<5; 
— mais surtout certain ■ Grec 
renchérissant se'piqw; *^ d^une 
élégûuce lacbnl^oe. **^ \\ retl- 



— m — 



LOU UOUN E LOU CHOSSODOUR 



LE LION ET LE CHASSEUR 



Un ch5ss5dour tan si pau fanfôroun, 
Crezen soun meliour che devoura pèr un lioun, 

S'en- ône tenei queu lingagc. 

d- un bargei dô vezinage : 

« Môtro me, di-l-eu, lo meijou 

De rôssôsin de moun Moùtou ^ ; 
Car, tou-t ôro, fô que 'n aye rôzou. 
— Qu'ei lai, di lou bargei, prei de quelo mounta- 
Lî pay^ eizatômen douge moùtoù pèr an ; [gno. 
Ë pode, sei dangei, roudâ d! lo campagno, 

Sei riscâ ni freitu ni bran ; 

E jugue enlau ô qui pèr gâgno ». 

Coumo ô chôbavo queu discour» 

Lou lioun s'ôvanço ô pâ de charjo. 

Nôtre f5ro lou veu, s'en cour, 

E lo vio n'èrio pâ prou larjo 

Pèr leissâ pôssâ so vôlour. 
« Helâ ! moun Dî ! di-t-eu dî soun courage, 

Coumo ppurai-iô m'esquiva? 

Deibrei-me doun cauque pôssage 

Pèr enle pèche me sôvâ». 

Yeiquiplomoùpoultroûquevantoutuà, ton batre, 
Tan qu'î an loû pei chau subre lour doù landiei, 

E que fugîrian loû premiei. 

Si co s'ôgissio de coumbatre. 
Pèr poudei dire abe à be nou 

Sur queu que vanlo soun courage, 

Lou Jugei pâ sur soun verbiage, 
Ma dôraandà si- ô o ôvi petâ lou lou K 



Un chasseur tant soit peu fan- 
faron, — croyant son meilleur 
chien dévoré par un lion, — 
s'en alla tenir ce langage — à 
un berger du voisinage : — 
a Montre-moi, dit-il, la maison 

— de l'assassin de mon Mouton ; 

— car à rinstant (il) faut que 
(j')en aie raison ». — « C'est là- 
bas, dit le berger, près de cette 
montagne.— (Je) lui paye exac- 
tement douze moutons par an ; 

— et (je) puis, sans danger, rô- 
der dans la campagne, — sans 
rien risquer ; •— et (je) joue ainsi 
à qui perd gagne ». — Comme 
il achevait ce discours, — le lion 
s'avance au pas de charge. — 
Notre faquin le voit, prend sa 
course, — et la voie n'était pas 
assez large — pour laisser pas- 
ser sa valeur. — « Hélas I mon 
Dieu, diUl dans son courage, 

— comment pourrai-je m'esqui- 
ver ? — Ouvrez-moi donc quel- 
que passage — par où (je) puisse 
me sauver». 



Voilà bien mes poltrons qui 
vont tout tuer, tout battre, — 
tant qu'ils ont les pieds ohauds 
sur leurs deux chenets,— et qui 
fuiraient les premiers, — s'il s a- 
gissait de combattre I — Pour 
pouvoir dire oui ou non — sur 
celui qui vante son courage* r- 
(ne) le jugez pas sur son ver- 
biage, — mais demandezrlui s'il 
a entendu péter le loup. 



i.Moêtou, Mouton, nom de chien. 

2. Ovt petâ lou lou, entendre péter le loup. Ce dicton n'est pas cité dansîe livre des 
Proverbes d« M. Leroux de Uncy. 



^ 193 — 



po dîre ôrate freti * ; 

siro mor diômen môti. 

Tan-Mièr li balio un deimenti. 
Ma lou dotour Tan-Piei, teîta coumo un luti, 

Soutengue toujour soun parti. 

E, penden qu'î se chômôliôvan 

Qu'ô tor, ô trovèr, î cllôvan 
Uipocrato, Galieu, surtou forço letU 

Lou ten se pèr, lou mau empiro, 

Lou paubre môlaude deliro. 
En dizen, coumo ô po, soun orate fratres, 

partigue pèr ad patres. 
Queto ve, dîrei-voû, lo disputo ei chôbado, 

Dô min entre lou medecî. 

Coumen? Voû moucâ-voû de î? 

£h! lo n'ei ma bien coumençado. 

Tan-Piei disse : « V'ô vio-iô di? 
L*5fâ ei he ôriba coumo iô vio predi. » 

Ma Tan-Mièr, d'un toun d'ôssuranço 

Tou de suito lî réplique : 

« Si- ô vio segu moun- ordonnança, 

sirîo d'enguèro sur pe, 

E rôvio he ôverti d'ôvanço. 

Lou môlaude n*ei ma parti 

Pèr vei fa ce que Vôvei di. 
Iô soutendrai toujour dôvan touto lo Franco. » 

Lou medecî ne soun jômai d'ôcor, 
E queu que nen vô doû pèr fà soun passëpor, 

Eî pu mautrôta qu'ô ne penso. 

0-t-eu mai de counfianço en d'un, 

Tanquetan l'autre s'en- ôfenso ; 

n'o pu de secour d'ôcun. 
Pertan, se re minjâ, ô payo lo deipenso. 

Qoî percurairei de lo Mor 
Se fan toû bien pôya pèr prerieî so deifenso, 

E se bôlien jômai lou tor. 

ûîu'ei toujour pèr banque imprudeaço, 

Spuvèn pèi* fàuto de gduvèr, 

Un remèdi prei de trôvèr. 

Que lou paubre môlaude mèr* 



■T^ 



cimetière ; — il peut dire : orale 
fratres; — il sera mort diman- 
che matin. — TantrMieux lui 
donne un démenti. — Mais le 
docteur Tant-Pis, têtu comme 
un lutin, — soutint toujours son 
Opinion. — Et pendant qu'ils se 
cnamaillaient, — que, à tort, à 
travers , ils citaient — Hippo- 
crate, Gallien, surtout force, la- 
tin, — le temps se perd, le mal 
empire, — le pauvre malade dé- 
lire. — En disant, comme il 
peut, son orate fratres, — il 
partit pour ad patres, — Cette 
fois, direz-vous, la disputé est 
finie,— du moins entre les mé- 
decins. — Comment ! vous mo- 
quez-vous d'eux? — Ehl elle 
n'est que bien commencée. — 
TanîrPis dit : « Vous l'avais-je 
dit? — L'affaire est bien arrivée 
comme j'avais prédit ».— Mais 
TantrMieux, d'un ton d'assu- 
rance, — tout de suite lui ré- 
pliqua : — a S'il avait suivi mon 
ordonnance, — il serait encore 
sur pied, — et (je) l'avais bien 
averti d'avance. — Le malade 
n'est parti —7 (que) pojjr aïoir 
fait ce que vous avez dit. -—Je 
(le) soutiendrai toujours devant 
toute la France. » ' 



Les médecins ne sont jamais 
d'accord, — et celui qut en^eut 
deux pour faire son passeport, 

— est plus maltraité qu'il ne 
pense.— Ant-il plus de confiance 
en l'un, — aussitôt l'autre a'en 
offense; — il n'a plus de i^e- 
cours d'aucun.— Pourtantj ^ns 
rieiii manger, i\ paye, te^idé- 
pense. — Ces. procureur^ 4^ la 
mort — se font tous bien payer 
pour prendre sa d^feaise, -« et 
(ne) se donnent jjan^ais Je .tort. 

— C'est tçuiçmrs p^r quelque 
imprudenc^>-:Povvept,par fente 
de soins*— ïin remède pris >de 
tr^veiîs,— q^e le pauvf;^ malade 
meurt. — Les ; médeans viles 



tière, Betiriclï. cemeUère, cemitititè, divnent^ë, éithentïère, suivant lès ïçcàlités iHpùr- 
gnig. cemeteyre. ; . ; n - r 

4. OràW freti: « expression proverbiale (jfùi' ëcj^ulvdut à 6elîé-ci : il Wvd rien a 
fairé'^ (FotCAtri)); corruption de la fbrmule liturgique : orale fratres, thés îrères priez 
(jiotrr lui), c'est-à-dire, il est mort. ' <; .: /t • 



13 



— W7 — 



L'encan navo coucîhîoucî. 
Dcgu se suchio tro d'un si meichan bouci ; . 

L'un digio car e Taulre si. 

Penden qu'î bargignen ensi, 

S'en trôbo un de pu ardi, 

E que se cregio lou pu fi 

De toû loù jau de soun vilage; 
Ma que pertan n'èrio pâ lou pu sage. 
nen proume boun prî en ce que Jupiter 

Li laissôro meitrîzâ Ter, 

Pèr qu'ô gue toujour ô so guîzo 
Dô chau, dô fre, dô beu ten, de lo bîzo, 

En- un mou, dô se, dô moulia , 

D'ôbor qu'ô ôro bôdôlia 2. 
Jupiter lî counsen, e lou countra se passer; 

E tanquetan nôtro brôdasso 
Faî \eive ô sou vezî qu'ô ei meitre dô ceu. 
fai plôre, venta ; ô fai si be, si beu, 
Un clinaa tou pèr se, que lo prado vezino 
S'en senlîgue pâ mai que quelâ de lo Chino. 
Co fugue lou bounur dô peizan d'ôlentour. 

l vegian froujâ chaque jour 
Lour bla, lour vi, loup fe e touto autro denado, 

E guèren uno richo annado. 

Ma queu que vio tou-t ôrenja 

Fugue lou pu mau partôja : 
O ne gue re dô tou. Eitôpau, Tautro annado, 
L'esplôlôcî dô ceu fugue touto changniado; 

Ma soun chan s'en troube pâ mièr. 
Quoique sécha, rouza, venta d'uno autro sorto, 
n'en po pâ culî lou car dô demiei-tièr 

Que lo tèro vezino porto. 
Que fai-t-eu queto ve? torno ô Jupiter, 

counve de soun- imprudenço, 

E ne vô pu là cliau de l'èr. 

Jupiter veu so repentenço 

E lou trato en meitre for doû. 



l.'eii,Gai;i allais (jouçi^ouci. — 
Personne (ne) se souciait trop 
d'un si mauvais ihorèéiit^i^-L 
Tun disait car etrtrutjre/mr^ 
Pendant qu'ils bargyigmMi^pii|- 
si, — (il) s'en trouva un de plus 
hardi, — et qui se croyait le plus 
fin — de tous les co(|S de son 
village; — mais q«i pourtant 
n'était pas le plus sage. T7,ïkfp 
promet bon prix en ce qtîfe Ju- 
piter -— ' lui laissera maîtriser 
Tair, — pour qu'il eôt.tQUJQ«f s 
à sa guise— du chaud, du froid, 
du beau temps, de la bi'sé; — 
en un mot du sec, di mouillé, 
— aussitôt qu'il auRajbâillé. — 
Jupiter y consent, et le contrat 
se passe; — et aussitôt notre 
étourdi — fait voir içes voisins 
qu'il est maître du qéj.— Il fait 
pleuvoir, venter ; il fait si bien, 
si beau,— un eliniatWt pour 
lui, que la praipîe ioisine — 
(ne) s'en ressentit, pas plus que 
celles de laChine. t-^ Ce^futJe 
bonheur dés paysans dWeiiiitfr. 

— Us voyaient ôroltré thâ^e 
jour — leur blé> :lei|c>vif^,i.J0)ir 
fbiii et toute autre fîénr^e, — et 
eurent une riche année. — Mais 
celui qui avait tout arrangé — 
fut le plus mal partagé : — il 
n'eut rien du tout. A-ussi-^bTcn, 
l'année suivante, — l'exploita- 
tion du ciel fut toute changée ; 
— njais son champ ne s'en trou- 
va pas mieux.--* Qjuoique séché, 
arrosé, venté d'uile autre sorte, 

— il n'en peut pas cueillir le 
quart du demi^ii«nSfH^iq:^Ua 
terre voisine mrif. ^^ (mMi- 
il cette fois ? il revient à Jupi- 
ter,— il cbnVîent d^ son impru- 
dence,— et ne.veul plus les 
clefs de l'air,-;- Ji^pi}:f r voit son 
repentir— -et ïê traite en maître 
fort doux. *■' ' U 

-. . ...'1 



2. Bôdôlia, partie, du verbe bôdôliôr. « Badaliâ,. bâiller r. (J)on<îSUi$iboQ. Bas-lim. 
bèdollia, tiré) d'après Bérônîe, du verbe patois bofia, qn vie.ux français, ^§«rfm Langued., 

fasc, provenc. badalia, tiré, d'après M. Honnorat, dû bas-brét. ladatein; catal. 
adallar; ital. badigliare et sbadigliare; rom. badaillar ; bas4)ret. buéaèa {l mottillé). 
Ob écrivait. autrefois en français- fraaiiier, forme aliopgée du.bas^Jati.i^a^çiyg, selon 
M, Lîttré. Les patois méridionaux ont conservé la forme sipcipte baià^^-daps le sens 
d'ouvrir, bnyer, ^tre béant; le liçfi. et bas-Jim. bodci, signifie plus , parjLiQuIièJ^ement 
vomir. M. Lit(;ré pense <ïue le bas-bret. baâa^ être dans T étonnera ei^t, est emprunté au 
romàn-.:PQm!(liioi.le:J'.on?aja^§/M>AR ne serait-il pas tout aussi bi^en emprunté au. celtique? 



t,9tp 



ayniÉwn"nraf.î hipj Ht te UIIkbéi ê»aBiaÉ««r4iil#ii^ ' 

.j-p jnetàp ijrtî*'- WM' T*"? •«l*»J|ittl!U;l*«lliWil iWil^iW '■:. 









— 424 — 



. iliâ>ifiie ^v^n fà là pôbrà filtâ ? 

Ëotretan, iù perdre soiin ten, 
•rjfil ne Mlien ma là nouzîha 

•Qmh jou mounde n'an pu de den. 

Panefaei me voullo en môridage ; 

L'Amperouf raumpe loa marcha. 

Mouiv- ^rmo I sîrîo plo doumage 

Qu'ô me lou tournesso endecha. 

Car.jj^tt gôUar o bouno pauto, 

Mai loû enemî 6 sôbran : 
T^d lo pauzo sur cauquo jauto, 
^^QJfiJ^ là moûcbà 11 beuran. 

Moun Di ! coumo 6 deu eisse gente 
Dî runiforme de soudar ! 
Ne-l e jour, lou me reprezeni^. 
En soun brave sabre d'ôzar, 
SQpii:bQU ehévâu dô rei de Prusso, 
Soun bel 5bi de dra anglei, 
Garni d'uno pelisso russo 
E doubla d'un cœur de Francei. 

Loû bourgeî an toù cauco tàro, 
Quan fô m défendre FEita ; 
Toù Ipû an, meimo rifanfàro^; 
Loû richei n'an pu de santa. 
N'î- pâ d'ounto que loû relegno : 
I se fan4â ^i de cristau, 
Ë cb^tei^ là gôguià ^, lo tegoa, 
SI ne U)umjbieu pà dô gran-mau ^. 



Mais que vont faire les pauvres filles? 
Entre-temps, (il) faut perdre son temps, 
si on ne donne les noisettes 
(que) quand les gens n'ont plus de dents. 

François me voulait en mariage ; 
l'Empereur rompit le marché. 
Mon Ame I (il) serait bien dommage 
qu'il me le rendît détérioré. 
Car le gaillard a bonne patte, 
et les ennemis le sauront : 
s'il la pose sur quelque joue, 
ma foi, les mouches y boiront. 

Mon Dieu I comme il doit être gentil 

dans l'uniforme de soldat! 

Nuit et jour, (je) me le représente 

avec son beau sabre de hussard, 

son beau cheval du roi de Prusse, 

son bel habit de drap anglais, 

garni d'une fourrure russe 

et doublé d'un cœur de Français. 

Les bourgeois ont tous quelque tare, 

quand (il) faut aller défendre l'État; 

tous les ans, même ritournelle ; 

les riches n'ont plus de santé. 

(Il) n'y a pas de honte qui les retienne : 

ils se font des yeux, de cristal, 

et chantent les écrouelles, la teigne; 

s'ils ne tombent pas du grand (liatit)4naK 



6.')[{ifànfâfo, « ritournelle, répétition d'un air ou d'une chanson » (Dom .DuCLOu), 
Une fanfare est une espèce d'air exécuté par des cors ou des trompettes, t'anc. franc, 
avait fanfarer, sonner de la trompette. On a longtemps débattu sur l'origine de ce 
mot, qui apparjliefit à la Ungvie française. Etienne Pasquier n"^ Voit qu'une onoma^ 

^^^■■„..,-.-Z\':'./. ■ • . ..■■■■ 

7. La gôgniâ, les écrouelles. (Yoy. page 88, note 7.) Bas-lim,.,(M^uSf^rj suJisti 
masc, tumeti!'qu?occupëla glande parotide. Langued. « gaugno, au nguré, le visage, 
la trogneçq^at»^a^ JeS'OiAes.» (Savv.) ; gaugnos, grosses detlt^, èfh ^asé6n' du' Èérs; 
provenç. gaugno, les parties latérales des joues, les parotides, la joue, gaugnos, 
au plur., ouïes; ital. gavigne, glandes au cou, amygdales, gavine, écrouelles; rom. 
GAUNHA, ouïe, et amygdale. 

8. Lou gran-mauycéif^^^^ mal cfeduc; îiatit-màl; etc. On'dtt,' dati^ W Centre, 

Mha 



tçffil^rr dU'.^r^KSMnfiLl oi(,«t<^ut>simptera^nit, 4u ^ntU, ét,idatis ië Laiifguéd.,'»)» 
danMo^ de.lo iérn ou «fiàn^mauv. Dents ranc;Jnmçi,>*ee(te mfàhdie'estu^iéiiéè!|i»ous 
4iflwnlfi..H(^Bî»f:>lft<>)eaurmalv'le mal'd^Avertin, te mafl Chaud," îëJ^fàiid-%aï'{ë'est 
notre expression), le gros-mal, etc. - ' «i ' ' ; ■ >,. 



miiii. 



Ci 



Neo veîrià dô ù que se vend^. 
Coumo lo viando di loù Ban ^ ; 
Mai lî- dô marchai! que prétende 
Qui loû chaten iro char ujan. 
Queu dire n'ei ma no sotizt?, 
Car coumo po-t-un veî degreu 
Que n'en côte ma lo chômizo, 
Quan s'ôgi de sôvâ lo peu? 

Onen ! garçoû ! fô dô couraga ! 
Que loû peizan ne boudan pâ ! 
Queu que voû credo ^® ei boun e sage; 
voû lirôro be d'ôfâ. 
Soutenei-voû bien- entre v'autrei; 
Un jour co se troubôro bcw 
Qui deifen bien lou be dô autrui 
Ei digne de nen vei pèr se. 

Quan voû vendrei, cuber de glôreo, 
Voû direi : fai eita comiscriy 
Ë, di lou Temple de Memàrio^ 
Toû vôtrei noùn siran eicri. 
E, quan TAmperour de lo Franco 
mounde ôro bôlia lo pa, 
Voû direi d'un toun d'ôssuranço : 
Sei n'autrei fCî- àvio re de fa. 

Me parlei pà de qui oustieirtE 
Qu'ôbandounen lour eitandar, 
Pèr s'ôgrumî dî lour chômieirrî, 
Coumo dî dô crô de renar. 
Co n'ei gro Targen que m'ôtiro ; 
Ma n'aime pâ 'n ome sei cœur; 
Mèrio pûtô vierjo e martiro 
Que d'eipouzà pen dezerteur. 

Vivo lo jônesso de Franco 
Pèr bien fà de toû loû meîtiei ! 
OIo guèro coumo ô lo danso, 
S'ei jômai re vu de pôriei. 



(Vous) en verriez des uns qui{se vendent» 
comme la viande au marché des Banos ; 
même (il) y a des marchands qui prétendent 
qu'ils les achètent trop cher aujourd'hui. 
Ce dire n'est qu'une sottise, 
car comment peut-on avoir de la peine 
qu'il n'en coûte que la chemise, 
quand (il) s'agit de sauver la peau ? 

Allons ! garçons I (il) faut du courage ! 
Que les paysans ne boudent pas ! 
Celui qui vous crie (qui vous appelle) est 
il vous tirera bien d'affaire, [bon et sage; 
Soutenez-vous bien entre vous ; 
un jour cela se retrouvera bien. 
Qui défend bien le bien des autres 
est digne d'en avoir pour lui. 

Quand vous viendrez, couverts de gloire, 
vous direz : j'ai été conscrit, 
et, dans le Temple de Mémoire, 
tous vos noms seront écrits. 
Et, quand l'Empereur de la France 
au monde aura donné la paix, 
vous direz d'un ton d'assurance : 
Sans nous (il) n^y avait rien de fait, 

(Ne) me parlez pas de ces vauriens 
qui abandonnent leurs étendarts, 
pour se blottir dans leurs chaumières, 
comme dans des trous de renards. 
Ce n'est certes pas l'argent qui m'attire; 
mais (je) n'aime pas un homme sans cœur. 
(Je) mourrais plutôt vierge et martyre 
que d'épouser nul déserteur. 

Vive la jeunesse de France 

pour bien faire de tous les métiers 1 

A la guerre comme à la danse, 

(il ne) s'est jamais rien vu de pareil. 



. 9. Lqû Ban, les Bancs, le marché des Bancs-Charniers, à Limoges. 
10. Credâ, crier, est aussi un verbe actif qui signifie appeler : credâ caucu, appeîcr 
quelqu'un. .11 en de même en Languedoc \cridaAou>, app«lle-le. Rom. cridar, crier, 
chanter, et aussi proclamer, appeler : mou paire me €riaa, mon père m'appelle. Crier 

(|iiciqu'un signifie le gronder, dans le Berri. . . • - . .r . . , ...i 



13 



— 230 



En m'ôbourdan, lour cœur palpito 
— Co se po be dir6 entre noù, — 
Car lo troto n'ei pâ pitito 
D'archelà seissanto eichèloù. 

Sai counôgu din lo chôrieiro 
Soù lou noum de Pière Fai-Tou. 
Sai me-meimo mo chambôrieirt?, 
Houu couziniei, moun marmiton. 
Quan 'n oustieiro d'ùchei me porto 
'n eimage de pôpiei marca, 
Qn'ei me-meimo que, trâ lo porto, 
Li erede que sai :'.iyiarda. 

» 
Me fai pà meitiei de noutâri, 
D'encro, de plumo ni pôpiei. 
Doua ve pèr jour fô rinventâré 
Me-meimo de moun mobiliei. 
Lou pourte tou sur moun- eichino. 
Ma qu'uno ve iô sai vîti ; 
E ne cragne pu de sôzino, 
Dî Touslau, quan nen sai surti. 

N*ai gro ni peiio ni marmito, 
Mai, mo fe, m'en- eimage pâ ; 
Mené tou pôriei bouno vito, 
Fô tou loû jour quatre repâ. 
Pèr un deijûnâ, nen ai milo ; 
M'en perchaisse^ pèr çai, pèr lai. 
Iô dîne toû loû jour en vilo, 
E châme ne soupe jômai. 

l'ai un beu chàteu en- Ëspagna, 
E sai he ôssei riche en bei foun : 
Moun pai me leisse pèr campagna 
Lou tour de vilo e dô doù poun^^. 



En m'abordant, ieur cQe¥F palpite 
(cela peut bien se dire entre nous) ; 
car la trotte n'est pas petite 
de grimper soixante échelons. 

(Je) suis connu dans la ruelle 
sous le nom de Pierre Fait-Tout. 
(Je) suis moi-même ma chambrière, 
mon cuisinier, mon marmiton. 
Quand un gueux d'huissier me porte 
une image de papier marqué, 
c'est moi-même qui, derrière la porte» 
lui crie que (j')ai décampé. 

(Il ne) me fait pas besoin de notaire, 
d'encre, de plume ni (de) papier. 
Deux fois par jour je fais l'inventaire 
moi-même de mon mobilier. 
(Je) le porte tout sur mon échine, 
une fois que je suis habillé ; 
et (je) ne crains plus de saisie, 
chez moi, quand j'en suis sorti. 

(Je) n'ai certes ni poêle ni marmite, 
et, ma foi ! (je ne) m'en inquiète pas ; 
(je) mène tout de même bonne vie, 
(je) fais tous les jours quatre repas. 
Pour un déjeuner j'en ai mille ; 
j'en quête et je m'en procure par-ci, par-là. 
Je dîne tous les jours en ville, 
et chez moi (je) ne soupe jamais. 

J'ai un beau château en Espagne, 
et suis bien assez riche en biens fonds : 
Mon père me laissa pour campagne 
le tour de ville et des deux ponts. 



il a fait jargoc^ en faisant disparaître la syllabe ni et en ajoutant la terminaison d 
commune à certains jurons de la même espèce : mo devoucî, ma dévotion, mo dannoci, 
ma damnation, maledicî, malédiction. Mojargocî signifie proprement m^n renîment. 

9. M'en perchaisse, littér. je m'en pourchasse. La forme régulière serait perchas^, 
indic. prés, de perchôssâ; bas-lim. sepertsossa de caucore, se procurer quelque chose 
en se donnant du mouvement ; langued. percassa, poursuivre, pourchasser ; provenCk 
perchaçsa, procurer, obtenir, faire qu'une chose arrive, tenter, essayer de faire ; rom. 
PERCAssAR ; ital. procacciare, L'anc. franc, pourchacer, pourchasseir, pourchasser, etc. 
signiiiait solliciter, négocier, s'efforcer, travailler avec ardeur, poursuivre, mettre 
tout en œuvre pour obtenir ce qu'on désire, s'intriguer, de pourchas, poursuite, per- 
quisition, recherche, sollicitation, effort, travail. Quant au simple chasser, WÛw. 4e 
Chevallet et Littré le dérivent, d'après Ménage, du lat. captare, 

10. Loû doû poun, le pont Saint-Étienne et le pont SaintrMartial. Le Pont-Neuf n'ai 



— 233 — 

E SI lu sei tan enleita mon tout, — et si tu es si .pre7,\. 

De me veire dô boun coûta, occupé— dé' mèrVôlrdulWiifefeVè,*^^ 

Archelo » sur quelo mountagno; T r^vis cetfte^ri^ 

r^ ,x ..;..„. ^ ° nya m bourbier. mifeKiue)'>-4'^. 

Co ni- m gohei^ m fagno. ^iensl .Tois-les X^m^^f^lL 

Te . vei-iou su jucha, . — tout de la^iriers .cpn]i(çr)ï^|p;f[ 

Toû de lôriei cuber, ceux qui ont. fait de bons et r 

Quî qu'an fa de boû e beu vèr. beaux vers! — '(Né)"f arfêllè' pU'^ 

T'ôreitâ pâ pèr cauco rimo ; po^r quelque Hmev'-^'ëHttfï^è'J^ 

Arpio^ jusqu'ô 10 be,o cimo. ^rl^^^SSife^Whlil^O 

Sei fa semblan de re, rien,-.appr6cH04Kii«ottcfedefffi,i< 

Praimo-te douçômen, _ et regardé ^u T[>reniiOT;iqiigi;]/i 

E vizo dî lou premiei ren*. ' , . ^ i;\unn î(l 



^VW: 



1. Archelo, impérat. d'archelâf « v. n., grimper, monter avec peine» en»Be isaïwancT 
des pieds et des mains » (Dom Duclou). Nous ne trouvons celte. forifle,d4n$:ïaiiipi^,fl(^J 
nos glossaires. Le bas-lim. a arca, sauter, s'élancer d'un lieu à un autre, q^ue ï)om q 
Duclou {Supplément) donne comme verbe actif. Est-ce un congériôre' (ïu liâm^Iiir." ^ 
archelar, et du rom. arcelar, courber en arc? N'est-ce pas plutôt un congénère de 
Tanc. franc, urce, forteresse, marque des limites d'un champ, différente de la borue™ 
ce qui, dans la basse latinité, est appelé arca ou arcella? 

2. Gôliei, « subst. masc, bourbier, amas d'eau boueuse; gauUo, au plti^: Jr^li^;^^^ 
crotte, boue » (Dom Duclou) ; bas-lim. « gaoullio, petit amas d'eau dans lèà rtfe&'^^àWi^'J • 
les chemins, eau bourbeuse des rues ou des chemins; gooullia, subst'. mâ'sti,"énfOtt'^*»^ 
cernent de pavé dans les rues ou de terrain dans les chemins » (BtaoNiE) ;, au^ergP^ 
gouliasy subst. masc, mare, flaque d'eau bourbeuse, petit creux rempli d'eau dan«iK«^}>.j 
chemins; champen. goillis, ordure; lyonn. gaillot, hourhïer {Théâtre lyonn, deGwgmh^^ \ 
Lyon, 1865, in-S»); goulatte, ravin, dans les Vosges; Bresse chalonn. gouilUy,k0ViÇii(u, 
gouilla, bourbier. « Ce mot, dit M. Jules Guillemin, est comtois et se trouve ^dmiifrifl, ii 
Matachin de M. MaxBuchoû. Nous disons aussi margouillapsiv une sorte de plétQoa^Eiftei^e'i'l 
Margouillis est encore français. Le Duchat, cité par Ménage, le dérive du UU.Trmrge^ii) 
marginis, et dit que le patois en a fait gouilly, « qui se dit communément i4'un A^iaiq 
trouble et de toutes sortes de mauvais mélanges en fait de ragoûts ». Pourqiuai mur^u^ 
gouillis n'aurait-il pas été fait plutôt de gouilly ^ avec la signification de Hwwit^is ffOU^lH^iV I 
De quel patois parle Le Duchat? Le Duchat était de Metz, c'est donc probabiema^ts«.U\ j\ 
patois lorrain qu'appartient le mot gouilly. Citons maintenant, sous toutes réserves, 
certaines expressions patoises qui pourraient bien appartenir à la même famille. Le 
poitev. a gasse, gassot, gassouil, gassouail, Û^qve d'eau, bourbier; le saintongeois, 
gabot, it. ; le champen., gadou (anc. franc, gadoue), ordure, contenu des fosses d'ai- 
sance, et gadouilleux^ gailleux, mou, flasque ; le dauphinois, gabiot, bourbier,-Tiiî[re" 
d'eau. On trouve dans les langues celtiques différents termes qui, pour le sens et pour 
la forme, ont une grande analogie avec la famille de mots précitée : gall. gwall, vide, 
gwallâw, vider ; gwâg, vide, gwagâu, vider, gwaç, cavité, gwalv, canal ; bret. goullô, 
vide, goullôi, vider, gweled, fond; angl. gully, ravin, goulet, to gully, creuser; anc. 
franc, goulet, ruisseau, goulot, ravin, chemin creux. 

3. Arpio, impérat. d'arpiâ, que Dom Duclou ne donne qiïe loomrae bas-lim. avec la 
signification de a saisir fortement avec la main ; en lat. arripere ; en grec arpazein » ; 
bas-lim. arpo, main, arpial, ongle de quelques animaux ; langued. arpo, griffe, arpi, 
arpeja, saisir; Gers arpo, urpo, ongle, arpat, poignée, arpatejjÇL, remuer des pieds.et 
des mains à tort et à travers; provenç. arpOt ^nife, àry){x)à','ergoi-ydi^ii^,Wp^jà 
envoyer les griffes, agiter les bras, saisir, ravir; arpuiiî/ai' étendre «les 'grfffôicduifls 
mains çà et là pour se défendre ou pour pj^eïitlre,,quelqn^iAljp?^i,jf^R^gl1, iftîWftViM 
déchirer, mettre en pièces; ital. arpicare, ramper, grimper; c'est- le, sen^ ^-Ç'inmrftn I 
mot arpid, c'est-à-dire grimper en s'accrochant; Rorii. Aiit>À;^V}ffé; Â*ftïi!i[ij!i ^fiapper.^B 
mot arpion estnesté dans la langue argotique awec} laviignîfiOKticwi ,déJijlte<l,i<4)ras. 
Berrieh. nTpions^,- oftgles: • , ,, \,^, ^ -,, ., jumiuo , i^ lov iiT 

* Le' mol est' : CORNEitLfti ' ' 



— 237 — 



LOPA^ 



Queto ve, noû fô rejô\î : 
Tou-t ei counten pèr lou pôî. 
Foudrio vei Tespri pau deibèr, 
be rôvei tou de irôvèr, 
Pèr ne pâ vei l*âmo en gueita 
De rôribado de lo pa. 

pra, bargei, leissâ loû biô. 
Prenei-me vôtrei ôbî niô, 
Menâ-noû forço charmelâ, 
Pèr fâ frîngâ voira drôlâ. 
Jômai noû ne vian vu queu ten, 
De nôtro vito, si plôzen. 

Bargeirà, ôpôreliâ v'autrâ, 
Seurtei de voira chôrieirâ, 
Prenei vôirei ôffuliau^ blan, 



Cette fois, (il) faut nous réjouir : 
tout est content dans le pays. 
(Il) faudrait avoir Tesprit peu ouvert, 
ou bien l'avoir tout de travers, 
pour ne pas avoir Tâme en gaîté 
de Tarrivée de la paix. 

Au pré, bergers, laissez les bœufs. 
Prenez-moi vos habits neufs, 
amenez-nous force musettes, 
pour faire sauter vos fillettes. 
Jamais nous n'avions vu ce temps, 
de notre vie, aussi réjouissante • 

Bergères, ajustez-vous, 
sortez de vos chemins, 
. prenez vos affiquets blancs, 



1. Cette chanson, qui a paru pour la première fois dans VAlmanach limousin de 
1860, et qui est attribuée à Foucaud, pourrait bien n'être pas de cet auteur, car la 
versification en est très mauvaise et les idées en sont communes. Cependant elle a 
été trouvée dans des papiers laissés par lui. 

2. OfutiaUy affiquets. Ce mot a la même signification en Berri, en Lorraine, en 
Normandie, en Franche-Comté, en Picardie. En Champagne, il est donné comn^e 
signifiant petits objets, petits outils, choses inutiles (Tardé). Dans l'anc. franc., il avait 
ce dernier sens, d'après Roquefort : affutiau, bagatelle, chose de peu de conséquence. 
Ce mot ne semble pas usité dans les dialectes méridionaux ; mais on trouve le langued. 
s^afusta, viser, mirer, regarder au but, se préparer, d'après Tabbé Des Sauvages, qui. 
donne aussi s'afusta comme appartenant au vieux langage, avec le sens de s ajuster, 
ajuster ses paroles, faire belle parade. Gasc. afusta, ajuster, mettre en place. Rom, , 
/wstar, raccommoder, radouber, de fust (lat. fuatis), bois, arbre, bâton. Ofu^tçi» eu 
bas-lim., affiler, rendre propre à couper le bois {lo fusto]. Le verbe affûter est pas^é 
dans le langage argotique. « Ce mot, dit M. Francisque Michel, me paraît être le môme 
qu'un verbe usité parmi le peuple pour dire affiler un outil sur une pierre. Affûter 
quelqu'un, c'est donc le rendre fin, lui donner une leçon de finesse à ses dépens, sens 
qu'avaient autrefois les verbes affiner et déniaiser. Dans l'Orléanais, on dit e^ncqre îj>n. 
nomme d'affût your un homme rusé... Tout le monde connaît notre adjectif /m/<^, fin,, 
rusé, adroit... Le peuple dit encore affûté dans le même sens... Je^ ne sais s'il fayt 
chercher la racine de ce mot dans le lat. fustis, mais il est assez remarquable qye 
l'adjectif wadr^, qui présente une signification analogue, vienne d'un substantif qujp. 
comme l'espagnol madera, a le sens de bois; je veux dire de madré, d'*où nous ^yo^s 
fait madrier et merrainy> [Dict. d'Argot^. L''anc. franc, affuster signifiait éga^mi^ijit 
présenter un bâton ou une arme à quelqu'un pour se battre avec luu et mirer,. visq^r.» . 



242 — 



'Delez-ei, de loisir, desœuvré, 84-3. 

Denguerâ, denguèro, encore, 31-11. 

Deregremiliâ., dépelotonner, déployer, 
17-10. 

Diaureiydiâtrei, diables I 34-1. 

Digio, disait, 52-5. 

Dint, dans, 91-6. 

Diômen, dimanche, 122-5. 

Disseten, dirent, 133-3. 

Dô, deuil, 162-3. 

Dôbor, à rinstanl, 76-2. 

Dôbouro, de bonne heure, 92-4. 

Dôrei, derrière, dernier, 30-14. 

Doubâ, pour ôdoubâ, arranger, assaison- 
ner, 63-2. 

Doulio, douille, tige, 52-6. 

Drubî, ouvrir, 173-1. 

Dubriy ouvrir, 173-1. 

E 

Eibôî, ébahir, 44-16. 

Eibôtouei, jouet, 46-8. 

Eibouliâ, écraser, 135-2. 

£z6roMZd, entamer, 155-1. 

Eicampi, eicampo, fuite, 29-11. 

Eicânâ, rompre les reins; s'eicânâ, s'é- 
reinter, 101-1. 

Eicebrày déchirer, 17-9. 

Eichinlo, sonnette, 29-9. 

Eichôrâ, échauffer. ISS^â. 

Eichôrougnâ, écorcher, 199-1. 

Eicicliâ, pousser des cris perçants, 148-2. 

EicicliadOj cri perçant, 18-6. 

Eicôrôbiliar, ardo, égrillard, 146-3. 

Eicàssounây émoiier, 85-10. 

Eicoudre, battre le blé, 4-9, 

Eicoudu, battu, 212-5. 

Eicourcheiro , chemin qui raccourcit, 
17?-4. 

\Eicrupi, crachat, 166-1 1 . 

EicMn^a, aÉ?oreml)arrassé, penaud, inter- 
dit, 6-11; mesuré, 72-6. 

Eigà, arranger ; s'eigà^ s'arranger, 64-3. 

Eilampiado, licence, 25-22. 

Eilena, ado, essoufflé, 185-9. 

Eilôxi, éclair ; eilôziâ ou eilôgiâ, faire des 
éclairs, 210-1. 

Eimai, émoi, 184-4. 

Eimanchâ, menacer, 82-5. 

Eimàri ou ermâri, subst. masc, armoire, 

• 66-2. 



Eimera, ado, éclairci, brillant de propreté 

et de santé, 238-3. 
Eimirei, miroir, 229-5. 
Eimôjâ (s'), être en émoi, s'inquiéter, 

184-4. 
Eimôli, ido, irrité, en colère, 162-5. 
Eimôre (s*), s'émouvoir, 165-7. 
Einei, ennui, chagrin, 12-6. 
Einidâ (s'), s'irriter, 12-4. 
Eipensour, épaisseur, 129-14. 
Eiperâ, attendre, 76-3. 
Eipijo, épi, 206-3. 
Eipingâ, sauter, gambader, 74-20. 
Eipiôza, épucer, 25-19. 
Eipôri, ido, effarouché, 18-4. 
Eipoufldâ, pouffer, 34-9. 
Eipoutî, écraser, 53-10. 
Eiquinto, pan ou plis de robe, d'habit, 

232-17. 
Eirancha, ado, boiteux, 101-2. 
Eirau, basse-cour, terrain vacant autour 

deslhabitations rurales, 20-2, 226-12. 
Einjiâ, érafler, 204r-2. 
Eissegâ, partager, 22-2. 
Eissujâ, essuyer, 126-5. 
Eissuri, essorer, épreindre, tarir, 126-5. 
Eitancho, pêcherie, 95-7. 
Eitôpau, eitôbe, eitôplo, aussi bien, 5-7; 
Eitodi, ido, candi, gâté, renfermé, 44-14. 
EitMourdi, étourdi, lourdaud, 170-4. 
EitoUlio, éteule, chaume, 35-1 ; fâ de l'ei- 

toulio, faire du ravage, 67-11. 
Eitouviâ, eitôviâ, souffrir, jeûner, épar- 
gner, 11-1, 49-29. 
Eitribâ, travailler, user, fatiguer, 68-1 b; 

mener bon train, 89-1. 
Eicunla, ado, étendu comme un vçau, 

103-6. 
Eiveri ou eiberi, ido, éveillé, 170-3. • 
Eivî [m'), il m'est avis, il me semble, 52-3. 
Ei%a, aisément, 66-4. 
Ei%î, éclore, eizi, éclos, 19-11. 
Eizinâ, arranger, faciliter; s'eizinâ, se 

mettre à l'aise, 136-1. 
• Embaisso, tournure, parti, biais, 66-5. 
Embouni, nomhriU 110-9. 
\ Embrena, ado, important, qui fait de 

l'embarras, 184-5. 
Embrûcî, pincer, 235-6. 
Embrûeido, pincée, 17-16. . 

Empena, ado, tout brandi, 19-8. 



Jftî3!^^^^i^:pV^^:^I^Ç^ " 



Ftm, frère, reB(|^««t, 7lM8-i ,u0*^f>rs ^ 
Frimu, miâo, r^fiiaâéi^^ 

Fr^miff^mmJmtmi^lmi ^nm,W 







,immiéi-tinmt,nm^i ■■''■'^'■---'^-•^ '^^^ '"'«'^^ -^^^ 
^>î ,» V ■■■4. ^om mpfffSm» ff^.Wj 





!'!"'S^?P;^?'SR<V-^;fr^V'^''ïv*-'^'^'^'i!?'tV>^^ 



■• S » • 



^ ,;i&f|'#i6»%'>^^iMI%f«i^ ■■ • qu'ont*». •:-.••] r^iôV.rîi^fiaMoïilJ- 











■-Éli 










Tjm^^^'^.^^^'-W- '■"*i'"s;>rçîï 






I 










't'is-'. .;. iO'tfe'-- ■ i ■■'■."■',"<■ •"■■./■ 't-;. l.si^'^. "■'?.?■"' 4'■^M<■■'<f''î«^'?0'?■f•^9^■J'oqql^ ta 



igpilèr "e km llj^Éé ^«^; , V* ^44^' 




.^■■yi^.'r